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La nouvelle #solarpunk du jour : « 100 Papier Â»

Pour la deuxiĂšme fois, Framasoft participe, au sein de l’UniversitĂ© de Technologie de CompiĂšgne (UTC), Ă  une semaine de cours sur le thĂšme des lowtechs et du Solarpunk.

Les Ă©tudiant⋅es ont pour mission d’écrire (sans se faire aider par l’I.A. !) des nouvelles dans cet univers, qui sont publiĂ©es ici et participeront Ă  un concours organisĂ© par Low-Tech Journal. Ces nouvelles ont Ă©tĂ© lues en direct sur la radio indĂ©pendante Graf’Hit. La lecture de cette nouvelle est Ă©coutable ici :

Aujourd’hui, dĂ©couvrons un Ă©trange personnage accroc au papier dans un monde oĂč ce matĂ©riau est devenu
 interdit !

100 Papier

Auteur·rices : Zatar Myriam , ASPE Candice , MOURCHID Soumaya ,GAO Rongtian, KADRI Elias, Nkoumba Eric Donald

Ce document est disponible sous licence CC-BY-SA.

« Bonjour Paris, il est 8 heures, on est le 9 septembre 2042 et la journĂ©e s’annonce ensoleillĂ©e ! Aujourd’hui, je rappelle que c’est la douziĂšme journĂ©e mondiale sans papier. Alors, la question du jour est : comment vivez-vous sans papier ? Tout le monde est invitĂ© Ă  laisser un message sur notre ToothBook. Â»

« Bonjour Ă  tous ! Vous ĂȘtes chanceux aujourd’hui, je suis un prĂ©curseur de la vie sans papier ! Je m’appelle Jordan. Ça fait 20 ans que je l’ai aboli. Avec mon casque VR et mon PC, je vis la belle vie tout en protĂ©geant la planĂšte. Je peux jouer Ă  GTA et envoyer un mail en mĂȘme temps ! Le papier Ă©tait une vĂ©ritable catastrophe Ă©cologique. Maintenant, je m’amuse sans couper aucun arbre ! Â» 

LĂ©on Roman Ă©teignit sa radio, marmonnant des injures : « Comment avez-vous pu
 Â» 

« ChĂ©ri, regarde devant toi ! Â» s’exclama Juliette en tendant le bras depuis le siĂšge passager. 

Devant, la police effectuait une fouille des vĂ©hicules. La voiture freina, Ă©crasant la ceinture de sĂ©curitĂ© sur le ventre arrondi de sa femme. Son mari inspira bruyamment, le cƓur battant Ă  tout rompre, face aux gyrophares bleus et rouges vers lesquels ils progressaient lentement. Il ne remarqua pas la goutte de sueur coulant sur son front. Le souvenir de sa rencontre avec la police lors de la prĂ©cĂ©dente manifestation lui procura une impression dĂ©sagrĂ©able. 
Loin d’ĂȘtre dupe, LĂ©on respirait de plus en plus vite : de toute Ă©vidence, ils Ă©taient en quĂȘte de contrebande. Et juste sous la banquette arriĂšre de sa voiture se trouvait aujourd’hui le trafic le plus important au monde : du papier.

Un jeune policier, le regard vif et un sourire crispĂ© sur le visage, s’approcha du jeune couple.

— Bonjour madame et monsieur, inspecteur Hernandez. Nous sommes tenus de contrĂŽler tous les vĂ©hicules. Sortez du vĂ©hicule. OĂč allez-vous ?

— Nous allons Ă  la campagne chez ma belle-famille jusqu’à l’accouchement de ma femme, rĂ©pondit LĂ©on, d’une voix plus aiguĂ« que d’habitude. Un peu en retrait, Juliette observait l’échange, priant pour que l’interrogatoire se finisse sans encombre. Les deux policiers soulevĂšrent la banquette arriĂšre, dĂ©voilant une pile de livres, Ă  sa grande surprise.

— Cela n’a rien Ă  voir avec ma femme, vous ne
, s’écria LĂ©on, avant d’ĂȘtre plaquĂ© au sol.

— Épargnez-nous ces bĂȘtises, vous en parlerez au juge.

Quelques mois plus tard, la jeune femme, son bĂ©bĂ© sur les genoux, pĂąle de rage, recevait un appel. « Oui, Roman, ici MaĂźtre Gimenez. Je suis au regret de vous annoncer la condamnation Ă  perpĂ©tuitĂ© de votre mari pour trafic de papier. Â»

« Bonjour Paris, il est 8h, on est le 9 septembre 2152 et la journĂ©e s’annonce caniculaire ! N’oubliez pas de vous hydrater et de vous abriter durant les heures les plus chaudes. On accueille aujourd’hui sur notre chaĂźne le spĂ©cialiste M. 
 Â»

Mathieu coupa l’hologramme en jurant. Encore une fois, il allait devoir installer le « Sunshade Â», un pare-soleil blanc de son invention. En effet, il a lu que le blanc est la couleur qui absorbe le moins la chaleur. Aujourd’hui, c’était le grand jour ! 

Mathieu descendit dans sa cave, pour Ă©chapper Ă  la chaleur Ă©touffante qui alourdissait l’atmosphĂšre. Son plan, prĂ©parĂ© depuis plusieurs annĂ©es, nĂ©cessitait encore quelques retouches. Les escaliers craquaient sous ses pieds alors qu’il descendait dans l’obscuritĂ© rafraĂźchissante de sa bibliothĂšque secrĂšte, hĂ©ritĂ©e de sa famille. Des livres ouverts jonchaient le sol, annotĂ©s d’une Ă©criture soignĂ©e. Les murs Ă©taient couverts de cĂąbles, de serveurs et d’écrans lumineux. 

9h00 : il s’installa devant son poste de travail, ajustant les lignes de code qu’il avait prĂ©parĂ©es. Chaque partie qu’il modifiait le rapprochait de son objectif : dĂ©montrer les vulnĂ©rabilitĂ©s d’une sociĂ©tĂ© entiĂšrement numĂ©rique.

J’ai jusqu’à minuit pour exĂ©cuter mon plan, avant la mise Ă  jour des serveurs

Sous la pression, il fabriquait des cigarettes en dĂ©chirant des pages de livre. Des recettes de cuisine par-ci, des extraits de comĂ©die par lĂ . AprĂšs tout, qui aurait besoin de savoir faire une bĂ©chamel ou de lire des piĂšces ennuyeuses ? Les mots imprimĂ©s se transformaient en fumĂ©e et remplissaient l’air de la cave d’un Ă©pais nuage gris.

10h00 : il recevait un coup de fil de sa petite amie Soraya, ingĂ©nieure Ă  l’Agence de Sauvegarde des DonnĂ©es Nationales. Une journĂ©e portes ouvertes du macro serveur X2150 Ă©tait prĂ©vue sur invitation.

11h00 : il avait dĂ©jĂ  fumĂ© sa 39Ăšme clope, le livre de cuisine arrivait bientĂŽt Ă  sa fin.
 11h45 : « Ă‡A Y EST ! Â», cria-t-il, « La clĂ© USB est prĂȘte. Â»

Son plan Ă©tait simple mais brillant. Le virus qu’il avait crĂ©Ă© Ă©tait conçu pour tout dĂ©truire sur son passage.

12h00 : pour se rĂ©compenser de sa victoire, il prit une longue inspiration : « il est temps de fumer Â».

12h15 : Mathieu commença Ă  prĂ©parer ses affaires. Je suis tellement stressĂ©, je ne tiendrai pas la journĂ©e sans papier, songea-t-il en fouillant frĂ©nĂ©tiquement dans ses Ă©tagĂšres. Il chercha un livre d’oĂč il pourrait arracher des feuilles pour faire ses cigarettes. En ouvrant le premier venu, il dĂ©couvrit d’anciennes notes familiales entre les pages. SubmergĂ© par la culpabilitĂ©, il referma dĂ©licatement le livre et en prit un autre. Cette fois, il choisit un vieux recueil de contes pour enfants et, avec une nouvelle pointe de honte, arracha plusieurs pages.

13h00 : il quitta son appartement en direction du centre-ville. Il marchait, jetant des coups d’Ɠil Ă  sa montre. Le bĂątiment de l’ASDN n’était pas loin, mais chaque minute lui semblait une Ă©ternitĂ©.

14h00 : « Bienvenue, mesdames et messieurs, Ă  la journĂ©e d’inauguration du Macro serveur X2150 Â», annonça un prĂ©sentateur.

15h00 : aprĂšs avoir fait une visite guidĂ©e des lieux avec Soraya, Mathieu se dirigea vers le stand d’exposition de la maquette du X2150.

16h00 : un baiser langoureux lui permit de subtiliser Ă  Soraya son badge d’accĂšs Ă  la salle des machines.

17h00 : Mathieu n’avait toujours pas trouvĂ© la salle des machines, peu habituĂ© Ă  utiliser la padlocalisation. Il se cacha pour fumer des clopes de plus.

18h00 : aprĂšs plusieurs essais, il rĂ©ussit enfin Ă  identifier le chemin d’accĂšs vers la salle des machines.

19h00 : Mathieu effectua un dernier tour en salle des machines. Puis il rejoignit Soraya dans le hall.

20h00 : des applaudissements retentirent en l’honneur de Soraya. Sa prĂ©sentation fit un carton !

21h00 : Mathieu s’approcha pour la fĂ©liciter. Il se dirigea vers les toilettes avant de rejoindre la salle des machines.

22h00 : les mains tremblantes, il insĂ©ra sa clĂ© USB dans un serveur. La barre de transfert s’afficha Ă  l’écran : « TĂ©lĂ©chargement du fichier en cours  %2 % Â». Ça y est, j’ai rĂ©ussi ! ÉpuisĂ© et ruisselant de sueur, il se laissa tomber sur une chaise. Il profita de cette pause bien mĂ©ritĂ©e pour entamer sa 87Ăšme clope de la journĂ©e.

22h10 : « OÙ EST MON BADGE ? ! Â» s’exclama Soraya. Elle fonça Ă  son bureau et se jeta sur son PC. Elle localisa le badge dans la salle des machines et remarqua le tĂ©lĂ©chargement d’un fichier inconnu en cours. Elle parvint Ă  le stopper puis prĂ©vint la police.

22h30 : des bruits dans le couloir de plus en plus proches se firent entendre. Mathieu barricada la porte. « POURQUOI LE TÉLÉCHARGEMENT N’AVANCE PLUS ? ! Â». Des mĂ©gots s’accumulaient au sol, une voix grave se fit entendre de l’autre cĂŽtĂ© de la porte :

— Police ! Sortez immĂ©diatement ou on enfonce la porte !

Illustration « Smoke design Â» par HervĂ© Simon (CC By Sa 2.0)

— Je vous interdis de tenter quoi que ce soit sinon JE VAIS TOUT CRAMER ! La sueur perlait sur son front, et chaque mouvement semblait plus laborieux que le prĂ©cĂ©dent. La patience des policiers Ă©tait mise Ă  l’épreuve. Certains d’entre eux commençaient Ă  se lasser de cette opĂ©ration. D’autres vĂ©rifiaient leur Ă©quipement. Quelques-uns Ă©changeaient des blagues nerveuses pour allĂ©ger la tension.

23h00 : assis dans la pĂ©nombre, les mains tremblantes, le regard perdu, il savait que la police finirait par entrer. Ses pensĂ©es tourbillonnaient, une tempĂȘte de regrets et de colĂšre contre une sociĂ©tĂ© qui l’avait poussĂ© Ă  bout. « Pourquoi ? Â» murmura-t-il en fixant la barre de tĂ©lĂ©chargement statique. « Une sociĂ©tĂ© sans Ăąme, sans mĂ©moire. Ils disent que le papier est obsolĂšte, que tout doit ĂȘtre numĂ©rique. Mais le papier, c’est l’histoire, c’est la culture, c’est nous. Â»

23h12 : il se leva lentement, les jambes flageolantes, et s’approcha de la porte. « Si prĂšs du but
 Â»

— Commissaire, il faut intervenir, on ne peut pas attendre plus longtemps !

— Non, surtout pas. Les serveurs sont trop prĂ©cieux. Si on cause des dĂ©gĂąts, ce sera encore pire. La seule chose qu’on puisse faire, c’est le persuader.

23h28 : il fuma sa derniĂšre lueur d’espoir avec sa 100Ăšme clope, ignorant les appels insistants de la police.

00h00 : Les larmes coulaient lentement sur ses joues alors que la fumĂ©e noire envahissait la piĂšce, une chaleur intense l’enveloppant. Les alarmes se dĂ©clenchĂšrent, stridentes. « Peut-ĂȘtre qu’un jour, ils comprendront
 Â»

« Bonjour Paris, il est 8h, on est le 10 septembre 2152, et la journĂ©e s’annonce Ă©touffante ! Aux derniĂšres nouvelles, un acte terroriste a Ă©tĂ© commis cette nuit. La salle des serveurs de l’ASDN a Ă©tĂ© incendiĂ©e, entraĂźnant la perte totale des donnĂ©es du pays. L’auteur de cet acte, identifiĂ© comme Mathieu Roman, descend d’une cĂ©lĂšbre famille de terroristes. Il a pĂ©ri dans l’incendie. Â»

Soraya, encore sous le choc des Ă©vĂ©nements de la veille, Ă©coutait le cƓur serrĂ© Ă  l’annonce du nom de Mathieu. « Non
 ça ne peut pas ĂȘtre vrai
 Â»

50 ans plus tard
 Des enfants s’amusaient dans le parc. L’un d’eux s’aventura un peu plus loin qu’à son habitude. Et lĂ , il l’aperçut, Ă  moitiĂ© cachĂ© sous une pierre, un livre abĂźmĂ© intitulĂ© « La culture des pommes de terre au XXIe siĂšcle Â». Il y manquait des pages
 Fier de sa trouvaille, le petit garçon courut montrer le livre Ă  ses parents.

« C’est quoi, les pommes de terre ? Â»

"Solarpunk flag, blue diagonal" by @Starwall@radical.town is licensed under CC BY-SA 4.0.

La nouvelle #solarpunk du jour : « Les Lozacs, rĂ©invention d’un mode de vie Â»

Pour la deuxiĂšme fois, Framasoft participe, au sein de l’UniversitĂ© de Technologie de CompiĂšgne (UTC), Ă  une semaine de cours sur le thĂšme des lowtechs et du Solarpunk.

Les Ă©tudiant⋅es ont pour mission d’écrire (sans se faire aider par l’I.A. !) des nouvelles dans cet univers, qui sont publiĂ©es ici et participeront Ă  un concours organisĂ© par Low-Tech Journal. Ces nouvelles ont Ă©tĂ© lues en direct sur la radio indĂ©pendante Graf’Hit. La lecture de cette nouvelle est Ă©coutable ici :

Aujourd’hui, les Lozacs essaient de profiter des bienfaits de la nature sans en abuser.

Les Lozacs, rĂ©invention d’un mode de vie

Auteur·rices : Anna, Kamilia, MĂŽmo, Wahida, JĂ©rĂŽme, Paul

Ce document est disponible sous licence CC-BY-SA.

Chaque jour, Ninon Ă©tait la premiĂšre des Lozacs Ă  se lever. Elle sifflait Ă  travers le zimcuat, une sorte de trompette qui permettait de rĂ©veiller les autres membres de la communautĂ©. C’était le printemps : Ninon rĂ©coltait les tomates dans le jardin participatif. Puis elle salua Robin et Emma au loin.

À ses dĂ©buts, le jardin ressemblait Ă  un petit potager avec quelques bacs en bois. On y pratiquait exclusivement de la permaculture afin d’obtenir divers fruits et lĂ©gumes. Au fil du temps, les Lozacs s’étaient habituĂ©s Ă  ces tĂąches qu’ils trouvaient auparavant laborieuses, ils avaient compris que chaque goutte compte pour remplir le seau. GrĂące aux efforts constants et collectifs, de nouvelles techniques avaient Ă©tĂ© introduites comme les serres faites maison. Des plaques de verre rĂ©cupĂ©rĂ©es et des bottes de paille protĂ©geaient les rĂ©coltes des intempĂ©ries. Le jardin Ă©tait alimentĂ© en eau Ă  l’aide d’un systĂšme initiĂ© par Ninon. Celui-ci Ă©tait placĂ© au centre d’un genre de petite station d’eau. De larges gouttiĂšres rĂ©cupĂ©raient l’eau de pluie puis Ă©taient raccordĂ©es Ă  un entonnoir. Elles se rejoignaient ensuite pour former un flux d’eau plus important. Enfin, l’eau Ă©tait rĂ©cupĂ©rĂ©e dans de larges cuves remplies d’un mĂ©lange de roches, tissus et cĂ©ramiques permettant de filtrer l’eau et de la rendre potable. Ce systĂšme Ă©voquait Ă  Ninon une rĂ©flexion de son grand-pĂšre : « Tous les fleuves sont issus de ruisseaux Â».

À l’origine, alors que les limites planĂ©taires avaient dĂ©jĂ  Ă©tĂ© dĂ©passĂ©es, des citoyens s’étaient opposĂ©s Ă  un projet de zone commerciale sur des prairies et une forĂȘt. La prĂ©fecture avait fini par retirer son accord, Ă©vitant ainsi la destruction de la forĂȘt, aprĂšs l’installation d’une Zone À DĂ©fendre. Cet Ă©vĂ©nement marqua la naissance des Lozacs, avec le slogan « PrĂ©servons la nature, cĂ©lĂ©brons la biodiversitĂ© ! Â». Ils embrassĂšrent, sans se l’ĂȘtre dit, un mode de vie simple et Ă©cologique, devenant une source d’inspiration pour un nouveau modĂšle de sociĂ©tĂ©.

À son arrivĂ©e chez les Lozacs, Ninon gardait en elle un projet qui lui Ă©tait cher : la culture raisonnĂ©e du blĂ©. Elle avait convoquĂ© un souvenir agrĂ©able : le pain chaud et moelleux avec son odeur allĂ©chante. Certains restaient sceptiques Ă  l’idĂ©e de faire des cultures, qui allaient forcĂ©ment prendre de la place sur les espaces naturels.

Alors que les discussions aillaient bon train et que les opinions divergeaient, la question se rĂ©suma Ă  : jusqu’oĂč Ă©taient-ils prĂȘts Ă  aller pour Ă©quilibrer tradition et innovation, respect de la nature et besoins de la communautĂ© ? Elle continua Ă  dĂ©fendre son idĂ©e d’usage raisonnĂ©.

— Du coup tu voulais utiliser la forĂȘt ? demanda Emma.

— Ouais c’est ça, rĂ©pondit Ninon.

— Mais jusque-lĂ , on ne l’a jamais fait.

— Oui, mais ce n’est pas parce qu’une chose n’a encore jamais Ă©tĂ© faite qu’on ne pourrait pas le faire, dit Ninon.

— Comment verrais-tu les choses ?

— On pourrait utiliser les ressources Ă  notre disposition comme le bois des arbres ou encore rĂ©colter des fruits Ă  notre guise, proposa Ninon.

— Mmmh, je ne pense pas que ce soit une bonne idĂ©e. L’exploitation des ressources naturelles a toujours menĂ© Ă  des dĂ©rives. La forĂȘt est une zone avec une forte biodiversitĂ©, nous ne devrions toucher Ă  aucun fruit qui lui appartienne ! rĂ©torqua Emma.

Le groupe hocha la tĂȘte.

— Ce que tu peux ĂȘtre cul-cul Emma ! s’emporta Ninon. Aujourd’hui, c’est diffĂ©rent ! Nos techniques ont drastiquement changĂ© puisqu’on a rĂ©duit l’emploi de technologies.

— Ce qu’on pourrait faire c’est qu’on pourrait mettre en place des lois et des limites concernant l’exploitation de la forĂȘt, proposa Robin qui comprenait les deux points de vue et souhaitait trouver la meilleure solution pour la communautĂ©.

— D’accord, dit Emma, mais la crainte que j’ai et je pense qu’elle est partagĂ©e, c’est que nous allons encore tout faire foirer ! C’est-Ă -dire qu’au dĂ©part on va ĂȘtre plutĂŽt sympathiques et vertueux, mais on va progressivement dĂ©passer les limites.

— Mais pas du tout ! On pourrait trĂšs bien mettre en place des quotas par rapport Ă  ce qui sort de la forĂȘt, comme ça on ne perturberait pas son Ă©quilibre ! rĂ©pondit Ninon.

— Il faudra alors tout rĂ©glementer, rĂ©pondit Robin qui semblait pensif.

— Exactement, ça pourrait ĂȘtre une idĂ©e, dit Emma.

— Je propose qu’on en discute avec les autres membres, convoquons la communautĂ© et prenons des dĂ©cisions tous ensemble et formellement, dit Robin qui remarqua qu’on Ă©coutait avec attention le dĂ©bat.

— GĂ©nial, ça me va ! s’exclama Ninon.

Illustration par JĂ©rĂŽme Leclere (CC By Sa)

Ce dĂ©bat marquait le dĂ©but d’un renouveau pour les Lozacs, oĂč ils exploreraient ensemble les limites de leur utopie. Il questionnait sur l’utilisation des communs. Le dĂ©bat venait de mettre en lumiĂšre que ce qui semblait ĂȘtre des Ă©vidences, des idĂ©aux, n’en Ă©taient pas nĂ©cessairement. Une chose Ă©tait certaine, sans dialogue les idĂ©aux ne pourraient pas exister. À la suite de cela, beaucoup d’autres discussions allaient avoir lieu :

— L’eau Ă©tait-elle un bien dont il faut la rĂ©server un usage plutĂŽt qu’à un autre ?

— Les habitations faisaient-elles l’objet d’une propriĂ©tĂ© privĂ©e et exclusive Ă  un individu ?

— Fallait-il penser une communautĂ© gĂ©rĂ©e de maniĂšre nĂ©cessairement horizontale ?

— Ă‰tait-il normal et viable de privilĂ©gier un mode de vie toujours plus sobre ?

Une nouvelle Ăšre de questionnements et de rĂ©flexions s’ouvrait devant eux, en donnant l’espoir de construire un avenir durable et partagĂ© sans ambiguĂŻtĂ©.

Ninon contemplait le coucher du soleil depuis la colline surplombant le village, elle se rappela des paroles de son grand-pĂšre : « La nature nous parle si nous savons l’écouter Â» Elle se tourna vers la forĂȘt, sentant un lien profond avec chaque arbre, chaque ruisseau. Le dilemme des Lozacs ne serait pas rĂ©solu par des rĂšgles strictes, mais par une comprĂ©hension collective et une adaptation constante. Ensemble, ils allaient dĂ©finir de nouvelles frontiĂšres pour leur avenir, oĂč l’harmonie avec la nature serait au cƓur de chaque dĂ©cision.

"Solarpunk flag, blue diagonal" by @Starwall@radical.town is licensed under CC BY-SA 4.0.

La nouvelle #solarpunk du jour : « Archipel Â»

Pour la deuxiĂšme fois, Framasoft participe, au sein de l’UniversitĂ© de Technologie de CompiĂšgne (UTC), Ă  une semaine de cours sur le thĂšme des lowtechs et du Solarpunk.

Les Ă©tudiant⋅es ont pour mission d’écrire (sans se faire aider par l’I.A. !) des nouvelles dans cet univers, qui sont publiĂ©es ici et participeront Ă  un concours organisĂ© par Low-Tech Journal. Ces nouvelles ont Ă©tĂ© lues en direct sur la radio indĂ©pendante Graf’Hit. La lecture de cette nouvelle est Ă©coutable ici :

Aujourd’hui, on fuit un monde dystopique pour dĂ©couvrir une sociĂ©tĂ© organisĂ©e en villages interdĂ©pendants


Archipel

Auteur·rices : MT, M, Paul, KC, LĂ©a et Loul

Ce document est disponible sous licence CC-BY-SA.

— Bonjour Zaden, il est huit heures.

— Bonjour Alann, ouvre les volets, allume la lumiĂšre.

— Bien sĂ»r ! Pour votre petit-dĂ©jeuner, souhaitez-vous de la confiture ?

— Du beurre. Ah ! Allume la salle de bain et lance la playlist.

— Tout de suite. Vos vĂȘtements sont prĂȘts, dans le tiroir du bas.

— Alann, quelles sont les nouvelles aujourd’hui ?

— Aujourd’hui 15 janvier 2042, 8h23, il fait 16°C et il pleut, la qualitĂ© de l’air est bonne. Le pic de particules epsilon se maintient au-dessus de la ville Ă  cause d’un anticyclone. L’entreprise Tomaframe a annoncĂ© le lancement des tests du projet ITER et le gouvernement dĂ©clare travailler sur l’exploitation durable des ressources aquifĂšres du satellite Encelade.

— Merci, Alann. Il faut que j’y aille. DĂ©verrouille la porte d’entrĂ©e.

— Zaden, avant que vous ne partiez, je viens de recevoir des informations Ă  propos de votre ami Dariux.

— Hein ?

— Votre ami est dĂ©cĂ©dĂ© dans un accident de voiture hier soir.

Cette nouvelle m’assomme.

— Dis-moi oĂč il est !

— Son corps a dĂ©jĂ  Ă©tĂ© incinĂ©rĂ©, je peux prĂ©venir ses parents de votre arrivĂ©e si vous le voulez.

— D’accord, fais ça !

DĂ©jĂ  incinĂ©rĂ© ? Mais pourquoi ? Jamais je n’ai parcouru le trajet reliant ma maison Ă  celle de Dariux aussi rapidement. J’arrive devant sa porte mais quelque chose m’interpelle : elle est ouverte. Je m’interroge, cela pourrait ĂȘtre les militants Ă©cologistes de la TREV qui viennent encore faire pression sur la sociĂ©tĂ© de son pĂšre. Je glisse mon regard dans l’entrebĂąillement et je reconnais l’uniforme noir de deux membres du gouvernement ONAIME. Que peuvent-ils faire lĂ  ? Haletant, je m’approche sans faire de bruit.

« N’oubliez pas, les vraies circonstances de la mort de votre fils doivent rester secrĂštes
 Tout ce que vous devez dire c’est que votre fils est mort d’un accident de voiture Â». Cela me semble Ă©trange. Qu’est-ce qu’il se passe ?

Les deux hommes continuent : « D’autant plus qu’un groupe TREV se rassemblerait sur le BelvĂ©dĂšre. Il ne faudrait pas leur fournir un prĂ©texte. Â»

Un prĂ©texte Ă  quoi ? Je ne comprends rien. Justement un tract du TREV a Ă©tĂ© collĂ© sur le mur de la propriĂ©tĂ©. Je le reconnais, mĂȘme si je ne les lis jamais. Cette fois j’en prends connaissance. « NOTRE GOUVERNEMENT NOUS MENT Â» dit-il. Bien que quelqu’un ait tentĂ© de l’arracher, je peux dĂ©chiffrer ces quelques mots : epsilon, intoxication, Ă©cologie. La rage et l’incomprĂ©hension au ventre, je prends ma course. Je n’ai qu’une envie, celle de parler Ă  une personne qui ne me mentira pas. Je n’entends plus que les battements de mon cƓur Ă  mesure que je me dirige vers le point culminant de la ville. Quelques personnes discutent. Une femme aux cheveux gris vient Ă  ma rencontre, l’air soupçonneux.

— Bonjour, jeune homme. Tu t’es perdu ?

— Bonjour madame, c’est vous qui distribuez les tracts ? Mon ami est mort, et le gouvernement semble vouloir en dissimuler la cause
 Ils ont aussi parlĂ© de vous, je me suis dit que vous auriez peut-ĂȘtre des rĂ©ponses.

Elle m’explique.

— Si le gouvernement s’en mĂȘle, c’est sĂ»rement que ton ami est mort Ă  cause des particules epsilon.

Encore une pseudo-solution dite « verte Â» pour prĂ©server cette maudite croissance.

— Alors Dariux serait mort Ă  cause des epsilon ? Celles que le gouvernement juge inoffensives ? J’ai entendu les uniformes noirs. Ils savent que vous ĂȘtes lĂ , c’est comme ça que je vous ai trouvĂ©s.

La femme alerte immédiatement ses amis.

— Il faut qu’on bouge ! Heureusement, ils sont lourdauds alors que nous, on voyage lĂ©ger. Petit, tu peux venir avec nous si tu veux mais c’est maintenant !

D’autoritĂ©, le groupe m’embarque dans sa fuite.

°°°

Cela fait trois jours que nous marchons. Je suis Ă©reintĂ©. Manque d’entraĂźnement. Nous arrivons enfin dans un camp. Une nommĂ©e Dalia nous accueille, nous fait visiter. Elle m’explique que leur sociĂ©tĂ© est constituĂ©e de plusieurs Ăźlots d’individus organisĂ©s sous forme d’archipel.

— Ici nous sommes Ă  Luton. Chaque Ăźlot, ce que toi tu appelles « village Â», a des principes qui varient. Par exemple, ici nous ne renions pas totalement la technologie, mais nous la conservons dans son Ă©tat, le plus lowtech possible. Dans l’ülot voisin, on vit encore plus proche de la nature. Ils refusent tout appareil Ă©lectrique. Nos micro-sociĂ©tĂ©s sont interconnectĂ©es, communiquent entre elles et s’entraident pour rĂ©pondre Ă  des besoins communs. Tu savais que c’est comme cela que font les arbres ? Tu pourras choisir l’ülot dont les valeurs te correspondront le plus. Il y a tout de mĂȘme trois enseignements communs que nous, archipĂ©liens, nous efforçons d’honorer. PremiĂšrement, respecter la Terre et toute forme de vie. DeuxiĂšmement, partager. TroisiĂšmement, ne pas retomber dans les piĂšges du passĂ©. Bien sĂ»r, chacun peut s’exprimer librement et nous votons pour des propositions formulĂ©es dans la « boite Ă  idĂ©es Â».

Illustration « Last light on The Two Thumb Rang Â» par
Bernard Spragg. NZ (CC0)

Nous traversons le Jardin commun, oĂč plusieurs personnes de tous les Ăąges s’affairent. Dalia salue un homme qui prĂ©pare des boutures. Un autre demande des informations Ă  une jeune femme sur le fonctionnement technique du systĂšme de rĂ©cupĂ©ration d’eau en circuit fermĂ©. Cette eau, une fois propre, est rĂ©utilisĂ©e dans le jardin, dans les habitations, partout. Je comprends que, malgrĂ© un solide bagage thĂ©orique, il vient chercher des compĂ©tences pratiques. L’entraide est un principe clĂ© de cette civilisation.

C’est contraire Ă  tout ce que j’ai pu vivre. De lĂ  oĂč je viens, les connaissances Ă©taient surtout descendantes, une personne enseignant Ă  des centaines. Ici, le partage de connaissance est pluridisciplinaire et se fait lors de situations concrĂštes, en petits groupes.

— Au commencement, m’explique Dalia, nous n’étions qu’une dizaine ; chacun apportait son expertise dans son domaine. Cuisine, mĂ©canique, organisation, bĂątiment
 Mais c’était limitĂ©. Aujourd’hui que nous sommes plus nombreux, nous avons gardĂ© ce modĂšle et l’effet en est dĂ©multipliĂ©.

— Pourquoi le savoir et les compĂ©tences ne seraient-ils pas communs Ă  tous, de sorte qu’ils ne se perdent pas ?

—  Poste ça dans la boite Ă  idĂ©es, me taquine Dalia.

°°°

Cela fait maintenant cinq ans que je suis lĂ . Je ne m’ennuie jamais. La communautĂ© s’élargit. Nous sommes passĂ©s Ă  dix Ăźlots. Ma proposition s’est concrĂ©tisĂ©e, voici ALANN, l’AcadĂ©mie Libre pour l’AccĂšs aux Nouvelles Notions. Nous y dĂ©veloppons les solutions de demain en mettant l’accent sur la collaboration, l’accĂšs libre aux savoirs et la pluralitĂ© des idĂ©es. Aujourd’hui j’y anime l’atelier panneaux solaires, pour rĂ©parer ceux que nous avons rĂ©cupĂ©rĂ©s l’étĂ© dernier.

— Euh, Zaden
 je comprends pas pourquoi ça ne marche pas.

— Il faut y aller pas Ă  pas, Jorj. Regarde, une des cellules sur cette ligne est morte. Le plus simple, c’est d’en rĂ©cupĂ©rer une bonne sur un panneau irrĂ©parable.

— D’accord, je vais chercher le fer Ă  souder. On le fait ensemble ?

— Bien sĂ»r !

J’ai moi-mĂȘme appris les rudiments de l’électronique avec Dalia.

— J’y pense, Jorj, aprĂšs je te montrerai comment on transforme un vieux panneau en chauffe-eau solaire. On en a besoin pour l’habitation du nouvel arrivant.

— J’suis partant !

Je trouve fascinant que les connaissances puissent ruisseler de façon aussi fluide entre les archipĂ©liens. Depuis son arrivĂ©e dans l’ülot, j’ai assistĂ© avec fiertĂ© Ă  l’évolution de Jorj. Il dĂ©borde d’enthousiasme. Dariux Ă©tait comme lui. Il aurait adorĂ© cette vie. En prĂ©parant un petit sac dans ma chambre, je me souviens de ma premiĂšre leçon : voyager lĂ©ger. Demain, avec un groupe d’amis, on s’en va explorer les autres Ăźlots. J’ai hĂąte.

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La nouvelle #solarpunk du jour : « Le Compromis Â»

Pour la deuxiĂšme fois, Framasoft participe, au sein de l’UniversitĂ© de Technologie de CompiĂšgne (UTC), Ă  une semaine de cours sur le thĂšme des lowtechs et du Solarpunk.

Les Ă©tudiant⋅es ont pour mission d’écrire (sans se faire aider par l’I.A. !) des nouvelles dans cet univers, qui sont publiĂ©es ici et participeront Ă  un concours organisĂ© par Low-Tech Journal. Ces nouvelles ont Ă©tĂ© lues en direct sur la radio indĂ©pendante Graf’Hit. La lecture de cette nouvelle est Ă©coutable ici :

Aujourd’hui, nous assistons Ă  un choc des gĂ©nĂ©rations et des modes de transports (plus ou moins) lowtechs


Le Compromis

Auteur·rices : MathĂ©o, ChrisbĂ©, Inas, Chanerle, Liu, LĂ©naeile

Ce document est disponible sous licence CC-BY-SA.

Chapitre 1 : Les retrouvailles

En 2032, AndrĂ© 65 ans, un jeune retraitĂ© des sociĂ©tĂ©s de chemins de fer profite d’une journĂ©e ensoleillĂ©e sur la terrasse de sa maison. Vieux de la vieille sur la mĂ©canique des trains, AndrĂ© a passĂ© quarante-quatre ans de sa vie Ă  rĂ©parer des trains. Voyant dĂ©filer au fil des annĂ©es, tous les types de trains du Gasoil Ă  l’électrique. La retraite arrive Ă  point nommĂ© pour lui, qui veut se dĂ©tacher du monde industriel et du transport de masse. Son fils, Jaurel, 25 ans, ingĂ©nieur en informatique fraĂźchement diplĂŽmĂ© de l’universitĂ© a rejoint ses parents pour l’étĂ© :

— Belle journĂ©e, pas vrai papa ?

— Tu l’as dit ! Tu as prĂ©vu des choses Ă  faire pour aujourd’hui ?

— Je me disais que ça serait bien que nous allions à la plage. Cela fait longtemps, propose Jaurel.

— C’est bien vrai, la derniĂšre fois, tu devais avoir 10 ans ! Je m’en souviens, tu avais ton petit bob rouge et tes lunettes de soleil rondes.

— Oui, mais surtout, ce jour-lĂ , nous avions remportĂ© le concours du chĂąteau de sable. Que de bons souvenirs ! Je conduis, si tu veux, suggĂšre Jaurel.

— Conduire ? Pourquoi pas en vĂ©lo ? Demande AndrĂ©, l’air assez surpris.

AndrĂ© se souvient que Jaurel a achetĂ© une nouvelle voiture Ă©lectrique. Bien que trĂšs jolie et confortable, AndrĂ© n’est pas totalement convaincu par cette solution. En effet, sa femme et lui ont subi les effets du rĂ©chauffement climatique. . La mer est entrĂ©e de plus de 20 kilomĂštres dans les terres et les cours d’eau ont dĂ©bordĂ© dans toute la rĂ©gion, e qui a failli tuer sa femme. ProfondĂ©ment marquĂ© par cette catastrophe, AndrĂ© a adoptĂ© un mode de vie plus respectueux de l’environnement . Il a rĂ©duit son l’empreinte carbone et a favorisĂ© les solutions durables.

Illustration « VĂ©lo du matin (3) Â» par Jean-François Gornet (CC By Sa 2.0)

— Tu ne veux pas qu’on y aille comme au bon vieux temps ? À vĂ©lo, en famille ? demande AndrĂ©.

— C’est loin, papa, ça va nous prendre au moins 2 heures Ă  vĂ©lo. En plus, j’ai vu que la mĂ©tĂ©o ne va pas rester comme ça . On prĂ©voit de la pluie en milieu de journĂ©e.

En effet, la station balnéaire de Estra Kanté est située à 30 kilomÚtres du centre de la ville de Mutrus City.

— Nous avons le temps d’y rĂ©flĂ©chir, il est encore tĂŽt. Viens avec moi chercher de quoi manger ce midi. C’est Ă  l’épicerie du centre, cela n’est pas trop loin pour toi, quand mĂȘme ?

— Ne sois pas condescendant non plus, papa. Bien sĂ»r que je viens.

AndrĂ© a l’habitude de marcher jusqu’à l’épicerie un matin sur deux pour faire ses courses. C’est une sorte de thĂ©rapie pour lui, qui est encore traumatisĂ©.

en chemin la discussion se poursuit entre pĂšre et fils :

— Pourquoi est-ce que tu ne veux pas que je conduise ? Ça t’éviterait de faire des efforts sous cette chaleur, se questionne Jaurel.

— Je sais que je ne suis plus de toute jeunesse, mais je ne suis pas encore dans le cercueil, cher fils. Je pensais juste prendre un peu de temps avec toi comme avant, rĂ©pond le pĂšre avec un sourire nostalgique.

— Je me doute, mais ça serait plus pratique en voiture,non ?

— Pour ĂȘtre franc, je ne suis pas convaincu par l’électrique. Tu le sais, en plus. Je comprends l’idĂ©e, mais est-ce vraiment la solution Ă  nos problĂšmes actuels ?

— Eh bien, sans voiture, comment je fais pour mon travail, venir ici, voir mes amis ?

— C’est peut-ĂȘtre ça le problĂšme, plutĂŽt. Rien n’est Ă  taille humaine.

Sur cette remarque, tous deux arrivent Ă  l’épicerie du village. À l’entrĂ©e, ils rencontrent Christophe, un ami d’AndrĂ©. Christophe est un ancien agriculteur intensif qui dĂ©pendait lourdement des machines et des produits chimiques pour maximiser ses rendements. Plus tard, il s’est converti Ă  une agriculture low-tech au vu des changements climatiques. Il est revenu Ă  des mĂ©thodes simples et Ă  la fois enrichies avec des connaissances modernes.

— Mon vieil AndrĂ© ! s’exclame Christophe. Tu te fais rare ces derniers temps ! Laisse-moi deviner, c’est le fiston JaurĂšs ?

— Pas loin, Jaurel ! Ah Ă©coute, il faut que je m’habitue Ă  tout ce temps libre que j’ai maintenant. C’est dur, tu sais !

— Je ne te le fais pas dire ! Alors fiston, toujours dans l’informatique ?

— Oui, monsieur. Comment va votre exploitation ?

— J’ai su rebondir, on va dire. Je suis reparti de zĂ©ro, ça m’a permis de me poser les bonnes questions. C’est ça le plus compliquĂ©, Jaurel, savoir poser les bonnes questions et trouver des solutions ensemble. Maintenant je rĂ©flĂ©chis Ă  des projets utiles, accessibles et durables pour la population.

AndrĂ©, Jaurel et Christophe continuent de discuter pendant quelques minutes sur les projets que Christophe rĂ©alise en ce moment. Christophe sort de l’épicerie, tout comme AndrĂ© et Jaurel aprĂšs avoir achetĂ© de quoi manger. Sur le chemin du retour, AndrĂ© explique Ă  son fils son point de vue :

— Tu sais fils, je sais que depuis peu, tu t’intĂ©resses aux problĂ©matiques climatiques. Cependant, je crois que tu te trompes de mĂ©thode pour rĂ©pondre au problĂšme. J’ai vu que les machines se voulant Ă©cologiques ne le sont pas tout le temps. Tu connais l’effet rebond ? Une voiture, un train, c’est pas diffĂ©rent. Regarde, quand j’étais jeune, les trains Ă©lectriques dĂ©barquaient. Tout le monde Ă©tait Ă©poustouflĂ© par ces nouvelles machines, plus performantes, plus Ă©conomes, mais qui savait qu’on utilisait du gaz ou du charbon pour produire l’électricitĂ© du train ?

— TrĂšs bien, mais maintenant, l’électricitĂ© est en partie produite par du renouvelable chez nous ! rĂ©fute Jaurel, un air de dĂ©fi dans ses yeux.

— Chez nous, oui ! Mais ailleurs ? Le problĂšme est mondial, pas local. Et puis une partie ne vaut pas 100 %. AndrĂ© s’arrĂȘte un instant, posant une main sur l’épaule de son fils.

— 100 % d’énergie renouvelable, c’est un mythe, papa, et tu le sais, un soupçon de frustration dans la voix.

— Sans doute, mais en rĂ©duisant notre consommation, en rĂ©flĂ©chissant plus au but de nos crĂ©ations, de nos besoins, il y a une possibilitĂ© que ça marche.

— Tout le monde n’est pas prĂȘt Ă  ça.

— Si c’est un effort collectif, alors oui j’en suis persuadĂ©. Regarde, si tu fais l’effort de partir Ă  vĂ©lo, tu ne consommes pas d’électricitĂ©. Cette Ă©nergie peut ĂȘtre utilisĂ©e ailleurs par un systĂšme qui est vital pour d’autres personnes. Pense Ă  ta santĂ©. Pense aux Ă©conomies que tu ferais si tu utilisais des moyens de transport alternatifs ou partagĂ©s. Au-delĂ  des transports alternatifs, tu te rends compte du nombre d’heures que tu dois travailler pour payer une voiture ? Certes, la voiture est plus rapide, mais seulement Ă  des moments prĂ©cis. Tu ne vis pas sur l’autoroute Ă  ce que je sache ? En supposant une consommation d’énergie de cinquante centimes par kilomĂštre, on doit non seulement conduire pendant une demi-heure pour parcourir les trente kilomĂštres, mais aussi travailler pendant une heure et demie pour gagner les quinze euros pour couvrir les frais de ce trajet. Au total, on consacre deux heures pour parcourir trente kilomĂštres en voiture. Tu te rends compte ? Jaurel prenant le temps de cogiter sur ce que son pĂšre vient de lui dire, finit par cĂ©der.

— OK, on prendra le vĂ©lo.

Chapitre 2 : Le trajet

L’un des vĂ©los d’AndrĂ© est en trĂšs bon Ă©tat et l’autre demande une petite touche de Il est onze heures quand les deux partent de la maison. Le rĂ©seau de pistes cyclables a Ă©tĂ© grandement amĂ©liorĂ© et sĂ©curisĂ© aprĂšs l’inondation de 2026. Les riverains touchĂ©s par l’inondation ont souhaitĂ© rĂ©duire l’impermĂ©abilisation des sols en amĂ©liorant le rĂ©seau cyclable. La piste vers la plage est pittoresque, bordĂ©e de champs verdoyants et de maisons colorĂ©es, promettant une belle journĂ©e.

Cependant, aprĂšs vingt-cinq minutes de route, la pluie annoncĂ©e par les prĂ©visions mĂ©tĂ©orologiques s’invita.

— La pluie n’est pas un obstacle ! s’exclame AndrĂ©. D’autant plus que la chaussĂ©e n’est pas glissante et le faible vent permet de poursuivre ce trajet Ă  vĂ©lo. D’ailleurs, les grands tours sont rarement perturbĂ©es par la pluie.

On aurait dit un gĂ©nĂ©ral d’armĂ©e galvanisant ses troupes. L’intensitĂ© de la pluie et celle du vent augmentent soudain. En un laps de temps, la visibilitĂ© se rĂ©duit Ă  tel point que Jaurel Ă  du mal Ă  voir son pĂšre qui se trouve Ă  cinq mĂštres devant lui. Ces conditions les obligent Ă  stopper loin de toute habitation et Ă  s’abriter sous un arbre. D’un air stupĂ©fait, Jaurel interpelle son pĂšre :

— C’est Ă  n’y plus rien comprendre, ce temps ! Les prĂ©visions mĂ©tĂ©o ne servent plus Ă  rien !

— Le rĂ©chauffement climatique, malheureusement. Ça me rappelle l’inondation, je suis un peu inquiet pour ta mĂšre.

— Nous sommes Ă  mi-chemin, la pluie va nous ralentir, mais nous pouvons ĂȘtre rentrĂ©s dans une heure et demie Ă  vue de nez.

— Pas sĂ»r que ce soit une bonne idĂ©e, nous risquons d’ĂȘtre emportĂ©s avec toute cette eau. Je dois bien l’avouer, je n’ai pas d’autres solutions pour rentrer.

— Si j’avais su, je t’aurais forcĂ© Ă  prendre la voiture. Nous aurions pu arriver plus rapidement auprĂšs de maman.

— MĂȘme s’il nous arrive des problĂšmes, le principal, c’est d’avancer, de se poser les bonnes questions. Quoi qu’il arrive, on ne doit pas abandonner ! Je pense qu’on peut inventer une application pour fournir des informations sur la mĂ©tĂ©o, la qualitĂ© de l’air, etc. pour les cyclistes. Combiner high-tech et low-tech afin de favoriser le low-tech, c’est acceptable non ?

— Eh bien non ! L’application donnera les mĂȘmes mauvais rĂ©sultats que le site de la mĂ©tĂ©o ! C’est du solutionnisme technologique, ton affaire, rien d’autre !

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La nouvelle #solarpunk du jour : « Bunkertech Â»

Pour la deuxiĂšme fois, Framasoft participe, au sein de l’UniversitĂ© de Technologie de CompiĂšgne (UTC), Ă  une semaine de cours sur le thĂšme des lowtechs et du Solarpunk.

Les Ă©tudiant⋅es ont pour mission d’écrire (sans se faire aider par l’I.A. !) des nouvelles dans cet univers, qui sont publiĂ©es ici et participeront Ă  un concours organisĂ© par Low-Tech Journal. Ces nouvelles ont Ă©tĂ© lues en direct sur la radio indĂ©pendante Graf’Hit. La lecture de cette nouvelle est Ă©coutable ici :

Aujourd’hui, suivons les aventures d’un contrĂŽleur des ressources dans un bunker oĂč deux populations cohabitent tant bien que mal


Bunkertech

Auteur·rices : Elsa MENUGE, Alexandre MERIMEE, Ness noĂ© MOUSSOYI, RaphaĂ«l P., Quentin CEYSSON, Guillaume BERLINERBLAU

Ce document est disponible sous licence CC-BY-SA.

Nous sommes en 2042, cela fait environ 5860j-3h-35min que nous habitons dans un ancien bunker. Une pandĂ©mie volatile a touchĂ© la Terre dĂ©cimant 99.8 % de la population. Le bunker est sĂ©parĂ© en deux factions. Les lowtech se nourrissent essentiellement de lĂ©gumes et optimisent leur utilisation d’électricitĂ©. Tandis que les hightech se nourrissent d’aliments lyophilisĂ©s et se concentrent dans le stockage d’énergie Ă©lectrique. Les lowtech veillent pendant que les hightech dorment et inversement. Cela a Ă©tĂ© mis en place pour rĂ©duire le flux de mouvement dans le bunker. Je suis le contrĂŽleur des ressources du bunker, c’est pourquoi je rencontre souvent les deux factions. Malheureusement, cela fait deux semaines qu’une rumeur sur une mystĂ©rieuse maladie sĂ©vit.

La participation de Dominique et Bobby, qui appartiennent à la faction hightech, a été souhaitée par Odin, le chancelier. Je dois donc les réveiller


— Je suis crevĂ©, Jarvis. J’ai dormi Ă  peine deux heures ! Appelle les gueux plutĂŽt que nous ! s’exclame Bobby commençant Ă  suer Ă  peine sorti de son lit.

— Cela doit ĂȘtre sĂ©rieux si nous sommes convoquĂ©s sur l’horaire des pĂ©cores, soupire Dominique en sortant doucement de sa demeure.

Je les accompagne dans la salle de contrĂŽle oĂč se trouvent dĂ©jĂ  des membres de la faction lowtech.

— Que se passe-t-il ici ? s’interroge Arthur.

— J’aimerais bien le savoir aussi. Qui ĂȘtes-vous ? rĂ©pond Dominique en les pointant avec sa canne.

— Arthur, chef de la faction lowtech. Vous ĂȘtes ? dit Arthur, le menton relevĂ©, la moustache agressive.

— Oh, on se retrouve avec les clodos ! Je suis Dominique, le responsable de la faction hightech, dit celui-ci en bĂątonnant le sol.

Je ressens l’électricitĂ© dans l’air. Soudain, la voix d’Odin retentit l depuis les haut-parleurs.

— Bonsoir Ă  tous. Je vous ai rĂ©unis aujourd’hui, car la filtration de l’air est dĂ©faillante. La santĂ© de la population est en danger. Dix occupants du bunker sont victimes d’une maladie semblable Ă  l’épidĂ©mie qui fait rage Ă  l’extĂ©rieur. Le taux de contamination de l’air augmente. Vous devez trouver une solution. La survie de tout le monde en dĂ©pend.

Il a le toupet d’inventer un retour de l’épidĂ©mie alors que selon mes sources, l’air est de bonne qualitĂ© et il n’y a mĂȘme pas de malade. En plus, cela fait environ 2680j que l’air extĂ©rieur est redevenu sain !

— Hum, le systĂšme de filtrage de l’air, il se situe oĂč dĂ©jĂ  ? demande Dominique.

— Il se trouve dans les canalisations, papy
 au niveau -10, prùs des machines pressurisant et filtrant l’eau.

— Allons voir, pour comprendre ce qui a bien pu se passer. Et mĂȘme si l’idĂ©e ne me plaĂźt guĂšre, les gueux doivent nous accompagner.

Je vois Charlie se tourner vers Arthur.

— Chef, je ne veux pas travailler avec des incapables, mais ça m’a l’air sĂ©rieux. Des rumeurs parlent d’une maladie avec des symptĂŽmes Ă©tranges, dit-elle en s’en approchant.

— C’est vraiment inquiĂ©tant, plusieurs de nos compagnons ont fait des malaises ces derniers temps, dit Arthur, triturant sa moustache.

— Trouver une solution avec les hightech, jamais ! Tu sais trĂšs bien que je ne peux pas collaborer avec eux. Ces vieux ploucs sont des flemmards qui gaspillent nos prĂ©cieuses ressources.

— Ils n’ont qu’à crever dans leur coin !

— MAMMA MIA, quel culot ! Vous n’acceptez pas le progrĂšs et vivez comme au Moyen Âge ! s’exclame Bobby.

Soudain, la voix d’Odin rĂ©sonne dans toute la piĂšce.

— Silence ! J’ai besoin de chacune de vos compĂ©tences. La rĂ©solution du problĂšme est urgente.

Toute l’équipe dĂ©cide de se rendre dans la salle de filtrage d’air en grommelant. Avant de les rejoindre, je dĂ©cide de m’adresser Ă  Odin seul Ă  seul :

— ODIN ! Tu te fous de tout le monde ? Tu cherches Ă  rĂ©concilier ces deux factions alors que depuis le dĂ©but tu ne fais qu’amplifier leur haine !

— TU MENS ! Je les ai sĂ©parĂ©s pour rĂ©duire l’encombrement du bunker.

— Quelle bonne blague ! Tu les forces Ă  faire du sport pour produire de l’électricitĂ©, comme des hamsters ! Juste pour alimenter ton serveur ! En plus, ils font ça en pensant fournir des ressources Ă  l’autre faction. En y repensant c’est sĂ»rement la cause de tous ces malaises. Comment peux-tu prĂ©tendre ne pas vouloir les diviser ?

AgacĂ© par son comportement, je sors de la piĂšce pour rejoindre les Ă©quipes. Le couinement de l’une de mes roulettes gĂąche un peu l’effet dramatique, mais tant pis.

On sort du monte-charge au niveau -10. Les yeux de Charlie s’écarquillent, Ă©merveillĂ©s par la tuyauterie faisant fonctionner l’ensemble du bunker, et dit devant l’impressionnante machine de filtrage :

— Chef, je ne comprends rien à toute cette technologie.

AprĂšs avoir diagnostiquĂ© le systĂšme de filtrage grĂące Ă  ses lunettes SDM, Bobby conclut :

— On n’a plus assez d’énergie pour alimenter cet Ă©quipement vĂ©tuste.

— Tout ça Ă  cause de vos inventions hyper Ă©nergivores, souligne Arthur. Il faudrait rationner le rĂ©seau Ă©lectrique qui passe par les ateliers des hightech.

— Non, on ne changera pas nos ateliers. On en a besoin pour stocker l’électricitĂ© produisant nos nourritures lyophilisĂ©es, et puis vous utilisez aussi notre Ă©nergie pour faire pousser vos graines. Il faudrait passer par les fermes des lowtech en rĂ©duisant l’utilisation de lampes Ă  UV. De toute façon, votre soja est immangeable ! fait remarquer Dominique.

— Je ne vous permets pas de dĂ©nigrer notre soja ! Il est tellement plus savoureux que la poudre qui vous sert de nourriture, s’exclame Charlie.

Cela fait 2j-5h-45min que la tension entre les deux factions ne cesse d’augmenter, je ne sais plus oĂč donner de la tĂȘte


— Je vous retrouve aujourd’hui puisqu’il y a 10 % des occupants qui sont atteints de la maladie. Il n’y aura bientĂŽt plus de place pour tous les placer en quarantaine. DĂ©pĂȘchez-vous de rĂ©soudre le problĂšme, la solution ne va pas se trouver toute seule ! presse Odin.

Il n’arrĂȘte pas d’inventer des mensonges et s’il continue, les factions vont s’en rendre compte


— Bon ! Pour voir quel est le problĂšme, j’ai ramenĂ© notre plan des installations Ă©lectriques, informe Arthur.

— Votre carte est pourrie ! Elle n’est mĂȘme pas Ă  jour
 rĂ©torque Bobby.

— Effectivement, soupire Dominique. Bobby, pose tes lunettes SDM et montre à ces gueux le vrai plan.

MĂȘme mentir, Odin ne sait pas le faire
 Il a donnĂ© deux mauvaises cartes complĂštement diffĂ©rentes. Il est vraiment minable
 Je vais les aider :

— HĂ©, ho, hĂ©, ho, je dĂ©tecte une anomalie au niveau -10 au quartier C5, suivez-moi.

Illustration « Stairs lit with colorful neon lights inside a corridor of the Atomium in Brussels Belgium Â» par Basile Morin (CC By Sa 4.0)

— Enfin arrivĂ©s ! braille Bobby. C’est un putain de labyrinthe !

— Mais qu’est ce que c’est que ce bordel ! crie Charlie. Je n’ai jamais vu cet escalier !

J’ai fait une bourde
 Ils vont arriver devant cette fameuse porte.

— Utilisons notre bonne vieille mĂ©thode pour enfoncer une porte : un bĂ©lier, propose Arthur.

Je vois quatre regards se tourner vers moi
 Je vais prendre cher
 Des mains saisissent ma carcasse. Soudain, mon front rencontre dix fois la porte violemment.

— AAAAH ! MON DOS ! Mon dos est bloquĂ© ! hurle Dominique.

— Euh, je ne sais pas si vous avez vu, mais regardez juste en haut, il y a un actionneur ! informe Charlie.

— Tu nous auras servi à rien, Jarvis, rigole Arthur.

Une fois la porte ouverte grĂące Ă  la canne de Dominique, je vois leur visage se figer. La salle est remplie de serveurs. Au centre se trouve un Ă©norme Ă©cran Ă©tiquetĂ© 0D1. IntriguĂ©e, l’équipe s’avance. Cependant, des lasers leur bloquent le passage. Charlie dĂ©chire son manteau pour fabriquer une fronde de fortune. Elle prend sur le sol une roulette que j’ai perdue et neutralise le systĂšme. En se rapprochant de l’écran, des indicateurs de qualitĂ© de l’air apparaissent, l’extĂ©rieur est donc vivable.

Cela fait maintenant 254j-7h-17min que l’HumanitĂ© a recommencĂ© Ă  vivre Ă  la surface. Les deux factions vivent maintenant en harmonie, combinant leur savoir-faire. Elles ont dĂ©cidĂ© de restreindre le dĂ©veloppement de technologies autonomes. Ces derniĂšres sont plus responsables, comportent des piĂšces recyclĂ©es d’Odin et des autres machines. Quant Ă  moi, ma technologie devenant inutile, j’ai dĂ©cidĂ© de me dĂ©sactiver pour faire place Ă  une nouvelle gĂ©nĂ©ration.

# mysql -u root -p -e 'drop database JRVS' && shutdown -H now

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La nouvelle #solarpunk du jour : « Qu’ai-je fait ? Â»

Pour la deuxiĂšme fois, Framasoft participe, au sein de l’UniversitĂ© de Technologie de CompiĂšgne (UTC), Ă  une semaine de cours sur le thĂšme des lowtechs et du Solarpunk.

Les Ă©tudiant⋅es ont pour mission d’écrire (sans se faire aider par l’I.A. !) des nouvelles dans cet univers, qui sont publiĂ©es ici et participeront Ă  un concours organisĂ© par Low-Tech Journal. Ces nouvelles ont Ă©tĂ© lues en direct sur la radio indĂ©pendante Graf’Hit. La lecture de cette nouvelle est Ă©coutable ici :

Aujourd’hui, nous allons suivre une hĂ©roĂŻne amnĂ©sique dĂ©couvrir une Ă©trange citĂ© apparemment idĂ©ale
 mais oĂč une Ă©trange atmosphĂšre rĂšgne.

Qu’ai-je fait ?

Auteur·rices : Marie, Apolline, Jade, Anatole, Ombeline, Agathe

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Partie 1 : Le rĂ©veil

Tout le monde court autour de moi. J’essaye de bouger, de courir, mais je suis tĂ©tanisĂ©e. Je cherche des visages familiers parmi la foule, mais tout va trop vite. Les battements de mon cƓur rĂ©sonnent et le sang afflue dans mes tempes, brouillant mes sens. Je sens une main familiĂšre sur mon Ă©paule :

— Mais
 qu’est-ce que tu as fait ?

J’ai chaud. L’odeur de soufre me brĂ»le les sinus. J’ouvre les yeux, les mains encore tremblantes.

— Encore ce rĂȘve.., dis-je en me levant.

Depuis maintenant cinq jours, j’erre seule dans ce dĂ©sert de dĂ©chets. J’ai le ventre tiraillĂ© par la faim et la gorge sĂšche Ă  cause du manque d’eau. J’avance sans but, me nourrissant de conserves trouvĂ©es dans des supermarchĂ©s laissĂ©s Ă  l’abandon. Je me dirige maintenant vers le nord, restant Ă  l’affĂ»t du moindre bruit autour de moi. Je ne me sens pas Ă  ma place dans cet environnement hostile. Tout Ă  coup, j’entends un craquement derriĂšre moi. Je me retourne vivement et aperçois des enfants cachĂ©s derriĂšre les montagnes de dĂ©tritus. Ils m’observent en rigolant :

— Bonjour
 ? commencĂ©-je en m’approchant. Vous ĂȘtes du coin ? Vous savez


Sans me laisser finir, les enfants se mettent Ă  courir. Ils sont les seules personnes que je rencontre depuis que je me suis perdue, et sont sĂ»rement ma seule porte de sortie. ÉpuisĂ©e, je fais alors appel Ă  mes derniĂšres forces pour partir Ă  leur poursuite. Ils courent plus vite que moi, et je peine Ă  les suivre. Soudain, je me revois Ă  l’époque de ma propre enfance faisant des courses poursuites avec mes amis dans les rues de la ville. Le vent soulĂšve mes cheveux et me ramĂšne Ă  la rĂ©alitĂ©. Cette vie-lĂ  n’est plus la mienne aujourd’hui. Je reprends mon souffle pĂ©niblement, et cherche des yeux les enfants. J’aperçois une foule qui s’éloigne. Je suis Ă  bout de force, mais je ressens quelque chose que je pensais avoir perdu : l’espoir. Je puise dans mes derniĂšres ressources. Je me faufile dans cette masse et suis le mouvement, ne voulant pas me faire remarquer. Au loin, les contours d’une ville se dessinent. Je me surprends Ă  sentir des parfums familiers. Encore quelques pas et j’arrive enfin dans cette citĂ© inconnue.

Partie 2 : La dĂ©couverte d’un nouveau monde

J’ai l’impression d’entrer dans une civilisation qui ne ressemble Ă  rien que je connais. Je dĂ©cide de sortir de la foule agitĂ©e. J’emprunte une petite rue dĂ©serte et m’adosse contre un mur afin de reprendre mon souffle. Les lumiĂšres commencent Ă  tourner autour de moi, je sens mes yeux se fermer et mon corps s’alourdir. Alors que je commence Ă  m’évanouir, j’entends : « viens avec moi, il faut que tu manges Â».

Je dĂ©cide de suivre cette voix grave qui m’est inconnue. Une main m’incite Ă  m’asseoir puis me donne de la nourriture. Je reprends peu Ă  peu mes esprits et vois alors l’homme qui m’a amenĂ©e ici. Il doit avoir une cinquantaine d’annĂ©es, les cheveux blancs, quelques rides, assez grand, d’une stature imposante et avec un regard perçant.

— Merci, merci pour votre aide
 Je m’appelle Jaamao, balbutiĂ©-je.

— MaĂ«l. Tu viens pas d’ici toi. J’me trompe ?

— Je
 pardon, je vais vous laisser, dis-je alors que la peur que l’on me renvoie dehors s’éveille en moi.

— Tu peux rester.

AprĂšs quelques jours de repos, je retrouve assez d’énergie pour aider MaĂ«l dans les tĂąches quotidiennes. Un matin, alors que je le rejoins pour notre petit dĂ©jeuner habituel, il me lance :

— Ă‡a va, aujourd’hui ?

— Je me sens bien mieux, merci !

— Et ta mĂ©moire ?

— Rien pour le moment
 Je ne comprends toujours pas comment je me suis retrouvĂ©e dehors. Le seul souvenir qu’il me reste est cet horrible cauchemar qui ne me quitte pas.

AprĂšs une pause Ă  regarder sa tasse de thĂ©, MaĂ«l prend une dĂ©cision :

— Avale vite ton p’tit dĂšj’. On visite la ville aujourd’hui.

Il me conduit dans un dĂ©dale de rues et de jardins qui s’entremĂȘlent. Les odeurs de menthe et de persil montent jusqu’à mes narines et se mĂ©langent Ă  celles des lĂ©gumes grillĂ©s, de l’autre cĂŽtĂ© de la rue. Une brise lĂ©gĂšre souffle, qui adoucit la chaleur accablante ; les feuilles dansent et s’agitent en rythme. Je profite de ce nouveau paysage et reprends plaisir Ă  entendre la foule calme Ă©voluer autour de moi. Cependant, je remarque que certaines personnes me regardent attentivement. Je me tourne vers MaĂ«l :

— J’aime beaucoup cette ville ! Tout le monde a l’air si gentil
 mais certains me dĂ©visagent.

— Tes yeux, me rĂ©pond-il brusquement Ă  voix basse. Les yeux vairons sont rares ici. La derniĂšre fois qu’on en a vus, il paraĂźt que des catastrophes sont arrivĂ©es.

Il me tend discrĂštement une paire de lunettes de soleil que je m’empresse de porter. Confuse, j’essaye de soutirer plus d’informations, mais MaĂ«l fait mine de ne pas m’entendre et continue sa route. Il m’explique l’organisation de cette citĂ© rĂ©adaptĂ©e. Nous retournons Ă  l’endroit oĂč il m’a amenĂ©e le jour de mon arrivĂ©e : l’espace de rassemblement pour les repas. La nourriture qui y est servie provient d’élevages et de cultures raisonnĂ©es que les habitants pratiquent au sein mĂȘme de la ville. Je dĂ©couvre ensuite la zone rĂ©sidentielle, oĂč un logement est attribuĂ© Ă  chaque famille, contenant le strict minimum pour se reposer. Les habitations sont organisĂ©es autour de zones communes, de nombreux parcs et espaces de jeux entourent les immeubles jusqu’aux Ă©coles, bibliothĂšques et magasins de premiĂšre nĂ©cessitĂ©. La ville contient Ă©galement un espace spĂ©cialisĂ© pour les soins avec un centre hospitalier. MaĂ«l m’explique que l’usage des mĂ©dicaments a fortement diminuĂ©, au profit de soins plus doux et plus naturels.

— C’est trĂšs Ă©trange, tout ce que je dĂ©couvre est si diffĂ©rent, si ordonnĂ© et si rĂ©flĂ©chi par rapport au peu de souvenirs qu’il me reste du monde d’avant.

— On ne surproduit plus. T’as vu comment c’était dehors. Trop polluĂ©. Trop sale.

— Comment ?

— On revalorise, on composte, on traite, on rĂ©utilise.

Je remarque des panneaux solaires et des Ă©oliennes disposĂ©s sur le haut des bĂątiments. Je sais que cela permet Ă  cette citĂ© d’ĂȘtre autonome, cependant je ne parviens pas Ă  expliquer comment je peux ĂȘtre si sĂ»re de moi. Perdue dans mes pensĂ©es, j’entends Ă  peine MaĂ«l qui me parle :

— â€Š ta visite. Jaamao ?
Je tourne la tĂȘte vers lui.
— Tu apprĂ©cies ta visite ? reprend-il.
— C’est beau, bredouillĂ©-je.
— On travaille dur pour ça. Mais c’est pas parfait.

Sur ces mots, il se retourne, dĂ©signant un semblant de puits dans le sol partiellement rebouchĂ©. Cet endroit me rappelle l’extĂ©rieur de la ville : « Et dire que le changement climatique ne prĂ©occupait personne
 Â», me dis-je.

— Il n’y a pas d’eau ?

— C’est le problĂšme de notre quartier. Il y a six quartiers dans la ville, chacun gĂ©rĂ© de maniĂšre autonome. Sauf qu’on manque tous d’au moins une ressource. À cause de ça, on est dĂ©pendants les uns des autres. Par exemple, dit-il en pointant le Nord, le quartier Delfino n’a quasiment aucune culture Ă  cause du sol polluĂ©. Carlingo ne possĂšde pas de systĂšme de recyclage des dĂ©chets. Et chez nous, c’est l’eau.

— Je trouve ça bien que vous arriviez Ă  ĂȘtre en connexion avec les autres, remarquĂ©-je surprise que MaĂ«l m’explique autant de choses.

— Oui
 dans l’idĂ©e. Mais y’a pas assez d’échanges, on a du mal Ă  parler
 Il y a toujours des rivalitĂ©s Ă  deux balles entre les quartiers.

Sur ces mots, MaĂ«l soupire, et la ride sur son front se creuse un peu plus, avant de poursuivre :

— Tu vas penser que je suis qu’un vieux rĂąleur. Mais c’est important qu’on s’entende bien. Il faut arriver Ă  se mettre d’accord sur nos lois et nos Ă©changes.

Comme il ne dĂ©taille pas plus, je lui demande alors :

— Comment vous faites ?

— Une fois par mois, les conseils de quartier se rĂ©unissent pour en parler. Mais une vraie dĂ©mocratie avec tous les citoyens ? C’est pas si facile, conclut-il.

Illustration basĂ©e sur « Alice Eyes Â» de audi_insperation (CC-By 2.0), modifiĂ©e par Ombeline

Partie 3 : « Qu’ai-je fait ? Â»

Nous avançons dans les rues sur le chemin du retour. Le soleil commence Ă  baisser, je dĂ©cide d’enlever mes lunettes.

— On va sur la place Luis Orogan. Elle est centrale Ă  notre quartier. Tu vas aimer.

Je commence Ă  sentir Ă  nouveau les regards sur moi. Des murmures se font entendre lorsque je passe devant certaines personnes.

— C’est la fille aux yeux vairons, non ?

— C’est elle !

— Elle est revenue !

— Elle va nous porter malheur


— Regardez ce qu’il s’est passĂ© la derniĂšre fois !

Les gens du quartier se sont agglutinĂ©s sur la place. Je me sens de plus en plus oppressĂ©e et commence Ă  voir trouble. Je cherche des visages familiers parmi la foule, mais tout va trop vite. Je sens une main familiĂšre sur mon Ă©paule :

— Mais
 Qu’est-ce que tu as fait ?

Le regard inquiet de MaĂ«l me transperce. Tout se met Ă  tourner autour de moi. Les souvenirs me frappent et un goĂ»t amer m’envahit. Je me souviens Ă  prĂ©sent : mon arrestation, mon exil
 Pourquoi tout le monde me rejette, s’éloigne de moi
 C’est de ma faute.

Quelques annĂ©es auparavant, nous avons Ă©tĂ© confrontĂ©s Ă  nos premiers gros problĂšmes d’accĂšs Ă  l’eau potable. J’ai cru pouvoir rĂ©soudre seule ce problĂšme en crĂ©ant une machine permettant de potabiliser les eaux rejetĂ©es. Les premiers tests ayant Ă©tĂ© rĂ©ussis, j’ai tentĂ© de crĂ©er une deuxiĂšme version, plus puissante, plus efficace, plus performante. Le conseil ne l’avait pas encore validĂ© mais je l’ai quand mĂȘme mise en place Ă  leur insu. Malheureusement, la fuite de l’un des composĂ©s chimiques a polluĂ© toute l’eau potable causant la mort de nombreuses personnes. Parmi eux, Gabi, mon meilleur ami.

En redĂ©couvrant, avec un regard neuf, le fonctionnement de cette ville, je rĂ©alise Ă  quel point j’ai Ă©tĂ© stupide. Je relĂšve la tĂȘte, les larmes aux yeux, et regarde les visages autour de moi :

— J’ai cru
 j’ai cru que je pouvais y arriver. Je voulais y arriver. Je ne vous demande pas de me pardonner. Je ne suis pas sĂ»re de pouvoir moi-mĂȘme.

Je cherche MaĂ«l du regard, et, la gorge nouĂ©e, je m’adresse Ă  lui :

— Je veux apprendre Ă  faire ce que tu fais. Je veux pouvoir apporter des choses ici, rattraper ce que j’ai dĂ©truit. Mais pas toute seule, plus toute seule. Je veux contribuer Ă  cette citĂ©, avec la communautĂ©. Est-ce que tu peux m’aider ?

"Solarpunk flag, blue diagonal" by @Starwall@radical.town is licensed under CC BY-SA 4.0.

Bonus : « Comment tout s’est effondrĂ© Â», le prĂ©quel

Les membres du groupe n’ont pas voulu s’arrĂȘter si vite et ont donc enchaĂźnĂ© avec la rĂ©daction d’une courte histoire complĂ©mentaire, qui raconte le fameux Ă©vĂ©nement qui a tout dĂ©clenché 

— Tu es sĂ»re que tu ne te prĂ©cipites pas trop ? Tu sais, le conseil n’avait vraiment pas l’air d’ĂȘtre partant pour mettre en place ta nouvelle invention.

— Oui, mais si on doit tout le temps attendre la validation du conseil, nous n’avancerons jamais !

Jaamao est convaincue que son invention pourrait nous sauver face Ă  la pĂ©nurie d’eau qui touche tout le quartier. Elle voit que je doute toujours de son idĂ©e :

— Gabi, fais-moi confiance ! La pompe reprend les eaux usĂ©es et les purifie grĂące Ă  l’ajout de fluoferonitrate. Tous les tests que nous avons rĂ©alisĂ©s montrent que ça va fonctionner ! J’en suis certaine ! Tu vas m’aider ?

Je la connais, Jaamao. Une fois qu’elle a une idĂ©e en tĂȘte il est difficile de la lui enlever. De toute façon, je vais l’aider. Je prĂ©fĂšre m’assurer que tout se dĂ©roule bien plutĂŽt que de la laisser faire cela seule.

— Tu veux mettre en place la machine quand ? demandĂ©-je.

— On peut le faire ce soir, quand tout le monde sera couchĂ©. Demain, c’est la fĂȘte du quartier, ce sera l’occasion rĂȘvĂ©e de montrer que le conseil avait tort de ne pas me faire confiance.

AprĂšs nous ĂȘtre mis d’accord sur les diffĂ©rents dĂ©tails pour l’installation, nous nous retrouvons Ă  la tombĂ©e de la nuit quand seul le bruit d’un hibou rompt le calme pesant. Nous entrons dans le centre de traitement des eaux usĂ©es et Jaamao y branche sa pompe de purification. Je me positionne pour faire le guet devant la porte, je ressens presque l’envie que quelqu’un nous interrompe et que tout cela tombe Ă  l’eau. Mais il n’y a plus personne dans les rues, Ă  cette heure. Jaamao termine rapidement sa manipulation et nous repartons tout aussi vite. Nous nous quittons aprĂšs nous ĂȘtre donnĂ© rendez-vous Ă  la fĂȘte du quartier.

Le lendemain, Jaamao et moi arrivons sur la place principale du quartier Luis Orogan. Des Ă©clats de rire percent Ă  travers la foule. Les odeurs des brochettes de champignons grillĂ©s me titillent les narines et rĂ©veillent mon appĂ©tit. La peur me tĂ©tanise et l’atmosphĂšre commence Ă  ĂȘtre de plus en plus pesante. Que se passera-t-il si un habitant se rend compte de ce que l’on a fait ?

Au fond de la place, prĂšs de la fontaine, les gens se servent en eau. Je prends alors un verre et je le bois entiĂšrement. L’eau a un lĂ©ger goĂ»t, mais rien d’alarmant. Toutes les eaux ont un goĂ»t.

— Alors ? Tu vois que mon invention Ă©tait nĂ©cessaire et fonctionne ! s’exclame Jaamao

Des bruits de toux commencent peu Ă  peu Ă  remplacer les rires, et mon cƓur se serre. Une femme s’effondre Ă  ma gauche. Encore une autre. Encore et encore. Les gens commencent Ă  paniquer et Ă  s’agiter. Tout le monde court autour de moi. Je vois Jaamao tĂ©tanisĂ©e. Elle cherche des visages familiers parmi la foule, mais tout va trop vite. Je transpire tellement. Que se passe-t-il ? Que m’arrive-t-il ? Je m’effondre, et me rattrape Ă  elle :

— Mais
 qu’est-ce que tu as fait ?

Les nouvelles du samedi 20:42

Pour achever cette semaine, deux nouvelles de 2042 concoctĂ©es avec amour par les participant⋅es des ateliers #solarpunk #UPLOAD de l’UniversitĂ© Technologique de CompiĂšgne (UTC).

En 2042, on rĂ©nove et on en profite pour faire autrement, que ce soit Ă  la ville ou Ă  la ferme !

Renaissance urbaine

Le soleil matinal traversait les grandes fenĂȘtres du cours d’urbanisme de Monsieur Marcel, plongeant la salle dans une lumiĂšre dorĂ©e. L’UniversitĂ© Upload, pionniĂšre dans l’éducation post-effondrement mondial, incarnait en 2042 un esprit de rĂ©silience et d’innovation. Ici, les Ă©tudiants apprenaient Ă  reconstruire un monde dĂ©chirĂ©, avec des principes de durabilitĂ© et d’indĂ©pendance.
Dans l’amphithĂ©Ăątre, Apu, un jeune homme au regard pensif originaire de Mumbai, Ă©tait scotchĂ© Ă  son cahier. Les pages racontaient son voyage depuis les rues de sa ville natale, oĂč il avait Ă©tĂ© tĂ©moin des impacts dĂ©vastateurs du changement climatique et de la surpopulation. Ces expĂ©riences l’avaient poussĂ© vers la quĂȘte de solutions Ă©cologiques simples mais efficaces.
À l’autre bout de la salle, Stella, une Ă©tudiante venant de The Line en Arabie Saoudite, analysait les schĂ©mas urbains projetĂ©s sur l’écran. Issue d’une rĂ©gion marquĂ©e par des avancĂ©es technologiques, elle croyait en la puissance des solutions high-tech pour façonner l’avenir.

La voix de Monsieur Marcel brisa le silence.
« Bienvenue dans notre cours d’urbanisme durable ! Aujourd’hui, nous explorerons les dĂ©fis de crĂ©er des espaces urbains indĂ©pendants et novateurs. Â»

Les regards d’Apu et Stella se croisĂšrent, marquant le dĂ©but d’une collaboration improbable.
Le cours de Marcel, mélangeant théorie et pratique, encourageait les étudiants à penser au-delà des limites conventionnelles.
« Dans un monde oĂč les ressources sont rares, nous devons ĂȘtre ingĂ©nieux Â» expliquait-il.
Son enseignement reflĂ©tait une philosophie qui valorisait l’équilibre entre la haute technologie et les approches low-tech.

Apu et Stella furent bientĂŽt amenĂ©s Ă  travailler ensemble sur un projet de rĂ©novation Ă©cologique pour les dortoirs dĂ©labrĂ©s de l’universitĂ©. Alors qu’ils s’asseyaient autour d’une table, Apu, animĂ© par la conviction que des solutions simples pouvaient avoir un impact majeur, commença Ă  partager son histoire.

« Stella, tu sais, Ă  Mumbai, j’ai vu comment des matĂ©riaux locaux simples peuvent faire une diffĂ©rence dans la vie quotidienne. Les briques en terre crue, par exemple, sont abondantes et peuvent ĂȘtre produites localement, rĂ©duisant ainsi notre empreinte carbone. Â»
Stella, initialement sceptique, Ă©couta attentivement les explications d’Apu tout en esquissant quelques notes sur son propre cahier.
« Les briques en terre crue peuvent ĂȘtre une alternative aux matĂ©riaux de construction conventionnels, Â» suggĂ©ra Apu, esquissant un plan sur son cahier. « Elles peuvent ĂȘtre produites localement, rĂ©duisant ainsi notre empreinte carbone. Â»
Stella rĂ©pondit :
« C’est intĂ©ressant, Apu, mais il faut voir au-delĂ  de la simplicitĂ©. Moi je verrais bien des panneaux solaire, des Ă©oliennes qui se fondent dans l’architecture, et l’utilisation de l’énergie hydraulique par exemple avec un barrage. J’ai mĂȘme pensĂ© Ă  utiliser le logiciel Heliodon pour simuler et visualiser le mouvement du soleil, et optimiser l’utilisation de la lumiĂšre solaire dans la conception des bĂątiments. On pourrait mĂȘme faire tourner le bĂątiment avec le soleil, cela pourrait le rendre presque auto-suffisant. Â»

« Refurbished with passive house components, kindergarten in Estonia Valga Â» by TĂ”nu Mauring is licensed under CC BY 2.0.

 

Apu, intrigué par la vision audacieuse de Stella, sourit tout en continuant à dessiner sur son cahier.
« Je vois oĂč tu veux en venir, Stella. Cependant, nous devons nous assurer que nos solutions sont rĂ©alistes et accessibles. Comment pouvons-nous intĂ©grer ces technologies de maniĂšre Ă  ce qu’elles soient durables et Ă  la portĂ©e de tous ? Â»

Stella réfléchit un moment avant de répondre.
« Imaginons un bĂątiment oĂč l’architecture et la technologie solaire s’entremĂȘlent. Des panneaux photovoltaĂŻques ne sont plus simplement installĂ©s sur les toits, mais font partie intĂ©grante des murs eux-mĂȘmes. Â»

Apu, leva les yeux de son cahier : « Tu veux dire, transformer littĂ©ralement les murs en sources d’énergie ? Â»

« Exactement ! Les façades des bĂątiments pourraient non seulement crĂ©er leur propre Ă©lectricitĂ© mais aussi devenir des Ă©lĂ©ments esthĂ©tiques. Cela pourrait redĂ©finir notre approche de l’architecture durable. Â»

« Je comprends. Les murs pourraient absorber l’énergie solaire tout au long de la journĂ©e, rĂ©duisant la dĂ©pendance aux Ă©nergies traditionnelles. Ça pourrait vraiment changer la donne. Â»

Stella acquiesça. « Et il y a plus. Si on intĂšgre intelligemment ces panneaux, on pourrait non seulement produire de l’énergie, mais aussi contrĂŽler l’éclairage naturel et la tempĂ©rature Ă  l’intĂ©rieur des bĂątiments. C’est comme donner vie aux murs ! Â»

À travers leur Ă©change Abu et Stella dĂ©couvraient le concept de bĂątiment passif. Une construction Ă©conome en Ă©nergie minimisant ses consommations.

Au fil du temps, les tensions entre Apu et Stella s’étaient apaisĂ©es, laissant place Ă  une amitiĂ© mutuelle et Ă  une comprĂ©hension commune. Leur projet prenait forme, et devenait un exemple de coexistence entre technologie avancĂ©e et mĂ©thodes traditionnelles. Stella et Apu, aprĂšs des heures de dĂ©bat passionnĂ© dans la salle de classe, dĂ©cidĂšrent qu’il Ă©tait temps de partager leur vision avec le reste de l’UniversitĂ© Upload.

En entrant dans l’Agora, ils furent accueillis par une mosaĂŻque de sons et de couleurs. Ce lieu, conçu comme un amphithĂ©Ăątre, Ă©tait un espace oĂč se mĂȘlaient tradition et innovation. Les piĂšces Ă©taient bondĂ©es d’étudiants issus de plusieurs horizons, dĂ©battant entre eux et partageant leur sondages d’opinion, tandis que le centre Ă©tait dominĂ© par une scĂšne circulaire.

Des groupes d’étudiants et de professeurs s’y rencontraient, discutant et partageant des idĂ©es. Au plafond, une structure de verre laissait filtrer la lumiĂšre naturelle, illuminant des jardins suspendus qui ajoutaient une touche de verdure Ă  l’environnement technologique.

Stella et Apu, impressionnĂ©s mais dĂ©terminĂ©s, se frayĂšrent un chemin Ă  travers la foule jusqu’à la scĂšne. Ils montĂšrent sur la scĂšne, sous les yeux curieux de leurs camarades. Apu prit la parole en premier, sa voix rĂ©sonnant dans l’amphithĂ©Ăątre :

« Chers amis, nous sommes ici pour partager une vision qui combine le meilleur de deux mondes
 Â»

Alors qu’ils prĂ©sentaient leur projet de rĂ©novation des dortoirs, combinant les briques en terre crue et les panneaux photovoltaĂŻques, un projecteur derriĂšre eux affichait des simulations 3D de leurs concepts. Leurs mots Ă©taient ponctuĂ©s par des images de dortoirs transformĂ©s, de murs qui captaient l’énergie solaire et de jardins verts sur les toits.

Leurs idĂ©es furent accueillies avec un mĂ©lange d’étonnement et d’admiration. Les Ă©tudiants autour d’eux commencĂšrent Ă  discuter, Ă  poser des questions, Ă  offrir des suggestions.

Ce jour-lĂ , Stella et Apu ne furent pas seulement des Ă©tudiants prĂ©sentant un projet. Ils Ă©taient les porte-paroles d’une nouvelle Ăšre, oĂč la technologie et la tradition pouvaient coexister pour crĂ©er un avenir durable.

Monsieur Marcel, dans sa derniÚre leçon, regarda ses étudiants avec fierté.
« Vous avez dĂ©montrĂ© que, mĂȘme dans un monde fragmentĂ©, l’unitĂ© des idĂ©es et le respect mutuel peuvent crĂ©er des espaces qui non seulement survivent mais prospĂšrent. Â»
Apu et Stella, autrefois aux idĂ©es opposĂ©es, avaient appris la valeur de l’écoute et de l’adaptation. Leurs efforts avaient non seulement rĂ©novĂ© les dortoirs, mais avaient aussi Ă©clairĂ© la voie vers un avenir urbain plus durable et inclusif.

Ce texte a Ă©tĂ© Ă©crit par : Vilela Noah, Diker Amin et Kechid Lyam. et co-Ă©crit par Numa Hell

Contenu soumis Ă  la licence CC-BY-SA 4.0

 

Bibliographie

Passoire thermique

DPE

 

BĂątiments passifs

Un bĂątiment passif est une construction Ă©conome en Ă©nergie, conçue pour minimiser la consommation de chauffage, de climatisation et de ventilation. Il intĂšgre une isolation thermique Ă©levĂ©e, une Ă©tanchĂ©itĂ© Ă  l’air, une ventilation contrĂŽlĂ©e, des sources d’énergie renouvelable, une orientation optimale, des fenĂȘtres Ă  haute performance et des matĂ©riaux Ă  faible empreinte carbone. L’objectif est de rĂ©duire la dĂ©pendance aux systĂšmes Ă©nergĂ©tiques conventionnels, contribuant ainsi Ă  la durabilitĂ© environnementale.

GUILLEMOT, Olivier. « Le bĂątiment passif, sans chauffage ou presque Â». XPair, 4 juillet 2019, https://conseils.xpair.com/actualite_experts/batiment-passif-sans-chauffage.htm

 

Conductivité thermique

Les caractéristiques physiques clés pour une bonne isolation thermique sont principalement une faible conductivité thermique et, dans certains cas, une bonne masse thermique.
Les matĂ©riaux traditionnels de façade comme la pierre et le bĂ©ton ont une bonne inertie thermique mais ne sont pas les meilleurs isolants thermiques. Ainsi, des systĂšmes d’isolation additionnels sont souvent utilisĂ©s en conjonction avec ces matĂ©riaux ( Exemple : Façade VentilĂ©e)

 

Logiciel Heliodon

C’est un logiciel qui permet d’étudier les trajets solaires en tout lieu de la surface terrestre et d’analyser l’incidence de la lumiĂšre solaire directe, ainsi que de la lumiĂšre diffuse du ciel, sur n’importe quelle construction ou zone urbaine, en tenant compte des obstructions produites par d’autres Ă©difices ou obstacles naturels. Heliodon 2 – UTeam. https://uteam.fr/offres/heliodon-2. ConsultĂ© le 16 janvier 2024.

 

Albédo

C’est le pouvoir rĂ©flĂ©chissant d’une surface, c’est-Ă -dire le rapport du flux d’énergie lumineuse rĂ©flĂ©chie au flux d’énergie lumineuse incidente. C’est une grandeur sans dimension.

« AlbĂ©do Â». WikipĂ©dia, 18 novembre 2023, https://fr.wikipedia.org/w/index.php?title=AlbĂ©do&oldid=209733578.

 

Lowtechisation

La low-tech désigne tout type de produits, de services, de procédés ou autres systÚmes permettant, via une transformation technique, organisationnelle et culturelle, le développement de nouveaux modÚles de société intégrant, dans leurs principes fondamentaux, les exigences de durabilité forte et de résilience collective

« Low-tech Â». WikipĂ©dia, 12 janvier 2024, https://fr.wikipedia.org/w/index.php?title=Low-tech&oldid=211451282.

 

Technosolutionnisme

C’est la confiance dans la technologie pour rĂ©soudre un problĂšme souvent crĂ©Ă© par des technologies antĂ©rieures. « Technosolutionnisme Â». WikipĂ©dia, 3 dĂ©cembre 2023, https://fr.wikipedia.org/w/index.php?title=Technosolutionnisme&oldid=210223957.

Earth 2050 : A glimpse into the future | Kaspersky. https://2050.earth/users/artem-khorchev. ConsultĂ© le 19 janvier 2024.


La réno pour les rollots

Pierrette, femme Ă©nergique et engagĂ©e, jongle entre son rĂŽle de mĂšre, son poste Ă  l’UPLOAD de CompiĂšgne et son engagement pour un mode de vie durable. RĂ©sidant dans un Ă©coquartier, elle apprĂ©cie chaque jour la nature environnante, se dĂ©plaçant en vĂ©lo cargo pour rĂ©duire son empreinte Ă©cologique. Chaque matin, Ă  8h20, elle dĂ©pose ses enfants, LĂ©o et LĂ©a, Ă  la Maison d’Assistantes Maternelles (MAM) de l’écoquartier, avant de se rendre Ă  son travail.

Son bureau Ă  l’UniversitĂ©, un espace ouvert vĂ©gĂ©talisĂ©, reflĂšte ses convictions Ă©cologiques profondes. Responsable de projets depuis 14 ans, Pierrette est au cƓur de l’innovation en matiĂšre de dĂ©veloppement durable. Elle doit sĂ©lectionner des sujets d’étude qui permettent aux Ă©tudiants d’acquĂ©rir des connaissances tout en rendant service Ă  la communautĂ© locale. Ces projets gĂ©nĂšrent Ă©galement des fonds pour le fonctionnement de l’universitĂ©.

Le 2 octobre 2042, aprĂšs son arrivĂ©e au bureau, Pierrette consulte la plateforme Viv’Compi, une instance locale de Mastodon qui hĂ©berge les appels d’offres des habitants de CompiĂšgne. Parmi eux, l’appel de JoĂ«l Dumasil, exploitant agricole spĂ©cialisĂ© dans l’élevage de bovins, retient son attention. Il souhaite rĂ©nover un vieux corps de ferme pour crĂ©er un espace de stockage et de vente, promouvant ainsi le circuit court pour ses produits. IntriguĂ©e par cette initiative locale et Ă©cologique, Pierrette dĂ©cide de le contacter.

— AllĂŽ, bonjour. Ici Pierrette ChĂ©nier, responsable projet Ă  l’universitĂ© UPLOAD. Je vous contacte suite au message que vous avez postĂ© pour la rĂ©novation de votre corps de ferme. Pouvez-vous m’en dire un peu plus ?

— Bonjour M’dame. Ouais je suis fermier. J’veux refaire mon vieux corps de ferme. Comme la nouvelle boutique de vente de produit laitier à Creil là.

— Oui
 je vois
 mais quel genre de produits laitiers envisagez-vous de vendre ?

— Euh ben, je suis dans l’élevage bovin et la production de lait. Mais ça devient dur et j’aimerais bien transformer une partie de mon vieux corps de ferme en un endroit sympa oĂč les gens pourront acheter du fromage, du lait frais et du maroilles ou d’la tome au cidre.

En plus de tout cas, j’prĂ©vois aussi d’avoir un coin pour avoir du stock Tout ça, pour mettre en place du circuit court. Ça m’permettrait aussi de vendre les rollots que j’fais Ă  plus juste prix.

— TrĂšs bien, c’est un projet qui conviendra bien Ă  nos Ă©tudiants en derniĂšre annĂ©e, ils pourront voir ça avec vous dĂšs le


Joël coupe la parole brutalement à Pierrette.

— Je t’arrĂȘte tout de suite m’dame, j’pense pas que ce genre de projet puisse ĂȘtre confiĂ© Ă  des gamins Ă©tudiants. Faut des tĂȘtes bien pleines, des gens qui savent faire des calculs de structure, thermique et autres. J’ai pas envie que mon bĂątiment tombe sur la tĂȘte des clients ou que mes fromages tournent.

— Je comprends que vous soyez rĂ©ticent, mais je vous assure que nos Ă©tudiants sont encadrĂ©s par des enseignants compĂ©tents et professionnels. Nous avons ici Ă  l’universitĂ© des experts en conception de bĂątiments, au fait des derniĂšres normes de sĂ©curitĂ© alimentaire. Le mieux c’est que vous les rencontriez pour leur expliquer ce que vous souhaitez exactement, d’accord ?

— J’suis pas totalement convaincu, mais ça coĂ»te rien de se rencontrer. Quand est—ce qu’on pourrait avoir un rendez-vous ?

— Je vous propose de se rencontrer demain Ă  9h sur le site de l’universitĂ©.

— Trùs bien. À d’main.

Rollot de MarchĂ©lepot (Somme) Par Bycro — Travail personnel, CC BY-SA 4.0

 

Pierrette convoque ensuite Maxime dans son bureau pour prĂ©parer cette entrevue. C’est un Ă©lĂšve de cinquiĂšme annĂ©e, chef des projets de sa promo. TrĂšs apprĂ©ciĂ© par ses professeurs et ses camarades, il s’investit beaucoup dans la vie de son Ă©cole. Adepte de la course Ă  pied, il organise dĂšs qu’il le peut des courses caritatives pour venir en aide aux plus dĂ©munis.

— Bonjour Maxime, Dis-moi, nous avons un Ă©leveur qui veut transformer un vieux corps de ferme en espace de stockage et de vente en circuit court. Ce monsieur
 euh JoĂ«l Dumasil
 a de belles ambitions, mais ça nĂ©cessiterait une rĂ©novation complĂšte. C’est typiquement la taille de projet que tu peux encadrer, et ce serait une bonne initiative pour la certification de ton groupe.

— Merci ! Mais tout d’abord, je vĂ©rifierai la prĂ©sence d’amiante. Dans les constructions des annĂ©es 80, c’est frĂ©quent. Je suggĂšre de poser des questions spĂ©cifiques Ă  JoĂ«l sur ce point pour Ă©viter des complications coĂ»teuses.

— Bonne idĂ©e. Tu vois d’autres points importants Ă  Ă©tudier ?

— L’accessibilitĂ© est souvent nĂ©gligĂ©e, mais cela peut changer un projet. je vais voir ça avec des Ă©tudiants de 4e annĂ©e qui ont bossĂ© lĂ -dessus. On pourrait aussi dĂ©lĂ©guer certaines tĂąches aux Ă©tudiants de premiĂšre annĂ©e pour les impliquer davantage, et les heures supplĂ©mentaires compteront comme des TVO1 pour eux, ça devrait les motiver.

—  Parfait, s’exclame Pierrette. Alors rĂ©union ici demain avec notre Ă©leveur.

 

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Le lendemain, Pierrette a demandĂ© a dĂ©posĂ© LĂ©o et LĂ©a Ă  la MAM avant de se rendre dans la salle de rĂ©union. Au RER2 elle rĂ©cupĂšre du cafĂ© et quelques parts de moelleux aux pommes cuisinĂ© sur place pour le petit dĂ©jeuner des Ă©tudiants et de l’administration. Eh oui, Ă  l’UPLOAD, il y a des Ă©lĂšves qui savent pĂątisser en plus de cuisiner de succulentes ratatouilles avec les bons lĂ©gumes frais qu’ils cultivent.

Maxime arrive, il a eu un réveil un peu difficile et il apprécie le petit déjeuner.

— Eh bien hier soir Ă  l’internat, j’ai discutĂ© tard dans la nuit avec Kevin et on a parlĂ© de l’accessibilitĂ© du point de vente pour les personnes Ă  mobilitĂ© rĂ©duite (PMR). Sa petite sƓur s’est retrouvĂ©e en fauteuil roulant pendant une courte pĂ©riode. Il m’a expliquĂ© qu’avant il n’en avait pas conscience, mais que beaucoup d’endroits ne sont pas encore accessibles aux PMR. Je savais que les bĂątiments accueillant du public doivent se mettre « aux normes Â», mais je n’avais pas vraiment conscience de toutes les difficultĂ©s que ça entraĂźnait. Alors j’ai fait quelques recherches avec Solar’IA. C’est chouette cette intelligence artificielle une fois qu’on l’a en main ! J’ai gagnĂ© pas mal de temps pour pointer les trucs essentiels.

— J’ai par exemple dĂ©couvert que cette histoire d’accessibilitĂ© aux PMR Ă©tait rĂ©gi par une norme prĂ©cise, l’AFNOR NF P98-351. J’ai rĂ©ussi Ă  y accĂ©der depuis le portail de l’UPLOAD et j’ai pu la survoler pour me faire une petite idĂ©e de l’ampleur des exigences Ă  respecter. Heureusement pour moi qu’internet fonctionne entre 22h et 6h !

Bon, je vais aborder ce point en prioritĂ© avec lui, car ça peut changer toute la mobilitĂ© au sein des espaces. Par exemple, il faut, selon la norme, a minima des portes d’une largeur de 1,20m et ainsi qu’une rampe d’accĂšs inclinĂ©e Ă  5 % de cette mĂȘme largeur.

À cet instant, JoĂ«l, apprĂȘtĂ© pour l’occasion, franchit l’entrĂ©e de l’UPLOAD et Pierrette l’accueille.
— Vous ĂȘtes monsieur Dumasil ? C’est moi que vous avez eu au tĂ©lĂ©phone,
— EnchantĂ© M’dame, vous pouvez m’appeler JoĂ«l et me tutoyer.
— TrĂšs bien, j’essayerai d’y veiller. Je te prĂ©sente Maxime, un Ă©lĂšve de cinquiĂšme annĂ©e, il encadrera le projet.
Maxime lui tend une main qu’il espĂšre ferme et assurĂ©e :
— Bonjour monsieur, ravi de vous rencontrer !
JoĂ«l, lui rend une poignĂ©e de main vigoureuse :
— EnchantĂ© !
Pierrette les conduit dans un bureau et la discussion s’engage assez vite. MĂ©fiant, JoĂ«l ne peut se retenir de lancer Ă  Maxime :
— T’as pensĂ© Ă  l’amiante qu’il y a dans mon corps de ferme ?
Avec un sourire, Maxime le rassure :
— DĂšs la rĂ©ception de votre appel d’offre, nous avons pensĂ© Ă  sa potentielle prĂ©sence d’amiante dans votre bĂątiment, des Ă©tudiant⋅es de l’UPLOAD ont dĂ©jĂ  dĂ©samiantĂ© de vieux bĂątiments. Pouvez-vous me rappeler de quelle annĂ©e date le vĂŽtre ?

Maxime a son idĂ©e derriĂšre la tĂȘte, car il a dĂ©jĂ  fait un projet de rĂ©novation de bĂątiment. Il sait trĂšs bien que la poussiĂšre d’amiante est trĂšs fine et donc dangereuse pour les ĂȘtres vivants. Il explique donc le dĂ©tail Ă  JoĂ«l : un protocole trĂšs strict sera imposĂ©. Les ouvriers installeront une zone de sĂ©curitĂ© autour du bĂątiment et bĂącheront toutes les ouvertures afin de retenir la poussiĂšre. AprĂšs quoi l’équipe possĂ©dant les habilitations amiante SS3 et SS4 installera une cabine Ă  l’entrĂ©e du bĂątiment dans laquelle les ouvriers s’équiperont d’une combinaison intĂ©grale et de masques FFP3. Au final, les parties amiantĂ©es retirĂ©es seront mises en sacs Ă©tanches pour finir en centre d’enfouissement.

— Il a Ă©tĂ© construit dans les annĂ©es 80 par mon arriĂšre-grand-pĂšre. Il est en briques rouges, sur une dalle en bĂ©ton. J’peux te dire que ce bĂątiment a bien vĂ©cu, mon ami, tu l’verras Ă  l’état des murs qui s’affaissent sous l’poids de la toiture. Elle a pris la flotte, elle est percĂ©e de partout


Il s’interrompt, saisit un carnet dans sa poche et se met à chercher


— J’note tout pour rien oublier. Alors
 Bon j’suis pas embĂȘtant sur la maniĂšre de rĂ©aliser les travaux, mais j’veux rĂ©utiliser un maximum de matĂ©riaux pour que ça coĂ»te moins cher


— On est d’accord pour le recyclage et le rĂ©emploi des matĂ©riaux, enchaĂźne Maxime.

— Oui par exemple, j’ai une poutre porteuse dans l’hangar, je pense qu’avec les prix du bois de plus en plus chers, j’peux la rĂ©utiliser pour la structure. En plus Ă  vot’Radio Padakor ils ont dit, faut faire gaffe Ă  ça, peut y a voir des accidents


— Alors monsieur Dujardin c’est sans problĂšme pour certains Ă©lĂ©ments de votre bĂątiment, mais pour votre poutre ce n’est pas possible. Je suis dĂ©solĂ©, mais les assurances ne valident pas ça, par risque que les rĂ©sistances soient modifiĂ©es. Mais ne vous en faites pas, on va essayer de rĂ©utiliser au maximum vos matĂ©riaux. Par exemple, votre poutre, on pourrait en faire un comptoir pour le point de vente. Il suffirait de la scier correctement, de la poncer puis de la vernir.

— Ah mais, c’est que tu t’y connais bien finalement ! Si tu veux, j’ai quelques copains du temps oĂč j’étais Ă  l’école du bois, avant de reprendre la ferme de mon pĂšre
 J’peux te les prĂ©senter. C’est des experts en charpente, des as ces gars-lĂ . On pourrait les faire venir pour jeter un coup d’Ɠil Ă  la poutre et discuter des possibilitĂ©s de rĂ©novation.

JoĂ«l s’animait en parlant de ses souvenirs, Ă©voquant les compĂ©tences spĂ©cifiques de chacun et les projets rĂ©alisĂ©s dans leur centre de formation. Ses yeux brillaient Ă  l’évocation de ce qui avait Ă©tĂ© visiblement un formidable moment de sa vie.

— C’est des gars gĂ©niaux, passionnĂ©s par leur travail. Ce que j’adore chez eux c’est qu’ils travaillent localement, ils utilisent seulement le bois qui pousse dans l’Oise, il y a rien de tel que des rĂ©sineux, sapins ou Ă©picĂ©as. Et ils respectent les cycles : ils coupent uniquement des arbres matures et veillent Ă  en laisser suffisamment pour la rĂ©gĂ©nĂ©ration naturelle du domaine forestier
 SergueĂŻ, lui c’est mon meilleur pote. Il vient de Russie et il nous a montrĂ© des superbes techniques pour sculpter l’bois. J’me souviens il avait fait une colombe ou on voyait chaque plume, pour l’élu de son cƓur, AndrĂ©, et aujourd’hui ils ont adoptĂ© 2 enfants ! Que ça passe vite
 M’enfin, il pourrait sĂ»rement faire quelque chose d’original qu’on remarquerait directement en passant la porte de la boutique


Y’a aussi son associĂ© Stefano, charpentier de gĂ©nĂ©ration en gĂ©nĂ©ration. Si on a un doute, on pourra faire appel Ă  son pĂšre, Fabio, il est incollable. J’ai tout le matos dont on aura besoin Ă  la maison pour s’occuper de ça : un Ă©tabli, une scie circulaire robuste, une ponceuse et mĂȘme du vernis Ă©cologique, ça sera dĂ©jĂ  ça d’moins Ă  prĂ©voir dans le devis.

Photo pxhere.com licence CC0

 

Maxime, captivĂ© par ces aspects du projet, ajoute :

— On a aussi pensĂ© Ă  une idĂ©e pour attirer plus de monde. En installant des portes larges et un rampe d’accĂšs depuis un parking adaptĂ©, les personnes en fauteuil roulant pourraient profiter de vos produits. On ne va pas trop rentrer plus dans le dĂ©tail aujourd’hui, mais vous voyez l’idĂ©e. Je vais demander Ă  mes camarades compĂ©tents dans le domaine et on viendra directement Ă©valuer tous les travaux sur place. Vous ĂȘtes d’accord pour nous recevoir ?

— Alors lĂ  Maxime, ça me touche que tu penses tout de suite au handicap. J’suis si heureux de voir comme les mentalitĂ©s ont changĂ©, c’était pas si Ă©vident Ă  mon Ă©poque


Sinon, j’suis tous les jours à ma ferme, et si j’y suis pas, j’suis dans mon tracteur. Venez quand vous voulez, y’aura quelqu’un pour vous accueillir les bras grand ouverts.

Mais n’oublie pas que j’ai une limite de prix. C’est pas possible pour moi que les frais dĂ©passent mon budget. J’ai eu une gĂ©nĂ©reuse prime de l’agora de CrĂ©py-en-Valois pour rĂ©nover mon vieux bĂątiment mais j’pourrais pas ajouter des mille et des cents.

— JoĂ«l, intervient Pierrette, ne vous en faites pas trop pour le prix, nous respecterons votre budget. Je voudrais Ă©galement prĂ©ciser que nos Ă©tudiants interviendront uniquement dans la dĂ©construction-reconstruction du bĂąti et non pas dans l’amĂ©nagement proprement dit, il ne s’occuperont donc pas de la mise en place de votre matĂ©riel.

— Oui, ben Ă©videmment, j’m’occupe moi-mĂȘme du matos pour la fabrication du fromage.

— VoilĂ  ! Super, conclut Maxime, nous sommes d’accord
 Je vais m’occuper du recrutement puis nous conviendrons d’un crĂ©neau pour venir sur votre exploitation. Merci de votre venue.

JoĂ«l se lĂšve de sa chaise :
— Avec plaisir ! Maxime, par contre les prochaines fois, tutoie-moi, pas de gĂȘne entre nous gamin, on va travailler ensemble. Et merci Pierrette d’avoir pris le temps d’étudier mon projet.

Texte sous licence CC-BY-SA.
Autrices et auteurs : Gros Arthur, Pinabiaux Luka, Poirier AglaĂ©, RiviĂšre Auguste.

 

BIBLIOGRAPHIE

Réglementation autour du désamiantage

Une feuille de route pour le traitement des dĂ©chets amiantĂ©s, CGEDD CGE de l’économie et du dĂ©veloppement durable N° 013959-01, https://www.economie.gouv.fr/files/files/directions_services/cge/dechets-amiante.pdf
Amiot-Than-Trong Yvette. L’amiante. In : Droit et Ville, tome 46, 1998. pp. 213-222. DOI : https://doi.org/10.3406/drevi.1998.1479 https://persee.fr/doc/drevi_0396-4841_1998_num_46_1_1479

Contamination des sols par l’exploitation agricole

  • Cours / UTC / UB09 / ProcĂ©dĂ©s de traitement des polluantes dans les sols A23 (Edvina Lamy)
  • Vincent Chatellier. L’élevage bovin et l’environnement en France : le diagnostic justifie-t-il des alternatives techniques ?. Productions Animales, 2003, 16 (4), pp.231-249. ffhal-02678699ff (augmentation des teneurs en nitrates et en phosphore des eaux, Ă©mission de gaz Ă  effet de serre)

 

  • Norme AFNOR NF U 44 551, version Mai 2002. Supports de culture : DĂ©nominations, spĂ©cifications, marquage.
  • DĂ©construction : Cours / UTC / AP / Éco circulation P23 (Fabien Lamarque et Nathalie Molines)

AccĂšs PMR

Norme AFNOR NF P98-351, version AoĂ»t 2021. Cheminements — Insertion des personnes handicapĂ©es — Éveil de vigilance — CaractĂ©ristiques, essais et rĂšgles d’implantation des dispositifs podotactiles au sol d’éveil de vigilance Ă  l’usage des personnes aveugles ou malvoyantes

La nouvelle du vendredi 20:42

Chaque jour de cette semaine, Ă  20:42, une nouvelle de 2042 concoctĂ©e avec amour par les participant⋅es des ateliers #solarpunk #UPLOAD de l’UniversitĂ© Technologique de CompiĂšgne (UTC).
Aujourd’hui Ă  l’UPLOAD c’est la rentrĂ©e
 mais la sortie d’un bĂątiment « sĂ©curisĂ© Â» est problĂ©matique quand le rĂ©seau est intermittent


Un groupe reste confiné, parmi lequel un harceleur et sa victime


Un rĂ©seau d’émotions

Alors que les vacances se terminent, Candice angoisse Ă  l’idĂ©e de commencer des nouveaux cours avec des personnes qu’elle ne connaĂźt pas. Le lundi matin, elle arrive Ă  l’UPLOAD pour dĂ©couvrir son emploi du temps et assister Ă  une rĂ©union d’informations sur les cours qu’elle a choisis. En poussant la porte, la jeune fille tombe nez Ă  nez avec un Ă©tudiant dont le visage lui semble familier. En bonne introvertie qu’elle est, elle ne cherche pas pour autant Ă  commencer une conversation avec lui.

AprĂšs une heure de prĂ©sentation qui lui a paru interminable, elle se voit assigner trois camarades de TP pour le reste du semestre. Juste avant de quitter la salle le professeur les interpelle :
– Tous ceux qui ont des TP, n’oubliez pas d’aller chercher votre accrĂ©ditation pour accĂ©der au bĂątiment sĂ©curisĂ© ! Et avant vendredi !

Candice ressort de sa rentrĂ©e plutĂŽt satisfaite de la confĂ©rence malgrĂ© une certaine apprĂ©hension concernant ses camarades de TP et leur premier sujet. Elle sera vite fixĂ©e, son groupe a dĂ©cidĂ© de se retrouver le lundi suivant durant la pause du midi pour commencer leur travail. En attendant, elle continue d’y rĂ©flĂ©chir pendant qu’elle se dirige vers l’administration. C’est dans ce bĂątiment qu’elle pourra demander ses accĂšs aux salles dans lesquelles se dĂ©roulent les TP sensibles


Une fois arrivĂ©e, elle est emmenĂ©e devant un lecteur d’empreintes digitales. Candice comprend que les serrures du bĂątiment de TP sont biomĂ©triques, mais elle est Ă©tonnĂ©e par ces mesures de sĂ©curitĂ© qui lui paraissent dĂ©mesurĂ©es pour un simple projet Ă©tudiant. Est-ce vraiment nĂ©cessaire ? Et pourquoi ce processus est-il si diffĂ©rent de tous les autres, qu’elle commence Ă  bien connaĂźtre aprĂšs trois ans Ă  l’UPLOAD ?

De retour chez elle, Candice recommence Ă  rĂ©flĂ©chir au sujet de son premier TP. À premiĂšre vue, celui-ci lui semble incongru, mais elle n’a aucune connaissance en la matiĂšre qui lui permettrait de se forger vraiment un avis. AprĂšs plusieurs heures sans trouver le sommeil, elle dĂ©cide d’ouvrir l’ordinateur reconditionnĂ© que l’école lui a donnĂ© le jour mĂȘme et de se lancer dans des recherches pour en avoir le cƓur net. MalgrĂ© l’impĂ©ratif pĂ©dagogique, elle se sent coupable de taper « LSD Â» sur DuckDuckGo.

Une semaine aprĂšs la rentrĂ©e, le jour de la rencontre avec son groupe est enfin arrivĂ©. Comme Ă  son habitude, la jeune fille est en avance et attend devant le bĂątiment. Peu de temps aprĂšs, elle se fait interpeller par un grand garçon :
– Salut ! Tu dois ĂȘtre Candice. Moi, c’est Noah. Tu es en avance !
Timidement, Candice rĂ©pond :
– Oui.

Sans plus attendre, ils entrent dans le bùtiment. En prenant les escaliers, ils sont surpris par la couche de poussiÚre accumulée sur les marches.
– On voit qu’on revient des vacances, j’ai jamais vu le bĂątiment aussi dĂ©sert !
– C’est surtout qu’il n’y a plus beaucoup de projets dans le bĂątiment avec accrĂ©ditation. Moi, c’est mon premier par exemple. Tous mes cours jusqu’ici Ă©taient ouverts Ă  tous. J’imagine que presque plus personne ne vient ici.

Une fois Ă  leur Ă©tage, ils aperçoivent Adrien, qui a l’air agacĂ©. De l’autre bout du couloir, il leur lance :
– Vous savez vraiment pas respecter les horaires ! Vous avez cinq minutes de retard, on est dĂ©jĂ  Ă  la bourre sur le projet !
Noah lùve les yeux au ciel et ouvre la porte. En s’installant, il demande aux autres de ne pas fermer pour que le dernier retardataire puisse les rejoindre plus facilement.

Ne le voyant pas arriver, notre groupe dĂ©cide de commencer Ă  travailler. En premier lieu, ils lancent un petit tour de table. Les trois Ă©tudiants se prĂ©sentent chacun briĂšvement :
– Moi, je m’appelle Adrien, et je veux sortir major de ma promo. J’aime la richesse de la langue, c’est d’ailleurs pour ça que je suis dans l’association Eloc’UP.
– Je suis Noah, j’espùre que l’on va tous bien s’entendre pour le projet.
Candice se prĂ©sente Ă  son tour quand Dylan entre en trombe dans la salle et claque la porte, au grand mĂ©contentement d’Adrien.
– OH ! Tu es dĂ©jĂ  en retard, ne casse pas la porte au passage !
– T’en fais pas mec, elle en a vu d’autres.
Candice reconnaĂźt l’étudiant qu’elle a croisĂ© le premier jour et qui lui dit dĂ©cidĂ©ment quelque chose.

AprĂšs plus d’une heure de concentration Ă  Ă©tudier les Ă©chantillons de LSD, Dylan n’en peut plus. Il tente de relĂącher la pression avec une petite blague :
– Et si, aprĂšs avoir fini avec nos Ă©chantillons, on les testait ?
– Non mais tu es fou, c’est super dangereux ! Et puis on est lĂ  pour travailler, pas pour se faire un trip.
– Le LSD n’est pas forcĂ©ment dangereux, prĂ©cise Candice. J’ai un peu regardĂ© quand on nous a donnĂ© le sujet, il est aussi utilisĂ© dans des soins mĂ©dicaux, notamment pour rĂ©duire l’anxiĂ©tĂ© et diminuer la douleur chez certains malades. D’accord, il a Ă©tĂ© illĂ©gal pendant longtemps, mais maintenant il est autorisĂ© dans un cadre thĂ©rapeutique, et c’est trĂšs prometteur. C’est bien pour ça qu’on nous fait l’étudier Ă  l’UPLOAD.
– En plus, la molĂ©cule est synthĂ©tisĂ©e Ă  partir de cĂ©rĂ©ales donc ce n’est pas si dangereux. Vous mangez bien des cĂ©rĂ©ales tous les matins non ?
– Fais ce que tu veux, mais tu feras moins le malin quand tu seras pris de crises dĂ©lirantes et qu’il y aura pas d’ambulance Ă  hydrogĂšne disponible pour venir te chercher.

l'index d'une main est posé sur un boßtier qui scanne les empreintes digitales

« Integrated Corrections Operations Network (ICON II) Â» by BC Gov Photos is licensed under CC BY-NC-SA 2.0.

 

Quelques heures passent encore, sans plus aucune interruption. Une fois leur premiĂšre sĂ©rie d’expĂ©riences terminĂ©e, tous se dirigent vers la porte. Dylan pose son index sur le lecteur d’empreintes mais celui-ci s’allume en rouge. La sortie lui est refusĂ©e.
– Et merde, on est bloquĂ©s, la porte ne s’ouvre pas !
– ArrĂȘte de faire une blague c’est pas drĂŽle, rĂ©pond Adrien.
Les autres essaient Ă  leur tour, en vain.
C’est Noah qui comprend tout Ă  coup :
– Ah oui ! Ça doit ĂȘtre parce qu’il est plus de 14h.
– Comment ça ? chuchote Candice d’une voix blanche.
– Vous ne vous souvenez pas de l’annonce des opĂ©rateurs de tĂ©lĂ©com ? Ils avaient dĂ©crĂ©tĂ© que les rĂ©seaux de l’Oise allaient devenir intermittents. Internet n’est actif qu’entre 11 h et 14 h puis entre 22 h et 6 h. Ça ne vous dit vraiment rien ?
– Si, mais je vois pas le rapport. Tu nous expliques ? demande Adrien, mĂ©fiant.
– Eh bien, si les serrures par empreintes digitales sont connectĂ©es Ă  Internet, elles ne marchent plus. L’administration n’a pas dĂ» penser Ă  adapter le systĂšme d’accĂšs, comme il n’est presque plus utilisĂ©.
– Donc on est rĂ©ellement bloquĂ©s ? s’enthousiasme Dylan. Trop bien ! On va pouvoir Ă©chapper aux TVO pour une fois.
– Mais moi, s’inquiùte Candice, je ne veux pas rester jusqu’à 22 h, j’ai des choses à faire.

Adrien, dans ses pensĂ©es, Ă©coute d’une oreille ses camarades. Comment sortir d’ici ? Il prend son Ă©lan vers la porte et BOUM ! Un gros choc retentit. Tout le monde se tourne alors vers Adrien, qui crie de douleur. Son Ă©paule vient de se dĂ©boĂźter.

FatiguĂ© du comportement autoritaire d’Adrien, Dylan chuchote : « Il l’a bien mĂ©ritĂ© ! Â»
En entendant la remarque de Dylan, les souvenirs de Candice lui reviennent d’un coup : les messes basses qu’un fameux Dylan faisait au collĂšge Ă  son Ă©gard. En le regardant plus attentivement, cela ne fait aucun doute, c’est bien le mĂȘme Dylan. Sous le choc Candice lui dit :
– Tu n’as donc pas changé 
– Mais de quoi tu parles ?
Candice, les larmes aux yeux, se libĂšre de ce qu’elle avait sur le cƓur durant toutes ces annĂ©es :
– C’est toi qui lançais des rumeurs sur mon dos au collĂšge, c’est toi qui me critiquais Ă  longueur de journĂ©e, c’est toi qui te moquais de moi, qui taguais mon casier, qui jetais mes affaires, c’est toi qui me harcelais !

Pendant ce temps, Noah reste auprĂšs d’Adrien, toujours crispĂ© de douleur. En attendant de trouver une solution pour son Ă©paule, Noah essaye au moins de le distraire en lançant un dĂ©bat sur l’intermittence d’Internet :
– Rendre le rĂ©seau intermittent, mĂȘme en cette pĂ©riode d’inflation Ă©nergĂ©tique, c’était pas vraiment la meilleure solution
 Nous voila bloquĂ©s ici sans alternative.
– C’est vraiment une solution ringarde et insensĂ©e ! Imagine que quelqu’un ait fait un malaise, nous n’aurions aucun moyen de nous en sortir. On serait censĂ©s faire quoi ? Attendre le retour du rĂ©seau en espĂ©rant que cette personne reste en vie assez longtemps ?
– Ouais, c’est assez dangereux comme dĂ©cision.
– Seulement dangereux ? C’est inadmissible oui ! C’est Ă  Internet d’ĂȘtre notre esclave pas le contraire. Notre sĂ©curitĂ© devrait ĂȘtre
.
CRAAAC ! AHHHHH !
Noah a replacĂ© l’épaule d’Adrien d’un coup sec et sans prĂ©venir. Le cri d’Adrien arrĂȘte la dispute entre Candice et Dylan. Noah essaie de faire revenir le calme :
– Bon, on va tous prendre une grande respiration. Il faut qu’on trouve une solution pour sortir, et pour ça il nous faut tous nos neurones !

Dylan, touchĂ© par les paroles accusatrices de Candice, lui prĂ©sente des excuses :
– Candice, j’aimerais vraiment qu’aprĂšs ĂȘtre sortis, on rediscute de tout ça. Je suis dĂ©solĂ©, et je voudrais me faire pardonner. Pour le moment il faut trouver une solution, mais est-ce que tu serais d’accord pour qu’on prenne du temps ensemble ensuite ?
Candice hoche la tĂȘte lentement sans rien rĂ©pondre.

Chacun part dans une direction de la salle pour chercher des pistes pendant qu’Adrien se remet de ses Ă©motions.

Au bout d’un moment, Candice trouve un bouton d’alarme incendie sur lequel elle appuie, sans que rien ne se passe. Visiblement, impossible aussi de joindre les secours sans Internet. Au bout de deux heures de recherche, fatiguĂ© de n’avoir toujours rien trouvĂ©, Dylan s’assoit et joue avec une balle trouvĂ©e dans un tiroir. AprĂšs plusieurs lancers sur le plafond, une dalle se dĂ©cale. C’est la goutte de trop pour Adrien :
– SĂ©rieux, tu joues au lieu de chercher, remets au moins la dalle en place !
Dylan pousse un gros soupir et monte sur une chaise. En voulant remettre la dalle, il aperçoit un objet qu’il tire vers lui pour le sortir.
– Eh, les gars j’ai trouvĂ© une mallette !
– Bah ouvre-la.
Noah et Candice s’approchent pour voir la trouvaille. Le jeune homme reconnaüt une radio.

– Ah mais la voilĂ  notre solution ! On peut communiquer avec une radio.
– Hahaha, mais tu perds la tĂȘte Noah ! Ça n’existe plus la radio.
– Si si, il y a pas mal de radios amateurs qui se sont remontĂ©es ces derniĂšres annĂ©es. Je crois mĂȘme qu’il y a une radio pirate sur le campus ! D’ailleurs c’est peut-ĂȘtre Ă  eux, cette mallette. Ça m’étonnerait pas qu’ils se planquent parfois ici pour faire leurs Ă©missions au calme, et puis qui irait penser Ă  fouiller les faux plafonds pour confisquer du matos ?
– Bon, d’accord, mais sans rĂ©seau, ça nous fait une belle jambe tout ça.
– Justement, la radio fonctionne grĂące Ă  la diffusion d’ondes Ă©lectromagnĂ©tiques Ă  travers une liaison entre un Ă©metteur et un rĂ©cepteur. Tout cela fonctionne avec des antennes, et non sur le rĂ©seau Internet. C’est complĂštement indĂ©pendant des opĂ©rateurs de tĂ©lĂ©com. Normalement, on peut arriver Ă  contacter des gens si on arrive Ă  capter des frĂ©quences sur lesquelles Ă©mettent des radios.
– D’accord, on a compris l’intello. Mais Ă  quoi ça va nous servir ? T’en connais, toi, des frĂ©quences sur lesquelles il y a des Ă©missions ? Et une fois qu’on a commencĂ© Ă  capter, on fait quoi ? On Ă©coute de la musique ?
– C’est pas juste pour Ă©couter de la musique, voyons. Ce poste de radio utilise la technologie de l’émetteur-rĂ©cepteur. On peut parler avec d’autres personnes sur une mĂȘme frĂ©quence, un peu comme avec des talkies-walkies si tu prĂ©fĂšres.
– Ok, mais comment on trouve une frĂ©quence ?
– D’abord il faut allumer la radio, ça se passe ici, regarde. Et ensuite, on tourne ce bouton jusqu’à entendre quelque chose d’intelligible.
– D’accord, je cherche la frĂ©quence des pirates alors.
– Il reste plus qu’à espĂ©rer qu’il y ait une antenne pas trĂšs loin pour relayer nos messages !

kit de radio amateur en trois modules, avec un micro et des tas de boutoons :-)

« Kenwood TS-430 Amateur Radio Setup Â» by mrbill is licensed under CC BY 2.0.

 

Au bout de plusieurs minutes d’essais dans tous les sens, les camarades finissent par tomber sur la frĂ©quence sur laquelle Ă©met RadioPadakor. Noah se prĂ©cipite sur le micro et essaie de faire passer un message.

La radio est alors en pleine Ă©mission d’une interview sur les tomates quand des grĂ©sillements se font entendre. AprĂšs quelques manipulations incertaines sur le poste, le groupe parvient Ă  prendre l’antenne un court instant. Constatant qu’on les entend, les quatre membres, fous de joie, diffusent leur message :
– AllĂŽ ? Je ne sais pas si quelqu’un nous reçoit mais on est enfermĂ©s dans le bĂątiment sĂ©curisĂ© de l’UPLOAD, on n’arrive pas Ă  sortir. On a vraiment tout essayĂ© mais les serrures ne fonctionnent pas sans Internet, et on aimerait sortir avant la nuit. Est ce que quelqu’un peut nous aider ?
L’équipe de AirPD confirme qu’elle les a bien entendus, et qu’elle va chercher du renfort.

Une demie heure plus tard, c’est avec soulagement que les quatre jeunes Ă©tudiants voient la porte s’ouvrir. C’est un opĂ©rateur des tĂ©lĂ©coms qui les a libĂ©rĂ©s. Avec l’appui de l’administration de l’UPLOAD, il a rĂ©ussi a rĂ©tablir une liaison temporaire entre les serrures connectĂ©es et le serveur de gestion des accĂšs.

Une fois dehors, Dylan rejoint Candice pour clarifier la situation entre eux.
– Hey Candice, je te prĂ©sente encore des excuses pour tout ce que j’ai pu te faire au collĂšge. J’ai Ă©tĂ© stupide et immature. On va passer un semestre ensemble, autant que cela se passe dans de bonnes conditions. Alors, si ça te convient, n’hĂ©site pas Ă  me dire ce que je pourrais faire pour essayer de rĂ©parer le tort que je t’ai causĂ©.
– Pourquoi pas, on va essayer, rĂ©pond Ă©vasivement Candice.

Une permanente de l’administration de l’UPLOAD, GĂ©raldine, rejoint le groupe et s’excuse de ne pas avoir anticipĂ© le problĂšme. Les quatre Ă©tudiants, Ă©puisĂ©s, ne peuvent rĂ©frĂ©ner leurs critiques :
– Je pense, commence Noah, qu’il faudrait revoir complĂštement la gestion des accĂšs Ă  l’UPLOAD. On a hĂ©ritĂ© d’un systĂšme biomĂ©trique, tout connectĂ© Ă  Internet. Les portes des bĂątiments, les ordinateurs
 C’était Ă  la mode Ă  un moment. Mais on ne sait mĂȘme pas oĂč sont les serveurs ! Et c’est Ă  cause de ça qu’on s’est retrouvĂ© bloquĂ©s. Maintenant qu’Internet ne fonctionne plus en continu, ça ne peut plus marcher.
GĂ©raldine est sceptique mais intĂ©ressĂ©e :
– Ça, il faudra en parler au collectif de gestion des bĂątiments et Ă  la DSI. Mais je vais dĂ©jĂ  noter vos idĂ©es. Que suggĂ©rez-vous ?
– On pourrait peut-ĂȘtre s’inspirer des mĂ©thodes des dĂ©buts de l’informatique, propose Adrien, avec un rĂ©seau local en filaire par exemple. Et les donnĂ©es seraient toutes gĂ©rĂ©es sur place. Au minimum, le serveur de gestion des accĂšs devrait ĂȘtre lĂ  oĂč sont les clients, directement dans le bĂątiment sĂ©curisĂ©.
– D’accord, mais des problĂšmes sur les Ă©quipements d’un rĂ©seau filaire peuvent toujours se produire. Et puis, avec l’inflation de l’énergie, on devrait commencer Ă  se prĂ©parer aussi Ă  des coupures d’électricitĂ©, et pas seulement d’Internet, rĂ©pond GĂ©raldine. C’est l’occasion de repartir complĂštement Ă  zĂ©ro.
– Dans ce cas, se lance Candice, on pourrait tout simplement revenir Ă  une sĂ©curitĂ© basĂ©e sur des clĂ©s. Et les boutons d’alerte Ă  l’intĂ©rieur des salles devraient ĂȘtre reliĂ©s Ă  une radio alimentĂ©e par une batterie, qui se recharge lorsqu’il y a de l’électricitĂ©. Parce qu’on peut aussi avoir besoin d’appeler les secours !
– Merci de vos propositions, je les transmettrai aux Ă©quipes concernĂ©es. Maintenant, vous pouvez rentrer chez vous, vous l’avez bien mĂ©ritĂ©.

Une fois GĂ©raldine partie, les quatre membres se rassemblent pour se dire au revoir :
– À la semaine prochaine ! lance Noah, pressĂ© de finir sa journĂ©e.
– En espĂ©rant qu’on ne se retrouve pas bloquĂ©s la prochaine fois, plaisante Candice, douce-amĂšre.
Sur une ambiance ambivalente, tout le monde rentre chez soi.

Une semaine est passĂ©e et revoilĂ  nos quatre Ă©tudiants pour leur second TP. En entrant dans le bĂątiment, ils croisent d’autres Ă©lĂšves en train de remplacer les lecteurs d’empreintes digitales par des serrures Ă  clĂ©. Candice se rapproche de Noah et lui donne un lĂ©ger coup de coude en lui demandant :
– Alors, tu as bien rĂ©cupĂ©rĂ© tes clĂ©s ?

Ce texte est sous licence CC BY-SA

Autrices : ChloĂ© Ade, Margaux Aspe, Mathilde Barrois, Lina Bourennane, GĂ©nĂ©rose Agbodjalou

Bibliographie

La nouvelle du jeudi 20:42

Chaque jour de cette semaine, Ă  20:42, une nouvelle de 2042 concoctĂ©e avec amour par les participant⋅es des ateliers #solarpunk #UPLOAD de l’UniversitĂ© Technologique de CompiĂšgne (UTC).

Aujourd’hui, sous le regard Ă©tonnĂ© des enfants de 2042, une exposition sur CompiĂšgne autrefois, visite commentĂ©e par la ville elle-mĂȘme. Au menu : l’UniversitĂ©, le mode de gouvernement, un vote libre et populaire, et tout ce qui aura changĂ© dans une nouvelle conception de la sociĂ©té 

 

CompiÚgne avant les années sobres

Voici mon tĂ©moignage. En quelques paragraphes, je vais vous raconter cette journĂ©e importante pour Thomas et sa famille. Je n’ai pas choisi n’importe quelle journĂ©e, Ă©videmment, mais vous vous en rendrez compte par vous-mĂȘme au fil des lignes, et peut-ĂȘtre comprendrez vous pourquoi elle est Ă©galement importante pour moi, CompiĂšgne


Cela faisait plusieurs annĂ©es que les citoyen⋅ne⋅s avaient prĂ©vu l’exposition. Par crainte que celle-ci ne soit trop rapprochĂ©e des Ă©vĂ©nements traumatisants, les habitant·e·s avaient dĂ©placĂ© son inauguration jusqu’à aujourd’hui. Il s’était dĂ©roulĂ© un nombre incalculable d’assemblĂ©es au cours desquelles elle avait Ă©tĂ© au cƓur des discussions, suscitant des avis tranchĂ©s par les membres, tant opposĂ©s que favorables. Enfin, aprĂšs cinq annĂ©es, des affiches firent leur apparition devant la mairie, sur les places publiques et dans l’UPLOAD. Cependant, le titre ne faisait pas l’unanimitĂ©, surtout pas Ă  mes yeux. « CompiĂšgne avant les annĂ©es sobres Â», semblait attĂ©nuer la gravitĂ© de la pĂ©riode sombre que nous avions traversĂ©e, celle de l’effondrement
 L’exposition ayant enfin ouvert ses portes, de nombreuses personnes Ă©taient impatientes d’admirer les Ɠuvres exposĂ©es, particuliĂšrement dĂ©sireuses d’entendre les tĂ©moignages des plus ĂągĂ©es qui avaient tout vĂ©cu. Thomas faisait partie des guides bĂ©nĂ©voles, dĂ©vouĂ©s Ă  consacrer de leur temps Ă  expliquer aux visiteurs et visiteuses ce qu’il s’était passĂ© et pourquoi. Il Ă©tait venu spĂ©cialement afin de faire dĂ©couvrir l’exposition Ă  ses enfants, en leur prĂ©sentant tous ses Ă©lĂ©ments par des images.

Thomas entra dans la premiĂšre salle consacrĂ©e Ă  la prĂ©sentation et l’évolution de l’UPLOAD. Placer celle-ci en premier ne me paraissait pas absurde. AprĂšs tout, c’est elle qui avait rendu tout cela possible. L’UPLOAD, l’UniversitĂ© populaire, libre, ouverte, autonome et dĂ©centralisĂ©e, constituait le point de dĂ©part de toutes les Ă©volutions positives des annĂ©es sobres.

Au dĂ©but, l’UPLOAD Ă©tait un projet Ă©tudiant dont le but Ă©tait de modifier drastiquement le systĂšme Ă©ducatif de l’époque. L’éducation prĂ©sentait des lacunes, les Ă©tudiant·e·s adoptaient un Ă©tat d’esprit incompatible avec le risque d’effondrement que prĂ©sentait la planĂšte entiĂšre, et sortaient de leurs Ă©tudes avec une conception conformiste de ce qu’était le savoir. Chaque Ă©tudiant·e quittait l’institution en pensant que les mathĂ©matiques, la physique ou la chimie reflĂ©taient l’intĂ©gralitĂ© des connaissances.

Initialement, l’UPLOAD occupait les locaux de l’universitĂ© technologique de CompiĂšgne et servait de lieu central oĂč les Ă©tudiant·e·s se rencontraient. Progressivement, elle avait regroupĂ© non seulement des Ă©tudiant·e·s mais aussi des habitant·e·s pour rassembler leur savoir et le transmettre aux autres. Tout cela s’était montrĂ© particuliĂšrement utile dans les premiĂšres annĂ©es de l’effondrement. Par la suite, elle Ă©tait devenue un lieu communautaire, constituĂ© de nombreux bĂątiments, aux frontiĂšres moins dĂ©finies.

Thomas et ses enfants arrivĂšrent devant la photo de l’ancienne mairie. On pouvait y voir un maire serrer la main du prĂ©sident de la rĂ©publique. L’un de ses enfants demanda alors ce qu’étaient un « maire Â» et un « prĂ©sident Â»â€Š L’idĂ©e d’avoir une seule personne pour gouverner le pays lui Ă©tait absolument impensable, comment un seul individu pourrait-il diriger tout un peuple ? Comment pourrait-elle prendre des dĂ©cisions pour tous sans mĂȘme connaĂźtre chacun et chacune ? Et pourquoi Ă©lire des maires ? À quoi servaient-ils, s’ils n’avaient aucun pouvoir ou presque ? Thomas se retrouvait bien surpris par toutes ces questions qu’il ne s’était jamais posĂ©es et qui pourtant lui paraissaient complĂštement lĂ©gitimes. Afin d’y rĂ©pondre, il dĂ©cida de raconter d’oĂč venait notre forme de politique actuelle.

« Avant l’effondrement, toutes les dĂ©cisions ou presque Ă©tait prises Ă  Paris, c’est ce qu’on appelait un gouvernement centralisĂ©. Le prĂ©sident et son gouvernement prenaient toute les dĂ©cisions, et celles-ci Ă©taient relayĂ©es par les prĂ©fets, puis par les maires. Ceux-ci n’avaient donc qu’un pouvoir trĂšs limitĂ©.

– Mais ils n’y a jamais eu d’autre forme de gouvernement avant ?

– Si bien sĂ»r, il y a eu diffĂ©rentes formes de gouvernement, les plus notables sont la monarchie, oĂč un roi gouvernait tout un peuple ; la thĂ©ocratie, oĂč le gouvernement agissait au nom d’un dieu ; l’oligarchie oĂč un petit groupe de personnes gardait le pouvoir entre leurs mains et prenait toutes les dĂ©cisions ; et il y avait bien d’autre formes encore. Celle que nous utilisons actuellement se rapproche beaucoup de la dĂ©mocratie athĂ©nienne, oĂč une partie du peuple votait les dĂ©cisions ensemble. La diffĂ©rence est que notre forme de politique inclut tout le monde, alors que la leur excluait les femmes et les esclaves de la vie politique.

– Et pourquoi avons-nous changĂ© de politique ?

– Lors de l’effondrement, l’ancienne organisation n’a plus fonctionnĂ©. Chaque rĂ©gion a connu des problĂšmes diffĂ©rents, notamment des pĂ©nuries d’eau, de nourriture, des inondations, des incendies
 Mais comme ce fonctionnement obligeait le prĂ©sident Ă  prendre des dĂ©cisions pour tout le monde en mĂȘme temps, il n’a pas pu rĂ©pondre Ă  tous les problĂšmes. Et c’est dans la panique qu’une nouvelle loi est passĂ©e, cĂ©dant la majoritĂ© des prises de dĂ©cisions Ă  une Ă©chelle plus locale, ville par ville Â», expliqua Thomas.

Cette dĂ©cision avait Ă©tĂ© prise Ă  peine 20 ans auparavant et pourtant elle avait tout changĂ©. Cette politique dĂ©centralisĂ©e avait permis la mise en place d’un vote libre (et) populaire. DĂ©sormais, chaque loi Ă©tait proposĂ©e par les citoyen·ne·s, puis votĂ©e dans un forum. Et l’ensemble des instances des villes sont assurĂ©es par des Ă©lu⋅e⋅s au service des citoyen⋅ne⋅s, renouvelĂ©â‹…e⋅s rĂ©guliĂšrement. Thomas s’était mis en tĂȘte d’expliquer Ă  Louka et Lucy comment votent les citoyen⋅ne⋅s, et il comprit que c’était bien compliquĂ© pour des enfants de leur Ăąge. PlutĂŽt que tenter de vous l’expliquer je pense que la fiche explicative donnĂ©e lors de chaque vote sera bien plus claire :

 Le vote par note À la suite des dĂ©bats sur les nouvelles lois Ă  voter et les reprĂ©sentants Ă  Ă©lire, chaque citoyen sera amenĂ© Ă  donner son avis par un vote. Afin de rendre le vote plus reprĂ©sentatif de l’avis rĂ©el des citoyens, une nouvelle forme de vote a Ă©tĂ© Ă©tablie. Vous serez donc amenĂ© Ă  donner pour chaque vote, une note allant de 1 Ă  5 Ă  chacune des propositions et/ou des reprĂ©sentants. Une fois tous les bulletins rassemblĂ©s, la moyenne des notes nous donnera l’avis du peuple. La note minimale Ă  obtenir pour que la loi soit adoptĂ©e ou la personne Ă©lue dĂ©pendra de plusieurs situations: - Un candidat ne peut ĂȘtre Ă©lu dĂ©s que sa note descend sous 3/5. La personne avec la moyenne la plus haute est dĂ©signĂ©e victorieuse. - Une loi, ou partie de loi, est adoptĂ©e si sa note dĂ©passe une certaine valeur dĂ©finie. Cette valeur sera choisie selon la rĂšgle suivante : sans dĂ©bat, la loi doit avoir une note supĂ©rieur Ă  3/5 cette note augmente de 0,3 point pour chaque demi-journĂ©e de dĂ©bat La note limite ne peux excĂ©der 4,5/5. exemple : Un projet de loi dĂ©battu tout une journĂ©e avant d'ĂȘtre votĂ©, devra avoir une note supĂ©rieur Ă  3,6/5 pour ĂȘtre adoptĂ©. Nous invitons chaque citoyen Ă  lire Du contrat social de Rousseau ainsi que les diffĂ©rents livres relatifs aux formes de vote se trouvant Ă  la bibliothĂšque de l’UPLOAD pour comprendre pourquoi cette forme de vote est optimale.

Cette forme de vote a vraiment permis de rendre les choix et les dĂ©cisions plus reprĂ©sentatives de la volontĂ© des citoyen⋅ne⋅s.

« Bon laissez tomber, vous comprendrez sĂ»rement quand vous serez plus grands
 En attendant passons Ă  la suite de l’exposition ! Â»

Le petit groupe s’avança alors devant une photographie d’un homme, apparemment dĂ©semparĂ©, contemplant un graphique couvert de chandelles rouges et vertes. Il y Ă©tait Ă©crit : « NASDAQ, bourse de New York Â».
« Papa, papa ! Qu’est ce qu’il fait celui-lĂ  ? demanda Lucy, la fille cadette de Thomas. Il se tourna vers elle, mit un genou Ă  terre et pointa du doigt le clichĂ© pendu au mur :
– Tu vois ça c’est ce qu’on appelait « la Bourse de New York Â», enfin ce qu’elle Ă©tait quand j’étais jeune. À l’époque on pensait le monde en termes de croissance Ă©conomique, de richesse pour les actionnaires et d’échange financiers. Le PIB, saint Graal des analystes Ă©conomiques, Ă©tait l’indicateur phare. Â»

Thomas voyait bien que son discours ne passionnait pas les foules, il surprit mĂȘme ses enfants Ă  bĂąiller devant ses dires. Pourtant il le savait, le changement de paradigme post-effondrement avaient rebattu toutes les cartes. Consciente qu’une croissance infinie n’était pas un modĂšle viable, la sociĂ©tĂ© avait cherchĂ© de nouveaux moyens de mesurer l’évolution de l’humanitĂ©. Une idĂ©e Ă©mergea alors, pourquoi ne pas intĂ©grer la biodiversitĂ© dans tout les futurs projets de construction ? Une nouvelle loi avait alors Ă©tĂ© votĂ©e afin d’intĂ©grer des indices de biodiversitĂ©, obligeant ensuite les autoritĂ©s publiques Ă  ne faire que des projets dĂ©veloppant la biodiversitĂ©. Cette vision politique s’est cristallisĂ©e autour du RIP, Le Rapport d’Impact Projet. On pouvait savoir si un projet Ă©tait bĂ©nĂ©fique pour l’environnement en regardant le RIP. S’il Ă©tait supĂ©rieur Ă  1, on pouvait alors lancer le projet, sinon il Ă©tait mis de cĂŽtĂ©. Afin d’ĂȘtre au plus proche de la rĂ©alitĂ©, il avait fallu dĂ©velopper une vision multifactorielle, en se fondant par exemple sur l’abondance et la biodiversitĂ© ou sa diversitĂ©. Voici la formule employĂ©e dans le cadre de nouveaux projets.

RIP= impact du projet sur l'environnement/indice actuel de biodiversité

L’impact du projet sur l’environnement et l’indice actuel de biodiversitĂ© se dĂ©finissent par des indicateurs d’abondance et de richesse spĂ©cifiques.

Cet indice a permis de choisir des projets plus durables et respectueux de l’environnement et de mieux comprendre les services rendus par certains bĂątiments. Thomas s’était par exemple battu pour une grange menacĂ©e de destruction par une nouvelle route alors qu’elle servait de refuge pour les oiseaux nocturnes. GrĂące au RIP, les Ă©lu⋅e⋅s s’étaient rendu compte que le tracĂ© de la nouvelle nationale posait en fait beaucoup de problĂšmes et ils avaient pris la dĂ©cision de le modifier.

Perdu dans ses pensĂ©es, Thomas ne s’était pas rendu compte que ses enfants s’étaient dispersĂ©s dans l’exposition.

Maintenant seul, Thomas parcourait l’exposition Ă  leur recherche. Un peu inquiet, il s’arrĂȘta Ă  cĂŽtĂ© d’une personne ĂągĂ©e qui observait une photo d’un porte-conteneur chinois. Du haut de son mĂštre quatre-vingt-dix, Francis portait un bĂ©ret bleu marine et une salopette vert bouteille. Ses manches retroussĂ©s laissaient voir des tatouages. Thomas lui fit signe et Francis lui esquissa un sourire.

« Bonjour monsieur, savez-vous que j’ai dĂ©jĂ  travaillĂ© sur un de ces bateaux ? Dans ma jeunesse si le monde tournait, c’est parce que ces gros engins mĂ©caniques flottaient, expliqua Francis en se tournant vers Thomas.
– Oui bonjour, c’est vrai qu’aujourd’hui ces types de bateaux ont complĂštement disparu, rĂ©pliqua Thomas.
– Vous savez, vous avez sĂ»rement dĂ» observer ce changement aussi, mais la principale raison de leur disparition c’est la mise en place du nouvel indice qui a supplantĂ© le PIB. À cette Ă©poque la quantitĂ© d’échange de nature Ă©conomique rĂ©alisĂ©e par un pays produisait sa valeur, ainsi on observait une intensification des Ă©changes, une dĂ©localisation de la production, bref on faisait des Ă©changes pour faire des Ă©changes.

Cette dynamique s’est totalement inversĂ©e, on a dĂ©cidĂ© de non plus mettre en valeur le nombre croissant d’échanges Ă©conomiques, mais le faible nombre de celui-ci. Les pays se sont ainsi mis en concurrence dans des objectifs d’autonomie de leurs citoyen⋅ne⋅s. Moins un pays se repose sur une centralisation des productions, c’est Ă  dire plus ses citoyen⋅ne⋅s sont autonomes dans la rĂ©alisation de leur quotidien, plus ce pays est mis en valeur.
– C’est vrai, j’étais encore assez jeune lors de ce renversement, mais j’avoue que je vois pas trop le lien direct avec la raison pour laquelle les porte-conteneurs ont disparu, s’interrogea Thomas.
– Bien, ça c’est grĂące Ă  un autre indice, il est encore prĂ©sent aujourd’hui mais il est si bien incorporĂ© par tout le monde qu’on a tendance Ă  l’oublier, j’en ai mĂȘme oubliĂ© le nom.
– L’indice de maniabilitĂ© ? proposa Thomas.
– Oui, c’est ça
 l’indice de maniabilitĂ©. En fait, il permettait d’observer la dĂ©pendance d’une sociĂ©tĂ© Ă  une technologie elle-mĂȘme dĂ©pendante de ressource, d’énergie non-humaine. Le propos, c’est de dire que l’univers technique que produit l’Homme doit se baser sur les capacitĂ©s physiques de l’Homme et non sur un asservissement de la nature comme ressource. De cette vision, il en dĂ©coule une dĂ©croissance forte dans les usages des technologies Ă  bouton, vous savez celle oĂč on appuie sur un bouton et ça marche tout seul sans qu’on sache vraiment comment, mais ce que l’on sait, c’est que ça consomme un Ă©quivalent en Ă©nergie non-humaine, expliqua Francis.
– Et de cette maniĂšre tous les procĂ©dĂ©s d’automatisation, les moteurs Ă©nergivores et tous ces autres Ă©lĂ©ments techniques superflus, ont disparu progressivement.C’est tout de mĂȘme fou qu’on ait pu penser de cette façon, un Homme hors de la nature quelle idĂ©e ! Â» reprit Thomas.
Francis sourit Ă  Thomas, puis poursuivit sa visite. Thomas reprit sa quĂȘte.

AprĂšs avoir suivi cette conversation, des souvenirs de mon usage destructeur me frappĂšrent. Je suis et je serais toujours Ă  l’image des Hommes qui me façonnent, mais tout de mĂȘme l’évocation d’un ancien moi en opposition avec la nature, me donne des frissons.

Son pĂšre retrouva Louka prĂšs d’une ancienne carte de la rĂ©gion, regardant surpris de longs chemins de couleur grisĂątre qui serpentaient dans la ville et au-delĂ .
« C’est quoi Papa ? c’est tout gris, dit l’enfant en pointant du doigt ces longs tracĂ©s.
– Ça tu vois, c’est une autoroute. Et lĂ  ce sont des routes nationales, ici les routes dĂ©partementales et lĂ  les rues de la ville, expliquait Thomas.
Thomas poursuivit, dĂ©crivant Ă  ces enfants ces voies de transports qu’ils n’avaient pas connues.
– À cette Ă©poque, nous utilisions des voitures pour nous dĂ©placer dans la ville. La voiture c’est 4 siĂšges plus ou moins qu’on met dans une boite. Puis on met cette boite sur quatre roues, on lui rajoute un moteur avec de l’essence, et ça roule !
Thomas continua en disant que chaque voiture avait un « propriĂ©taire Â» et de ce fait, on en faisait un usage individuel la plupart du temps.
– Mais, elle sont Ă©normes ces voitures ! Pourquoi elles sont si grosses si on est seul dedans ? ça sert Ă  rien ! s’étonna Louka. Â»
Face Ă  la surprise de son fils, Thomas soupira. Il lui revint en mĂ©moire ces heures de bouchon pour aller travailler au bureau, dans une compagnie d’assurances Ă  25 km de chez lui.

Son Ă©vocation des voitures me rappela le temps oĂč les immeubles s’assombrissaient Ă  cause de la pollution et oĂč ces voies bruyantes, polluantes, et dangereuses me traversaient de toute part. Aujourd’hui, le vĂ©lo a remplacĂ© la voiture mais les traces de ces anciennes routes n’ont pas pu ĂȘtre complĂštement effacĂ©es en si peu de temps. Elles sont maintenant recouvertes de terre, mais la nature peine Ă  reprendre ses droits face au bitume, encore trop proche de la surface de la terre. Seul les routes en dehors de la ville subsistent encore, mais ceux qui possĂšdent une voiture doivent la garer Ă  l’ancienne zone commerciale avant de prendre un autre moyen de transport pour rejoindre le centre.

Louka s’intĂ©ressa ensuite Ă  de curieux bĂątiments. De grandes structures de couleur blanche sont accompagnĂ©es d’immenses surfaces planes vides. Thomas dĂ©crivit ce lieu atypique comme un centre industriel destinĂ© au soin.
« Mais ils sont tout le temps malades ? s’interrogea l’enfant.
Thomas, amusĂ© de cette rĂ©action inattendue, rĂ©pondit :
– Non, Ă  cette Ă©poque les gens ne savaient pas se soigner, du moins une majoritĂ©. Une certaine Ă©lite de la sociĂ©tĂ© trimait pour apprendre un nombre considĂ©rable de connaissances afin de soigner les gens. Ces personnes aux diffĂ©rentes spĂ©cialitĂ©s se regroupaient dans des hĂŽpitaux, cliniques ou tous les autres lieux dĂ©diĂ©s au soin. Â» poursuivit Thomas.
Aujourd’hui, suite Ă  une surcharge des hĂŽpitaux durant l’effondrement, la centralisation des pratiques mĂ©dicales, c’est terminĂ©. Un processus de dĂ©centralisation des savoirs s’est enclenchĂ©. Des lieux de soins alternatifs sont apparus, ils regroupent un petit nombres de spĂ©cialistes. Ces lieux sont prĂ©sents presque Ă  chaque coin de rue, ils permettent de former les citoyen⋅ne⋅s aux pratiques mĂ©dicales et de mettre Ă  disposition un matĂ©riel mĂ©dical spĂ©cialisĂ©. Ainsi, tout le monde peut se soigner en consultant ces spĂ©cialistes gratuitement, et mĂȘme se former afin de succĂ©der Ă  ces mĂ©decins. DĂ©sormais, les citoyen⋅ne⋅s se soignent en grande partie en autonomie ou en se soignant mutuellement.

Thomas regardait Lucy et Louka jouer avec d’autres enfants. C’était beau. Avant l’effondrement, il Ă©tait enfermĂ© dans une compagnie d’assurance pour gagner une misĂšre. Tous les savoirs acquis pour se reconvertir dans l’ébĂ©nisterie, auparavant personne n’y faisait attention. Aujourd’hui, les sociologues cherchent Ă  reprĂ©senter ces interactions sociales aux travers de modĂšles, les modĂšles de DensitĂ©s EA2D (Echange, Acteurs, DiversitĂ© de savoir, DiversitĂ© de culture). Ces modĂšles tendent Ă  valoriser les espaces d’échanges culturels, de savoir ou juste d’interaction sociales. On voit apparaĂźtre diffĂ©rents niveaux de EA2D. Avant, les structures du savoir Ă©taient descendantes [SchĂ©ma 1 ci-dessous], avec peu d’acteurs et d’actrices transmettant un savoir en particulier. Suite Ă  l’effondrement, d’autres structures se sont dĂ©mocratisĂ©es, avec plus de diversitĂ© de savoirs [SchĂ©ma 2 ci-dessous] (limitant l’enfermement dans les bulles de filtres) et plus d’acteurs⋅actrices de cultures diverses permettant une mixitĂ© sociale importante [SchĂ©ma 3 et SchĂ©ma 4]. Des infrastructures comme l’UPLOAD reposent sur ces travaux pour Ă©laborer des schĂ©mas d’interactions entre les individus afin de coller aux dimensions PAPS.

SchĂ©ma 1 : Peu d’acteurs distribuant le savoir Ă  peu de personnes, apprentissage descendant

 

 SchĂ©ma 2 : davantage de savoir partagĂ©, toujours dans un modĂšle descendant

 

SchĂ©ma 3 : davantage de savoir partagĂ©, mise en rĂ©seaux des savoirs

 

SchĂ©ma 4 : diversitĂ© des interlocuteurs, chaque personne peut proposer et apprendre

 

Vous vous demandez sĂ»rement Ă  quoi correspond les dimensions PAPS n’est ce pas ? En plus de tous ces schĂ©mas et calculs, les hommes ont aussi dĂ©veloppĂ© une nouvelle vision de la sociĂ©tĂ©, fondĂ©e autour de 4 grandes dimensions : une dimension Pluriculturelle, Artisane, PĂ©dagogique et Subsistantielle. Thomas est occupĂ© avec ses enfants, je vais donc vous dĂ©tailler Ă  sa place ce qu’elles reprĂ©sentent.

1. La dimension Pluriculturelle
Cette dimension promeut l’ouverture Ă  l’autre et le refus de l’enfermement des individus dans des bulles de filtres. Elle ne pose pas de hiĂ©rarchie entre les matiĂšres, les savoirs ou des savoirs-faire.

2. La dimension Artisane
Cet Ă©clairage vise Ă  produire et rĂ©parer les objets de son quotidien. En gĂ©nĂ©rant un nouvel environnement technique, cette dimension transforme le rapport Ă  l’outil et permet aux individus de se rĂ©approprier les moyens de productions.

3. La dimension PĂ©dagogique
La dimension PĂ©dagogique prĂŽne les concept de transmission, de rĂ©ception et de partage du savoir sans limite ni barriĂšre. Elle vise a proposer le savoir pour tous et par tous Ă  la maniĂšre de structures comme l’UPLOAD ou d’autres lieux d’échanges plus petits.

4. La dimension Subsistantielle
L’autosuffisance passe aussi par une autosuffisance alimentaire. Dans cette optique, la sociĂ©tĂ© a cherchĂ© Ă  crĂ©er des rĂ©seaux de savoirs pour la subsistance du commun. Un individu seul ne pouvant pas toujours subvenir Ă  tout ces besoins, l’entraide devint le maĂźtre-mot de cette dimension. Le nouvel humain est connectĂ© avec la nature Ă  la maniĂšre de l’Homme selon Hans Jonas. Ce nouvel humain tend Ă  prĂ©server, et non plus Ă  asservir la nature.

L’histoire de Thomas s’inscrit dans une histoire plus globale avec l’effondrement, ce sont l’ensemble des fondements sur lesquels reposaient la sociĂ©tĂ© qui se sont effondrĂ©s. Une sociĂ©tĂ© servicielle et fonctionnaliste qui s’est ordonnĂ©e en classe sociale et mĂ©tier, le tout soumis aux principes d’une hiĂ©rarchie verticale. Avec la rarĂ©faction des ressources et l’augmentation de la frĂ©quence des catastrophes naturelles, les mĂ©tiers sont devenus inutiles, la chaĂźne servicielle s’est brisĂ©e. Afin de rependre de l’activitĂ©, les humains se sont rĂ©inventĂ©s, ils ont imaginĂ© une sociĂ©tĂ© organique oĂč chacun, chacune possĂ©dait une multitude de savoirs. Ces savoirs sont partagĂ©es dans les communs.

De cette maniĂšre l’UPLOAD permet la formation aux principes d’une vie autonome Ă  un large publique. Le citoyen apprend de cette maniĂšre Ă  s’approprier les moyens de production, de subsistance et les moyens pĂ©dagogiques. Ces concepts sont rĂ©employĂ©s dans la ville, Ă  travers des ateliers communaux de production, autrement nommĂ©s des tiers-lieux. Ces lieux alternatifs sont l’extension de l’UPLOAD, ils permettent le partage des connaissances artisanales, ainsi que la mise en commun des outils de production et de rĂ©paration.
L’arrivĂ©e de ces nouveaux espaces m’a fait grandement du bien, il a renforcĂ© le lien entre mes habitant⋅e⋅s et a permis de mettre en avant des pratiques non-destructrices de mon milieu.

Dans la derniĂšre salle, une stĂšle Ă©tait placĂ©e au centre de la piĂšce. Un panneau placĂ© Ă  sa droite donnait les explications suivantes :

L’effondrement est nĂ© de l’accumulation de diffĂ©rents facteurs. Au dĂ©but du XXIe siĂšcle, l’amplification des problĂšmes sociaux et sociĂ©taux, l’absence de remise en cause du systĂšme Ă©conomique capitaliste et l’inaction face aux enjeux environnementaux ont Ă©tĂ© le terreau fertile entraĂźnant le dĂ©clin de la sociĂ©tĂ©. Une pĂ©riode sombre durant laquelle la rarĂ©faction des ressources et la destruction du systĂšme Ă©conomique par une rĂ©cession qu’on n’a pas su empĂȘcher, ont mis Ă  mal la souverainetĂ© alimentaire et l’accĂšs au soin de chaque individu, d’autant plus fragilisĂ© par la haute frĂ©quence et l’intensitĂ© des catastrophes naturelles. Les individus ont vu leur mode de vie se mĂ©tamorphoser, se dĂ©grader, ne pouvant plus se projeter dans l’avenir, devant lutter pour survivre pour rĂ©pondre Ă  leur besoins de premiĂšre nĂ©cessitĂ©.

Dessiné au trait, un arbre dont on voit bien la base et tronc mais pas la houppe/ Un panneau écrit est posé contre le tronc sur une branche basse

Dessin de Martin ROUSSEL CC-BY-SA

Presque Ă©mu par tous ces mots, je vis Thomas et ses deux enfants quitter l’exposition, le cƓur plein d’espoir pour cette future gĂ©nĂ©ration.

L’exposition en mon honneur Ă©tait belle et poignante et montrait tout Ă  fait Ă  quel point il Ă©tait important de ne pas tomber Ă  nouveau dans nos anciennes habitudes. J’attends avec impatience et confiance l’exposition suivante, celle qui illustrera ce que je serai devenue demain..

Texte sous licence CC-BY-SA
Écrit par : AUBERT Paul, DETEVE Damien, DUFOUR TimothĂ©, EGLES Lisa, ROUSSEL Martin
Co-Ă©ditrice : Numa HELL

 

 

Bibliographie

[1] COGNIE Florentin, PERON Madeleine. Mesurer la biodiversitĂ© [en ligne]. Conseil d’analyse Ă©conomique, Septembre 2020 (gĂ©nĂ©rĂ© le 18 janvier 2024). Disponible sur Internet : https://www.psychaanalyse.com/pdf/MESURER%20LA%20BIODIVERSITE%20FOCUS%202020%20(11%20Pages%20-%20569%20Ko).pdf

Comprendre un peu mieux les thĂ©ories autour de l’effondrement :

À propos de la dĂ©mocratie athĂ©nienne :

  • MOSSÉ, C. (2013). Regards sur la dĂ©mocratie athĂ©nienne. Perrin.

Pour en apprendre plus sur les diffĂ©rentes mĂ©thodes de vote :

Pour comprendre d’oĂč vient l’idĂ©e que plus une proposition provoque des dĂ©bats, plus elle doit faire l’unanimitĂ© Ă  la fin du dĂ©bat :

  • ROUSSEAU, J. (1762). Du contrat social ou Principes du droit politique.

Pour comprendre nos hypothĂšses autour de l’universitĂ© populaire libre ouverte, autonome et dĂ©centralisĂ©e, la dĂ©finition de l’UPLOAD : https://upload.framasoft.org/fr/

Pour comprendre davantage ce dont nous parlions autour du « conformisme du savoir Â», l’utilitĂ© des connaissances :

  • GRAEBER, D. (2018) Bullshit Jobs.

Pour comprendre la bascule rĂ©alisĂ©e par l’UPLOAD dans la sociĂ©tĂ© :

  • FRIEDMANN, G.(1963). OĂč va le travail humain ?
  • ILLICH, I. (2014). La convivialitĂ©.
  • GORZ, A. (2008). Écologica. Editions GalilĂ©e.
  • PARRIQUE, T. (2022). Ralentir ou pĂ©rir : L’économie de la dĂ©croissance.

La nouvelle du mercredi 20:42

Chaque jour de cette semaine, Ă  20:42, une nouvelle de 2042 concoctĂ©e avec amour par les participant⋅es des ateliers #solarpunk #UPLOAD de l’UniversitĂ© Technologique de CompiĂšgne (UTC).

Aujourd’hui, des Ă©tudiants aux champs ou plutĂŽt Ă  la vigne, l’agro-Ă©cologie est au programme


Jardins de demain, jardins malins

DĂ©couverte
 et vive la grelinette !

J’ai la boule au ventre, pourtant je suis surexcitĂ©. Je me trouve maintenant devant l’UPLOAD. Je respire un grand coup et pousse la porte de l’amphithĂ©Ăątre afin d’assister Ă  la rĂ©union de prĂ©sentation.

Deux Ă©tudiants, Pierre et Émile ainsi que Pierrette, directrice de projet depuis 14 ans Ă  l’UPLOAD nous expliquent le fonctionnement du campus. Ils nous dĂ©taillent les diffĂ©rentes matiĂšres proposĂ©es. Je suis lĂ©gĂšrement déçu : pas de cours de mĂ©canique pure. À dĂ©faut, j’opte pour un cours intitulĂ© « machines agricoles Â», j’espĂšre que ce sera intĂ©ressant
 je vais vite le savoir, dans moins de deux heures je vais assister Ă  une premiĂšre sĂ©ance.
La rĂ©union de rentrĂ©e enfin terminĂ©e, je laisse mes jambes me porter en rĂ©flĂ©chissant Ă  toutes les informations qui nous ont Ă©tĂ© partagĂ©es. Émile nous a parlĂ© de jardins. En effet, l’UPLOAD possĂšde des serres avec plusieurs jardiniĂšres contenant diffĂ©rents lĂ©gumes, racines, fruits et des arbres fruitiers en extĂ©rieur. Tous les membres de l’UPLOAD peuvent y participer. Mais moi, je n’ai pas envie. Je veux me former Ă  la mĂ©canique ! La campagne, j’en ai assez vu. Les jardins, fruits, lĂ©gumes, etc. aussi. Mes parents sont Ă©piciers, de nombreux agriculteurs venaient pour vendre leurs produits. J’ai envie de renouveau, de dĂ©couvrir autre chose, une nouvelle thĂ©matique. Pierre nous a parlĂ© des journĂ©es TVO, Travail Volontaire Obligatoire. Bizarre, ce truc, ça sent l’arnaque
 Je vais devoir me renseigner
 Bon, c’est maintenant que commence le cours de « machines agricoles Â».

AprĂšs une brĂšve prĂ©sentation de la matiĂšre, notre professeur nous expose le programme des prochaines semaines. Les Ă©tudiants et les personnes qui assistent Ă  son cours ont dĂ©cidĂ© de l’appeler M. Rotavator, car il adore tous les engins agricoles permettant de prĂ©parer la terre pour les semences [1]. Nous allons pouvoir fabriquer notre propre outil agricole, Ă  savoir une grelinette. Un drĂŽle de nom ! Une grelinette est un instrument agraire Low-tech qui aide Ă  rendre le sol plus meuble sans pour autant la retourner. Il parait que ça permet de prĂ©server les Ă©cosystĂšmes prĂ©sents dans la terre. D’aprĂšs la maraĂźchĂšre prĂ©sente dans la salle, c’est plutĂŽt rapide et efficace tout en minimisant les efforts et en prĂ©servant le dos. J’ai jamais vu ça !

C’est un outil avec deux manches en bois reliĂ©s par un socle en mĂ©tal, sur lequel se trouvent de longues dents en mĂ©tal courbĂ©es. Le nombre de dents dĂ©pend Ă©videmment de la surface Ă  travailler. L’utilisation n’est pas trĂšs compliquĂ©e. Il suffit de planter les dents verticalement dans le sol puis de tirer les poignĂ©es de chaque cĂŽtĂ© de son corps. Une motte de terre sera alors soulevĂ©e. On aura plus qu’à reculer d’un pas en inclinant l’outil de gauche Ă  droite. La grelinette permet, in fine, de faciliter le passage du rĂąteau. Cet outil est vraiment gĂ©nial ! Efficace et multifonction [2] !

M. Rotovator s’apprĂȘte dĂ©jĂ  Ă  nous partager ses connaissances sur la soudure, technique indispensable Ă  la fabrication. C’est la technique de la soudure autogĂšne oxyacĂ©tylĂ©nique. Pour le moment nous ne faisons aucune manipulation, il faut apprendre les bases de cette mĂ©thode qui repose sur la combustion d’un mĂ©lange d’oxygĂšne et d’acĂ©tylĂšne. Les tempĂ©ratures atteignent les 3000 °C ! C’est incroyable !

« Grelinette 4 dents Â» par Arn, licence CC BY 4.0.

Pour souder les dents Ă  la structure principale, nous allons utiliser des chalumeaux Ă  dĂ©bit variable Ă  haute et basse pression d’acĂ©tylĂšne. Pour ajuster l’importance de la flamme Ă  l’importance des Ă©paisseurs des mĂ©taux, il nous suffit de changer la buse du chalumeau [3]. La buse, c’est le petit Ă©lĂ©ment en laiton qui se trouve au bout [4]. Le dĂ©bit du gaz ainsi que la forme de la flamme sont contrĂŽlĂ©s par cette piĂšce interchangeable. Le professeur a fait circuler plusieurs buses diffĂ©rentes dans l’amphi afin qu’on puisse avoir une idĂ©e de l’aspect de cet embout. Une buse est de forme conique avec une espĂšce de boulon fixĂ© sur la base du cĂŽne. Ce cĂŽne est bien entendu percĂ© pour laisser la passage du gaz [5]. De plus, pour minimiser les coĂ»ts Ă©conomiques et Ă©cologiques, il est important de ne pas utiliser plus de mĂ©tal que nĂ©cessaire. On doit bien connaĂźtre la taille, le sens et la direction des efforts subis par les diffĂ©rentes parties de la piĂšce. Ça me semble super dur ! Je ne suis que novice, j’espĂšre que le professeur va nous aider avec cette partie [6].
« Je sais que j’ai beaucoup papotĂ©, s’exclame M. Rotavator. Mais Ă  l’UPLOAD les cours sont collaboratifs, il n’y a pas vraiment de hiĂ©rarchie entre Ă©tudiants et professeurs. Lorsque vous souhaitez ajouter une quelconque information, n’hĂ©sitez surtout pas ! Vous le saurez pour les prochaines fois. Cela s’applique Ă©videmment Ă  tous les cours. Donc est-ce que quelqu’un veut ajouter quelque chose ? termine le professeur en regardant les Ă©tudiants. Â»
Je décide alors de prendre mon courage à deux mains et de parler devant une cinquantaine de personnes jusque-là inconnues.
« Excusez-moi
Je me suis demandĂ© si l’utilisation du manche en bois permettait bien d’attĂ©nuer les vibrations. Par exemple, le manche du marteau est en bois afin d’attĂ©nuer les chocs lorsque nous frappons avec ce dernier.
— C’est exactement ça ! Bravo, merci pour ta contribution. Comme nous l’a dit
c’est quoi ton prĂ©nom ?
— RenĂ©.
— Le manche de la grelinette est en bois pour favoriser le confort des utilisateurs et utilisatrices pour les raisons mentionnĂ©es par RenĂ©. Si d’autres personnes veulent partager leurs connaissances, n’hĂ©sitez pas Ă  intervenir.
Silence

— Je vois qu’il n’y a pas d’autres interventions. Je vais vous expliquer le dĂ©roulement des prochaines sĂ©ances. Plusieurs Ă©tudiants ayant dĂ©jĂ  suivi ce cursus vont intervenir pour vous aider lors de la soudure et de l’assemblage final de la grelinette. Je vous remercie de m’avoir Ă©coutĂ©. Bonne journĂ©e Ă  toutes et Ă  tous et Ă  la semaine prochaine. Â»

*Low-tech = systĂšme utilisant peu de hautes technologies et qui repose sur la simplicitĂ© d’utilisation et sa facilitĂ© de rĂ©paration.

BIBLIOGRAPHIE – Sitographie :
[1] Rotavator, tout savoir sur cet engin agricole, Machinery Machine, consulté le 18/01/2024
https://www.machinery-machine.com/article-rotavator-tout-savoir-sur-cet-engin-agricole/?utm_content=cmp-true
[2] Tout savoir sur la grelinette du jardin, Ma Grelinette, consulté le 18/01/2024
https://www.ma-grelinette.com/histoire-et-origine-de-la-grelinette/
[3] Travail thermique des mĂ©taux : la soudure autogĂšne des mĂ©taux, L’ouvrier Moderne (revue), Vol n°2, n°2, page 69, Ă©dition DUNOD, 1919
https://www.mattech-journal.org/articles/mattech/abs/1919/02/mattech19190202p69/mattech19190202p69.html
[4] Comment choisir et dimensionner sa buse de brasage ou de soudage OXYA ?, Dominique ADMIN, soudeurs.com, consultĂ© le 18/01/2024
https://www.soudeurs.com/site/comment-choisir-et-dimensionner-sa-buse-de-brasage-ou-de-soudage-oxya-1155/
[5] Buse de soudage, TuToTools, article consulté le 18/01/2024
https://tutotools.com/fr/buse-de-soudage
[6] Soudage, Prat. Ind. Méc., Vol.n°39, n°4, page 109, édition DUNOD, 1956
https://www.mattech-journal.org/articles/mattech/abs/1956/04/mattech19563904p109/mattech19563904p109.html

Des Pokémons dans le jardin

Une petite coccinelle rouge arrive aux abords de Compiùgne. Les vrombissements du moteur cessent peu à peu à l’approche du panneau annonçant la ville.
Une femme d’une cinquantaine d’annĂ©es en descend, elle regarde autour d’elle et semble Ă©bahie par le dĂ©cor qui se prĂ©sente Ă  elle. Comment la ville a-t-elle pu autant changer depuis la derniĂšre fois oĂč elle s’y est aventurĂ©e ? Les voitures, autrefois Ă  chaque coin de rue, ont disparu, les arbres ont poussĂ© pour agrĂ©menter les chaussĂ©es, qui ont Ă©tĂ© rĂ©habilitĂ©es pour les piĂ©tons. La verdure ne s’est pas seulement Ă©tendue sur les routes, elle a aussi escaladĂ© certaines façades pour rejoindre les toits.
Il y a quelques annĂ©es, personne n’aurait pu imaginer autant de changements. Elle se souvient des briques rouges des maisons de cette ville qui semblaient maintenant appartenir Ă  un passĂ© lointain. Et cette statue Ă©questre, Jeanne d’Arc qu’elle apercevait de loin et paraissait si rĂ©elle, seule sa structure mĂ©tallique rappelle sa vĂ©ritable nature.
Marie continue son chemin Ă  pied Ă  travers les rues, dĂ©couvrant Ă  chaque pas l’impact du temps et des nouvelles politiques mise en place. Face Ă  elle, une universitĂ© se dresse, elle lui paraĂźt si familiĂšre 
 mais aujourd’hui elle semble ne faire qu’une avec la nature. Qui aurait pu penser que ces murs en bĂ©ton allaient un jour disparaĂźtre au profit de jardins ?
Elle avait quittĂ© la ville trente ans plus tĂŽt pour crĂ©er son cocon et dĂ©velopper une agriculture Ă  son image, une agriculture respectueuse de l’environnement. Quand CharlĂšne, une autre agricultrice lui avait parlĂ© de son travail avec les Ă©lĂšves de l’UPLOAD, elle n’avait pas hĂ©sitĂ© une seconde Ă  rejoindre le programme. CharlĂšne Ă©tait une de ses grandes amies, dans la viticulture depuis son plus jeune Ăąge, elle avait accompagnĂ© Marie dans ses premiers pas en tant qu’agricultrice. Et maintenant c’est Marie qui veut partager son savoir comme CharlĂšne l’avait fait pour elle Ă  ses dĂ©buts. Ainsi ses mĂ©thodes vivraient Ă  travers chacun et permettrait peut-ĂȘtre de crĂ©er un monde meilleur.

Marie s’installe dans l’amphithĂ©Ăątre qui accueille sa confĂ©rence sur l’agroĂ©cologie, une mĂ©thode agricole qui repose sur les interactions entre l’environnement, l’ĂȘtre humain et la biodiversitĂ© ainsi que sur les processus naturels tels que l’équilibre biologique entre les organismes ravageurs et les auxiliaires de cultures [1].
Elle commence avec une partie plus thĂ©orique en demandant Ă  l’auditoire quels sont les piliers de cette agriculture. Les doigts des uns et des autres se lĂšvent, Marie prend soin d’écrire au tableau les mots-clĂ©s. Parmi eux, fixation de l’azote, alliance culture-Ă©levage, pollinisation, rotation des cultures et biodiversitĂ© [2]

« Commençons avec le biocontrĂŽle ou en d’autres mots l’utilisation des mĂ©canismes naturels comme l’équilibre entre les espĂšces qui dĂ©truisent les plantations et celles qui les neutralisent Â», lance Marie en se retournant.
Par exemple certains oiseaux comme les fauvettes se nourrissent d’insectes tels que les pucerons et les chenilles. Pour combattre naturellement les organismes ravageurs on peut donc attirer les auxiliaires de culture en plantant des haies ou en crĂ©ant des mares [3]. Prenons un autre exemple de mĂ©canismes naturels qui consiste Ă  planter des Ɠillets d’inde Ă  proximitĂ© de vos plants de tomates pour repousser les insectes nuisibles [4]. Â»
Elle poursuit en dĂ©finissant chacun des piliers relevĂ©s par l’auditoire.
« Finissons avec l’agroforesterie, ce principe consiste Ă  planter des arbres Ă  proximitĂ© des terres agricoles ou des Ă©levages afin de crĂ©er un microclimat. L’agroforesterie permet de protĂ©ger les plantations des alĂ©as climatiques comme les Ă©pisodes de froids intenses ou de sĂ©cheresses. Il est aussi important de noter que la biodiversitĂ© est favorisĂ©e par la prĂ©sence de diffĂ©rents types de plantes dans un mĂȘme espace [5]. Prenons l’exemple de la ferme de la Durette situĂ©e Ă  Avignon, son domaine s’étend sur 20 hectares : 10 sont rĂ©servĂ©s au verger, 7 Ă  la prairie et 3 pour le maraĂźchage. Enfin, les animaux vivent en libertĂ© sur tout le domaine. Le travail de cette ferme est aussi intĂ©ressant pour sa collaboration avec les agriculteurs afin d’avoir des retours entre les associations des diffĂ©rentes plantes et animaux et d’amĂ©liorer l’agroĂ©cologie[6]. Â»
Elle poursuit avec un moment d’échange sur les expĂ©riences de chacun, ravie qu’à la fin, un petit groupe d’élĂšves l’ait rejointe pour lui proposer de visiter leur jardin.

Marie est impressionnĂ©e par le petit Ă©cosystĂšme qu’elle dĂ©couvre, les jardins divisĂ©s en deux parties : l’une couverte et l’autre Ă  ciel ouvert.
La premiĂšre contient une zone de terre entourĂ©e de petites clĂŽtures en bois fabriquĂ©es par des Ă©tudiants, il y a quelques annĂ©es. On peut y voir les fanes de carottes pointer leur nez Ă  travers la terre et, un peu plus loin, les choux qui attendent la rĂ©colte avec impatience. Un petit chemin conduit Ă  une zone arborĂ©e qui entoure une petite mare oĂč les salamandres paressent avant d’aller dĂ©guster les limaces qui mĂšnent la vie dure aux diffĂ©rentes plantations [4].

Marie aime tellement ĂȘtre entourĂ©e par la nature et voir tant de personne s’investir pour rendre cet endroit merveilleux
 son sourire s’agrandit. Elle poursuit sa visite par la partie adjacente en extĂ©rieur. Le vent doux de l’automne lui caresse le visage sans pour autant interrompre sa contemplation. Le verger, tout aussi beau que la serre, contenait plusieurs variĂ©tĂ©s d’arbres fruitiers : pommiers, poiriers et pruniers [7].

vue d'une rangée de pommiers, avec fruits rouges

« Apple orchard in Tasmania with fruit on trees DSC_5957 Â» by Apple and Pear Australia Ltd is licensed under CC BY 2.0.

Le terrain est entourĂ© d’érables Ă  feuilles de frĂȘne, de magnifiques arbres, choisis pour leur rĂ©sistance aux variations importantes de tempĂ©ratures [8].
Elle se tourna vers un petit pommier envahi d’amas noir au niveau des feuilles recroquevillĂ©es sur elles-mĂȘmes.
« Vous savez comment lutter contre ces pucerons qui sucent la sĂšve de vos arbres ? demande Marie en pointant le petit arbre.
— Il faut attirer les prĂ©dateurs des pucerons pour apporter un Ă©quilibre et Ă©viter qu’ils envahissent nos arbres, dit un jeune garçon du groupe.
— Effectivement, dit Marie de maniĂšre enjouĂ©e. Les auxiliaires de culture intĂ©ressants pour contrer les pucerons sont les coccinelles et les bourdons. Vous pouvez planter d’autres fleurs comme des rosiers ou des capucines pour les attirer. Les pucerons aiment s’y installer et comme c’est une source importante de leur nourriture pour elles, les coccinelles suivront. Vous pourrez les voir se dĂ©velopper sur les branches des arbres comme des PokĂ©mons
 mais vous ne devez pas connaĂźtre, les dessins animĂ©s ont changĂ© de nos jours. Â»

Le groupe se mit à rire de bon cƓur.

BIBLIOGRAPHIE-Sitographie :
[1] AgroĂ©cologie, Auteurs : Laurent Hazard, Claude Monteil, Michel Duru, Laurent Bedoussac, Eric Justes, Jean-Pierre Theau, consultĂ© le 17/01/2024
https://dicoagroecologie.fr/dictionnaire/agroecologie/
[2] Les fondements de l’agro-Ă©cologie, MinistĂšre de l’agriculture et de la souverainetĂ© alimentaire, consultĂ© le 18/01/2024
https://agriculture.gouv.fr/les-fondements-de-lagro-ecologie# :~ : text=L’agro%2D%C3 %A9cologie%20est%20 l,%2C%20animaux%2C%20humains%20et%20environnement.
[3] Les auxiliaires de culture, les espÚces, fiche n°4, agriculture et environnement en Languedoc-Roussillon, Conservatoire des Espaces Naturels du Languedoc-Roussillon, consulté le 18/01/2024
https://www.agrienvironnement.org/pdf/f4.pdf
[4] Le VĂ©gĂ©tal en fĂȘte promeut le jardin Ă©coresponsable, Article Ouest France, consultĂ© le 18/01/2024
https://www.ouest-france.fr/normandie/aunay-sur-odon-14260/le-vegetal-en-fete-promeut-le-jardin-eco-responsable-2512968
[5] L’agroforesterie : dĂ©finition, avantages, exemples, Mutualia, consultĂ© le 18/01/2024
https://www.mutualia.fr/agriculteur/infos/economie-et-societe/news/lagroforesterie-definition-avantages-exemples
[6] Agroforesterie, exemple de la ferme de la Durette, consulté le 18/01/2024
https://www.youtube.com/watch?v=x_ZXeNpgJeM
[7] Calendrier des fruits et légumes de saison en France métropolitaine, Greenpeace, consulté le 18/01/2024
https://www.greenpeace.fr/guetteur/calendrier/
[8] arbres remarquables, Ă©rables Ă  feuilles de frĂȘne, Direction Parcs & Jardins Ville de Beauvais, consultĂ© le 18/01/2024
https://www.beauvais.fr/parcs-jardins/les-arbres-remarquables/erable-negundo.html

 

Dehors, et plus vite que ça !

Cela faisait plusieurs jours que Daniel fixait le plafond, toujours avec ce mĂȘme regard vide. Il ne faisait plus rien de ses journĂ©es, ne se donnait plus la peine d’enfiler son costume, ses chaussures bien cirĂ©es, il ne prenait plus sa trottinette pour se rendre Ă  son travail. Il n’en pouvait plus, il Ă©touffait. Lui, il aurait aimĂ© se sentir utile Ă  la sociĂ©tĂ©. N’ĂȘtre qu’un simple pantin de REMOVE X Ă©tait aux antipodes de ses idĂ©aux.
Daniel avait bien conscience que la sociĂ©tĂ© avait changĂ© : les voitures sont interdites dans CompiĂšgne, les murs, autrefois bĂ©tonnĂ©s, arborent une fiĂšre verdure, on consomme davantage local, et les gens semblent plus heureux. Rien Ă  voir avec son propre rĂŽle dans son entreprise. Alors le voilĂ , toujours Ă  fixer son plafond, Ă  se sentir inutile. Quand soudain, un bruit lointain retentit. Si lointain que Daniel a mis longtemps Ă  rĂ©aliser qu’il s’agissait de la sonnette de sa propre maison. Alors, avec son caleçon qu’il n’a pas changĂ© depuis trois jours maintenant, et sans prendre la peine d’enfiler quelque chose par-dessus, Daniel se hissa pĂ©niblement en dehors de son canapĂ© et marcha jusqu’à la porte.
« C’est qui ? Â»
Aucune rĂ©ponse. Daniel poussa un rĂąle d’énervement, et entrouvrit la porte. C’est Didier qui se tenait devant lui, droit comme un piquet et bien propre sur lui, comme Ă  son habitude. Les deux, face Ă  face, faisaient un violent contraste.
Cet homme de quarante-cinq ans, avec de l’embonpoint et de grande taille, vĂȘtu d’une chemise toute blanche et bien repassĂ©e et sans un cheveu de travers, est l’ami d’enfance de Daniel. Ensemble ils forment les 2D, les insĂ©parables. Alors il semblait normal que seul Didier arrive Ă  motiver son ami d’aller prendre une douche, d’enfiler des habits, et d’enfin sortir dans la rue.
« Mais on va oĂč ?
— Ă‡a, c’est une surprise. Â»
Sans un mot, les amis arpentaient les rues. Au fond de lui, voir les rues de CompiĂšgne sans une voiture, les maisons enchĂąssĂ©es dans la nature mettait la boule au ventre Ă  Daniel. Lui, il n’arrivait pas Ă  changer. Cette impression empira quand il vit l’UPLOAD. MĂȘme le nom de l’UTC avait changĂ©. Un petit frisson de joie parcourut son corps lorsqu’il remarqua que l’emplacement de la cantine Ă©tait toujours la mĂȘme. Toujours de l’autre cĂŽtĂ© du trottoir, mais elle Ă©tait devenue tellement plus imposante. DĂ©sormais, elle s’étalait du rond-point jusqu’à l’intersection de la rue Notre Dame de Bon Secours. Les 2D rentrĂšrent dans la cantine.
« Nan mais t’es sĂ©rieux ? Tu m’as fait sortir de mon canap’ pour aller Ă  la cantine ?
— ArrĂȘte de rĂąler, et regarde Â».
C’était une organisation imposante, et minutieuse. À la façon des abeilles dans une ruche, les Ă©tudiants savaient exactement quel rĂŽle leur incombait dans cette cantine. Les premiers Ă©tudiants qu’on pouvait observer Ă©taient derriĂšre le comptoir, et servaient les plats. Ils Ă©taient chaleureux, affichaient un sourire permanent. Ils Ă©taient proches de ceux qui y mangeaient, leurs amis, leurs professeurs. C’est cette proximitĂ© qui rendait les rendait si avenants. Plus loin, avant la sortie de la cantine, ils gĂ©raient le bon dĂ©roulement de la vaisselle.
« La vaisselle ? Â» se demanda Daniel. En effet, si l’on observait bien, on pouvait voir que chacun avait ses propres ustensiles, mais les assiettes, les verres, diffĂ©raient d’une personne Ă  l’autre. Daniel en dĂ©duisit que chacun devait les ramener de chez soi, pour ensuite les laver. « C’est malin Â». Cette cantine avait pour ambition de rĂ©duire son Ă©mission de carbone. Une affiche expliquait que le plastique reprĂ©sente 3,4 % des Ă©missions mondiales de gaz Ă  effet de serre, et que mĂȘme le carton, pourtant moins polluant car rĂ©utilisable, ne pouvait ĂȘtre entiĂšrement recyclĂ© [1]. Les 13 % du carton qui finit en dĂ©charge pouvaient abĂźmer les sols, et donc impacter l’environnement mais se dĂ©gradaient quand mĂȘme plus rapidement que le plastique. Finalement, l’option lavable Ă©tait prĂ©fĂ©rable pour diminuer le bilan de carbone [2].
Didier entra dans une piĂšce, derriĂšre le comptoir, mais Ă  l’écart des cantines. C’était le Corridor, le lieu d’apport de la nourriture. Didier sortit de son gros sac des courgettes, des pommes et des poires [3]. Une Ă©tudiante en prit livraison, le remercia, et alla les donner en cuisine. Daniel fut surpris qu’elle ne donne pas de l’argent Ă  son ami en Ă©change.
« Allons manger maintenant ! s’exclama Didier.
— Attends
 mais on est pas Ă©tudiant, on a pas le droit. Et pourquoi elle ne t’a pas payĂ© ?
— Le principe du ReR, la cantine « Rires et Ratatouille Â», repose sur la collaboration de chacun Ă  son bon fonctionnement. Pour y avoir accĂšs, les Ă©lĂšves suivent des cours en rapport avec l’agriculture, et les personnes extĂ©rieures peuvent y manger si elles rapportent de la nourriture ou aident en cuisine. On a apportĂ© des fruits et des lĂ©gumes, on peut maintenant manger sans payer. Allez, Ă  table ! Â»

cliquez sur l’image pour dĂ©couvrir le site de la Cocotte solidaire

Cette explication replongea Daniel dans son passĂ©, quand son professeur d’histoire de quatriĂšme racontait Ă  la classe le fonctionnement des diffĂ©rentes communautĂ©s. L’une en particulier l’avait marquĂ©, celle des huttĂ©rites. Cette organisation dont l’importance Ă©tait significative au XVIe siĂšcle reposait sur le vivre-ensemble, dans des fermes collectives. En 1545, les huttĂ©rites possĂ©daient 21 fermes, chacune comprenait des lieux d’habitation, des piĂšces pour les activitĂ©s artisanales, des salles de classe, des cuisines et des entrepĂŽts [4]. Cette communautĂ© se trouvait majoritairement en Moravie du Sud et la production se faisait en grande partie en circuit fermĂ©, mais Daniel n’avait pas tout retenu de ce cours qui datait de presque trente ans.
Didier avait pensĂ© Ă  prendre une assiette, des couverts et un verre pour Daniel. Le repas Ă©tait dĂ©licieux. Il n’avait jamais aussi bien mangĂ© dans une cantine. Les lĂ©gumes Ă©taient excellents, et fondaient dans sa bouche tant ils Ă©taient tendres.
Ce repas, et l’ambiance si positive qui rĂ©gnait dans ces lieux lui faisaient du bien. AprĂšs avoir fait leur vaisselle, et une fois dehors, Daniel ressentit comme un vide. Dehors, il ne faisait pas froid, et pourtant dans le ReR il avait si chaud. Sur le chemin du retour, cette cantine ne cessait de revenir dans ses pensĂ©es. Il voulait revenir lĂ -bas. Non, plus que ça, il voulait participer Ă  cette organisation. Il se sentirait utile, enfin en cohĂ©rence avec la sociĂ©tĂ© et ses changements.
« Dis, DĂ©dĂ©, comment t’as fait pour commencer dans l’agriculture ?
— Oh, c’est de famille. On se transmet les connaissances de pĂšre en fils.
— Ça veut dire que je ne pourrais jamais avoir tes connaissances ?
— DĂ©jĂ , pour l’élevage bovin, il aurait Ă©tĂ© mieux que ta famille ait un troupeau et des terres. Â»
Daniel fit une moue de mécontentement.
« Mais Dany, rien ne t’empĂȘche de commencer par la culture des arbres fruitiers.
— Mais je n’ai aucune connaissance dans ce domaine

— Dany, je ne t’ai pas dit ? À l’UPLOAD, non seulement la cantine est ouverte Ă  tous, mais les cours magistraux Ă©galement. Je connais un Ă©tudiant qui donne des cours d’arboriculture Ă  l’UPLOAD. Il s’appelle Émile, va le voir quand tu te sentiras prĂȘt. c’est tous les mardis Ă  11 h Â»
Sur ces mots, Daniel et Didier se quittĂšrent. Daniel retrouva son clic-clac, et fixa le plafond. Il savait maintenant comment changer, comment s’adapter Ă  cette nouvelle sociĂ©tĂ©. Maintenant, il devait juste trouver la force de sortir de son canapĂ©.

BIBLIOGRAPHIE :
[1] Les rejets de plastique et les émissions de gaz à effet de serre sont en croissance, OCDE, consulté le 18/01/2024 https://www.oecd.org/fr/environnement/plastiques/augmentation-des-rejets-de-plastique-et-emissions-de-gaz.htm
[2] Quel est le bilan carbone des emballages alimentaires ?, Gautier Mulak, We are Green, 10/01/2023, consultĂ© le 18/01/2024 https://wearegreen.io/article/quel-est-le-bilan-carbone-des-emballages-alimentaires
[3] Calendrier des fruits et légumes de saison en France métropolitaine, Greenpeace, consulté le 18/01/2024
https://www.greenpeace.fr/guetteur/calendrier/
[4] Huttérisme, Wikipédia, consulté le 18/01/2024
https://fr.wikipedia.org/wiki/Huttérisme

 

Les raisins de l’apaisement

La lame du sĂ©cateur racle la peau de ma cuisse. J’aurais jamais dĂ» mettre un short. Le vieux chapeau trouvĂ© au vestiaire partagĂ© me gratte les oreilles. Tchic Tchac tchic tchac. Les lames s’activent avec vivacitĂ©. Une grappe puis l’autre. Pour le moment, je me contente de recueillir les lourdes grappes. TiĂ©dis par le soleil d’octobre, les raisins roulent dans le large panier. C’est Luciole qui l’a rĂ©parĂ© Ă  l’atelier vannerie l’annĂ©e derniĂšre, alors j’évite de la traĂźner sur le sol. Peut-ĂȘtre que je pourrais bricoler des bretelles pour le porter sur le dos ?
Ça va faire presque deux heures que les vendanges collectives ont commencĂ© et je dĂ©plie douloureusement mon dos. Il faudra que je sois plus attentif aux Ă©changes sur l’ergonomie du travail, puisque je vais essayer de passer un peu de temps aux champs.
Je prends une grande inspiration. L’odeur sucrĂ©e des fruits presque trop mĂ»rs envahit mes narines. L’étĂ© a Ă©tĂ© plus court que l’annĂ©e derniĂšre, la rĂ©colte arrive un peu tard. Finalement, s’adapter aux saisons, c’est bien complexe quand leurs marqueurs les plus anciens se sont effacĂ©s.
Au concert des outils tranchants s’ajoute le vrombissement d’un broustick, rare insecte encore visible depuis les grandes extinctions. J’essaie de visualiser le poster des pollinisateurs des toilettes de l’UPLOAD. C’est une affiche un peu vieillotte des annĂ©es 90. Moustiques variĂ©s, abeilles noires et mouches, que des bestioles que je n’ai jamais croisĂ©es, la faute, entre autres, aux produits phytosanitaires. Il parait aussi qu’il y avait moins de haies et d’arbres, que les animaux qui permettaient le transport des gamĂštes ont vite perdu leur abri. Ce broustick un peu frĂȘle, c’est un survivant ! Des ailes longues, de gros yeux Ă  facettes, et dĂ©tail auquel je n’avais jamais fait attention, une petite trompe poilue.

Photo par Samuel Mariot, licence CC BY-NC 2.0 Deed

 

Contrairement Ă  la carte postale du hall du bĂątiment agricole, ce qui se dĂ©ploie devant moi n’a rien de monotone. Les champs sont parsemĂ©s de haies. Point de boue entre les rangs, on perçoit Ă  peine le sol entre les herbes et les fleurs. Des arbres s’entrelacent entre les ceps, rendant la chaleur d’octobre acceptable. Ils ont une drĂŽle de forme, avec des sortes de gros bubons d’oĂč s’échappent de maigre branches.
« C’est pas trĂšs beau ces trognes, hein ? Â» dit une voix qui me sort de ma rĂȘverie.
« On peut aussi appeler ça un tĂȘtard
 en gros, pour Ă©viter que les arbres deviennent trop grands et fassent de l’ombre Ă  la vigne, on coupe rĂ©guliĂšrement les branches du haut. Je viens souvent aider au trognage, comme ça je rĂ©cupĂšre les branches pour donner du fourrage Ă  mes chĂšvres ! Et ensuite hop ! L’arbre cicatrise et forme une petite boule, un peu comme notre peau quand on se coupe ! Â»
Un sourire franc et un bras Ă©nergique, la femme qui m’interpelle n’a cessĂ© de couper pendant qu’elle me parlait.
Notre Ă©change va bon train, elle s’appelle Marie, elle est agricultrice. Et elle aime ça. Dans sa bouche, les herbes et les arbres ont des noms et prennent vie. Elle lit le milieu qui nous entoure, connaĂźt le chant des oiseaux. Je demeure gauche avec mon sĂ©cateur, mais la sensation d’ĂȘtre de trop s’estompe un peu. Essayer de dĂ©composer les gestes pour les comprendre. Les doigts engourdis se crispent sur le manche. DĂ©cidĂ©ment, il faudrait repenser les outils de travail. AmĂ©liorer les lames, pour qu’elles s’émoussent moins vite. Faudra voir avec CharlĂšne aussi, mais le transfert des raisins Ă  la cuve de stockage a l’air pĂ©rilleux. On pourrait peut-ĂȘtre mettre en place un systĂšme de poulies pour hisser les hottes de fruits ? SHLACK
« Fuck ! Â» le sang pulse sous l’ongle de mon pouce. Il est temps de prendre une pause !

 

Une passion qui se transmet

Marie aperçoit le bout du chemin. Elle profite du calme de la nature quelques derniers instants avant le dĂ©but de cette journĂ©e frĂ©nĂ©tique. Dans la cour de la ferme, elle a Ă  peine le temps de poser son vĂ©lo, qu’elle se fait embarquer par son amie CharlĂšne, la vigneronne. Aujourd’hui, les Ă©tudiants de l’UPLOAD viennent aider aux vendanges et CharlĂšne ne peut tous les encadrer seule, elle a donc demandĂ© de l’aide Ă  d’autres collĂšgues, comme Marie. Cette derniĂšre va devoir expliquer et montrer les bons gestes, soutenir les personnes fatiguĂ©es, en somme, superviser la rĂ©colte.
Marie se voit confier la responsabilitĂ© d’une vingtaine de personnes.
« Il va falloir se sĂ©parer en deux groupes. Le plus nombreux s’occupera de rĂ©colter le raisin. Vous aurez tous un sĂ©cateur et un panier. On coupe la grappe Ă  sa base, en sĂ©lectionnant uniquement les plus mĂ»res, et en Ă©vitant celles qui sont dĂ©jĂ  pourries. N’hĂ©sitez pas Ă  me demander si vous avez un doute, surtout au dĂ©but, mais vous arriverez rapidement Ă  faire la distinction vous-mĂȘmes. Ensuite on les pose dĂ©licatement dans les paniers.
L’autre groupe, vous ĂȘtes chargĂ©s de transporter les paniers pleins hors des champs puis jusqu’à la cave.
Ces deux travaux sont trĂšs exigeants physiquement mais diffĂ©remment, donc n’hĂ©sitez pas Ă  alterner les postes entre vous. Â»[1]

Deux heures plus tard, tout le monde est au travail avec enthousiasme. Marie peut souffler un peu. Elle regarde autour d’elle, subjuguĂ©e par les paysages automnaux, elle sent le vent sur son visage, l’odeur du raisin fraĂźchement rĂ©coltĂ©. En fond sonore, des conversations enjouĂ©es, ponctuĂ©es par des soufflements d’efforts.
Marie aime voir toutes ces personnes travailler pour un objectif commun.
Elle sort soudain de ses pensĂ©es et revient Ă  ses responsabilitĂ©s du jour. Elle balaye la vigne du regard pour vĂ©rifier le bon dĂ©roulement des Ă©vĂšnements, repĂ©rant ainsi un Ă©tudiant qui semble isolĂ©. Ses mouvements ne sont pas empreints du mĂȘme entrain que les autres. Est-il fatiguĂ© ? Alourdi par des soucis dans sa vie ? PoussĂ©e par la curiositĂ©, elle s’approche tranquillement de lui. Il ne semble pas la remarquer, absorbĂ© dans ses pensĂ©es. Marie se met donc au travail Ă  ses cĂŽtĂ©s, prĂȘte Ă  discuter lorsqu’il sera disposĂ©.
Devant son air Ă©tonnĂ© face aux trognes, elle en profite pour lancer la conversation et lui expliquer leur origine. Elle a gagnĂ© son attention et enchaĂźne donc :
« Comment te sens-tu au milieu de tout ça ?
— C’est Ă©trange, je me sens Ă  la fois accueilli et Ă©tranger Ă  cet environnement. Pas Ă  ma place finalement. Et vous, pourquoi ĂȘtes-vous devenue agricultrice ? Â»
Marie prend quelques instants pour se concentrer sur ses sensations et ce qui la rend heureuse au quotidien.
« Je crois que l’agriculture s’est transformĂ©e ces derniĂšres annĂ©es, elle s’apparentait autrefois Ă  un combat contre la nature. On utilisait de nombreuses techniques trĂšs nĂ©fastes pour les sols ou la biodiversitĂ©. La monoculture par exemple Ă©tait responsable de l’appauvrissement des sols en matiĂšre organique, en azote, ou encore en vers de terre [2]. On faisait Ă©galement un fort usage de nombreux pesticides qui avaient pourtant un effet dĂ©sastreux sur la biodiversitĂ© ou encore la qualitĂ© de l’eau [3]. Petit Ă  petit des pratiques bien plus Ă©co-responsables se sont dĂ©mocratisĂ©es : l’agro-foresterie, la polyculture, ou encore la permaculture. Aujourd’hui on cherche Ă  construire un partenariat avec la nature. C’est comme une danse, on est en quĂȘte de l’équilibre parfait, d’harmonie avec cette entitĂ© immense d’une sagesse infinie. C’est une dĂ©couverte de chaque instant et un Ă©merveillement continu.
Pourtant, ça reste un travail trĂšs difficile. Il faut ĂȘtre en constante adaptation, nous sommes soumis aux alĂ©as climatiques, et il faut travailler sans relĂąche. Les plantes et les animaux ne connaissent ni le week-end, ni les vacances. C’est Ă©puisant physiquement aussi. Hier encore j’ai maniĂ© la grelinette toute la journĂ©e, et l’avancĂ©e du travail semble pourtant assez faible. Il faut savoir ĂȘtre patient, car nous avons encore du mal Ă  allier productivitĂ© et respect de notre environnement. Â»
À son tour, RenĂ© se confie. Il est passionnĂ© de mĂ©canique, mais avait du mal Ă  comprendre l’obsession de l’UPLOAD pour l’agriculture. Mais finalement, ĂȘtre dehors est agrĂ©able, et il aime Ă  comprendre comment travaillent les agricultrices. Au fil de leurs Ă©changes quand leur rythme ralentit, Marie dĂ©cĂšle la vĂ©ritable prĂ©occupation de RenĂ© pour ses conditions de travail. Avant de rejoindre le reste du groupe, qui les a depuis longtemps distancĂ©s, elle lui propose de se revoir : elle a besoin de rĂ©parer ses outils !

BIBLIOGRAPHIE :
[1] Vendange, Wikipédia, consulté le 18/01/2024
https://fr.wikipedia.org/wiki/Vendange#Vendange_manuelle
[2] Effect of Crop Rotation and Cereal Monoculture on the Yield and Quality of Winter Wheat Grain and on Crop Infestation with Weeds and Soil Properties, WoĆșniak, A. Int. J. Plant Prod. 13, 177–182 (2019).
https://doi.org/10.1007/s42106-019-00044-w
[3] Impact of Pesticides Application on Aquatic Ecosystem and Biodiversity : A Review, Pawan Kumar, Kumar, R., Thakur, K. et al. Biol Bull Russ Acad Sci 50, 1362–1375 (2023)
https://doi.org/10.1134/S1062359023601386

Ces textes sont sous licence CC-BY-SA
Auteurs & autrices : AnthĂ©a Cordeiro, Emna Bettaleb, LĂ©onie Touzard, Camille Renaud, Pauline Henry

La nouvelle du mardi 20:42

Chaque jour de cette semaine, Ă  20:42, une nouvelle de 2042 concoctĂ©e avec amour par les participant⋅es des ateliers #solarpunk #UPLOAD de l’UTC.

Aujourd’hui, la vie quotidienne sur le campus, on se bouge sans voitures Ă  l’UPLOAD
 Mais d’abord  cet apĂ©ritif riche en calories : le monologue d’un poĂȘle de masse !

Confession d’un poĂȘle de masse

— EnchantĂ©, je suis le poĂȘle de masse du foyer Ă©tudiant de l’UPLOAD ! Je trĂŽne dans ce grand salon collectif oĂč vivent les Ă©tudiant·es, afin d’apporter de la chaleur Ă  leur corps mis Ă  rude Ă©preuve par l’hiver picard et les pĂ©nuries Ă©nergĂ©tiques. Toutes les salles de l’universitĂ© ne peuvent ĂȘtre chauffĂ©es, mais vous pourrez toujours compter sur moi pour vous apporter du rĂ©confort physique et moral. Car attention, je ne suis pas qu’un vulgaire moyen de chauffage : oh non, je suis bien plus que ça ! Voulant rĂ©chauffer leurs corps, les Ă©tudiant·es se rĂ©unissent autour de moi, crĂ©ant ainsi des moments festifs et intimes qui rĂ©chauffent aussi leurs cƓurs. C’est sĂ»rement pour ça que je suis l’un des rares objets du foyer Ă  avoir mon propre surnom : “Poelito” qu’iels me nomment ! C’est bien sĂ»r ironique, car je pĂšse plusieurs tonnes. Mais moi je n’ai rien Ă  envier aux poĂȘles classiques tout rachitiques, au contraire, c’est mon poids qui fait ma force en tant que poĂȘle de masse ! Laissez-moi vous expliquer


Wood Stove par Matt Kern, licence CC-BY 2.0 Deed

 

Je me nourris de bois, une ressource locale, abordable et renouvelable. Contrairement aux poĂȘles classiques qui le consument lentement et rĂ©chauffent directement l’air ambiant, je le brĂ»le violemment et le stocke dans la matiĂšre qui m’entoure. Il peut s’agir de brique, de pierre, de terre crue, de faĂŻence, bref n’importe quoi d’assez dense pour retenir la chaleur par inertie. L’avantage, c’est que je libĂšre de la chaleur par rayonnement tel un petit soleil, et ce Ă  faible dose jusqu’à 24h voir 36h aprĂšs ma combustion, ce qui est beaucoup plus agrĂ©able et pratique. Eh oui, il suffit de me nourrir de quelques bĂ»ches, et puis vous ĂȘtes tranquille pour le restant de la journĂ©e ! C’est trĂšs pratique quand l’étudiant·e responsable de ma combustion chaque matin a oubliĂ© son tour ou veut faire la grasse mat’ aprĂšs une soirĂ©e bien arrosĂ©e Ă  l’alcool de topinambour. Bon, en pratique je ne meurs jamais de faim car les Ă©tudiant·es aiment me nourrir sans cesse – tel des grand·es parent·es avec leur petit-enfant – faut dire que je ne suis pas compliquĂ©. GrĂące Ă  ma combustion Ă  haute tempĂ©rature, je brĂ»le plus efficacement tout type de bois, en produisant moins de pollution et ce pour un meilleur rendement (jusqu’à 90 % !) par rapport aux poĂȘles classiques. Alors vous ĂȘtes convaincu·es ? Il n’y a plus qu’à me construire ! N’ayez pas peur, mĂȘme des Ă©tudiant·es peuvent le faire, alors pourquoi pas vous !

Je suis nĂ© Ă  l’occasion d’un projet scolaire d’étudiant·es de l’UPLOAD. Iels ont commencĂ© par identifier les diffĂ©rents matĂ©riaux qui me constitueraient : des pierres taillĂ©es par les apprenti⋅es tailleur·euses du coin pour la structure principale en contact avec les flammes, des briques rĂ©cupĂ©rĂ©es d’un vieux muret effondrĂ© pour la structure secondaire et la cheminĂ©e, quelques faĂŻences artisanales pour un habillage Ă©tanche et classe, de la terre crue en briques ou enduits pour recouvrir le tout et faire des bancs chauffants Ă  mes cĂŽtĂ©s. Vous me verriez, je suis unique en mon genre, le digne reflet des matĂ©riaux et savoir-faire locaux !

AprĂšs cet inventaire, les Ă©tudiant·es ont pu imaginer mon fonctionnement et mes plans. Comme tout poĂȘle de masse, je suis composĂ© d’un cƓur de chauffe oĂč se dĂ©roule la combustion, de circuits de fumĂ©es sinueux pour que la chaleur ait le temps d’ĂȘtre capturĂ©e par ma masse, de clapets pour rediriger l’air chaud en fonction des usages et d’un conduit de cheminĂ©e pour Ă©vacuer les fumĂ©es froides. Mais tous les poĂȘles de masse n’ont pas autant de fonctionnalitĂ©s que moi, je suis le top du panier ! J’ai une multitude de circuits pour envoyer l’air chaud vers diffĂ©rentes choses : l’air ambiant du foyer, l’eau des douches, les plaques de cuisine et mĂȘme un mini-four Ă  pizza directement au-dessus de mon cƓur de chauffe. Je suis le cƓur chauffant du foyer Ă©tudiant !

Une fois les plans faits, il a bien fallu me construire. C’est pas compliquĂ© mais ça prend du temps : heureusement il y a plein de gens Ă  l’UPLOAD prĂȘts Ă  donner un coup de main. Iels y ont mis du cƓur Ă  l’ouvrage ! Chaque participant·e a tracĂ© son prĂ©nom et des petits dessins dans mon enduit en terre, crĂ©ant ainsi une Ɠuvre d’art commune et conviviale. Ma construction s’est conclue par une grande fĂȘte pour cĂ©lĂ©brer le travail collectif accompli et la joie d’avoir enfin du chauffage. C’était si Ă©mouvant, de quoi faire pleurer mĂȘme un cƓur de pierre comme moi !

Bibliographie
SZUMILO David au nom de l’association Oxalis, « PoĂȘle de masse OXA-LIBRE Â», wiki du low-tech lab, consultĂ© le 18 janvier 2024 : https://wiki.lowtechlab.org/wiki/Po%C3%AAle_de_masse_OXA-LIBRE

Autrice : Morgane RIGAUD, texte sous licence CC-BY-SA

 

 

Mission dirigeable !

Auteur·rices : Anouk THOMAS, Carlotta JUGÉ, ChloĂ© MATHIEU, Joris TRIART, Morgane RIGAUD, sous l’encadrement de Christophe MASUTTI et Jean-Bernard MARCON, Ce document est disponible sous licence CC-BY-SA.

RĂ©veil en retard

DissimulĂ©s entre les feuilles de la façade verdoyante de la rĂ©sidence universitaire, de petits moineaux avaient fait leur nid sous la fenĂȘtre de la chambre de Maura. Leur doux chant l’avait tirĂ©e d’un rĂȘve captivant. Son rĂ©veil n’avait pas sonnĂ© ce matin-lĂ , sĂ»rement encore un faux contact. Ces vieux bidules des annĂ©es 1980 n’ont jamais Ă©tĂ© rĂ©putĂ©s pour la fiabilitĂ© des circuits intĂ©grĂ©s. Pas grave, elle irait le rĂ©parer au Fablab de l’universitĂ©.

Maura se prĂ©para pour une journĂ©e chargĂ©e Ă  l’UPLOAD, l’UniversitĂ© Populaire Libre Ouverte Accessible et DĂ©centralisĂ©e. Un dĂ©tail attira son attention sur son calendrier de bureau : l’anniversaire de ThĂ©o prĂ©vu dans une semaine ! Il faudra lui trouver un cadeau. RĂ©flĂ©chissant Ă  ce qui pourrait faire plaisir Ă  son meilleur ami, elle fila vers la cuisine partagĂ©e. Pour faire le plein d’énergie, elle prit quelques graines et fruits secs en guise de petit dĂ©jeuner, ainsi qu’une infusion Ă  l’ortie. Elle Ă©tait en retard, elle le savait, mais le cours magistral sur les transports ne la rĂ©jouissait pas tellement. Ce qui lui plaisait, elle, c’était la bricole. Elle descendit de la rĂ©sidence en vitesse par la tyrolienne et emprunta un vĂ©lo de la Ville pour gagner du temps.

Voyage jusqu’à l’UPLOAD

Sur la route, elle croisa le vieux GrĂ©goire qui se dĂ©plaçait en tic-tic, sorte de tuk-tuk Ă  la sauce compiĂ©gnoise. Elle se moquait souvent de ces vĂ©hicules – au principe tyrannique d’une personne tranquillement assise Ă  l’arriĂšre tandis qu’une autre s’essoufflait Ă  tirer le tout – mais il fallait avouer que c’était bien pratique pour les personnes n’ayant pas la capacitĂ© de se dĂ©placer Ă  vĂ©lo par elles-mĂȘmes.

« Alors GrĂ©goire, tu penses arriver avant moi Ă  l’UPLOAD ?
— On va bien voir ! Le premier arrivĂ© garde une place Ă  l’autre dans l’amphi.
— Ça marche ! Â»

Maura se mit Ă  pĂ©daler plus vite pour dĂ©passer le vieil homme, mais il y avait pas mal de circulation. Elle entendit au loin des sirĂšnes et vit une ambulance passer Ă  vive allure. Sans doute encore un accident de vĂ©los au croisement du Boulevard Gambetta. Les gens devraient vraiment davantage respecter les feux tricolores : c’était bien l’une des rares choses que la voiture avait apportĂ©es de bon, et l’une des rares choses que l’on avait gardĂ©es d’elle d’ailleurs.

À cause des pĂ©nuries de carburant, on avait dĂ©laissĂ© les voitures pour finalement les interdire complĂštement. VĂ©cue comme une privation au dĂ©part, la disparition de ces « bagnoles Â» avait montrĂ© des vertus salvatrices. L’air Ă©tait plus pur et les rues plus sĂ»res.

Le chant des oiseaux avait remplacĂ© le grondement des moteurs. Les parkings Ă©taient convertis en places de marchĂ© de quartier ou utilisĂ©s pour divers usages collectifs, ressourceries ou ateliers. Certaines routes avaient Ă©tĂ© dĂ©capĂ©es de leur bitume pour y replanter des arbres apportant de la fraĂźcheur lors des Ă©tĂ©s toujours plus chauds, et des voies routiĂšres d’autrefois revenaient dĂ©sormais aux piĂ©tons et cyclistes. Les voitures uniformes avaient laissĂ© la place une joyeuse hĂ©tĂ©rogĂ©nĂ©itĂ© de vĂ©los en tout genre. Certains Ă©taient traficotĂ©s Ă  partir des carcasses et composants d’anciennes voitures, dont le recyclage massif fournissait une source de matĂ©riel et de crĂ©ativitĂ© pour de nouvelles inventions. Les ambulances Ă  hydrogĂšne faisaient partie des rares vĂ©hicules motorisĂ©s encore autorisĂ©s en ville, fonctionnant grĂące aux quelques stations d’électrolyse installĂ©es çà et lĂ .

Maura et GrĂ©goire arrivĂšrent finalement en mĂȘme temps au hall d’entrĂ©e de l’UPLOAD. C’était un lieu qui formait avant tout des ingĂ©nieur⋅es, mais aussi toute personne curieuse et dĂ©sireuse de s’instruire dans les domaines techniques. L’universitĂ© consistait en un regroupement de bĂątiments vĂ©gĂ©talisĂ©s, rĂ©novĂ©s ou fabriquĂ©s grĂące Ă  des ressources locales et des techniques de construction sobres. Mais le bĂątiment prĂ©fĂ©rĂ© de Maura Ă©tait le Fablab, un grand atelier oĂč l’on avait tout le matĂ©riel et l’aide nĂ©cessaire pour rĂ©parer, recycler ou construire n’importe quoi. Le gardien du Fablab Ă©tait GrĂ©goire, un papy ronchon mais gentil de 64 ans. MalgrĂ© les taquineries qu’elle lui envoyait, Maura avait beaucoup d’estime pour lui. Il lui avait appris Ă©normĂ©ment sur la menuiserie et l’artisanat. Au-delĂ  du Fablab, il y avait Ă©galement de nombreuses salles pour que les Ă©lĂšves puissent organiser et assister Ă  des confĂ©rences, ateliers pratiques et retours d’expĂ©riences. Et c’est justement en salle A100 que le cours sur les transports se dĂ©roulait.

Cours sur les transports

Maura et GrĂ©goire ouvrirent la porte de l’amphi et s’assirent rapidement pour ne pas dĂ©ranger l’exposĂ© du professeur, un spĂ©cialiste des mobilitĂ©s. Son cours introductif portait sur l’impact de l’effondrement sur nos modes de dĂ©placements actuels. Maura, qui Ă©tait certaine qu’elle allait passer une bonne partie du cours Ă  somnoler, se dĂ©cida Ă  tout de mĂȘme en Ă©couter une partie :

« L’obsolescence des moyens de transports traditionnels suite Ă  l’effondrement nous a poussĂ©s Ă  totalement repenser l’urbanisme et la maniĂšre dont nous nous dĂ©placions
 Â».

Le professeur vanta l’efficacitĂ© du tramway CompiĂšgnois, dĂ©crivit en dĂ©tails le processus d’amĂ©nagement et de crĂ©ation d’espaces verts pour les animaux de trait, s’attarda sur la transformation des routes en pistes cyclables et Ă©questres, puis Ă©pilogua sur la quantitĂ© de voitures prĂȘtes au recyclage qui gisaient Ă  la dĂ©chetterie. La deuxiĂšme partie du cours portait sur la place prĂ©pondĂ©rante des dirigeables dans le transport de marchandises et de la place essentielle qu’occupait l’aĂ©roport de CompiĂšgne dans celui-ci.

Assis au premier rang, ThĂ©o, qui avait une grande fascination pour les dirigeables, rejoignit le professeur et commença Ă  discuter avec lui des diffĂ©rents mĂ©canismes utilisĂ©s par les dirigeables lors de changements d’altitudes, l’un dĂ©fendait la compression des gaz et l’autre la descente assistĂ©e par propulsion. Maura crut qu’elle allait s’évanouir d’ennui. Soudain, la dĂ©livrance : la fin du cours Ă©tait annoncĂ©e.

Enfin, la journĂ©e allait pouvoir commencer. Maura et GrĂ©goire retrouvĂšrent ThĂ©o puis se dirigĂšrent vers la cantine collective pour le dĂ©jeuner. Aujourd’hui au menu : concombres verdoyants Ă  la sauce vinaigrette en entrĂ©e, Ɠufs au plat venus tout droit du poulailler de l’UPLOAD et une gĂ©nĂ©reuse part de tarte aux pommes servie en dessert. Pour les Ă©tudiants qui souhaitaient cogĂ©rer le restaurant, des cours de nutrition Ă©taient obligatoires. Les autres pouvaient aider Ă  la prĂ©paration des repas du matin et du soir avec les aliments rĂ©coltĂ©s dans le potager. AprĂšs s’ĂȘtre servis, ThĂ©o, Maura et GrĂ©goire s’installĂšrent Ă  une table et dĂ©gustĂšrent le dĂ©licieux repas concoctĂ© par les Ă©tudiants.

« Vous voudriez assister Ă  quel cours maintenant ? Je sais qu’il y a le temps de partage de savoir-faire en jardinage Ă  14h, ça pourrait ĂȘtre intĂ©ressant.
— Je suis d’accord, rĂ©pondit Maura, en vrai j’aimerais bien apprendre Ă  planter des tomates !
— Va pour l’atelier de jardinage !
— Moi je vous laisse, je retourne au Fablab faire l’inventaire, dit GrĂ©goire en se levant.
— OK, Ă  ce soir GrĂ©goire ! Â»

Atelier jardinage

Avec enthousiasme, Maura et ThĂ©o se dirigĂšrent vers la serre et le potager. Un petit groupe s’était dĂ©jĂ  formĂ© et Ă©coutait la prĂ©sentation du jardinier :

« Bonjour Ă  tous, j’espĂšre que les concombres vous ont plu ce midi. Aujourd’hui le cours portera sur les diffĂ©rentes combinaisons de plantes. Cette technique appelĂ©e compagnonnage est nĂ©e de l’observation et de la pratique.

Si je prends l’exemple des lĂ©gumineuses qui enrichissent le sol en azote, il peut ĂȘtre judicieux de les associer Ă  des plantes qui ont besoin de cet apport comme les tomates ou les cucurbitacĂ©es. De plus, certaines plantes aromatiques, grĂące Ă  leurs odeurs particuliĂšres, peuvent Ă©loigner voire Ă©liminer des insectes nuisibles comme le basilic qui est un fort rĂ©pulsif de mouches et moustiques. Il s’associe parfaitement avec les tomates, asperges, poivrons, piments et aubergines. Maintenant c’est Ă  vous de jouer : choisissez une combinaison dans le manuel et plantez-la en respectant les techniques de jardinage. Â»

Tous les Ă©tudiants mirent la main Ă  la pĂąte et s’occupĂšrent en binĂŽme d’une combinaison de plantes. Maura et ThĂ©o avaient choisi l’association thym-brocoli. Le thym plantĂ© Ă  proximitĂ© permettrait d’éloigner les mouches blanches des brocolis. AprĂšs avoir fini leur plantation, le jardinier arriva pour inspecter les travaux finis.

« Pas mal, lĂącha-t-il, pour une premiĂšre, vous vous en sortez bien !
— Merci, c’est pas si dur en fait le jardinage ! Il y a des petites techniques Ă  apprendre et puis notre potager se retrouve rempli de bons fruits et lĂ©gumes, rĂ©pondit Maura enthousiaste.
— C’est vrai, mais il y a aussi toute la partie entretien du potager ! objecta le jardinier. Il y a dans toutes disciplines des parties moins agrĂ©ables mais essentielles qui nous rendent encore plus fiers du travail accompli. Â»
Le jardinier se tut, il semblait mĂ©diter. ThĂ©o saisit cette opportunitĂ© pour s’introduire dans la conversation.
« Moi quand je travaille sur les dirigeables, je suis toujours fier du travail accompli !
— Oh non, pas encore tes dirigeables ! s’exaspĂ©ra Maura.
— Vous saviez que les nouveaux dirigeables Ă  panneaux solaires Ă©mettaient seulement l’équivalent d’1 % des Ă©missions CO2 d’un avion pour du fret, alors que

— ThĂ©o, reste concentrĂ© sur le potager ! lui intima Maura.
— Vous ferez moins les malins quand j’aurai un poste d’ingĂ©nieur dans une des usines d’assemblage !
— Les usines fluviales ? demanda le jardinier intriguĂ©.
— Oui ! Elles sont placĂ©es Ă  cĂŽtĂ© des fleuves, car les dirigeables ont besoin d’hydrogĂšne, et pour produire de l’hydrogĂšne on a besoin de beaucoup d’hydro-Ă©lectricitĂ©, d’oĂč les barrages !
— Tu parles de l’électrolyse ?
— Exactement ! Â» Le jardinier se tourna vers Maura, puis s’adressa Ă  nouveau vers ThĂ©o :
« Vous m’avez l’air plutĂŽt dĂ©brouillards, vous suivez le cours de recyclage ?
— Évidemment ! rĂ©pondit Maura.
— On se verra certainement au cours de demain dans ce cas ! Je me suis inscrit rĂ©cemment, mais bon j’y connais pas grand-chose, dit-il l’air gĂȘnĂ©.
— T’inquiĂšte pas on sera lĂ  pour t’aider ! Au fait moi c’est Maura ! s’exclama-t-elle.
— Je m’appelle Émile, enchantĂ© ! Â»

Cours de recyclage

Le jour suivant, nos amis se retrouvÚrent en cours de recyclage portant sur le chapitre des étapes menant à la réutilisation des composants de la voiture.

ThĂ©o Ă©tait happĂ© par le cours, qu’il trouvait utile pour son projet de conception de dirigeables. Il apprit ce jour-lĂ  que les voitures ne pouvaient pas encore ĂȘtre entiĂšrement recyclĂ©es, la rĂ©utilisation et la valorisation des composants atteignaient seulement 80 % de la masse des vĂ©hicules. Pour cela, il fallait respecter plusieurs Ă©tapes : la dĂ©pollution, le dĂ©mantĂšlement, le broyage et enfin le recyclage des composants. Tout d’abord, il fallait dĂ©polluer en retirant tous les liquides de la voiture puis la dĂ©monter pour mettre de cĂŽtĂ© les piĂšces rĂ©utilisables. La carrosserie Ă©tait ensuite broyĂ©e pour crĂ©er de la ferraille, utilisĂ©e dans les nouveaux produits en acier comme les ustensiles de la cantine collective, et le reste des composants, tels que le verre ou le caoutchouc, Ă©taient Ă©galement recyclĂ©s. Beaucoup d’objets dans la ville Ă©taient issus de ce processus de recyclage, comme l’horloge centrale, les lampadaires et les machines des usines relocalisĂ©es.

Maura, assise derriĂšre, chuchota Ă  Émile et GrĂ©goire :
« L’anniversaire de ThĂ©o c’est dans une semaine ! J’aimerais beaucoup lui faire une surprise, j’ai besoin de votre aide. J’ai pensĂ© que ce serait une bonne idĂ©e de lui offrir un dirigeable
 miniature ! Il adore ça et ne fait qu’en parler, c’est le cadeau idĂ©al ! Ça vous dirait de m’accompagner ce soir pour aller chercher les matĂ©riaux ? Â»
Toujours prĂȘt Ă  aider les autres, Émile rĂ©pondit sans hĂ©sitation :
« CarrĂ©ment !
— C’est une trĂšs bonne idĂ©e Maura, dit GrĂ©goire. Je me fais un peu vieux pour ce genre d’escapade Ă  la dĂ©chetterie, mais je pourrai vous aider Ă  le fabriquer au Fablab une fois tous les Ă©lĂ©ments rĂ©unis ! Â»

Escapade nocturne à la déchetterie

Émile et Maura bouillaient d’impatience, c’était le moment d’aller chercher les matĂ©riaux pour la confection du cadeau de ThĂ©o. Ils Ă©taient dĂ©terminĂ©s Ă  aller les rĂ©cupĂ©rer Ă  la dĂ©chetterie de la Ville, mais savaient que cette escapade ne se serait pas de tout repos. La dĂ©chetterie Ă©tait commune Ă  tous les habitants et pour avoir accĂšs aux matĂ©riaux, il fallait une raison valable, ça devait ĂȘtre utile Ă  toute la ville. La fabrication d’un cadeau pour un ami n’était certainement pas de premiĂšre nĂ©cessitĂ©, c’est pourquoi ils devaient y aller de nuit, sans ĂȘtre repĂ©rĂ©s. Il y avait des gardes, certes, mais ça ne les intimidait pas. Ils avaient un plan d’action.
« Si on part Ă  22 h, il fera encore jour. Je pense que c’est mieux de partir vers minuit.
— Je suis d’accord, mais du coup le tramway ne passera plus Ă  cette heure-lĂ . On y va comment ?
— On pourrait emprunter un tic-tic, c’est toi qui pĂ©daleras Ă  l’aller et moi au retour, ça te va ? proposa Maura en esquissant un sourire.
— Ça me va ! Faudra le garer assez loin de la dĂ©chetterie sinon ils suspecteront quelque chose. Â»

Émile et Maura arrivĂšrent Ă  la dĂ©chetterie Ă  bout de souffle. Ils se faufilĂšrent par un petit trou du grillage que des rongeurs avaient grignotĂ©. Ils fouillĂšrent partout dans les tas de matĂ©riaux sans parvenir Ă  trouver de quoi fabriquer le dirigeable. La dĂ©chetterie Ă©tait pleine d’épaves de voitures en tout genre. Il y avait des centaines de volants, de jantes, de siĂšges amovibles, de portiĂšres mais aucune trace de ballon ni de ficelle. Au bout d’un moment, les deux copains trouvĂšrent un coin isolĂ© oĂč s’empilaient nombreuses boĂźtes en carton dans lesquelles ils dĂ©couvrirent tout ce dont ils avaient besoin, et plus encore ! Le Graal ! Avec excitation, ils s’emparĂšrent de quelques vis, une petite planche en bois et du fil Ă©lastique. Il y avait aussi une multitude de dĂ©bris de carrosserie et une petite hĂ©lice.

« On a presque tout ce qu’il nous faut ! Les dirigeables sont fabriquĂ©s avec des matĂ©riaux bio-composites et de la fibre de carbone, mais d’aprĂšs ThĂ©o on les fabriquait avec du bois, l’aluminium et du tissu, on peut dĂ©jĂ  construire la nacelle, les ailes et les moteurs ! Â»
Il ne manquait plus qu’un ballon. En cherchant les derniĂšres piĂšces du puzzle, ils trouvĂšrent un objet trĂšs Ă©trange. Il ressemblait aux pales d’une Ă©olienne mais ces pales Ă©taient arrondies et trouĂ©es, de la taille d’une main et de couleur fluorescente.
« C’est quoi ça ? C’est trop bizarre ! s’exclama Maura.
— Aucune idĂ©e, mais ça pourrait ĂȘtre utile de le dĂ©sosser et de voir comment ça fonctionne. On dirait qu’il y a un roulement Ă  billes Ă  l’intĂ©rieur ! Â»
Les deux aventuriers s’amusĂšrent Ă  faire tourner l’objet dans leur main et en oubliĂšrent presque le but de leur expĂ©dition. La lumiĂšre d’une lampe torche au loin les fit revenir Ă  la rĂ©alitĂ©. Ils se dĂ©pĂȘchĂšrent de trouver un ballon de baudruche mais en vain. Une bouteille en plastique de forme allongĂ©e Ă©tait lĂ  par terre, elle ferait trĂšs bien l’affaire. Tous les matĂ©riaux Ă©taient maintenant dans leur sac Ă  dos, ils pouvaient dĂ©guerpir.

L’histoire du Hand Spinner

— Alors les enfants, qu’est-ce que vous avez trouvĂ© de beau ?
Émile et Maura vidĂšrent leur sac Ă  dos sur le plan de travail. GrĂ©goire Ă©tait Ă©tonnĂ© de voir qu’il y avait un objet qu’il connaissait bien.
— Haha j’adore ! Vous avez trouvĂ© un hand spinner, ça fait bien longtemps que j’en avais pas vu ! Vous savez, c’était Ă  la mode vers 2017 ! Tout le monde en achetait pour s’amuser mais Ă  la base c’était une aide pour les enfants autistes.
— Comment ça ?
— Eh bien, en 1997, une femme amĂ©ricaine avait dĂ©cidĂ© de fabriquer pour sa fille autiste un hand spinner. Il servait Ă  la dĂ©stresser et Ă  la calmer. Cet objet pouvait aider les enfants autistes ou ayant des troubles de l’attention Ă  se concentrer.
— Mais c’est une trop bonne idĂ©e ! Je suis sĂ»r que ça pourrait intĂ©resser l’établissement de soins de la ville ! s’exclama Émile.
— Oui, dit GrĂ©goire en regardant l’objet de prĂšs, ça me semble pas trop difficile de demander aux volontaires du Fablab d’en reproduire un certain nombre
 Â»

De retour au campus, ils dessinĂšrent un croquis du futur dirigeable miniature puis commencĂšrent Ă  en assembler les piĂšces.
« Je me demande pourquoi ThĂ©o est toujours autant Ă  fond sur les dirigeables, s’interrogea Maura.
— Tu sais, je connaissais le pĂšre de ThĂ©o, rĂ©pondit GrĂ©goire. Je ne vous en ai jamais parlĂ©, mais il y a dix ans, son pĂšre est mort pendant la troisiĂšme pandĂ©mie. C’était un ingĂ©nieur en aĂ©ronautique passionnĂ© de dirigeables. Et depuis ce jour, ThĂ©o s’est jurĂ© de suivre ses pas et de devenir Ă  son tour ingĂ©nieur spĂ©cialisĂ© en dirigeables. Â»

Image Public Domain via Wikimedia Commons

Anniversaire Surprise

La semaine suivante, GrĂ©goire, Émile et Maura s’étaient cachĂ©s sous les tables de la cantine collective pour faire la surprise Ă  ThĂ©o. Celui-ci fut plus que ravi du petit dirigeable bricolĂ© avec amour par ses amis. AprĂšs l’avoir suspendu au plafond de la cantine oĂč ils avaient installĂ© leur petite fĂȘte, ThĂ©o fit un discours de remerciement oĂč il se laissa aller Ă  Ă©voquer avec passion ses projets
 de dirigeables !
« â€Š jusqu’à prĂ©sent, nous les avons employĂ©s depuis l’effondrement pour transporter du fret Ă  moindre coĂ»t Ă©nergĂ©tique, mais il faudrait pouvoir passer Ă  la vitesse supĂ©rieure en imaginant des transports Ă  moyenne et longue distance ! Car pour les modes de dĂ©placement intra-urbains, on est en passe de rĂ©pondre aux besoins avec les tramways et vĂ©los, mais il nous faut aussi envisager des modes de transports de ville Ă  ville pour des passagers. Une mĂ©tropole ne peut pas rester sans communications physiques avec les rĂ©gions alentour ! C’est pourquoi j’ai conçu un prototype Ă©conome et spacieux, un peu plus Ă©laborĂ© que mon joli cadeau, ajouta-t-il en dĂ©clenchant des sourires, un modĂšle qui permettra de
 Â»

Un des amis de ThĂ©o prĂ©sents Ă  la fĂȘte l’interrompit : :
« HĂ© ThĂ©o ! Il est joli ton discours, mais concrĂštement, comment tu vas rĂ©aliser ton prototype ? Ce sera quoi le gaz dans l’enveloppe ? Parce que l’hydrogĂšne c’est dangereux non ?
— Alors, l’hydrogĂšne c’est inflammable facilement en effet. Il y a eu pas mal d’accidents, dans les annĂ©es 1920. Mais depuis l’effondrement, la recherche dans l’aĂ©ronautique s’est beaucoup penchĂ©e sur cette problĂ©matique, permettant de grandes avancĂ©es sur la sĂ©curitĂ© des dirigeables. Et les normes de sĂ©curitĂ© ont beaucoup Ă©voluĂ© ! Elles sont trĂšs strictes, les matĂ©riaux utilisĂ©s sont plus judicieux, et le nombre d’accidents quasi nul. Comme pour les avions, Ă  l’époque oĂč on en utilisait. Tu peux avoir confiance dans les dirigeables actuels !
— Ok je vois ! Mais Ă  quoi ils carburent les dirigeables ?
— Eh bien par exemple, mon prototype de dirigeable utilise la propulsion humaine : avec mes super muscles et mon pĂ©dalier, je m’envole ! Par contre, Ă©videmment, ce n’est pas ce systĂšme qui est utilisĂ© pour les dirigeables de fret. C’est surtout de la propulsion Ă©lectrique grĂące Ă  des capteurs photovoltaĂŻques. Â»

C’était parti, on n’allait plus pouvoir l’arrĂȘter
 Et tant mieux, car son enthousiasme Ă©tait communicatif.

 

Bibliographie

« Le dirigeable Ă  pĂ©dales de StĂ©phane Rousson Â», Velo-design, (April, 2018), URL

« Compagnonnage au potager : l’association de plantes amies Â», Autour du potager, URL

N. Guellier, « Association de plantes au jardin : la technique du compagnonnage Â», Le Monde.fr,
(2014, December 26), URL

C. Pflaum, T. Riffelmacher & A. Jocher, « Design and route optimisation for an airship with onboard solar energy harvesting Â», Tandfordonline
(2023 March 20), URL

Dr. Barry E. Prentice & R. Knotts, « Cargo Airships : an International Status Report Â», (2014), URL

S. K. Dash, S. Chakraborty & D. Elangovan, « A Brief Review of Hydrogen Production Methods and Their Challenges Â», Energies, (January 2023), URL

T. Terlouw, C. Bauer, R. McKenna & M ; Mazzotti, « Large-scale hydrogen production via water
electrolysis : a techno-economic and environmental assessment Â», Energy and Environmental Science, (2022), URL

H. Mason, « Next-generation airship design enabled by modern composites Â», CompositesWorld, (2023 September 20), URL

C. Chagny, « Le recyclage dans la filiĂšre automobile Â», Carnauto, (April, 2021), URL

Paprec, « Tout savoir sur les vĂ©hicules hors d’usage Â», (2020), [URL] (https://www.paprec.com/fr/comprendre-le-recyclage/tout-savoir-sur-les-matieres-recyclables/vehicules/)

 

 

La nouvelle du lundi 20:42

Chaque jour de cette semaine, Ă  20:42, une nouvelle de 2042 concoctĂ©e avec amour par les participant⋅es des ateliers #solarpunk #UPLOAD de l’UniversitĂ© Technologique de CompiĂšgne (UTC).

Aujourd’hui, ça clashe sĂ©vĂšre Ă  la radio pirate


Panique Ă  bord de Padakor

Un texte du collectif Radio Padakor soumis Ă  la licence CC-BY-SA 4.0

– Yo, les clodos !

Depuis qu’une dĂ©putĂ©e avait utilisĂ© ce terme pour dĂ©signer des rĂ©fu-clims, il avait essaimĂ© dans les milieux militants, devenant un salut amical. Une façon de se rappeler pourquoi on luttait. Justement, Luciole avait besoin d’entretenir sa hargne. Elle serrait fort le micro.

– Le monde d’avant ne demande qu’à revenir. À nous de l’en empĂȘcher. J’annonce la naissance de Radio Padakor, mĂ©dia d’information indĂ©pendant, local, Ă©thique, vĂ©nĂšre.

Elle balança London Calling.


Nouvelle journĂ©e, nouvelle Ă©mission. Un horaire, 18:30 et une frĂ©quence, 98.6 FM : c’est tout ce dont l’équipe de Radio Padakor (AirPD) a besoin pour accomplir sa tĂąche informationnelle.

Aujourd’hui, autour de la petite table se trouvent deux invitĂ©s : Jarvis le jardinier, un habituĂ© des ondes qui n’est plus Ă  prĂ©senter, et Victoire, une experte environnementale venue pour partager son point de vue sur la situation Ă  CompiĂšgne.

AprĂšs une brĂšve introduction, l’émission peut enfin commencer. Le vieil homme qu’est Jarvis prend la parole le premier. Aujourd’hui, il est venu parler de tomates.

AgacĂ© par les interfĂ©rences qu’il entend dans son retour casque, il fait des signes au pauvre Mathias qui se dĂ©bat avec sa console pour tenter de rĂ©soudre ces alĂ©as techniques.

— Le bouleversement climatique nous a apportĂ© son lot de catastrophes, mais il a fourni quelques compensations. On peut dĂ©sormais envisager de cultiver des tomates en Picardie, Ă  l’air libre, sur sol vivant. Il n’y a plus besoin de sĂ©lectionner des variĂ©tĂ©s hybrides et on peut facilement utiliser les graines issues des fruits de l’annĂ©e prĂ©cĂ©dente.

— Tout de mĂȘme, ça doit ĂȘtre moins efficace Â» fait remarquer l’experte.

Jarvis, surpris d’avoir Ă©tĂ© interrompu, dĂ©visage la jeune femme.

— C’est comme ça que fonctionne la nature ; c’est pour ça que les fruits produisent des graines.

— Ouais, ça va bien pour manger deux-trois salades de tomates par an, mais pas plus


— Ă‡a fait des dĂ©cennies que je cultive des tomates, et croyez-moi, j’obtenais dĂ©jĂ  de beaux rendements avant qu’il ne fasse aussi chaud en Picardie.

Il reprend.

— Il y a une contrainte Ă  connaĂźtre, impĂ©rativement : c’est le principe de rotation. La tomate est gourmande en azote. Le sol qu’elle laisse derriĂšre elle est appauvri. Il faut donc Ă©viter de replanter des tomates au mĂȘme endroit annĂ©e aprĂšs annĂ©e, au risque de voir diminuer sa production. IdĂ©alement, on attendra cinq ans avant de replanter des tomates dans une parcelle.

Il se tourne vers Victoire pour lui dĂ©cocher cette flĂšche du Parthe : « C’est peut-ĂȘtre ça que vous ignoriez, madame. Â»

— Bah, de l’azote, on peut toujours en apporter, rĂ©torque-t-elle sans s’émouvoir.

— Alors, en effet, il est indispensable d’amender sa terre. C’est bien pour ça qu’on fait du compost. Mais attention. La tomate est sensible au mildiou. Les pieds de tomates arrachĂ©s aprĂšs la derniĂšre rĂ©colte ne vont pas au compost. C’est dangereux, on risque de vĂ©hiculer la maladie. Je rappelle que le mildiou s’installe trĂšs rapidement. Il faut lutter contre lui dĂšs les premiers signes, avec le meilleur des fongicides, le purin d’ortie. Je vous proposerai une Ă©mission sur l’ortie un de ces jours, c’est vraiment une plante fascinante, qui a de trĂšs grandes qualitĂ©s.

— Une plante envahissante et urticante, merci bien ! ironise Victoire.

— Mais enfin, vous n’y connaissez rien ! L’ortie est une des clĂ©s de voĂ»te de nos Ă©cosystĂšmes. Elle contient tous les acides aminĂ©s essentiels et reprĂ©sente un apport idĂ©al en protĂ©ines vĂ©gĂ©tales.

Pour en revenir aux tomates, vous pouvez dĂ©sormais planter toutes les variĂ©tĂ©s pour lesquelles vous trouverez des graines. Toutes pousseront facilement sous nos latitudes, Ă  condition de les protĂ©ger de l’humiditĂ© persistante qui apportera le mildiou. On arrose au pied, jamais les feuilles, et pas si souvent que ça ! Quand vous les cuisinez, conservez les graines que vous laverez et laisserez sĂ©cher afin de prĂ©parer l’annĂ©e suivante.

Enfin, dernier conseil : ne laissez pas vos sols nus quand vous aurez arrachĂ© vos pieds de tomates dĂ©sormais inutiles. Plantez des lĂ©gumes d’automne peu exigeants, comme des lĂ©gumineuses (par exemple des fĂšves) ou des lĂ©gumes racines (carottes, navet, sans oublier notre betterave picarde) ou encore des engrais verts comme les Ă©pinards, la moutarde qui vont rĂ©gĂ©nĂ©rer votre sol.

Mathias s’est laissĂ© surprendre par cette fin abrupte. Il pensait que Jarvis, comme Ă  son habitude, se laisserait emporter par la passion et parlerait plus longtemps.

— Merci, Jarvis, c’était trĂšs intĂ©ressant, comme toujours. Nous allons maintenant demander Ă  Victoire de se prĂ©senter et de nous parler de son travail.

— Oui, dit Jarvis, taquin. Victoire, comment justifiez-vous votre existence ?

Ceux qui le connaissent bien doivent sourire derriĂšre leur poste de radio ; il a coutume d’utiliser cette question d’Isaac Asimov.

La jeune femme explique qu’elle est Ă©cologue, arrivĂ©e dans la rĂ©gion depuis peu, sensible Ă  la situation critique dans laquelle se trouvent les habitants de CompiĂšgne. Radio Campus ayant refusĂ© de lui donner la parole, dit-elle, la scientifique en quĂȘte de visibilitĂ© s’est tournĂ©e rapidement vers l’alternative plus libre qu’est AirPD.

En premier lieu, elle dĂ©clare vouloir parler de ce que l’entreprise qui l’emploie, Écorizon, apportera Ă  la ville.

Mathias intervient.

— Oui, les habitants s’interrogent, ils craignent que l’installation de cette entreprise qui produit des semences modifiĂ©es gĂ©nĂ©tiquement ne soit nĂ©faste Ă  CompiĂšgne.

— De fait, la situation Ă©cologique est dĂ©jĂ  critique, rappelle l’experte. En effet, la pollution de l’air est faible puisque l’utilisation des voitures individuelles a Ă©tĂ© divisĂ©e par dix depuis que les vĂ©hicules thermiques ont Ă©tĂ© interdits dans les Hauts-de-France, cependant la pollution des sols et des eaux reste forte.

Victoire ne manque pas d’évoquer, notamment, la situation Ă©cosystĂ©mique des eaux de l’Oise, et plus spĂ©cifiquement la prolifĂ©ration des Ă©crevisses de Louisiane, une espĂšce invasive qui brutalise la faune locale et dĂ©truit petit Ă  petit les berges. Elle n’oublie pas de souligner que ces Ă©crevisses, comme beaucoup d’autres d’espĂšces colonisatrices, sont apparues dans la rĂ©gion il y a plusieurs annĂ©es, notamment Ă  cause d’éleveurs peu scrupuleux. L’arrivĂ©e d’une nouvelle industrie en ville rappelle Ă  tous et toutes les pĂ©nibles souvenirs du capitalisme dĂ©complexĂ© du siĂšcle passĂ©.

Cependant, l’experte soulĂšve une question : « Peut-on rĂ©ellement comparer la situation actuelle Ă  la prĂ©cĂ©dente ? Â».

Mathias et Jarvis se regardent, quelque peu incrédules.

L’experte poursuit, afin d’expliciter ses propos. En effet, Écorizon serait, elle, bien plus soucieuse de l’environnement. La preuve en est : elle propose un projet de compensation Ă©cologique, de dĂ©pollution du canal.

Jarvis intervient rapidement et demande comment tout ceci est censĂ© se dĂ©rouler, alors mĂȘme que l’entreprise polluera l’eau et le sol par ses rejets organiques et chimiques.

La jeune femme ne se dĂ©monte pas ; elle a dĂ©cidĂ©ment rĂ©ponse Ă  tout. En rĂ©alitĂ©, les rejets seront minimes, explique-t-elle au micro.

— Pour ce qui est des dĂ©chets chimiques, ils restent rejetĂ©s en petites quantitĂ©s et surtout toujours en dessous des seuils fixĂ©s par les rĂ©glementations sanitaires europĂ©ennes. Dans le cas des rĂ©sidus organiques, pas de souci non plus, il suffit de les laisser se dĂ©composer et cela permettra mĂȘme de revitaliser des sols. Tout a dĂ©jĂ  Ă©tĂ© pensĂ©, vous voyez.

Jarvis l’interrompt prestement :

— Comment des rĂ©sidus organiques sont-ils censĂ©s se dĂ©composer pour nourrir les sols, si les dĂ©chets en question sont issus de plants OGM spĂ©cifiquement conçus pour se conserver le plus longtemps possible aprĂšs leur rĂ©colte ? Â»

Victoire ignore complĂštement cette intervention, probablement Ă  cause de la difficultĂ© de rĂ©pondre face Ă  un argument aussi pertinent, et dĂ©roule son discours comme si de rien n’était.

L’écologue monopolise l’antenne. DĂ©sormais, c’est sur les Ă©crevisses qu’elle veut revenir. Ces crustacĂ©s sont, outre son dada manifeste – bien qu’on puisse, paradoxalement, observer une broche en forme de crabe sur la veste de la scientifique – une catastrophe pour l’écosystĂšme local.

En effet, arrivĂ©es il y a quelques annĂ©es, de toute Ă©vidence en ayant remontĂ© l’Oise grĂące aux porte-conteneurs naviguant sur le Canal Seine-Nord, ces derniĂšres sont une des prĂ©occupations Ă©cologiques de la ville, si ce n’est la plus grande. Les Ă©crevisses de Louisiane Ă©taient dĂ©jĂ  un problĂšme bien avant leur dĂ©barquement Ă  CompiĂšgne.

Elle enchaßne sur un véritable exposé.

— Il y a vingt ans, les Ă©crevisses de Louisiane avaient colonisĂ© prĂšs de 80 % du sol français. L’Oise restait pourtant Ă©pargnĂ©e de leur prĂ©sence. DĂšs 2035, une fois le canal achevĂ©, des doutes furent Ă©mis sur la possibilitĂ© qu’elles puissent, via les pĂ©niches, arriver jusqu’ici. Aujourd’hui, elles sont installĂ©es depuis prĂšs de cinq ans, et tout le monde en connaĂźt les consĂ©quences n’est ce pas ?

« Tout un chacun sait ce que font ces animaux invasifs, Ă  savoir propager des maladies dĂ©cimant la faune locale, en plus d’occuper des niches Ă©cologiques autochtones. Leur nidification pose un autre problĂšme sĂ©rieux : l’érosion des berges. On parle ici en effet de galeries creusĂ©es Ă  mĂȘme la terre ou l’argile, fragilisant petit Ă  petit les berges de l’Oise, ce qui provoque, au fil du temps, la destruction des zones de pĂȘche et des zones portuaires locales.

« Ă€ ce problĂšme de taille, Écorizon apporte pourtant une solution plus qu’inespĂ©rĂ©e : l’éradication des Ă©crevisses de Louisiane serait comprise au sein du programme de compensation Ă©cologique proposĂ© par la firme. Pour ce faire, nous proposons de relĂącher, de maniĂšre ciblĂ©e, sur une zone limitĂ©e et temporairement, une toxine issue des de l’usine de traitement des eaux de l’Oise. Cette derniĂšre ne viserait que les Ă©crevisses, Ă©videmment.

Jarvis est stupĂ©fait : cela n’a aucun sens, il doit encore intervenir. Le vieil homme ne manque donc pas de couper la parole de l’écologue, une nouvelle fois, par un violent « *Shut up  !* Â» tout droit sorti de son cƓur d’Écossais.

Il confronte la soi-disant Ă©cologue Ă  ses propos, il la questionne : comment une toxine, prĂ©tendument aussi efficace, pourrait-elle ne cibler que les Ă©crevisses ?

Victoire, de nouveau, ne se dĂ©monte pas : la toxine, prĂ©tend-elle, passe uniquement par les branchies des crustacĂ©s. Jarvis s’énerve : les poissons aussi ont des branchies, cette toxine leur serait Ă©galement inoculĂ©e.

— Faire mourir les quelques espĂšces locales encore prĂ©sentes pour Ă©radiquer une espĂšce envahissante, ce serait de la folie. Ce serait signer l’arrĂȘt de mort de tout un Ă©cosystĂšme qui, s’il est aujourd’hui fragilisĂ©, serait demain complĂštement vide de vie. En plus, faire passer un de vos dĂ©chets comme un remĂšde miracle, c’est vraiment du *bullshit !* Â»

Jarvis se tourne alors vers Mathias qui anime l’émission :

— Comment avez-vous pu inviter une pareille fantaisiste, qui ne sait pas de quoi elle parle et qui balance des contre-vĂ©ritĂ©s depuis tout Ă  l’heure ? Â»

La gĂȘne de Mathias est palpable. Il essaie de rĂ©pondre, mais sa voix se perd dans un bafouillis incomprĂ©hensible. PlutĂŽt problĂ©matique pour un animateur radio ! D’autant que c’est le moment que choisissent les interfĂ©rences pour revenir brouiller l’émission du signal. Il est encore plus dĂ©semparĂ© quand son tĂ©lĂ©phone affiche un SMS de Luciole : « MAIS QU’EST-CE QUE TU FOUS ? STOPPE TOUT DE SUITE LA DIFFUSION ! ! ! Â».

en gros plan un micro de studio

Photo pxhere.com licence CC0

Jarvis enfonce le clou.

— Je pensais que l’équipe de Radio Padakor Ă©tait plus rigoureuse que celle de Radio Campus, avec un vĂ©ritable esprit journalistique. Je me rends compte que ce n’est pas le cas. Franchement, je regrette d’ĂȘtre venu et je ne reviendrai pas. Â»

Il pose violemment son casque sur la table, se lùve et quitte le studio d’enregistrement.

La jubilation de Victoire se lit sur son visage : elle va pouvoir dĂ©rouler ses arguments sans ĂȘtre interrompue.

Mathias se secoue et rĂ©cupĂšre la main en coupant le micro de son invitĂ©e avant qu’elle ait eu le temps de reprendre la parole.

« Le temps qui nous Ă©tait imparti arrive Ă  son terme. Je remercie chaleureusement nos deux invitĂ©â‹…es, je vous prie d’excuser les petits problĂšmes techniques que nous avons rencontrĂ©s. Vous retrouverez Luciole demain Ă  la mĂȘme heure. Â»

Dans sa prĂ©cipitation, il lance What a Wonderful World, le morceau originellement proposĂ© par Victoire pour clĂŽturer l’émission, mais qui dĂ©sormais rĂ©sonne tout Ă  fait diffĂ©remment.

 

 

Bibliographie

 

 

Ateliers Solarpunk – UPLOAD : bientĂŽt des nouvelles de 2042


 et des extraits aujourd’hui pour l’apĂ©ritif !

Les ateliers de l’UTC  de l’opĂ©ration #Solarpunk #UPLOAD ont Ă©tĂ© plus que fructueux ! Si vous avez ratĂ© le dĂ©but, parcourez cet article rĂ©cent et cet autre


Sept groupes de participant⋅es ont collectivement imaginĂ© puis scĂ©narisĂ© et finalement
 rĂ©digĂ© des nouvelles dont voici quelques Ă©chantillons et dont nous publierons l’intĂ©gralitĂ© ici mĂȘme au cours de la semaine prochaine.

En attendant, vous pourrez dĂšs ce vendredi 19 janvier les Ă©couter prĂ©senter leur travail et interprĂ©ter quelques passages sur la radio https://grafhit.net/ (et sur le 94.9 FM si vous ĂȘtes dans le CompiĂšgnois). Soyez Ă  l’écoute Ă  partir de 12h !

 

Une radio punk, des dirigeables, un musĂ©e d’avant l’effondrement, des Ă©tudiant⋅es les mains dans la terre, d’autres bloquĂ©s sans rĂ©seau, une ferme et des dortoirs Ă  rĂ©nover
 C’est parti pour vous mettre l’eau Ă  la bouche !

Soleil bicolore rouge/noir sur fond vert/jaune pour symboliser le solarpunk."Ancom or Ansyndie Solarpunk flag" by @Starwall@radical.town is licensed under CC BY-SA 4.0.

 

1.Un dĂ©but de vive altercation sur Radio_Padakor, ça risque de tourner au vinaigre entre le jardinier et l’écologue experte de la startup



 Ă  ce problĂšme de taille, continue Victoire, Écorizon apporte pourtant une solution plus qu’inespĂ©rĂ©e : l’éradication des Ă©crevisses de Louisiane sera comprise au sein du programme de compensation Ă©cologique proposĂ© par la firme. Pour ce faire, nous proposons de relĂącher, de maniĂšre ciblĂ©e, sur une zone limitĂ©e et temporairement, une toxine issue des traitements de l’usine dans les eaux de l’Oise. Cette toxine ne viserait que les Ă©crevisses, Ă©videmment.
Jarvis est stupĂ©fait : cela n’a aucun sens, il doit encore intervenir. Le vieil homme ne manque donc pas de couper la parole de l’écologue, une nouvelle fois, par un violent « Shut up ! Â» tout droit sorti de son cƓur d’Écossais.
Il confronte la soi-disant Ă©cologue Ă  ses propos, en la questionnant : comment une toxine, prĂ©tendument aussi efficace, pourrait-elle ne cibler que les Ă©crevisses ?
Victoire, encore, ne se dĂ©monte pas : la toxine, prĂ©tend-elle, passe uniquement par les branchies des crustacĂ©s. Jarvis s’énerve : les poissons aussi ont des branchies, cette toxine leur serait Ă©galement inoculĂ©e !

extrait de Panique à bord de Padakor, récit complet sous licence CC-BY-SA Radio_Padakor, à paraßtre lundi prochain sur le Framablog

 

2. Ă  l’UPLOAD, ça discute aprĂšs l’effort dans le jardin collectif partagé 

« Pas mal, lĂącha Émile, pour une premiĂšre, vous vous en sortez plutĂŽt bien !
— Merci, c’est pas si dur en fait le jardinage ! Il y a des petites techniques Ă  apprendre et puis notre potager se retrouve rempli de bons fruits et lĂ©gumes, rĂ©pondit Maura enthousiaste.
— C’est vrai, mais il y a aussi toute la partie entretien du potager ! objecta le jardinier. Il y a dans toutes disciplines des parties moins agrĂ©ables mais essentielles qui nous rendent encore plus fiers du travail accompli. Â»
Puis il se tut, il semblait méditer.
ThĂ©o saisit cette opportunitĂ© pour s’introduire dans la conversation.
« Moi quand je travaille sur les dirigeables, je suis toujours fier du travail accompli !
— Oh non, pas encore tes dirigeables ! s’exaspĂ©ra Maura.
— Vous saviez que les nouveaux dirigeables Ă  panneaux solaires Ă©mettaient seulement l’équivalent d’1 % des Ă©missions CO2 d’un avion pour du fret-
— ThĂ©o, reste concentrĂ© sur le potager ! lui intima Maura.
— Vous ferez moins les malins quand j’aurai un poste d’ingĂ©nieur dans une des usines d’assemblage !
— Les usines fluviales ? demanda le jardinier intriguĂ©. Â»

extrait de Mission dirigeable ! rĂ©cit complet sous licence CC-BY-SA Ă  paraĂźtre mardi prochain sur le Framablog

 

3. Des enfants de 2042 visitent l’exposition « CompiĂšgne avant la sobriĂ©tĂ© Â»â€Š

Louka s’était rapprochĂ© d’une ancienne carte de la rĂ©gion, il Ă©tait surpris car il voyait de longs chemins de couleur sombre qui serpentaient de ville en ville.
« C’est quoi Papa ? c’est tout gris, dit l’enfant en pointant du doigt ces longs tracĂ©s.
– Ça tu vois, c’est une autoroute. Et lĂ  ce sont des routes nationales, ici les routes dĂ©partementales et lĂ  les rues de la ville, expliquait Thomas.
Thomas poursuivit, dĂ©crivant Ă  ces enfants ces voies de transports qu’ils n’avaient pas connues.
– À cette Ă©poque, nous utilisions des voitures pour nous dĂ©placer. Une voiture c’était 4 siĂšges plus ou moins mis dans une boite. Puis on mettait cette boite sur quatre roues, on lui ajoutait un moteur avec de l’essence, et ça roulait

Thomas continua en prĂ©cisant que chaque voiture avait un « propriĂ©taire Â» et de ce fait, on en faisait un usage individuel la plupart du temps. Il montra une photo oĂč figurait une file de vĂ©hicules anciens.
– Mais, elle Ă©taient Ă©normes ces voitures ! Pourquoi elles Ă©taient si grosses si on Ă©tait seul dedans ? 
 ça sert Ă  rien ! s’étonna Louka.
Face Ă  la surprise de son fils, Thomas soupira. Il lui revint en mĂ©moire les heures de bouchon pour aller travailler dans un bureau d’une compagnie d’assurance situĂ©e Ă  25 km de chez lui.

extrait de CompiÚgne avant les années sobres, récit complet sous licence CC-BY-SA à paraßtre mercredi prochain sur le Framablog

 

4. Quand on veut profiter de la cantine communautaire de l’UPLOAD, on participe d’abord


C’était le Corridor, le lieu de livraison de la nourriture. Didier sortit de son gros sac Ă  dos des courgettes, des pommes et des poires. Une Ă©tudiante les lui prit, le remercia, et alla les donner en cuisine. Daniel fut surpris qu’elle ne donne pas de l’argent Ă  son ami en Ă©change.
« Allons manger maintenant ! s’exclama Didier.
– Attends
 mais on est pas Ă©tudiants, on a pas le droit. Et pourquoi elle ne t’a pas payĂ© ?
– Le principe du ReR, la cantine « Rires et Ratatouille Â», repose sur la collaboration de chacun Ă  son bon fonctionnement. Pour y avoir accĂšs, les Ă©lĂšves suivent des cours et des activitĂ©s en rapport avec l’agriculture, et les personnes extĂ©rieures peuvent y manger si elles apportent de la nourriture ou aident en cuisine. On a apportĂ© des fruits et des lĂ©gumes, on peut maintenant manger sans payer. Allez, Ă  table ! Â»

extrait de Jardins de demain, jardins malins, récit complet sous licence CC-BY-SA à paraßtre jeudi prochain sur le Framablog

bouton d'accĂšs avec une empreinte digitale "Fingerprint Biometric Lock" by Flick is licensed under CC BY-NC-SA 2.0.

5. Dans le bĂątiment d’accĂšs sĂ©curisĂ© oĂč ils viennent de travailler toute l’aprĂšs-midi, un groupe d’étudiant⋅es cherche Ă  quitter les lieux


Quelques heures passent encore, sans plus aucune interruption. Une fois leur premiĂšre sĂ©rie d’expĂ©riences terminĂ©e, tous se dirigent vers la porte. Dylan pose son index sur le lecteur d’empreintes mais celui-ci s’allume en rouge. La sortie lui est refusĂ©e.
– Et merde, on est bloquĂ©s, la porte ne s’ouvre pas !
– ArrĂȘte de faire une blague c’est pas drĂŽle, rĂ©pond Adrien.
Les autres essaient Ă  leur tour, en vain.
C’est Noah qui comprend tout Ă  coup :
– Ah oui ! Ça doit ĂȘtre parce qu’il est plus de 14h.
– Comment ça ? chuchote Candice d’une voix blanche.
– Vous ne vous souvenez pas de l’annonce des opĂ©rateurs de tĂ©lĂ©com ? Ils avaient dĂ©crĂ©tĂ© que les rĂ©seaux de l’Oise allaient devenir intermittents. Internet n’est actif qu’entre 11h et 14h puis entre 22h et 6h. Ça ne vous dit vraiment rien ?

extrait de Un rĂ©seau d’émotions, rĂ©cit complet sous licence CC-BY-SA Ă  paraĂźtre vendredi prochain sur le Framablog

 

fromage Ă  croĂ»te orange en forme de cƓur

Rollot par Bycro- Travail personnel, CC BY-SA 4.0

6. Est-ce que cet Ă©leveur qui veut rĂ©nover son exploitation va pouvoir trouver des compĂ©tences Ă  l’UPLOAD ?

— je suis dans l’élevage bovin et la production de lait. Mais ça devient dur et j’aimerais bien transformer une partie de mon vieux corps de ferme en un endroit sympa oĂč les gens pourront acheter du fromage, du lait frais, du maroilles ou d’la tome au cidre. En plus de tout cas, j’prĂ©vois aussi d’avoir un coin pour avoir du stock
 Tout ça, pour mettre en place du circuit court. Ça m’permettrait aussi de vendre les rollots que j’fais Ă  plus juste prix.
— Ça me semble de trĂšs bonnes idĂ©es ! Je suis la responsable projet de l’UPLOAD, et nous recherchons des propositions des collaborations entre nos Ă©lĂšves en derniĂšre annĂ©e et les habitants de l’agglomĂ©ration. Avez-vous

JoĂ«l, d’une voix franche quelque peu irritĂ©e, coupe la parole Ă  son interlocutrice.
— Je te coupe tout de suite m’dame, j’pense pas que ce genre de projet puisse ĂȘtre confiĂ© Ă  des gamins Ă©tudiants. Faut des tĂȘtes bien pleines, des gens qui savent faire des calculs de structure, thermique et autres. J’ai pas envie que mon bĂątiment tombe sur la tĂȘte des clients ou que mes fromages tournent.

extrait de Réno pour les rollots, récit complet sous licence CC-BY-SA à paraßtre vendredi prochain sur le Framablog

 

7. Pour rĂ©nover les dortoirs dĂ©labrĂ©s de l’UPLOAD, on choisit lowtech ou hightech ?

Apu, animé par la conviction que des solutions simples pouvaient avoir un impact majeur, commença à partager son histoire.

« Stella, tu sais, Ă  Mumbai, j’ai vu comment des matĂ©riaux locaux simples peuvent faire une diffĂ©rence dans la vie quotidienne. Les briques en terre crue, par exemple, sont abondantes et peuvent ĂȘtre produites localement, rĂ©duisant ainsi notre empreinte carbone. Â»
Stella, initialement sceptique, Ă©couta attentivement les explications d’Apu tout en esquissant quelques notes sur son propre cahier.
« Les briques en terre crue peuvent ĂȘtre une alternative aux matĂ©riaux de construction conventionnels, Â» suggĂ©ra Apu, esquissant un plan sur son cahier. « Elles peuvent ĂȘtre produites localement, rĂ©duisant ainsi notre empreinte carbone. Â»
Stella rĂ©pondit :
« C’est intĂ©ressant, Apu, mais il faut voir au-delĂ  de la simplicitĂ©. Moi je verrais bien des panneaux solaire, des Ă©oliennes qui se fondent dans l’architecture, et l’utilisation de l’énergie hydraulique par exemple avec un barrage.

extrait de Renaissance urbaine, récit complet sous licence CC-BY-SA à paraßtre samedi prochain sur le Framablog

Soleil vert/jaune sur fond bleu/vert, "Solarpunk flag, blue diagonal" by @Starwall@radical.town is licensed under CC BY-SA 4.0.

Ateliers solarpunk-UPLOAD : c’est parti !

— De quoi ? Qu’est-ce que c’est que ce truc ?

— Si vous avez ratĂ© le dĂ©but, l’article qui explique le contexte et le cahier des charges de participant⋅es a Ă©tĂ© publiĂ© hier ici


Mais dĂ©jĂ  les participations sont lancĂ©es sur le mĂ©dia social Mastodon et on a laissĂ© libre cours Ă  l’imagination, en voici quelques Ă©chantillons, en suivant les hashtags #UTC #solarpunk #UPLOAD :

 

[Marie] Comment la ville a-t-elle pu autant changer depuis la derniĂšre fois oĂč elle s’y est aventurĂ©e ? Les voitures Ă  chaque coin de rue ont disparu, les arbres ont poussĂ© pour agrĂ©menter les chaussĂ©es qui ont Ă©tĂ© rĂ©habilitĂ©es pour les piĂ©tons. Et cette Ă©cole autrefois si diffĂ©rente qui aujourd’hui ne semble faire qu’une avec la nature. Qui aurait pu penser que ces murs en bĂ©ton allaient un jour disparaĂźtre au profit de jardins ?

 

A l’intĂ©rieur du hangar Ă  dirigeables de l’UPLOAD, ThĂ©o fulminait. Le systĂšme de direction du dirigeable 9B3 du TDC (Transport par Dirigeable de CompiĂšgne) venait encore de cĂ©der. ThĂ©o avait hĂąte de terminer sa formation et d’enfin ĂȘtre embauchĂ© par la compagnie pour travailler sur des prototypes. Depuis la mort de son pĂšre 5 ans plus tĂŽt, dans un terrible accident causĂ© par les tornades climatiques, ThĂ©o s’était jurĂ© de devenir ingĂ©nieur pour concevoir des dirigeables plus sĂ»rs.Demain matin, je partirai en voyage d'Ă©tude. Pendant 1, 2, 3 ans ou plus - qui sait - j'arpenterai la France Ă  vĂ©lo pour Ă©tudier les techniques artisanales de fabrication de vĂ©lo. Mais avant ça, ce soir c'est la fĂȘte ! L'alcool de topinambour coule Ă  flot, les synthĂ©tiseurs analogiques enflamment le dance floor. J'ai dĂ©jĂ  hĂąte de revenir pour enseigner Ă  mon tour les savoirs-faire appris durant ce voyage, apporter ma contribution Ă  l'UPLOAD oĂč j'ai tant appris.

 

et voici mĂȘme un exemple de synopsis Ă©laborĂ© collectivement ce mardi aprĂšs-midi par un groupe qui a choisi pour thĂšme « Fermer la voiture Ă  CompiĂšgne Â»

 

Nous sommes en 2042 Ă  CompiĂšgne, l’UPLOAD : UniversitĂ© Populaire Libre Ouverte Accessible et DĂ©centralisĂ©e permet de former des ingĂ©nieur⋅es de tout Ăąge et accueille aussi simplement les curieux voulant s’instruire dans certains domaines.

 

Maura, 22 ans, fan de bricolage, se rĂ©veille en retard Ă  cause de son rĂ©veil cassĂ©, mais elle sait qu’elle pourra le rĂ©parer au fablab de l’UPLOAD.

À travers les cours sur les transports, les ateliers de recyclage de GrĂ©goire, papy ronchon mais gentil de 64 ans ayant des connaissances sur le monde d’avant, ou bien le temps de partage de savoir-faire en jardinage supervisĂ©s par Émile, nous en dĂ©couvrirons un peu plus sur l’UPLOAD et la vie Ă  CompiĂšgne depuis l’effondrement.

 

Nos personnages rĂ©alisent que l’anniversaire de leur ami ThĂ©o passionnĂ© par les dirigeables approche Ă  grands pas. Ils s’embarquent alors dans un voyage nocturne Ă  la dĂ©chetterie de la ville pour y chercher les matĂ©riaux nĂ©cessaires Ă  la confection du cadeau d’anniversaire de ThĂ©o : un dirigeable miniature.

Au fil de leur aventure, nous dĂ©couvrons que la voiture n’existe plus, les modes de transports ont Ă©voluĂ© : entre tramway, vĂ©lo hybride, tic-tic, tyrolienne et dirigeable, ils devront choisir le moyen le plus rapide pour arriver Ă  destination. Ils feront aussi la dĂ©couverte d’un objet surprenant du passĂ© qui pourrait changer la donne. Arriveront-ils Ă  surmonter les diffĂ©rentes Ă©preuves qui se prĂ©senteront Ă  eux ?

à suivre 


AprĂšs les synopsis, demain et les jours suivants : lectures-arpentage, documentation associĂ©e au thĂšme choisi, personnages, scĂ©nario avancĂ© et rĂ©daction collective dans ce cadre pĂ©dagogique.

Vous pouvez participer par des suggestions ou synopsis sur le média Mastodon ou sur une instance du Fediverse en utilisant les hashtags #UPLOAD #Solarpunk

 

Des ateliers solarpunk pour imaginer un avenir low-tech

Cette semaine, Ă  l’UniversitĂ© de Technologie de CompiĂšgne, des ateliers originaux vont mobiliser une quarantaine de participant⋅es (dont plusieurs membres de Framasoft) pour imaginer un monde low-tech en 2042 !

Dans cette universitĂ© qui forme des ingĂ©nieurs existe une unitĂ© de valeur « lowtechisation et numĂ©rique Â» animĂ©e par StĂ©phane Crozat, qui par ailleurs est membre de Framasoft et l’initiateur de l’atelier pĂ©dagogique UPLOAD/solarpunk. De quoi s’agit-il exactement ?

 

Solarpunk ?

personnage qui se demande ce que peut bien vouloir dire solarpunk, engrenages en action au-dessus de sa tĂȘte. À sa droite, comme si c'Ă©tait l arĂ©ponse, un punk Ă  crĂȘte colorĂ©e comme un demi-soleil

DĂ©rĂšglement climatique, pollution, inĂ©galitĂ©s sociales, extinction des Ă©nergies fossiles
 dans un monde menacĂ©, Ă  quoi peut ressembler une civilisation durable et comment y parvenir ? Le solarpunk est un genre de la science-fiction qui envisage des rĂ©ponses Ă  cette question dans une perspective utopique ou simplement optimiste, sans jamais ĂȘtre dystopique.

Voici les trois premiers articles du manifeste solarpunk :

  1. Nous sommes solarpunk parce que l’optimisme nous a Ă©tĂ© volĂ© et que nous cherchons Ă  le rĂ©cupĂ©rer.
  2. Nous sommes solarpunk parce que les seules autres options sont le déni et le désespoir.
  3. L’essence du Solarpunk est une vision de l’avenir qui incarne le meilleur de ce que l’humanitĂ© peut accomplir : un monde post-pĂ©nurie, post-hiĂ©rarchie, post-capitalisme oĂč l’humanitĂ© se considĂšre comme une partie de la nature et oĂč les Ă©nergies propres remplacent les combustibles fossiles.

Si vous souhaitez en savoir plus, le manifeste est Ă  votre disposition.

Low-tech ?

On comprend mieux pourquoi proposer d’imaginer des fictions low-tech Ă  de futurs ingĂ©nieurs, qui seront plus enclins Ă  agir en gĂ©nĂ©ration frugale (suivant ce scĂ©nario pour 2050 de l’ADEME) qu’en technosolutionnistes.

Le principe de lowtechisation est rĂ©sumĂ© en une formule dans le cours de StĂ©phane :

Lowtechisation = convivialité + soutenabilité + responsabilité

Vaste programme, bigrement idĂ©aliste, direz-vous, mais pourquoi ne pas envisager collectivement et concrĂštement des scĂ©narios possibles qui rĂ©pondent Ă  ces idĂ©aux ? Voici la proposition-cadre qui est faite aux participant⋅es (et Ă  vous si vous souhaitez y ajouter votre contribution) :

Nous sommes en 2042. La mauvaise nouvelle c’est que l’effondrement est vĂ©cu au quotidien (pĂ©nurie, Ă©pidĂ©mies, Ă©nergie et matiĂšres premiĂšres rarĂ©fiĂ©es, rĂ©chauffement climatique
). La bonne nouvelle c’est que notre sociĂ©tĂ© n’investit plus majoritairement sur le techno-solutionnisme et la croissance [
] mais que peuvent Ă©merger de nouveaux projets dĂ©sirables : rĂ©appropriation de savoir-faire technologiques, rĂ©affectation des ressources, crĂ©ation de communs, dĂ©centralisation, autonomisation, dĂ©bats publics


Parmi ces initiatives qui Ă©mergent, il y a la crĂ©ation de l’UPLOAD (UniversitĂ© Populaire Libre Ouverte Autonome DĂ©centralisĂ©e, Ă  CompiĂšgne). On imaginera et publiera des rĂ©cits courts qui mettront en scĂšne une activitĂ© pĂ©dagogique (un cours sur la post-croissance ? des ateliers d’imagination de nouveaux mĂ©tiers ?), un projet low-tech (un Ă©co-bĂątiment passif Ă  rĂ©aliser soi-mĂȘme ?) ou high-tech (une IA pour parler avec des animaux ?).

Une semaine de réflexions, échanges, créations

Du lundi au vendredi un programme diversifiĂ© et appĂ©tissant est proposĂ© sur place
 il sera question bien sĂ»r de low-tech, de dĂ©croissance, de dĂ©centralisation d’internet, de lectures partagĂ©es, de divers scĂ©narios pour demain, souhaitables ou non, et d’élaborer par Ă©tapes et ensemble des rĂ©cits grands ou petits qui seront rĂ©sumĂ©s sur Mastodon et publiĂ©s une fois Ă©laborĂ©s
 ici mĂȘme sur le Framablog !

–> Voyez tout le dĂ©tail du programme

À suivre : dĂšs mardi, les groupes auront choisi un thĂšme et le publieront sur Mastodon


Il y a dĂ©jĂ  des suggestions qu’on peut utiliser, dĂ©passer ou ignorer


 

une série de maisons en restauration ou construction sur fond jaune vif, des échafaudages montent comme une tour au-dessus du corps du bùtiment. Des silhouettes de personnages s'affairent au sol, sur les toits et échafaudages. Un panneau en haut du pignon dit : UPLOAD

CrĂ©dits de l’illustration : CC BY-NC-SA 4.0 · par Cix · BĂątir aussi, Ateliers de l’AntĂ©monde · https://antemonde.org/ (adaptĂ©e par stph)

et vous, le clavier vous dĂ©mange ?

Bien sĂ»r, vous n’ĂȘtes pas Ă  CompiĂšgne, mais l’idĂ©e de proposer un avenir qui ne soit pas post-apocalyptique vous plaĂźt
 vous pouvez apporter une contribution Ă  ce projet avec une fiction solarpunk en Ă©laborant :

  • un format 500 caractĂšres pour Mastodon avec les hashtag #solarPunk  et #UPLOAD
  • une nouvelle plus longue sur votre blog ou sur un pad comme celui-ci
  • un atelier collaboratif informel ou non au sein de votre universitĂ© ou toute autre structure
  • 


Selon le volume des textes recueillis, ils seront publiĂ©s progressivement ici (sous licence libre CC-BY-SA bien sĂ»r) et peut-ĂȘtre rĂ©unis en recueil


À vos plumes d’oie, stylets, crayons et claviers low-tech ;-)

 

Bifurquer avec le CollÚge européen de Cluny

Changer de voie professionnelle pour ĂȘtre plus en phase avec ses valeurs, ça se prĂ©pare : le Master of Advanced Studies « Innovation territoriale Â», organisĂ© conjointement par le CollĂšge europĂ©en de Cluny et la prestigieuse UniversitĂ© de Bologne, recrute sa promo 2023-2024 jusqu’au 29 septembre.

Framasoft y anime le module « Se connecter sans exclure Â» ­dans le cadre de l’UPLOAD1

On y parle culture libre et re-dĂ©centralisation d’Internet, bien sĂ»r, mais aussi impact social et environnemental du numĂ©rique.

Nous profitons de cette rentrĂ©e pour donner un coup de projecteur sur ce post-master riche en promesses qui s’inscrit dans la perspective de bifurcation sociale et environnementale que Framasoft s’efforce d’accompagner.
Il vous reste 3 semaines pour embarquer dans ce chouette train.

logo de établissement : un C jaune comme Cluny au centre de la représentation stylisée de l'abbaye. Texte : CollÚge européen de Cluny, démocraties locales & innovation

Bonjour Jean-Luc, pourrais-tu d’abord te prĂ©senter et nous dire par quelle trajectoire tu en es venu Ă  proposer une formation aussi originale.

photo de Jean-Luc Puech, bras croisĂ©s, souriantProfessionnellement, ma formation d’ingĂ©nieur m’a conduit vers les domaines de l’énergie et de l’environnement, puis de l’enseignement supĂ©rieur. En parallĂšle, je me suis engagĂ© en citoyen dans l’action publique locale, avec un mandat de maire et trois mandats de prĂ©sident de communautĂ© de communes en milieu rural Ă  Cluny, dans le sud de la Bourgogne.
De cette double expĂ©rience, j’ai acquis la conviction que les modes de vie ne changeront que si l’action publique locale invente de nouvelles solidaritĂ©s, de nouveaux services aux habitants. Et pour cela, la formation des acteurs est indispensable et urgente. Il faut sortir de l’hyper-spĂ©cialisation et du prĂȘt-Ă -penser.

Ah oui en somme, tu as toi-mĂȘme parcouru plusieurs voies
 et c’est ainsi que le CollĂšge europĂ©en de Cluny a ouvert sous ta direction un post-master que tu dĂ©finis comme une formation « pour les bifurqueuses et bifurqueurs Â».

Oui, cette formation qui est portĂ©e par un Ă©tablissement Ă  statut associatif, ce qui lui donne une large libertĂ© d’inventer, est ouverte Ă  toutes les personnes titulaires d’un diplĂŽme de niveau master (ou disposant d’une expĂ©rience professionnelle Ă©quivalente), qui veulent donner un autre sens Ă  leur parcours professionnel : sortir du carcan du monde d’avant, regarder en face les dĂ©fis du changement climatique, de l’effondrement de la biodiversitĂ©, du creusement des inĂ©galitĂ©s territoriales et sociales, pour contribuer Ă  tracer des chemins d’avenir par l’intelligence collective.

VoilĂ  des perspectives et de nobles objectifs mais qui pourraient sembler un peu idĂ©alistes
 Pour donner des exemples concrets, peux-tu parler de personnes qui ont bĂ©nĂ©ficiĂ© de la formation l’annĂ©e derniĂšre, et dire dans quoi elles se sont engagĂ©es ensuite ?

Dans la premiĂšre promotion, nous avons eu Ă  la fois des profils de personnes qui venaient d’obtenir leur master et souhaitaient ouvrir leurs horizons, et d’autres qui aprĂšs quelques annĂ©es d’activitĂ© professionnelle dĂ©cevante, souhaitaient se rĂ©orienter vers l’action publique Ă  l’échelle des territoires.
Ainsi par exemple, Arnaud n’en pouvait plus de servir une sociĂ©tĂ© de services informatiques, le Master of advanced studies lui a permis de devenir dĂ©veloppeur de projets d’énergie renouvelable en collectivitĂ© locale, Mathilde, juriste de l’environnement se consacre dĂ©sormais Ă  un pĂŽle territorial d’économie circulaire. ClĂ©ment, kinĂ©, prĂ©fĂšre travailler Ă  l’issue de sa nouvelle formation sur la mobilitĂ© douce en milieu rural plutĂŽt que de rĂ©parer les dĂ©gĂąts de modes de vie dĂ©sĂ©quilibrĂ©s.

Ça pourrait bien donner des idĂ©es aux lectrices et lecteurs du Framablog
 Mais pour le contenu de la formation, quels sont les cours et ateliers qui sont proposĂ©s ?
La formation est structurĂ©e en deux types de modules, organisĂ©s chacun sur deux jours et demi par semaine :

  • Des modules qui portent sur des enjeux sectoriels :
    • se nourrir local,
    • se dĂ©placer bas-carbone,
    • gĂ©rer l’énergie et le climat,
    • habiter l’existant, vivre avec le vivant,
    • se connecter sans exclure, etc.
  • Des modules mĂ©thodologiques :
    • mobiliser l’intelligence collective,
    • mobiliser le design pour l’innovation publique,
    • agir en citoyen local, rĂ©gional, national, europĂ©en et global face Ă  l’anthropocĂšne, etc.

Dans ces modules, on alterne analyse théorique, expérimentation sur le terrain et rencontre avec des acteurs locaux.

groupe d'étudiants et étudiantes autour d'une table blanche ovale, photo prise au CollÚge européen de Cluny

Ah donc les participants et participantes font aussi l’expĂ©rience du terrain avec des projets ou stages ?

Oui, la formation comporte une pĂ©riode de conduite de projet territorial innovant, en collectivitĂ©, en association ou en entreprise, comme travailler avec les ados d’un territoire Ă  l’évolution de leurs pratiques de mobilitĂ©, animer un collectif d’artisans et d’artistes dans la revitalisation d’une friche hospitaliĂšre pour en faire un lieu de partage de compĂ©tences, accompagner une intercommunalitĂ© dans la valorisation de ses ressources en bois local, etc.

Par ailleurs, la formation est en partenariat avec l’UniversitĂ© de Bologne, qu’est-ce que ça signifie au juste ?

Eh bien, le diplĂŽme obtenu est un diplĂŽme de l’universitĂ© de Bologne et du CollĂšge europĂ©en de Cluny. Le premier mois de formation (en novembre) a lieu Ă  l’universitĂ© de Bologne, sur son campus situĂ© Ă  Ravenne‎. Les cours y sont donnĂ©s en anglais par des professeurs de l’UniversitĂ© de Bologne. La suite de la formation, de dĂ©cembre Ă  mars a lieu Ă  Cluny, sur le campus Arts et MĂ©tiers, au sein de l’ancienne abbaye, par des enseignants-chercheurs et des acteurs des territoires français. Le projet d’innovation en immersion professionnelle se dĂ©roule de mars Ă  juillet.
logo de l'université de Bologne. dans un cachet rond : alma mater studiorum, A.D. 1088 avec au centre une gravure médiévale. reprise du texte latéralement + "Università di Bologna"

Les frais de scolaritĂ© sont assez importants, mais vous vous dĂ©menez pour proposer des solutions Ă  celles et ceux qui ont peu de moyens, dans une dĂ©marche d’ouverture et d’inclusion.

Les droits de scolaritĂ© sont de 5000 € pour le diplĂŽme conjoint avec l’UniversitĂ© de Bologne. Mais d’une part nous avons organisĂ© une souscription populaire : des dons de citoyens permettent de donner un coup de pouce aux personnes qui auraient du mal Ă  boucler le budget, d’autre part l’organisation du cursus Ă  raison de 2,5 jours par semaine sur 6 mois est compatible avec une activitĂ© Ă  temps partiel. Et le CollĂšge europĂ©en est en contact avec les employeurs locaux, qui recherchent des Ă©quipiers : secteur sanitaire et social, artisanat, hospitalitĂ©, mobilitĂ©. Ces activitĂ©s peuvent ĂȘtre elles-mĂȘmes une riche expĂ©rience contribuant Ă  la rĂ©flexion sur la nĂ©cessitĂ© de changer les modes de vie et les services.

Pour finir, quelle formule magique tu proposerais pour convaincre quelqu’un de s’inscrire dĂšs cette promo ? « Il y a urgence Â» ? « Engagez-vous Â» ?

mmmh, disons :

N’attends pas le monde d’aprĂšs, donne-toi les moyens de participer Ă  son invention !

 

personnage à droite un peu prétentieux : "j'ai bifurqué, j'étais chez Total, mais l'énergie c'est mort. Je me suis inscrit en master "IA et finance internationale", c'est pas évident hein, mais faut bien sauver sa gueule." deuxiÚme personnage, une femme souriante : " ah moi aussi j'ai bifurqué, je suis le post-master de Cluny, on se forme à innover autrement : intégrer les enjeux sociaux et environnementaux à l'échelle du territoire
 faut bien essayer de sauver le monde !

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  • En savoir plus ? Tous les dĂ©tails nĂ©cessaires figurent dans la plaquette de l’établissement
  • 
 et Framasoft dans tout ça ?
Se connecter sans exclure, un module animé par Framasoft.
Le développement rapide du numérique (médias sociaux, services en ligne, intelligence artificielle
) ouvre des opportunités, mais il génÚre également des situations douloureuses (exclusion, dépendance, prolétarisation
). Il pose également des questions environnementales complexes, loin de la promesse originelle de la dématérialisation.
Le cours permet de questionner les principales consĂ©quences Ă©conomiques, sociales et environnementales de l’usage du numĂ©rique, Ă  partir de constats actuels et de projections Ă  court et moyen terme. On se penche sur des questions Ă©thiques (accĂšs Ă  l’administration, illettrisme numĂ©rique, vie privĂ©e, croissance exponentielle
) en partageant des exemples (politiques publiques, initiatives citoyennes, recherches et formations
) pour anticiper et surmonter les risques qui accompagnent la rĂ©volution numĂ©rique.–> Le dĂ©tail du module

Framasoft 2022 : a casserole cooked up thanks to you, thanks to your donations

Did you know that 98 % of Framasoft’s budget is based on donations (86 % of which are from individuals). It is therefore thanks to you and your support (thank you !) that all our actions are possible. So we wanted to give you a summary of what we have done in 2022. A look back at 12 months of popular education on the challenges of digital and cultural commons, which we wanted to be rich in flavours to please your (and our !) taste buds.

« Collectivise Internet / Convivialise Internet🩆🩆 Â» The actions of our new roadmap are funded by your donations, You will find a short presentation of this roadmap on our Support Framasoft website.

âžĄïž Read all blogposts of this campaign (oct. – dĂ©c. 2022, mostly in French)

Illustration CC BY David Revoy

But who is behind the stove ?

Behind this little feast, who is there ? A small group of 38 people : 28 volunteers and 10 employees, convinced that a world where digital technology allows us to gain freedom is possible ! We tell you here what we did, thought about and moved forward in the kitchens. And the ovens are still hot !

Sharing our values, intentions and actions loud and clear

After 3 years of work, workshops guided by Marie-CĂ©cile Godwin and fine-tuning by the association, we published our manifesto in November. This long work made us think a lot and allowed us to highlight very simply the political dimension of our associative project : we want to change the current world for a better one, where the Commons are favoured, where social justice is a fundamental value and where our liberties are preserved.

The second part of this important work was to make sure that our manifesto intentions are understood as soon as they arrive on framasoft.org. We have therefore completely redesigned our main website to make our associative project clear, fluid and easily understandable.

Illustration CC BY David Revoy

Collectivise Internet / Convivialise Internet : our new roadmap 2023-2025

After 5 years on course with Contributopia, we needed to refine our compass and review our direction : where do we want to continue our exploration for the next few years ? This is how the new roadmap Collectivise Internet / Convivialise Internet (code name : COIN / COIN – quack in french) was created : we want to address more directly the collectives and associations committed to a better world (without putting aside the thousands of people who use our tools !).

4 projects have been unveiled and will be progressively improved as the months go by thanks to the beneficiaries’ feedback, with the idea of creating more links between the tools and the people :

  • Frama.space : offering liberated cloud to small activist collectives
  • Peer.tube : to promote the PeerTube for which we are working
  • Emancip’Asso : to promote the digital emancipation of the associative world
  • ECHO Network : to understand the needs of popular education in different European countries.

We have detailed the actions of this roadmap and why we are undertaking them on the Framablog (in french
 !).

Banquet simple, dans une jardin partagĂ©, oĂč des animaux mascottes du libre sont servis par des canards

Illustration CC BY David Revoy

Seeing each other again and seeing you again : it’s a real boost !

This year 2022 will also have been marked by a more intense resumption of shared moments, in the flesh (with good airing !) : GAs, Framacamp, events, fairs, conferences, festivals, film screenings, round tables
 Because as much as we love doing all this, seeing you and us motivates us, boosts us and encourages us to continue testing new, ambitious, wacky and funny projects (Remember Proutify ? The extension has just been updated by one of our volunteers)
 it’s so important to have fun doing all this !

Dessin d'un Canard qui sourie en trĂšs gros plan, de maniĂšre comique, tandis que derriĂšre lui des canards font la fĂȘte dans une kermesse champĂȘtre

Illustration CC BY David Revoy

 

Without you, everything we do would not be possible : 98 % of the association’s resources come from donations. Do you think that our reflections are going in the right direction ? If you have the means, if you have the desire, we thank you in advance for your support.

 

Support Framasoft

 

As an appetizer : popular education buffet

For us, popular education is the basis for a better world : everyone can share their knowledge and access it, in all simplicity. We present here the different popular education actions carried out this year.

Sharing knowledge and points of view

To begin with, Framasoft intervened, in person or remotely, in various spaces, to talk about digital emancipation, alternative digital, or how to be free online. Our members have made more than 70 interventions, for different structures, associations or groups, in different regions of France. You can watch some of these interventions on our Framatube channel.

Then, Framasoft keeps the pen active on the Framablog. More than 100 articles have been published this year, between presentations of our different actions, translations of Framalang, weekly press review, guest keyboards, interviews of various emancipatory projects, audio articles
 The Framablog is a space where we express ourselves without limits.

We also intervened about twenty times in the media when we were asked to share our points of view on digital issues : video interviews, podcasts, articles
 You will find the different links accessible on this page.

Illustration CC BY David Revoy

Des Livres en Communs : the publishing house that breaks the rules

Our publishing house, Des Livres en Communs (formerly Framabook), is turning the publishing codes upside down by offering a grant to authors upstream of the writing process, as well as the publication of the work under a free licence, in digital form only.

Following the first call for publication launched in January : « Towards a more contributive, more united, more ethical and more free world : how to equip and organise ourselves together Â», the project « L’amour en Commun Â», by Margaux Lallemant and TimothĂ© Allanche was selected. The objective of this publication is to question how the commonality of love, as a means of organisation and a motor of commitment, allows us to build an alternative to capitalist society.

The book is currently being created, between fieldwork and immersions, while being accompanied by our publishing committee.

Des Livres en Communs also participated in the co-editing and proofreading of the « Guide du connard professionnel  Â», a work carried out with PtiloukEditions.

Illustration CC BY David Revoy

UPLOAD : a free university that is growing

The Free, Open, Autonomous and Decentralised Popular University (UPLOAD : standing for UniversitĂ© Populaire Libre, Ouverte, Autonome, et DĂ©centralisĂ©e in french) is a large popular education project initiated and coordinated by Framasoft (for the moment), in a decentralised and networked logic. The objective is to contribute (on our scale) to making society more just and our world more liveable, by focusing on the training of citizens by citizens.

This project is largely formed by the LibreCourses, online courses allowing access to different knowledge and skills. Stéph offered us a conference (in french) to present the topic during the Free Software Days.

This year’s Librecourses will have been punctuated by the theme «  Low-tech and digital  Â» : a first session between April and June and a second between November and January 2023. Do you also find the exponential growth of digital technology problematic ? Are you interested in reducing the technical footprint of a tool ? You can find the videos of the courses here.

Illustration CC BY David Revoy

Peer.tube : a showcase for PeerTube that looks like us

With Peer.tube, we want to create a showcase for PeerTube, with quality content selected in advance. It’s our answer to a question we’re often asked : « But where do I find interesting content on PeerTube ? The Peer.tube site is already available with a first selection of channels and videos, but the project will only really move forward next year.

Sepia, lÊ poulple mascotte de PeerTube, est au bord de la mer. Iel nous invite sur un ponton menant à une plein de voiliers. Un film est projeté sur chacune des voiles de ces voiliers.

Illustration CC BY David Revoy

 

Has our popular education buffet piqued your curiosity ? Do you think our contributions are going in the right direction ? Then we’d like to reiterate that all this was made possible thanks to you and your donations – thank you !

I support Framasoft’s popular education actions

 

Main course : digital empowerment frying pan

Enabling citizens to become digitally empowered and free their practices is the core of our actions. But what is this good pan made of ? Liberated ingredients, quality, and a good pinch of love. We tell you all about it.

Online services to do without the digital giants

Our online services are often the reason why people know us : more than 9 out of 10 people told us so during our survey « What you think of Framasoft Â» launched at the end of May. And to tell the truth, we were not very surprised. To give you some figures, we count more than 50 million visits on all our sites since the beginning of the year, more than 350 surveys are created every day on Framadate, nearly 15,000 forms are created every month on Framaforms, nearly 110,000 collaborative writing pads are active on Framapad. We still find this incredible !

Between 2014 and 2019, our little association has made around 40 free and trusted online services available to Internet users (yes, 40 !). For many reasons, this was too much, and we have gradually closed, between 2019 and 2022, a part of these services, while proposing alternatives. This period of closure is now over : our 16 online services are available to anyone who wants to use tools that respect our freedoms. We have therefore decided to update and redesign the degooglisons-internet.org website to make it an easily accessible gateway, to make it reflect our image and above all to reassure our users.

Keeping these services up to date, managing the machines that run them or answering your questions about support, is a daily job, and we try to put our best efforts into it !

Illustration « Quittons la planÚte GAFAM NATU BATX », CC BY David Revoy

Illustration CC BY David Revoy

 

PeerTube : freeing your videos and channels is getting easier

PeerTube is the software we develop (well, one of our employees, yes, one !) to offer an alternative to video platforms. And 2022 will have been a year rich in evolutions, where we now count more than 1000 active PeerTube platforms.

Let’s go to V5 !

To begin with, version 4.1 was released in February, bringing interface improvements, new mobile features, an improved plugin system, new search filters and new instance customization possibilities for admins.

In June, we released version 4.2, which brought a great new feature : the Studio, or the possibility to edit videos directly from the web interface. This version also brought more detailed viewing statistics, the possibility to adjust the latency during a broadcast or the direct editing of subtitles (thanks Lutangar !)

In September, version 4.3 was released, allowing the automatic import of videos from a remote channel (thanks to Florent, one of the administrators of the PeerTube Skeptikón instance) and new improvements to the interface and the integration of live videos (a collaborative effort with a designer from la Coopérative des Internets).

And we can already tell you that the new major version, v5, will be released in a few days with (exclusive information !) two-factor authentication or the possibility to send live files to the cloud for admins


Edit of December 13th : V5 is released ! Find all the information on this article.

Collecting your ideas to enrich the software

Do you create content on PeerTube ? Do you enjoy watching videos on PeerTube ? In July, we launched the ideas.joinpeertube.org tool (in english) to collect your needs for the software and help us identify new features to develop to make PeerTube more enjoyable to use.

Please feel free to take a look around, to vote for one of the features already proposed or to propose a new one. A big thank you to everyone who took the time to share their opinion !

joinpeertube.org : easier access to PeerTube

joinpeertube.org is THE site that introduces PeerTube, THE gateway to information about this alternative to centralized video platforms, and we want to leave it wide open !

The previous version of joinpeertube.org was mainly focused on the technical features of PeerTube, and therefore addressed to technical profiles. However, now that there are more than 1,000 PeerTube platforms, we felt that it was necessary to promote the software to a wider audience who may be less digitally literate.

After an audit of the site via user tests carried out by La CoopĂ©rative des Internets, the web agency proposed improvements to allow a better understanding of PeerTube. You will find all the details of this version on this article of the Framablog : and we hope that this redesign will be useful and will facilitate the use of PeerTube !

Illustration CC BY David Revoy

Mobilizon : we make it easy for you to search

Mobilizon is the software that Framasoft is developing (well, one of our employees⋅es and not even full time !) to offer an alternative to Facebook events and groups.

Mobilizon Search Index, a search engine in the fediverse

As we did before with Sepia Search (our search engine for discovering content published on PeerTube), we want to offer a gateway to Mobilizon to show its emancipatory potential.

Mobilizon Search Index references the events and server groups that we have approved on instances.joinmobilizon.org (currently a little over 80 instances, and we hope the list will grow !). The search engine then allows you to explore the events and groups of all these servers, and in different ways : search bar (well, it’s rather classic), by categories (interesting, isn’t it ?) or even by geolocating yourself to find events nearby (crazy !).

The source code is free-libre  : anyone (with some computer skills, anyway
 !) can install a Mobilizon Search Index, and adapt it to their needs.

So, does this make you want to test it ?

A v3 focused on research

We released the 3rd major version of Mobilizon in November. The software has reached the maturity we wanted it to have, and that is very motivating !

In the new features : many elements of the software have been modified to avoid accumulating technical debt, the design of the homepage has evolved in design, and the search results page has also been revised (hello Mobilizon Search Index !). Increasing the possibilities of discovering events and groups to make the diversity of content published on Mobilizon more visible was also the goal of this v3.

This v3 was able to evolve thanks to the various contributions (thanks to the community !), was partly financed by a grant from NLNet (thanks to them !), and of course by you, and your donations (again a big thank you).

gros plan sur Rose, la fennec mascotte de Mobilizon, qui tient une loupe Ă  la main. En fond, une carte reprĂ©sentant un village oĂč des chemins mĂšnent Ă  un poitn commun. Au dessus d'elle, le symbole d'un lieu estampillĂ© "v3"

Illustration CC BY David Revoy

Frama.space : emancipating small associations and activist collectives

Frama.space is a new service (in french) that we offer to small associations and activist collectives, to allow them to match their strong internal values (of social justice and emancipation) with digital tools in the same direction (free and non-monopolistic tools). We want to empower associations and activist collectives by opening digital spaces for sharing, working and organising (up to 50 accounts per collective, based on the free software Nextcloud with : office suite, 40 GB of storage, synchronisation of diaries and contacts, video tools, etc.).

Announced on 15 October when our roadmap Collectivisons / Convivialisons Internet was released, pre-registration has been open since 18 November. Currently, applications are being reviewed (by real⋅es human⋅es !) to open 250 first spaces by the end of the year. Our ultimate goal (a tad ambitious, yes !) being to make 10,000 Frama.space spaces available by the end of 2025.

Do you want to read more about the political aim of the project ? We invite you to read this article or to watch this conference, which provides all the important details.

Une licorne dĂ©guisĂ©e en cosmonaute (avec une passoire sur la tĂȘte) marche sur les nuages et souffle des bulles. Dans ces bulles, on retrouve des cubes symbolisant le travail en commun (dossiers, boite Ă  outils, livres, machine Ă  Ă©crire, boulier, etc.).

Illustration CC BY David Revoy

 

Do you find our actions to empower citizens through digital technology interesting ? Do you think we are going in the right direction ? All this was possible thanks to you and your donations. Thank you !

 

I support Framasoft’s digital empowerment actions

 

For dessert : farandole of a better world (to share !)

Because a good meal is always better when shared. And because it’s by sharing our know-how that we can go further. We act with other structures, which, like independent islands, bathe in the common waters of the same archipelago (can you also imagine floating islands with a good custard ?) : we keep our independence while sharing values of social justice. Acting together is obvious !

From the kittens’ side

The CHATONS (kittens in french) collective is a bit like a network of online service CSA(Community Supported Agriculture). Where Google, Facebook or Microsoft would represent the agri-food industry, the members of CHATONS would be computer farmers offering organic online services without GMOs, pesticides, aggressive marketing, in short : without a « race for purchasing power Â».

At the end of this year, after already 14 litters of kittens, we count 97 members in the collective, i.e. 97 alternative hosts working in the same direction : resisting the gafamisation of the Internet and proposing alternatives respectful of our private lives.

The collective was present on different events during the year (Free Software Days, Digital Accessibility Workshop, Geek Faeries, Freedom Not Fear, FĂȘte de l’Huma, Capitole du Libre), to present its actions. The second CHATONS camp took place this summer, a great time to meet and to relaunch great collective dynamics. Different working groups were created, in particular the group « An association for the CHATONS collective Â» aiming at an autonomization of the collective with the aim that we (Framasoft) leave little by little the coordination of the collective to the collective itself.

Illustration CC BY David Revoy

Emancip’Asso : promoting the digital emancipation of the associative world

The aim of Emancip’Asso is to help associations to find support to help their digital practices evolve towards more ethical practices. Designed in partnership with Animafac, 2022 will have been a year of
 paperwork (yes, this is often the beginning of ambitious projects !).

We spent some time putting together a steering committee (20 members) that was varied, heterogeneous and representative of the diversity of the associative world. Then, as the project was intended to be financially independent, the first six months of the year were devoted to fundraising, which bore fruit (hurrah !). We currently have four funders (and we hope that the list will continue to grow !) : the Charles LĂ©opold Mayer Foundation for the Progress of Humankind, the CrĂ©dit CoopĂ©ratif Foundation, the Un monde par Tous Foundation and the LibĂ©rons nos ordis Association.

The first funding allowed us to work on the first stage of the project : a training course for ethical hosts to help them accompany associations in their digital transition. Search for speakers, preparation of the programme and logistics : the training (it’s full !) will take place in Paris, from 16 to 20 January 2023 (the programme in detail is here).

Finally, at the end of this year, we applied to different student programs to set up two working groups : one on the graphic identity of Emancip’Asso (in progress !), and a second one on the realization of the emancipasso.org website (to come).

You can find Angie and Anne-Laure presenting the project on video here.

un chaton patissier qui présente un nuage-gateau fait sur commande, tansdi qu'en arriÚre plan d'autres chatons cuisinent un autre nuage gùteau au millieu de leur village arbre-à-chats

Illustration CC BY David Revoy

ECHO Network : understanding the digital needs of popular education, here and elsewhere

2022 will also have been the year of the development of the European project « Ethical, Commons, Humans, Open-Source Network Â» (ECHO Network, it’s a bit easier to remember
). Led by the popular education movement CEMÉA France, the project brings together 7 structures from 5 European countries (France, Belgium, Croatia, Germany, Italy). What do they have in common ? The support, each at its own level, of the public in their autonomy and emancipation.

The objective of the project is to exchange on the difficulties, opportunities and ways to accompany the public that our associations serve towards a digital transition. And the background : how to accompany this emancipation in (or even by) a digital world centralised by the web giants ?

The first meeting of the exchange will take place in Paris from 14 to 17 January 2023. This opening seminar will allow us to unpack the general theme : supporting the digital transition of associations that train citizens. Read more here.

Dessin de cinq iles en cercle, chacune avec des constructions d'une culture différente. Elles communiquent ensemble en s'envoyant des ondes, des échos.

Illustration CC BY David Revoy

And that’s not all !

Knowledge transfer

With Hubikoop (territorial hub of the New Aquitaine region for an inclusive digital environment) we started in September the animation of the course « Accompaniment to the discovery of ethical digital services Â»  : 8 workshops for the actors of the digital mediation in New Aquitaine. This partnership is starting to give rise to new ideas, which we will tell you about next year !

In the framework of the PENSA project with Aix-Marseille University, we intervened in June for a training of trainers on the theme « Free software and services for the digital emancipation of citizens Â». The final objective is to enable teachers to develop their skills for a critical use of digital technology in education.

We have also carried out various actions in connection with AFPA and more specifically the people in charge of the training of Digital Mediation Space Managers, to transmit more knowledge on ethical digital.

Framasoft also became a member of the MedNum. Our ambitions behind this ? To raise awareness of free tools among digital mediation actors, to train digital mediators in ethical alternatives and to equip the cooperative itself with free tools.

Finally, you will find us in the booklet « Le temps des conquĂȘtes, les nouveaux horizons de l’ESS Â» published by ESS France.

Important statements taken

The L.A. Coalition (of which Framasoft is a member) took a position in April on the Republican Commitment Contract : the collective denounced it as a potential source of litigation and abusive sanctions by the administration or public authorities to the detriment of associations and foundations.

The first abuses of the republican commitment contract quickly emerged. We signed the tribune « Civil disobedience is part of the freedom of expression and the repertoire of legitimate actions of associations  Â», published in l’HumanitĂ© in September : associative freedoms are essential and currently in danger.

We also signed the tribune « For the digital commons to become a pillar of European digital sovereignty Â» by Wikimedia France in June. Cultural commons are an integral part of Framasoft’s social purpose, defending them is essential !

Support by conviction

Following the announcement of its very difficult financial situation this summer, we supported the media NextINpact (very qualitative digital watch) by buying « suspended Â» subscriptions that we drew at random.

We also supported affordance.info (qualitative content on digital and relevant social issues) by migrating its blog from a non-free tool (Typepad) to a free tool (WordPress), all hosted by us.

We proposed a Signal proxy (free messaging) following a call from the structure informing of the blocking of its application by the Iranian regime in the face of the current revolts.

Illustration CC BY David Revoy

 

Did you like our shared dessert ? You think that these actions carried out with other islands of our archipelago are to be encouraged ? Know that they are also only possible thanks to you and your donations. Thank you again !

 

I support Framasoft’s archipelago actions

 

Framasoft, today, is more than 50 000 € of expenses per month. We closed the 2021 accounting year with a deficit of €60,000 (which donations – more generous during the 2020 confinements – fortunately allowed us to absorb).

At the time of writing, we estimate that we are €127,500 short of our annual budget and can confidently launch our actions in 2023.
If you can (yes, at the moment it is particularly complicated), and if you want to, please support the actions of our association.

I support the actions of Framasoft

 

 

Framasoft 2022 : une tambouille mijotĂ©e grĂące Ă  vous, grĂące Ă  vos dons

Le saviez-vous ? 98 % du budget de Framasoft repose sur des dons (dont 86 % sont des dons de particuliers). C’est donc bien grĂące Ă  vous et Ă  votre soutien (merci !) que toutes nos actions sont rĂ©alisables. Nous avons ainsi voulu vous faire un rĂ©sumĂ© de la tambouille concoctĂ©e sur cette annĂ©e 2022. Retour sur 12 mois d’éducation populaire aux enjeux du numĂ©rique et des communs culturels, que l’on a voulu riches en saveurs pour le bonheur de vos (et nos !) papilles.

« Collectivisons Internet / Convivialisons Internet 🩆🩆 Â»Les actions de notre nouvelle feuille de route Ă©tant financĂ©es par vos dons (dĂ©fiscalisables Ă  66 %), vous pouvez en trouver un rĂ©sumĂ© complet sur le site Soutenir Framasoft.

âžĄïž Lire la sĂ©rie d’articles de cette campagne (oct. – dĂ©c. 2022)

Illustration CC BY David Revoy

Mais qui est derriĂšre les fourneaux ?

DerriĂšre ce petit festin, il y a qui ? Un petit groupe de 38 personnes : 28 bĂ©nĂ©voles et 10 salariĂ©â‹…es, convaincu⋅es qu’un monde oĂč le numĂ©rique nous permet de gagner en libertĂ© est possible ! On vous raconte ici ce qu’on a fait, rĂ©flĂ©chi et avancĂ© dans les cuisines. Et les fours sont encore tout chauds !

Partager nos valeurs, nos intentions et nos actions haut et fort

AprĂšs 3 ans de travail, d’ateliers guidĂ©s par Marie-CĂ©cile Godwin et de peaufinage par l’association, nous avons publiĂ© notre manifeste en novembre. Ce travail de longue haleine nous a fait longuement rĂ©flĂ©chir et nous a permis de mettre en Ă©vidence trĂšs simplement la dimension politique de notre projet associatif : nous voulons changer le monde actuel pour un monde meilleur, oĂč les Communs sont favorisĂ©s, oĂč la justice sociale est une valeur fondamentale et oĂč nos libertĂ©s sont prĂ©servĂ©es.

La deuxiĂšme partie de cet important travail a Ă©tĂ© de faire en sorte que nos intentions du manifeste se comprennent dĂšs l’arrivĂ©e sur framasoft.org. Nous avons ainsi refondu entiĂšrement notre site internet principal pour rendre notre projet associatif clair, fluide et facilement comprĂ©hensible.

Illustration CC BY David Revoy

Collectivisons Internet / Convivialisons Internet : notre nouvelle feuille de route 2023-2025

AprĂšs 5 ans de cap sur Contributopia, nous avions besoin de rĂ©affiner notre compas et revoir notre direction : vers oĂč voulons-nous poursuivre notre exploration pour les prochaines annĂ©es ? C’est ainsi qu’a Ă©tĂ© crĂ©Ă©e la nouvelle feuille de route Collectivisons Internet / Convivialisons Internet (nom de code : COIN / COIN) : nous souhaitons nous adresser plus directement aux collectifs et associations engagĂ©es pour un monde meilleur (sans pour autant mettre de cĂŽtĂ© les milliers de personnes qui utilisent nos outils !).

4 projets ont ainsi Ă©tĂ© dĂ©voilĂ©s et seront progressivement amĂ©liorĂ©s aux fils des mois grĂące aux retours des bĂ©nĂ©ficiaires, dans l’idĂ©e de crĂ©er plus de liens entre les outils et les humain⋅es :

  • Frama.space : proposer du cloud libĂ©rĂ© aux petits collectifs militants
  • Peer.tube : mettre en valeur le PeerTube pour lequel nous Ɠuvrons
  • Emancip’Asso : favoriser l’émancipation numĂ©rique du monde associatif
  • ECHO Network : comprendre les besoins de l’éducation populaire dans diffĂ©rents pays d’Europe.

Nous avons détaillé les actions de cette feuille de route et pourquoi nous les entreprenons sur le Framablog.

Banquet simple, dans une jardin partagĂ©, oĂč des animaux mascottes du libre sont servis par des canards

Illustration CC BY David Revoy

Se revoir et vous revoir : ça requinque !

Cette annĂ©e 2022 aura aussi Ă©tĂ© marquĂ©e par la reprise plus intense des moments partagĂ©s, en chair et en os (avec de bonnes aĂ©rations !) : AG, Framacamp, Ă©vĂ©nements, salons, confĂ©rences, festivals, projections de cinĂ©ma, tables rondes
 Parce que bien que l’on aime faire tout ça, vous voir et nous voir, ça nous motive, ça nous booste et ça nous encourage Ă  continuer Ă  tester de nouveaux projets ambitieux, farfelus et drĂŽles (Vous vous souvenez de Proutify ? L’extension vient d’ĂȘtre mise Ă  jour par un de nos bĂ©nĂ©voles)
 c’est si important de prendre plaisir Ă  faire tout cela !

Dessin d'un Canard qui sourie en trĂšs gros plan, de maniĂšre comique, tandis que derriĂšre lui des canards font la fĂȘte dans une kermesse champĂȘtre

Illustration CC BY David Revoy

 

Sans vous, tout ce que nous faisons ne serait pas rĂ©alisable : 98 % des ressources de l’association sont des dons. Vous trouvez que nos rĂ©flexions vont dans la bonne direction ? Si vous en avez les moyens, si vous en avez l’envie, nous vous remercions grandement d’avance de votre soutien.

 

Je soutiens les actions de Framasoft

 

 

En entrĂ©e : buffet d’éduc pop’

Pour nous, l’éducation populaire, c’est la base d’un monde meilleur : chacun et chacune peut partager ses connaissances et y accĂ©der, en toute simplicitĂ©. On vous prĂ©sente ici les diffĂ©rentes actions d’éduc pop’ menĂ©es cette annĂ©e.

Partage de connaissances et de points de vue

Pour commencer, Framasoft est intervenue, en prĂ©sentiel ou Ă  distance, dans divers espaces, pour parler d’émancipation numĂ©rique, de numĂ©rique alternatif, ou encore de comment se libĂ©rer en ligne. C’est plus de 70 interventions que nos membres ont rĂ©alisĂ©es, pour diffĂ©rentes structures, associations, ou collectifs, dans diffĂ©rentes rĂ©gions de France. Vous trouverez quelques unes de ces interventions Ă  visionner sur notre chaĂźne Framatube.

Ensuite, Framasoft garde la plume active sur le Framablog. Plus de 100 articles ont Ă©tĂ© publiĂ©s cette annĂ©e, entre prĂ©sentations de nos diffĂ©rentes actions, traductions de Framalang, revue de presse hebdomadaire, claviers invitĂ©s, interviews de divers projets Ă©mancipateurs, articles audio
 Le Framablog est un espace oĂč nous nous exprimons sans limite.

Nous sommes aussi intervenues une vingtaine de fois dans les mĂ©dias lorsque nous avons Ă©tĂ© sollicitĂ©â‹…es pour partager nos points de vues sur le numĂ©rique : interview vidĂ©os, podcasts, articles
 Vous trouverez les diffĂ©rents liens accessibles sur cette page.

Illustration CC BY David Revoy

Des Livres en Communs : la maison d’édition qui chamboule les codes

Notre maison d’édition Des Livres en Communs (anciennement Framabook), chamboule les codes de l’édition en proposant une bourse aux autrices et auteurs en amont de l’écriture, ainsi qu’une publication de l’ouvrage sous licence libre, uniquement en version numĂ©rique.

Suite au premier appel Ă  publication lancĂ© en janvier : « Vers un monde plus contributif, plus solidaire, plus Ă©thique et plus libre : comment s’outiller et s’organiser ensemble ? Â», le projet « L’amour en Commun Â», de Margaux Lallemant et TimothĂ© Allanche a Ă©tĂ© sĂ©lectionnĂ©. L’objectif de cette publication est de questionner comment le commun de l’amour, en tant que moyen d’organisation et moteur d’engagement, permet de construire une alternative Ă  la sociĂ©tĂ© capitaliste.

L’ouvrage est actuellement en crĂ©ation, entre travail de terrain et immersions, tout en Ă©tant accompagnĂ© par notre comitĂ© d’édition.

Des Livres en Communs a Ă©galement participĂ© Ă  la coĂ©dition et aux relectures du « Guide du connard professionnel Â», travail menĂ© avec PtiloukEditions.

Illustration CC BY David Revoy

UPLOAD : une universitĂ© libre qui se garnit

L’UniversitĂ© Populaire Libre, Ouverte, Autonome, et DĂ©centralisĂ©e (UPLOAD) est un grand projet d’éducation populaire initiĂ© et coordonnĂ© par Framasoft (pour le moment), dans une logique dĂ©centralisĂ©e et en rĂ©seau. L’objectif est de contribuer (Ă  notre Ă©chelle) Ă  rendre la sociĂ©tĂ© plus juste et notre monde plus vivable, en misant sur la formation des citoyen⋅nes par les citoyen⋅nes.

Ce projet est en grande partie formĂ© par les LibreCours, cours en ligne permettant d’accĂ©der Ă  diffĂ©rents savoirs et connaissances. StĂ©ph nous a proposĂ© une confĂ©rence pour prĂ©senter le sujet lors des JournĂ©es du Logiciel Libre.

Les Librecours de cette annĂ©e auront Ă©tĂ© rythmĂ©s par la thĂ©matique «  Low-technicisation et numĂ©rique Â» : une premiĂšre session entre avril et juin et une seconde entre novembre et janvier 2023. Vous trouvez aussi que la croissance exponentielle du numĂ©rique est problĂ©matique ? Chercher Ă  rĂ©duire l’empreinte technique d’un outil vous intĂ©resse ? Vous pouvez retrouver les vidĂ©os des cours par ici.

Illustration CC BY David Revoy

Peer.tube : une vitrine pour PeerTube qui nous ressemble

Avec Peer.tube, nous souhaitons crĂ©er une vitrine de PeerTube, avec du contenu de qualitĂ© prĂ©alablement sĂ©lectionnĂ©. C’est notre rĂ©ponse Ă  une question que l’on peut souvent nous poser : « Mais oĂč est-ce que je trouve du contenu intĂ©ressant sur PeerTube ? Â». Le site Peer.tube est dĂ©jĂ  accessible avec une premiĂšre sĂ©lection de chaĂźnes et vidĂ©os, mais le projet ne va rĂ©ellement avancer que l’annĂ©e prochaine.

Sepia, lÊ poulple mascotte de PeerTube, est au bord de la mer. Iel nous invite sur un ponton menant à une plein de voiliers. Un film est projeté sur chacune des voiles de ces voiliers.

Illustration CC BY David Revoy

 

Notre buffet d’éducation populaire a titillĂ© votre curiositĂ© ? Vous trouvez que nos contributions vont dans le bon sens ? Alors nous vous re-glissons par ici que tout ça nous a Ă©tĂ© possible grĂące Ă  vous et Ă  vos dons – merci !

 

Je soutiens les actions d’éduc pop’ de Framasoft

 

En plat : poĂȘlĂ©e d’émancipation numĂ©rique

Permettre aux citoyens et citoyennes de s’émanciper par le numĂ©rique et de libĂ©rer leurs pratiques, c’est le cƓur de nos actions. Mais, de quoi est composĂ©e cette bonne poĂȘlĂ©e ? D’ingrĂ©dients libĂ©rĂ©s, de qualitĂ©, et d’une bonne pincĂ©e d’amour. On vous dĂ©taille tout ça.

Des services en ligne pour se passer des géants du numérique

Nos services en ligne sont souvent la raison pour laquelle on nous connaĂźt : vous ĂȘtes plus de 9 personnes sur 10 Ă  nous l’avoir confiĂ© lors de notre enquĂȘte « Ce que vous pensez de Framasoft Â» lancĂ©e fin mai. Et Ă  vrai dire, nous n’avons pas Ă©tĂ© trĂšs Ă©tonnĂ©â‹…es. Pour vous donner quelques chiffres, nous comptons plus de 50 millions de visites sur l’ensemble de nos sites depuis le dĂ©but d’annĂ©e, plus de 350 sondages sont crĂ©Ă©s chaque jour sur Framadate, prĂšs de 15 000 formulaires sont crĂ©Ă©s chaque mois sur Framaforms, prĂšs de 110 000 pads d’écriture collaborative sont actifs sur Framapad. Nous, on trouve toujours ça incroyable !

Entre 2014 et 2019, notre petite association a mis Ă  disposition des internautes une quarantaine de services en ligne libres et de confiance (oui, 40 !). Pour de nombreuses raisons, c’était trop, et nous avons fermĂ© progressivement, entre 2019 et 2022, une partie de ces services, tout en proposant des alternatives. Cette pĂ©riode de fermetures est maintenant terminĂ©e : nos 16 services en ligne sont disponibles pour toute personne souhaitant utiliser des outils qui respectent nos libertĂ©s. Nous avons ainsi dĂ©cidĂ© de mettre Ă  jour et refondre le site degooglisons-internet.org pour en faire une porte d’entrĂ©e facilement accessible, la mettre Ă  notre image et surtout pour rassurer nos utilisateurs et utilisatrices.

Maintenir ces services Ă  jour, gĂ©rer les machines qui les font tourner ou encore rĂ©pondre Ă  vos questions sur le support, c’est un travail du quotidien, et on essaye d’y mettre nos meilleures Ă©nergies !

Illustration « Quittons la planÚte GAFAM NATU BATX », CC BY David Revoy

Illustration CC BY David Revoy

 

PeerTube : libĂ©rer ses vidĂ©os et ses chaĂźnes est de plus en plus facile

PeerTube, c’est le logiciel que nous dĂ©veloppons (enfin, un de nos salariĂ©â‹…es, oui, un seul !) pour proposer une alternative aux plateformes vidĂ©os. Et 2022 aura Ă©tĂ© une annĂ©e bien riche en Ă©volutions, oĂč on compte maintenant plus de 1000 plateformes PeerTube actives.

Cap sur la V5 !

Pour commencer, la version 4.1 est sortie en fĂ©vrier, apportant des amĂ©liorations de l’interface, de nouvelles fonctionnalitĂ©s sur mobile, le systĂšme de plugins amĂ©liorĂ©, de nouveaux filtres pour faire des recherches ou encore de nouvelles possibilitĂ©s de personnalisation des instances pour les admins.

En juin, nous sortions la version 4.2, qui a amenĂ© une grande nouveautĂ© : le Studio, ou la possibilitĂ© de modifier des vidĂ©os directement depuis l’interface web. Cette version aura aussi apportĂ© des statistiques de visionnage plus dĂ©taillĂ©es, la possibilitĂ© de rĂ©gler la latence lors d’une diffusion ou encore l’édition directe de sous-titres (merci Lutangar !)

En septembre, c’est la version 4.3 qui a Ă©tĂ© publiĂ©e, permettant l’import automatique des vidĂ©os d’une chaĂźne distante (Un grand merci Ă  Florent, l’un des administrateurs de l’instance PeerTube SkeptikĂłn) et de nouvelles amĂ©liorations de l’interface et de l’intĂ©gration des vidĂ©os en direct (un travail en collaboration avec une designeuse de la CoopĂ©rative des Internets).

Et on peut dĂ©jĂ  vous dire que la nouvelle version majeure, la v5, sera publiĂ©e dans quelques jours avec (attention : exclu !) de l’authentification Ă  double facteur ou encore la possibilitĂ© d’envoyer les fichiers lives dans le cloud pour les admins


Edit du 13 dĂ©cembre : la V5 est sortie ! Retrouvez toutes les infos sur cet article.

Récolte de vos idées pour enrichir le logiciel

Vous crĂ©ez du contenu sur PeerTube ? Vous aimez regarder des vidĂ©os sur PeerTube ? En juillet, nous avons lancĂ© l’outil ideas.joinpeertube.org (en anglais) pour rĂ©colter vos besoins sur le logiciel et ainsi nous permettre d’identifier les nouvelles fonctionnalitĂ©s Ă  dĂ©velopper pour rendre PeerTube plus agrĂ©able Ă  utiliser.

N’hĂ©sitez pas Ă  y faire un tour, pour voter pour une des fonctionnalitĂ©s dĂ©jĂ  proposĂ©es ou en proposer une nouvelle. Un grand merci Ă  toutes celles et ceux qui ont pris le temps de partager leur avis !

joinpeertube.org : un accĂšs facilitĂ© Ă  PeerTube

joinpeertube.org, c’est LE site qui prĂ©sente PeerTube, LA porte d’entrĂ©e pour s’informer sur cette alternative aux plateformes vidĂ©o centralisatrices et nous, on souhaite la laisser grande ouverte !

La version prĂ©cĂ©dente de joinpeertube.org Ă©tait surtout axĂ©e sur les caractĂ©ristiques techniques de PeerTube, et donc adressĂ©e Ă  des profils techniques. Hors, maintenant qu’il existe plus de 1 000 plateformes PeerTube, valoriser le logiciel auprĂšs d’un public plus vaste et potentiellement moins Ă  l’aise avec le numĂ©rique nous a paru une nouvelle orientation nĂ©cessaire.

AprĂšs un audit du site via des tests utilisateurs rĂ©alisĂ©s par La CoopĂ©rative des Internets, l’agence web nous a proposĂ© des pistes d’amĂ©lioration pour permettre une meilleure comprĂ©hension de PeerTube. Vous trouverez tout le dĂ©tail de cette version sur cet article du Framablog : et on espĂšre que cette refonte vous sera utile et facilitera l’utilisation de PeerTube !

Illustration CC BY David Revoy

Mobilizon : on vous facilite les recherches

Mobilizon, c’est le logiciel que Framasoft dĂ©veloppe (enfin, un de nos salariĂ©â‹…es et mĂȘme pas Ă  temps plein !) pour proposer une alternative aux Ă©vĂ©nements et groupes Facebook.

Mobilizon Search Index, un moteur de recherche dans le fédiverse

Comme nous l’avons fait auparavant avec Sepia Search (notre moteur de recherche pour dĂ©couvrir les contenus publiĂ©s sur PeerTube), nous souhaitons proposer une porte d’entrĂ©e vers Mobilizon pour montrer son potentiel Ă©mancipateur.

Mobilizon Search Index rĂ©fĂ©rence les Ă©vĂ©nements et groupes de serveurs que nous avons approuvĂ©s sur instances.joinmobilizon.org (aujourd’hui un peu plus de 80 instances, et on espĂšre que la liste s’allongera !). Le moteur de recherche permet ensuite d’explorer les Ă©vĂ©nements et groupes de tous ces serveurs, et de diffĂ©rentes maniĂšres : barre de recherche (bon lĂ  c’est plutĂŽt classique), par catĂ©gories (intĂ©ressant, non ?) ou mĂȘme en se gĂ©olocalisant pour trouver des Ă©vĂ©nements Ă  proximitĂ© (c’est fou ça !).

Le code source est libre : toute personne (avec un certain bagage informatique tout de mĂȘme
 !) peut installer un Mobilizon Search Index, et l’adapter selon ses besoins.

Alors, ça vous donne envie de tester ?

Une v3 axée sur la recherche

Nous avons publiĂ© la 3Ăšme version majeure de Mobilizon en novembre. Le logiciel a atteint la maturitĂ© que nous souhaitions lui donner, et ça, c’est trĂšs motivant !

Dans les nouveautĂ©s : de nombreux Ă©lĂ©ments du logiciel ont Ă©tĂ© modifiĂ©s pour ne pas accumuler de dette technique, le design de la page d’accueil a Ă©voluĂ© dans le design, et la page de rĂ©sultats de recherche a aussi Ă©tĂ© revue (coucou Mobilizon Search Index !). Augmenter les possibilitĂ©s de dĂ©couvrir des Ă©vĂ©nements et des groupes pour rendre davantage visible la diversitĂ© des contenus publiĂ©s sur Mobilizon, c’était aussi l’objectif de cette v3.

Cette v3 a pu Ă©voluer grĂące aux diffĂ©rentes contributions (merci Ă  la communautĂ© !), a Ă©tĂ© financĂ©e en partie par une bourse de NLNet (merci Ă  eux !), et bien sĂ»r par vous, et vos dons (encore un grand merci).

gros plan sur Rose, la fennec mascotte de Mobilizon, qui tient une loupe Ă  la main. En fond, une carte reprĂ©sentant un village oĂč des chemins mĂšnent Ă  un poitn commun. Au dessus d'elle, le symbole d'un lieu estampillĂ© "v3"

Illustration CC BY David Revoy

Frama.space : Ă©manciper les petites assos et collectifs militants

Frama.space, c’est un nouveau service que nous proposons aux petites associations et collectifs militants, pour leur permettre d’accorder leurs valeurs internes fortes (de justice sociale et d’émancipation) avec des outils numĂ©riques allant dans le mĂȘme sens (outils libres et non monopolistiques). Nous souhaitons ainsi autonomiser les associations et collectifs militants en ouvrant des espaces numĂ©riques de partage, de travail et d’organisation (jusqu’à 50 comptes par collectif, basĂ©s sur le logiciel libre Nextcloud avec : suite bureautique, 40 Go de stockage, synchronisation d’agendas et de contacts, outils de visio, etc.).

AnnoncĂ©es le 15 octobre lors de la sortie de notre feuille de route Collectivisons / Convivialisons Internet, les prĂ©-inscriptions sont ouvertes depuis le 18 novembre. Actuellement, les candidatures sont rĂ©visĂ©es (par des vrai⋅es humain⋅es !) pour ouvrir 250 premiers espaces d’ici la fin d’annĂ©e. Notre objectif final (un poil ambitieux, oui !) Ă©tant de mettre Ă  disposition 10 000 espaces Frama.space d’ici fin 2025.

Vous voulez en lire plus sur la visĂ©e politique du projet ? Nous vous invitons Ă  lire cet article ou Ă  visionner cette confĂ©rence, apportant tous les dĂ©tails importants.

Une licorne dĂ©guisĂ©e en cosmonaute (avec une passoire sur la tĂȘte) marche sur les nuages et souffle des bulles. Dans ces bulles, on retrouve des cubes symbolisant le travail en commun (dossiers, boite Ă  outils, livres, machine Ă  Ă©crire, boulier, etc.).

Illustration CC BY David Revoy

 

Nos actions pour permettre aux citoyens et citoyennes de s’émanciper par le numĂ©rique vous semblent intĂ©ressantes ? Vous pensez que nous allons dans la bonne direction ? Tout cela a Ă©tĂ© possible aussi grĂące Ă  vous et grĂące Ă  vos dons. Merci !

 

Je soutiens les actions d’émancipation numĂ©rique de Framasoft

 

En dessert : farandole d’un monde meilleur (Ă  partager !)

Parce qu’un bon repas est toujours meilleurs quand on le partage. Et parce que c’est en partageant nos savoirs-faire et savoirs-ĂȘtre que l’on avance plus loin. Nous agissons avec d’autres structures, qui, telles des Ăźles indĂ©pendantes, baignent dans des eaux communes d’un mĂȘme archipel (vous aussi vous imaginez des Ăźles flottantes avec une bonne crĂšme anglaise ?) : nous gardons notre indĂ©pendance tout en partageant des valeurs de justice sociale. Agir ensemble est Ă©vident !

Du cÎté des chatons

Le collectif CHATONS, c’est un peu comme un rĂ©seau d’AMAP du service en ligne. LĂ  oĂč Google, Facebook ou Microsoft reprĂ©senteraient l’industrie agro-alimentaire, les membres de CHATONS seraient des paysans informatiques proposant des services en ligne bio sans OGM, sans pesticide, sans marketing agressif, bref : sans une « course au pouvoir d’achat Â».

Cette fin d’annĂ©e, aprĂšs dĂ©jĂ  14 portĂ©es de chatons, nous comptons 97 membres au collectif, soit 97 hĂ©bergeurs alternatifs travaillant dans la mĂȘme direction : rĂ©sister Ă  la gafamisation d’Internet et proposer des alternatives respectueuses de nos vies privĂ©es.

Le collectif a Ă©tĂ© prĂ©sent sur diffĂ©rents Ă©vĂ©nements durant l’annĂ©e (JournĂ©es du Logiciel Libre, contrib’atelier sur l’accessibilitĂ© numĂ©rique, Geek Faeries, Freedom Not Fear, FĂȘte de l’Huma, Capitole du Libre), pour prĂ©senter ses actions. Le deuxiĂšme camp CHATONS a eu lieu cet Ă©tĂ©, un temps fort pour se retrouver et relancer de belles dynamiques collectives. DiffĂ©rents groupes de travail ont vu le jour, notamment le groupe « Une asso pour le collectif CHATONS Â» visant une autonomisation du collectif dans le but que nous (Framasoft) laissions peu Ă  peu la coordination du collectif au collectif lui-mĂȘme.

Illustration CC BY David Revoy

Emancip’Asso : favoriser l’émancipation numĂ©rique du monde associatif

Le but d’Emancip’Asso, c’est d’aider les associations Ă  trouver de l’accompagnement pour faire Ă©voluer leurs pratiques numĂ©riques vers des pratiques plus Ă©thiques. Conçu en partenariat avec Animafac, 2022 aura Ă©tĂ© une annĂ©e de
 paperasse (eh oui, c’est souvent ça le dĂ©but de projets ambitieux !).

Nous avons passĂ© un moment Ă  constituer un comitĂ© de pilotage (20 membres) variĂ©, hĂ©tĂ©rogĂšne et , reprĂ©sentatif de la diversitĂ© du monde associatif. Ensuite, le projet se voulant indĂ©pendant financiĂšrement, les 6 premiers mois de l’annĂ©e ont Ă©tĂ© consacrĂ©s Ă  de la recherche de financements, qui a portĂ© ses fruits (hourra !). Nous comptons actuellement quatre financeurs (et on espĂšre que la liste continuera Ă  grandir !) : la Fondation Charles LĂ©opold Mayer pour le progrĂšs de l’Homme, la Fondation CrĂ©dit CoopĂ©ratif, la Fondation Un monde par Tous et l’Association LibĂ©rons nos ordis.

Les premiers financements nous ont permis de travailler sur la premiĂšre Ă©tape du projet : une formation Ă  destination des hĂ©bergeurs Ă©thiques pour les aider Ă  accompagner des associations dans leur transition numĂ©rique. Recherche d’intervenant⋅es, prĂ©paration du programme et de la logistique : la formation (c’est complet !) aura lieu Ă  Paris, du 16 au 20 janvier 2023 (le programme en dĂ©tails est par ici).

Enfin, en cette fin d’annĂ©e, nous avons postulĂ© Ă  diffĂ©rents programmes Ă©tudiants pour constituer deux groupes de travail : un premier sur l’identitĂ© graphique d’Émancip’Asso (c’est en cours !), et un second sur la rĂ©alisation du site internet emancipasso.org (Ă  venir).

Vous pouvez retrouver Angie et Anne-Laure présentant le projet en vidéo par ici.

un chaton patissier qui présente un nuage-gateau fait sur commande, tansdi qu'en arriÚre plan d'autres chatons cuisinent un autre nuage gùteau au millieu de leur village arbre-à-chats

Illustration CC BY David Revoy

ECHO Network : comprendre les besoins numĂ©riques de l’éduc pop, ici et ailleurs

2022 aura aussi Ă©tĂ© l’annĂ©e de l’élaboration du projet europĂ©en « Ethical, Commons, Humans, Open-Source Network Â» (RĂ©seau autour de l’Éthique, les Communs, les Humaines et l’Open-source) (ECHO Network, c’est un peu plus facile Ă  mĂ©moriser
). MenĂ© par le mouvement d’éducation populaire des CEMÉA France, le projet rassemble 7 structures de 5 pays d’Europe (France, Belgique, Croatie, Allemagne, Italie). Leur point commun ? L’accompagnement, chacune Ă  son niveau, des publics dans leur autonomie et leur Ă©mancipation.

L’objectif du projet est d’échanger sur les difficultĂ©s, les opportunitĂ©s et les façons d’accompagner vers une transition numĂ©rique des publics que nos associations servent. Et la toile de fond : comment accompagner cette Ă©mancipation dans (voire par) un monde numĂ©rique centralisĂ© chez les gĂ©ants du web ?

La premiĂšre rencontre de l’échange aura lieu Ă  Paris du 14 au 17 janvier 2023. Ce sĂ©minaire d’ouverture va nous permettre de dĂ©blayer la thĂ©matique gĂ©nĂ©rale : accompagner la transition numĂ©rique des associations formant des citoyens et citoyennes. En savoir plus par ici.

Dessin de cinq iles en cercle, chacune avec des constructions d'une culture différente. Elles communiquent ensemble en s'envoyant des ondes, des échos.

Illustration CC BY David Revoy

Et ce n’est pas tout !

Transmission de connaissances

Avec Hubikoop (hub territorial de la rĂ©gion Nouvelle Aquitaine pour un numĂ©rique inclusif) nous avons dĂ©butĂ© en septembre l’animation du parcours « Accompagnement Ă  la dĂ©couverte de services numĂ©riques Ă©thiques  Â» : 8 ateliers pour les acteurs et actrices de la mĂ©diation numĂ©rique en Nouvelle Aquitaine. Ce partenariat commence Ă  faire Ă©merger de nouvelles idĂ©es, que l’on vous racontera l’annĂ©e prochaine !

Dans le cadre du projet PENSA avec l’Aix-Marseille UniversitĂ©, nous sommes intervenu⋅es en juin pour une formation de formateurs et formatrices sur la thĂ©matique « Logiciels et services libres pour l’émancipation numĂ©rique des citoyennes Â». L’objectif final est de permettre aux enseignant⋅es de dĂ©velopper leurs compĂ©tences pour une utilisation critique du numĂ©rique en Ă©ducation.

Nous avons aussi menĂ© diverses actions en lien avec l’AFPA et plus spĂ©cifiquement les personnes en charge de la formation des Responsables d’Espace de MĂ©diation NumĂ©rique, pour transmettre davantage de connaissances sur le numĂ©rique Ă©thique.

Framasoft est aussi entrĂ©e au sociĂ©tariat de la MedNum. Nos ambitions derriĂšre ça ? Sensibiliser les acteurs de la mĂ©diation numĂ©rique aux outils libres, former les mĂ©diateurs numĂ©riques aux alternatives Ă©thiques et outiller la coopĂ©rative elle-mĂȘme d’outils libres.

Vous nous retrouverez enfin dans le livret « Le temps des conquĂȘtes, les nouveaux horizons de l’ESS Â» publiĂ© par ESS France.

Des prises de positions importantes

L.A. Coalition (dont Framasoft est membre) s’est positionnĂ©e en avril sur le contrat d’engagement rĂ©publicain : le collectif dĂ©nonce une source potentielle de litiges et de sanctions abusives de la part de l’administration ou des collectivitĂ©s publiques au dĂ©triment des associations et fondations.

Les premiĂšres dĂ©rives du contrat d’engagement rĂ©publicain ont rapidement vu le jour. Nous avons signĂ© la tribune « La dĂ©sobĂ©issance civile relĂšve de la libertĂ© d’expression et du rĂ©pertoire d’actions lĂ©gitimes des associations Â», publiĂ©e dans l’HumanitĂ© en septembre : les libertĂ©s associatives sont essentielles et actuellement en danger.

Nous avons aussi signĂ© la tribune « Pour que les communs numĂ©riques deviennent un pilier de la souverainetĂ© numĂ©rique europĂ©enne Â» de WikimĂ©dia France en juin. Les communs culturels font partie intĂ©grante de l’objet social de Framasoft, les dĂ©fendre est primordial !

Soutiens par convictions

Suite Ă  l’annonce de sa situation financiĂšre trĂšs difficile cet Ă©tĂ©, nous avons soutenu le mĂ©dia NextINpact (veille numĂ©rique trĂšs qualitative) en achetant des abonnements « suspendus Â» que nous avons tirĂ©s au sort.

Nous avons aussi soutenu affordance.info (contenus qualitatifs sur le numĂ©rique et rĂ©flexions pertinentes de sociĂ©tĂ©) en migrant son blog d’un outil non libre (Typepad) Ă  un outil libre (WordPress), le tout hĂ©bergĂ© par nos soins.

Nous avons proposé un proxy Signal (messagerie libre) suite à un appel de la structure informant du blocage de son application par le régime iranien face aux révoltes actuelles.

Illustration CC BY David Revoy

 

Notre dessert partagĂ© vous a plu ? Vous pensez que ces actions rĂ©alisĂ©es avec d’autres Ăźles de notre archipel sont Ă  encourager ? Sachez qu’elles aussi sont uniquement rĂ©alisables grĂące Ă  vous et Ă  vos dons. Encore un grand merci !

 

Je soutiens les actions d’archipĂ©lisation de Framasoft

 

Framasoft, aujourd’hui, c’est plus de 50 000 € de dĂ©penses par mois. Nous avons clos l’exercice comptable 2021 avec un dĂ©ficit de 60 000 € (que des dons – plus gĂ©nĂ©reux lors des confiprouts de 2020 – nous ont, heureusement, permis d’absorber).

À l’heure oĂč nous publions ces lignes, nous estimons qu’il nous manque 133 000 € pour boucler notre budget annuel et nous lancer sereinement dans nos actions en 2023.
Si vous le pouvez (eh oui, en ce moment c’est particuliĂšrement compliquĂ©), et si vous le voulez, merci de soutenir les actions de notre association.

 

Je soutiens les actions de Framasoft

 

 

Collectivisons Internet, 3 ans pour voler dans les plumes du capitalisme de surveillance

Si le problĂšme majeur dans le monde numĂ©rique est systĂ©mique (le fameux capitalisme de surveillance), alors la rĂ©ponse ne peut pas se limiter aux « petits gestes individuels de dĂ©googlisation Â». Notre nouvelle feuille de route « Collectivisons Internet / Convivialisons Internet 🩆🩆 Â» fait le pari de fournir des outils numĂ©riques aux associations, aux collectifs qui Ɠuvrent pour le bien commun et le bien des Communs.

Laissez-nous vous expliquer pourquoi


« Collectivisons Internet / Convivialisons Internet 🩆🩆 Â»

Il y a deux articles qui prĂ©sentent notre nouvelle feuille de route. L’article Collectivisons Internet 🩆 (celui-ci !) prĂ©sente les rĂ©flexions et la mĂ©thode derriĂšre nos actions. L’article Convivialisons Internet 🩆, quant Ă  lui, expose les actions et projets concrets que nous voulons mener.

Les actions de notre nouvelle feuille de route Ă©tant financĂ©es par vos dons (dĂ©fiscalisables Ă  66 %), vous pouvez en trouver un rĂ©sumĂ© complet sur le site Soutenir Framasoft.

âžĄïž Lire la sĂ©rie d’articles de cette campagne (oct. – dĂ©c. 2022)

Banquet simple, dans une jardin partagĂ©, oĂč des animaux mascottes du libre sont servis par des canards

Collectivisons, convivialisons – Illustration de David Revoy – Licence : CC-By 4.0

S’émanciper de la basse-cour industrielle de Google

À Framasoft, nous apprenons en faisant. Chaque nouvelle campagne, chaque nouvelle feuille de route triennale, nous essayons d’appliquer les leçons du passĂ©. Et Ă  chaque fois, nous en dĂ©couvrons un peu plus sur nos idĂ©es reçues, nos erreurs, et comment les corriger pour la suite.

Lors de la campagne DĂ©googlisons Internet (2014-2017), nous avons appris que si notre petite association ne peut pas dĂ©googliser la terre entiĂšre, il y a malgrĂ© tout un grand nombre de personnes qui sont intĂ©ressĂ©es par des outils web qui respectent leurs valeurs et leur intĂ©gritĂ©. Proposer ces services ouverts Ă  un maximum de monde permet une large adoption, mĂȘme si l’on risque de centraliser les attentions. C’est aussi durant cette pĂ©riode que nous avons initiĂ© le collectif d’hĂ©bergeurs alternatifs CHATONS, pour que d’autres hĂ©bergeurs nous rejoignent dans cette aventure.

Ensuite nous nous sommes lancé·es dans la feuille de route Contributopia (2017-2020), oĂč nous avons contribuĂ© Ă  de nombreux projets collectifs, populaires, fĂ©dĂ©rĂ©s. Nous y avons rencontrĂ© ces autres, avec qui nous avons en commun les valeurs de partage, d’équitĂ©, de soin et d’émancipation qui nous ont sĂ©duites dans le logiciel libre. Ces cheminements, rencontres et Ă©changes nous ont aussi permis de rĂ©aliser que les choix numĂ©riques sont des choix de sociĂ©tĂ©, et que ceux faits par les GAFAM sont les piliers d’un systĂšme : le capitalisme de surveillance.

Illustration « Quittons la planÚte GAFAM NATU BATX », CC BY David Revoy

« Quitter la planĂšte GAFAM NATU BATX Â» Illustration de David Revoy – Licence : CC-By 4.0

Il y a des livres entiers qui essayent de dĂ©finir le capitalisme de surveillance, donc la comprĂ©hension que nous allons partager ici est forcĂ©ment rĂ©sumĂ©e. Le capitalisme de surveillance, c’est ce systĂšme qui, en priorisant le profit et le pouvoir par dessus tout, transforme nos comportements collectifs en des jeux de donnĂ©es. L’objectif Ă©tant de revendre la prĂ©diction et la manipulation de nos comportements futurs, le plus souvent sous forme de propagande commerciale, culturelle, Ă©lectorale, etc. Pour ce faire, des mĂ©ga-entreprises essaient d’établir des monopoles sur des outils numĂ©riques qui maximisent l’appropriation et la monopolisation de notre attention.

Dit plus simplement, le capitalisme de surveillance crĂ©e des fermes Ă  donnĂ©es industrielles dont nous sommes la volaille. D’un cĂŽtĂ© on nous gave d’une bouillie attentionnelle (enrichie Ă  la pub), de l’autre on nous arrache nos comportements sociaux, des parties de nos vies, pour les revendre Ă  des clients de luxe, au prix du foie gras.

Nous avons alors, au sein de Framasoft, dĂ©veloppĂ© des outils pensĂ©s hors des valeurs de ce systĂšme, dont PeerTube, logiciel de plateforme vidĂ©o, et Mobilizon, pour annoncer ses Ă©vĂ©nements et gĂ©rer ses groupes. Cependant, ces outils demandent Ă  ce que tout un groupe s’implique sur leur maintien, leur fĂ©dĂ©ration, leur politique Ă©ditoriale, leur modĂ©ration : beaucoup de petites structures n’ont pas ces moyens humains en interne.

🩆 DĂ©couvrir les projets qu’on veut mener đŸŠ† Soutenir Framasoft

Besoin d’un numĂ©rique qui ne donne pas la chair de poule

De 2019 Ă  2022 nous avons aussi appliquĂ© le plan d’action « DĂ©framasoftisons Internet Â». Nous avons fermĂ© des projets qui Ă©taient soit sous-utilisĂ©s, soit disponibles chez d’autres hĂ©bergeurs/chatons de confiance. Cela nous a permis de nous libĂ©rer de l’énergie pour de futurs projets, d’affirmer notre volontĂ© de prendre soin de l’association en Ă©vitant une croissance dĂ©raisonnĂ©e qui modifierait notre collectif (et son fonctionnement qui nous permet d’ĂȘtre trĂšs efficaces !), mais surtout de promouvoir la dĂ©centralisation des outils numĂ©riques Ă©thiques.

Entre 2020 et 2022, en plein cƓur d’une pandĂ©mie qui a confinĂ© une bonne partie du monde et soulignĂ© notre dĂ©pendance collective aux services en ligne, nous avons redoublĂ© d’efforts pour maintenir nos actions. Nous avons d’ailleurs rĂ©visĂ© nos plans de « DĂ©framasoftisation Â», et fait le choix de maintenir une partie des outils que nous pensions restreindre, ou fermer (Framalistes, Framagit, Framateam, Framacalc
). Nous avons fait ce choix parce que nous ne voyions pas ou peu d’alternatives, et que nous n’allions pas laisser tant de personnes le bec dans l’eau.

C’est aussi durant cette pĂ©riode d’isolements forcĂ©s qu’un besoin fort s’est fait de plus en plus entendre :

Moi je veux bien me dĂ©googliser, mais j’ai besoin qu’une personne m’accompagne. Qu’elle soit lĂ , physiquement, avec moi et qu’elle m’aide dans cette transition.

un chaton patissier qui présente un nuage-gateau fait sur commande, tansdi qu'en arriÚre plan d'autres chatons cuisinent un autre nuage gùteau au millieu de leur village arbre-à-chats

Emancip’Asso – Illustration de David Revoy – Licence : CC-By 4.0

Cela faisait un moment que nous entendions ce besoin d’accompagnement humain, physique, et ce n’est pas surprenant. Une des mĂ©caniques du capitalisme est d’individualiser (« Le client est roi Â») afin de mieux isoler et faire peser la responsabilitĂ© sur chacune et chacun d’entre nous. Par exemple, les informations que l’on nomme « donnĂ©es personnelles Â» ne sont ni donnĂ©es, ni personnelles : c’est, plus prĂ©cisĂ©ment, la captation numĂ©rique de nos vies en lien avec celles des autres. Ce sont nos comportements sociaux.

À l’inverse, si de nombreuses associations, fĂ©dĂ©rations, etc. sont aussi efficaces dans leur travail pour le bien commun (qu’il s’agisse de faire dĂ©couvrir le tricot ou de combattre l’inaction climatique), c’est bien parce qu’elles reposent sur le plaisir d’ĂȘtre et de faire ensemble, sur la joie de se retrouver pour Ă©changer, sur la chaleur humaine que l’on trouve dans le collectif.

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Sortir du marasme grùce à la coinvivialité

Le futur que les GAFAM sont en train de dessiner est un futur oĂč les humain·es sont isolĂ©es (pour que les liens entre ĂȘtre humaines dĂ©pendent de leurs outils), exploitĂ©s (pour crĂ©er encore plus d’outils Ă  consommer), individualisĂ©es (pour Ă©viter que des collectifs remettent en question leurs mĂ©thodes), dĂ©pendants (de leurs systĂšmes monopolistiques), cupides (pour mieux manipuler nos manques d’argent), compĂ©titives (pour les mettre en concurrence et ainsi lĂ©gitimer l’élaboration d’une Ă©lite).

Ce futur, que le capitalisme de surveillance dessine dĂšs aujourd’hui, n’est ni sĂ©duisant, ni viable. Il considĂšre les humain·es et la planĂšte comme des ressources, et mĂšne droit Ă  leur destruction.

De l’autre cĂŽtĂ©, en essayant de sortir de notre confortable bulle de libristes pour aller Ă  la rencontre d’autres communautĂ©s qui changent le monde, nous n’avons pas Ă©tĂ© trĂšs dĂ©paysé·es
 On retrouve souvent les mĂȘmes maniĂšres de faire sociĂ©tĂ© autour de la contribution, et les mĂȘmes utopies.

Dessin de cinq iles en cercle, chacune avec des constructions d'une culture différente. Elles communiquent ensemble en s'envoyant des ondes, des échos.

ECHO Network – Illustration de David Revoy – Licence : CC-By 4.0

Ces « contributopistes Â» dĂ©sirent le mĂȘme futur que nous : un futur oĂč les humain·es sont fiers, autonomes, Ă©mancipĂ©es, savantes, solidaires, partageurs
 et oĂč le numĂ©rique est un outil maĂźtrisĂ©, transparent et convivial qui contribue Ă  cette Ă©mancipation.

Ainsi, si l’on rĂ©sume les leçons tirĂ©es de nos cheminements passĂ©s :

  • Nous n’avions, jusqu’à prĂ©sent, pas d’outil qui rĂ©pondrait spĂ©cifiquement aux besoins des petits collectifs, de ces petites associations qui font beaucoup avec peu de moyens mais des tonnes de bonne volontĂ©.
  • Nous dĂ©celons bien le piĂšge de rester isolĂ©s, individualisĂ©es dans nos « petits gestes de dĂ©googlisation Â» face Ă  un systĂšme auquel on ne peut opposer qu’une force collective.
  • Nous voyons le besoin de remettre de l’humain, de la prĂ©sence, de la chaleur dans l’accompagnement pour adopter des outils numĂ©riques Ă©thiques.
  • Nous avons enfin pu confirmer qu’un bon nombre d’associations, de collectifs de la sociĂ©tĂ© civile qui Ɠuvrent pour le bien commun partagent les valeurs des Communs.

Ces actrices et acteurs de la « sociĂ©tĂ© de contribution Â» travaillent Ă  concrĂ©tiser des utopies que nous partageons.

Bref : il est grand temps de dĂ©googliser les contributopistes !

(
qui le dĂ©sirent, hein, Ă©videmment : on n’a jamais forcĂ© quiconque, on ne va pas commencer maintenant !)

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Se réchauffer dans la joyeuse troupe

Les quatre actions au long cours (Frama.space, Émancip’Asso, ECHOnetwork, Peer.tube) que nous vous prĂ©sentons en dĂ©tail dans l’article Convivialisons Internet 🩆 ont un but commun : Ă©quiper des collectifs solidaires d’outils web Ă  la hauteur de leurs valeurs.

Ces quatre projets misent chacun sur la force du collectif tout en ayant conscience des contraintes et des limites bien connues dans le milieu associatif. Ainsi, la chaleur humaine au sein de ces groupes n’est pas une baguette magique qui va miraculeusement leur libĂ©rer les connaissances, le temps et les moyens pour se former ensemble Ă  adopter un Nextcloud, un PeerTube, ou d’autres outils Ă©thiques.

Sepia, lÊ poulple mascotte de PeerTube, est au bord de la mer. Iel nous invite sur un ponton menant à une plein de voiliers. Un film est projeté sur chacune des voiles de ces voiliers.

Peer.Tube – Illustration de David Revoy – Licence : CC-By 4.0

De mĂȘme, les 39 membres (dont dix salariĂ©es) de l’association Framasoft ne vont pas pouvoir se dĂ©multiplier pour aller accompagner personnellement chaque nouveau collectif qu’on veut accueillir sur Frama.space, par exemple (d’autant plus qu’on se dit que, si vous nous en donnez les moyens, cela pourrait reprĂ©senter des milliers de collectifs d’ici 3 ans !).

C’est pour cela que chacun de ces projets intĂšgrent Ă  la fois une dimension communautaire (avec des espaces et du temps d’animation pour faire communautĂ© et Ă©changer ensemble sur nos pratiques, nos obstacles, etc.) et une dimension d’accompagnement (avec de la formation de formateurs, des amĂ©liorations spĂ©cifiques aux besoins, des contenus pĂ©dagogiques pour s’autonomiser et s’approprier les outils etc.)

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Mener le radeau en un cercle vertueux

Pour ĂȘtre efficace, et pour que ces outils puissent ĂȘtre adoptĂ©s, notre objectif c’est qu’ils soient utiles (oui, faire des outils utiles, ça c’est de l’innovation disruptive de la tech for good souveraine et nĂ©anmoins digitale !). Arriver bille en tĂȘte avec des idĂ©es prĂ©conçues en clamant « nous savons mieux que vous ce dont vous avez besoin Â» ne semble pas la stratĂ©gie la mieux adaptĂ©e (ni la plus humaine).

Nous prĂ©voyons donc de ne pas tout prĂ©voir, si ce n’est des temps et des espaces de retours. Nous voulons aussi nous rendre disponibles pour rĂ©pondre aux besoins que nous rencontrerons sur chacune de ces actions que nous nous sentons d’entreprendre. Ainsi, si nous planifions dĂ©jĂ  que nous allons probablement coder des fonctionnalitĂ©s, ainsi que crĂ©er des tutos, des webinaires ou autres supports pĂ©dagogiques
 Nous n’avons pas tout prĂ©dĂ©fini Ă  l’avance, afin de pouvoir rĂ©pondre aux retours des bĂ©nĂ©ficiaires, qui seront les premiĂšres personnes concernĂ©es.

Une licorne dĂ©guisĂ©e en cosmonaute (avec une passoire sur la tĂȘte) marche sur les nuages et souffle des bulles. Dans ces bulles, on retrouve des cubes symbolisant le travail en commun (dossiers, boite Ă  outils, livres, machine Ă  Ă©crire, boulier, etc.).

Frama.space – Illustration de David Revoy – Licence : CC-By 4.0

C’est un cercle vertueux que nous avons dĂ©fini au fil de nos expĂ©rimentations et qui convient bien Ă  notre maniĂšre de fonctionner :

1. Proposer une version imparfaite de notre projet

C’est OK si la peinture est fraĂźche, si c’est encore brouillon. C’est totalement OK aussi de commencer en s’adressant Ă  un public trĂšs restreint. Nous avons trois ans pour amĂ©liorer tout cela, et nous avons prĂ©vu du temps et de l’énergie pour le faire.

Par exemple, si nous espĂ©rons pouvoir fournir du Frama.space Ă  des milliers de collectifs dans 3 ans, ce sera dĂ©jĂ  magnifique si on en ouvre pour deux ou trois cents collectifs d’ici fin 2022 !

2. Écouter les retours des bĂ©nĂ©ficiaires

Le forum Frama.space, la communautĂ© PeerTube, les visites d’études ECHO Network et les retours sur la formation Emancip’Asso seront autant d’endroits pour Ă©couter les retours sur ces outils. Parce qu’il est trop facile de tomber dans ses idĂ©es prĂ©conçues et de rater ainsi la rĂ©alitĂ© de celles et ceux qui sont sur le terrain.

Nous allons jusqu’à imaginer, en nous appuyant sur les collectifs qui bĂ©nĂ©ficieront de Frama.space, initier un Observatoire des Pratiques et ExpĂ©riences NumĂ©riques Libres. Nom de code : OPEN-L, on vous en reparlera
 si jamais on arrive Ă  le mettre en place !

3. Améliorer progressivement

L’objectif est donc d’amĂ©liorer chacune de ces actions sur le long terme. Cela pourra passer par de la crĂ©ation de documentation et d’outils pĂ©dagogiques, de l’animation de communautĂ©s, un travail sur l’ergonomie ou sur de nouvelles fonctionnalitĂ©s Ă  coder


Nous voulons nous rĂ©server une complĂšte libertĂ© d’amĂ©liorer chaque action en fonction des retours que nous aurons eu en Ă©coutant les bĂ©nĂ©ficiaires.

4. Relier les humain·es aux outils, et aux humain·es

C’est une partie importante et souvent nĂ©gligĂ©e : le lien. C’est dommage car le Web est, dans ses fondements, fait pour faire du lien. Cette Ă©tape peut prendre plusieurs formes. Cela peut signifier prendre le temps de prĂ©senter les amĂ©liorations de chaque action Ă  ses bĂ©nĂ©ficiaires. Ou bien Ă©largir la communautĂ© et les bĂ©nĂ©ficiaires de tel projet. Ou encore profiter que des collectifs partagent un outil commun pour leur partager/proposer/informer ce que peuvent faire leurs voisins de service


Mais cela peut encore se traduire par un temps de documentation, afin de synthĂ©tiser l’expĂ©rience, les leçons apprises, les ressources rassemblĂ©es
 et de verser tout cela dans les communs. Quelle qu’en soit la forme, l’étape du lien est un moment oĂč on prend le temps de faire le point, de prĂ©senter un bilan pour mieux relancer le cercle vertueux et proposer une nouvelle itĂ©ration du projet.

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Si vous ne voyez pas de couac, soutenez-nous !

On ne va pas y aller par quatre chemins : Collectivisons Internet / Convivialisons Internet 🩆🩆 est une feuille de route avec une ambition clairement politique, dans le sens oĂč nous espĂ©rons qu’elle contribuera Ă  changer le monde (ne serait-ce qu’un octet Ă  la fois).

AprĂšs plus de huit ans Ă  observer et informer sur le futur que les gĂ©ants du web concrĂ©tisent chaque jour, sur les choix politiques qu’ils imposent dans nos sociĂ©tĂ©s, il nous semble de plus en plus essentiel de prĂ©server un coin de web de leur influence. Et au-delĂ  de leur rĂ©sister, nous croyons que c’est aussi notre rĂŽle de proposer des outils Ă©mancipateurs Ă  celles et ceux qui contribuent Ă  des utopies qui nous Ă©loignent du capitalisme de surveillance, parce que ces personnes construisent un futur dĂ©sirable.

C’est « aussi Â» notre rĂŽle, car ces nouvelles actions ne remplacent pas celles que nous continuons de mener. Les services DĂ©googlisons ouverts Ă  tous et toutes, les dĂ©veloppements de PeerTube et Mobilizon, le collectif CHATONS, les communs culturels... tous ces projets restent d’actualitĂ© et vont nous demander du travail ces trois prochaines annĂ©es.

Dessin d'un Canard qui sourie en trĂšs gros plan, de maniĂšre comique, tandis que derriĂšre lui des canards font la fĂȘte dans une kermesse champĂȘtre

Coin-Coin – Illustration de David Revoy – Licence : CC-By 4.0

Si ce cap que nous nous sommes fixĂ© et cette stratĂ©gie vous plaisent, si les actions que nous continuons de maintenir vous semblent importantes, nous vous rappelons que Framasoft est exclusivement financĂ©e par
 vous ! Ce sont vos dons, dĂ©ductibles Ă  66 % des impĂŽts pour les contribuables françaises, qui nous permettent d’agir en toute indĂ©pendance.

Framasoft, aujourd’hui, c’est plus de 50 000 € de dĂ©penses par mois. Nous avons clos l’exercice comptable 2021 avec un dĂ©ficit de 60 000 €, que des dons plus gĂ©nĂ©reux lors des confinements de 2020 nous ont permis d’absorber.

barre de dons de la page soutenir, à 0 € sur 200 000 €

Cependant, Ă  l’heure oĂč nous publions ces lignes, nous estimons qu’il nous manque 200 000 € pour boucler notre budget annuel et nous lancer sereinement dans nos actions en 2023.

Si vous le pouvez (eh oui, en ce moment c’est particuliĂšrement compliquĂ©), et si vous le voulez, merci de soutenir les actions de notre association.

🩆 Soutenir Framasoft

Convivialisons Internet, 3 ans pour ouvrir un coin de web nature aux canards sauvages

Les projets Frama.space, Emancip’Asso, ECHO Network et Peer.Tube forment notre nouvelle feuille de route, nommĂ©e : « Collectivisons Internet / Convivialisons Internet Â». Un vaste programme pour les 3 prochaines annĂ©es de l’association Framasoft, qui va avoir besoin de tout votre soutien pour le rĂ©aliser.

« Collectivisons Internet / Convivialisons Internet 🩆🩆 Â»

Il y a deux articles qui prĂ©sentent notre nouvelle feuille de route. L’article Convivialisons Internet 🩆 (celui-ci !) prĂ©sente les actions que nous comptons mener. L’article Collectivisons Internet 🩆, quant Ă  lui, situe les rĂ©flexions qui nous mĂšnent Ă  ces actions.

Les actions de notre nouvelle feuille de route Ă©tant financĂ©es par vos dons (dĂ©fiscalisables Ă  66 %), vous pouvez en trouver un rĂ©sumĂ© complet sur le site Soutenir Framasoft.

âžĄïž Lire la sĂ©rie d’articles de cette campagne (oct. – dĂ©c. 2022)

Des coins de web dégooglisés

À Framasoft, nous aimons les plans d’actions sur 3 ans : ça nous permet de nous repĂ©rer, de nous donner des dĂ©fis collectifs, mais aussi de prendre le temps pour expĂ©rimenter, apprendre et amĂ©liorer.

Si nous apprenons beaucoup lors de ces « campagnes Â», nous en gardons aussi des outils concrets qui, nous le constatons tous les jours, aident beaucoup de monde Ă  se « DĂ©googliser Â», c’est-Ă -dire Ă  utiliser des outils numĂ©riques Ă©thiques, qui ne participent pas au systĂšme du capitalisme de surveillance.

Ainsi, grùce au travail réalisé durant Dégooglisons Internet (2014-2017), nous proposons 16 outils en ligne (écriture collaborative, visio conférence, formulaires, agenda, etc.) qui aident chacun et chacune à utiliser des alternatives aux outils des géants du web.

De mĂȘme, suite Ă  notre travail sur la campagne Contributopia (2017-2022), nous dĂ©veloppons ou contribuons Ă  des outils dĂ©centralisĂ©s et fĂ©dĂ©rĂ©s (PeerTube, Mobilizon
 mais aussi le collectif CHATONS) qui aident des communautĂ©s Ă  s’émanciper en prenant en main la gestion de leur propre autonomie numĂ©rique.

Banquet simple, dans une jardin partagĂ©, oĂč des animaux mascottes du libre sont servis par des canards

Collectivisons, convivialisons – Illustration de David Revoy – Licence : CC-By 4.0

Profiter de l’effet « maman canard Â»

Les outils que nous mettons Ă  disposition s’adressent donc soit aux individus, isolĂ©s dans leur dĂ©marche d’émancipation numĂ©rique ; soit Ă  des communautĂ©s formĂ©es, informĂ©es, qui ont dĂ©jĂ  les moyens et les connaissances pour tenter de gĂ©rer mutuellement leurs propres ressources numĂ©riques.

Lors de nos rencontres, nous avons constatĂ© qu’il existe aussi des petits collectifs qui ont envie de sortir des Google Workspace et autres, sans forcĂ©ment avoir les moyens de se lancer dans l’infogĂ©rance c’est-Ă -dire Ă  gĂ©rer des logiciels sur un serveur, avec les sauvegardes, les mises Ă  jour, les dĂ©pannages
 Ces collectifs, qui changent le monde chacun Ă  leur niveau, partagent les valeurs du libre (Ă©mancipation, partage, solidaritĂ©).

Mais surtout, la grande force des collectifs, c’est que ce sont
 des collectifs. Ils ont parfois, en interne, la capacitĂ© de s’entraider pour adopter de nouveaux outils numĂ©riques, avec une geek ou un dĂ©brouillard pour aider le reste du groupe. Or, mĂȘme si cette personne manque souvent, le collectif a dĂ©jĂ  menĂ© le travail de la solidaritĂ©, du lien interne. C’est l’effet « Maman Canard Â» sur lequel nous souhaitons nous appuyer. En se regroupant, on peut sortir de la fatigue et de la solitude face aux outils des GAFAM.

Ensemble, on peut se sentir plus fort·es pour trouver comment changer nos habitudes numériques et adopter des outils web à la hauteur de nos valeurs.

Cette nouvelle feuille de route aurait dĂ» commencer en 2020, sauf qu’une pandĂ©mie a mobilisĂ© nos Ă©nergies autrement. Mais aujourd’hui, nous annonçons de nouveau notre ambition de poursuivre le mouvement Ă©mancipateur lancĂ© par DĂ©googlisons, approfondi par Contributopia, en misant cette fois-ci sur la force des collectifs (pour en savoir plus sur notre stratĂ©gie et nos rĂ©flexions, c’est dans l’article Collectivisons Internet !)

4 actions pour casser 3 pattes Ă  un GAFAM

Voici donc les quatre grandes actions que nous voulons entreprendre sur les trois prochaines années. Ce sont des actions au long cours, qui vont chacune connaßtre plusieurs itérations.

Emancip’Asso, favoriser l’émancipation numĂ©rique du monde associatif

Conçu en partenariat avec Animafac et copilotĂ© par un grand nombre d’organisations, le projet Emancip’Asso a pour objectif de mettre en lien des CHATONS (et autres hĂ©bergeurs Ă©thiques) avec des associations qui ont besoin d’accompagnement pour Ă©tablir une stratĂ©gie numĂ©rique Ă©mancipatrice.

Le projet repose donc sur une formation qui permettra aux hĂ©bergeurs de monter en compĂ©tences (formation dont vous pouvez  lire le programme ici), d’accompagner les associations dans l’élaboration de leur stratĂ©gie numĂ©rique, le diagnostic de leurs usages numĂ©riques et de leurs besoins, la recherche de financements et l’adoption d’outils web adaptĂ©s et ainsi de leur proposer une offre « tout en un Â».

Ensuite, le site emancipasso.org permettra de recenser l’ensemble des hĂ©bergeurs qui proposent aux associations des offres sur mesure. Nous souhaitons aussi qu’il permette de publier des petites annonces (pour que des assos puissent exprimer et mutualiser le financement d’outils libres), ou encore de consulter un centre de ressources (pour faciliter la dĂ©googlisation de son association), etc.

un chaton patissier qui présente un nuage-gùteau fait sur commande, tandis qu'en arriÚre-plan d'autres chatons cuisinent un autre nuage gùteau au millieu de leur village arbre-à-chats

Emancip’Asso – Illustration de David Revoy – Licence : CC-By 4.0

Cette formation fera l’objet d’une captation vidĂ©o pour servir de base au deuxiĂšme module du MOOC CHATONS, afin que d’autres hĂ©bergeurs puissent en bĂ©nĂ©ficier et proposer Ă  leur tour des offres d’accompagnement des associations dans leur transition numĂ©rique.

Enfin, nous comptons mener une campagne de communication Ă  destination des associations pour les inciter Ă  mettre en cohĂ©rence leurs valeurs et leurs outils numĂ©riques en les informant qu’elles peuvent se faire accompagner par des professionnels qualifiĂ©s. Cette campagne se fera aussi bien en ligne (pour faire connaĂźtre le site web) que lors d’interventions (confĂ©rences, ateliers, etc.) notamment en travaillant avec de grandes organisations dont l’objet est dĂ©jĂ  d’accompagner les associations.

Attention, si la premiĂšre partie du projet (la formation) est financĂ©e pour l’instant, les fonds manquent pour financer les autres Ă©tapes du projet, alors mĂȘme que celles-ci sont indispensables. Vous pouvez donc soutenir spĂ©cifiquement le projet Emancip’Asso par un don, ou si vous reprĂ©sentez une structure, devenir partenaire du projet.

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Frama.space, gros cloud pour petits collectifs

Avec Frama.space, Framasoft souhaite ouvrir des espaces numĂ©riques de partage, de travail et d’organisation Ă  des collectifs qui n’ont pas les moyens d’en obtenir autrement. BasĂ© sur le logiciel libre Nextcloud, Frama.space permettra d’obtenir :

  • Un espace moncollectif.frama.space ;
  • 40 Go de stockage Ă  se partager entre 50 comptes (maximum) ;
  • Une suite bureautique (au choix : OnlyOffice ou Collabora Online) ;
  • Synchronisation des agendas, contacts, notes, etc. ;
  • Les outils de visio, de tchat, de kanban


L’idĂ©e dans cette proposition est d’autonomiser les associations et collectifs militants. Framasoft recevra une demande de la part d’un·e responsable de ce collectif, lui confiera cet espace et ensuite
 ce sera au collectif d’organiser son espace !

Qu’il s’agisse de gĂ©rer les 40 Go mis en commun, donc Ă  partager entre toutes les membres du collectif, ou encore d’aider les autres Ă  s’emparer de l’outil Nextcloud, nous misons sur le fait que ces collectifs seront solidaires entre eux, et pourront s’emparer des outils d’autoformation et d’entraide que nous mettrons Ă  leur disposition.

Rien n’est jamais aussi parfait, et il y aura forcĂ©ment besoin d’espaces communautaires. C’est pour cela que nous allons aussi ouvrir un forum afin que la communautĂ© francophone utilisant Nextcloud puisse y partager ses astuces, ses frustrations, ses envies.

Écouter les collectifs bĂ©nĂ©ficiant de Frama.space nous permettra de comprendre comment Framasoft pourra contribuer au dĂ©veloppement de Nextcloud pour faciliter son adoption par le milieu associatif. Qu’il s’agisse d’outils de facilitation (documentation, tutoriels, dĂ©monstrations, webinaires, etc.) ou d’amĂ©liorations dans l’ergonomie et les fonctionnalitĂ©s : nous comptons bien profiter de ces retours pour amĂ©liorer rĂ©guliĂšrement ce projet.

Une licorne dĂ©guisĂ©e en cosmonaute (avec une passoire sur la tĂȘte) marche sur les nuages et souffle des bulles. Dans ces bulles, on retrouve des cubes symbolisant le travail en commun (dossiers, boite Ă  outils, livres, machine Ă  Ă©crire, boulier, etc.).

Frama.space – Illustration de David Revoy – Licence : CC-By 4.0

Faire communautĂ© autour d’un outil et de pratiques communes est un aspect essentiel du projet Frama.space. C’est pourquoi, nous comptons rĂ©guliĂšrement demander aux bĂ©nĂ©ficiaires de rĂ©pondre Ă  des enquĂȘtes sur leurs usages
 voire, d’ici la fin du projet de monter un Observatoire des Pratiques et ExpĂ©riences NumĂ©riques Libres (nom de code : OPEN-L !).

De mĂȘme, parce que des collectifs trĂšs divers vont avoir en commun un outil et des pratiques numĂ©riques, nous souhaitons que cela puisse permettre de tisser des liens entre eux. Qu’il s’agisse de pouvoir partager des informations sur les domaines d’expertise et les actions de chacun, ou de partager des outils, des maniĂšres de faire, etc. nous voulons faire en sorte que Frama.space permette aux collectifs qui s’en serviront de partager leurs horizons avec leurs voisins de service !

Pour arriver Ă  relever l’ensemble de ces dĂ©fis, Frama.space sera ouvert et offert de maniĂšre trĂšs, trĂšs progressive. Nous proposerons un formulaire d’inscription lors de chaque temps d’ouverture de nouveaux espaces. Vous pouvez rester informé·es de ces campagnes d’ouvertures en vous inscrivant Ă  la newsletter Frama.space.

Cette progressivitĂ© permettra d’amĂ©liorer le service rĂ©guliĂšrement mais aussi d’éviter la centralisation des besoins sur Framasoft. Ainsi, nous comptons ouvrir la bĂȘta de ce service d’ici quelques semaines, mais pour cent ou deux cents associations « pionniĂšres Â» qui testeront le service dans son plus simple appareil. Nous avons hĂąte de vous prĂ©senter Frama.space plus en dĂ©tail Ă  cette occasion.

Disons-le franchement, Frama.space est un trĂšs gros projet qui va largement nous occuper sur les trois prochaines annĂ©es. Nous sommes cependant persuadĂ©es que par cette initiative les associations permettront Ă  de trĂšs nombreuses personnes d’avancer concrĂštement dans leur dĂ©googlisation. Frama.space est aussi un projet qui peut coĂ»ter beaucoup d’argent (infrastructure, infogĂ©rance, etc.) et pour lequel nous aurons besoin de votre soutien.

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ECHO Network, comprendre les besoins de l’éducation populaire hors de nos frontiĂšres

Ethical, Commons, Humans, Open-Source Network (RĂ©seau autour de l’Éthique, les Communs, les Humaines et l’Open-source) est un projet, mais aussi un rĂ©seau associatif Ă  Ă©chelle europĂ©enne. MenĂ© par l’association d’éducation populaire des CĂ©mĂ©a France, ce rĂ©seau se compose de 7 structures provenant de 5 pays europĂ©ens :

Ce qui nous rassemble, c’est l’accompagnement des citoyen·nes : Ă©ducation populaire, Ă©ducation active, Ă©ducation nouvelle
 Chacune des structures accompagne, Ă  son niveau, des publics dans leur autonomie et leur Ă©mancipation. Mais comment accompagner cette Ă©mancipation dans (voire par) un monde numĂ©rique centralisĂ© chez les gĂ©ants du web ?

Est-ce que les arguments qui motivent Ă  se dĂ©googliser en France fonctionnent Ă©galement en Croatie ? Quelle est l’offre d’hĂ©bergement d’outils web libres en Allemagne ? Sur quelle communautĂ© repose-t-elle ? Est-ce que les lois qui restreignent les libertĂ©s sur le Web sont les mĂȘmes en Belgique et en Italie ? Comment, dĂšs lors, construire un argumentaire Ă  dĂ©fendre auprĂšs du Parlement europĂ©en ?

Pour dĂ©passer ces interrogations, le projet ECHO Network se dĂ©coupe en deux phases. Une premiĂšre phase d’exploration de ces sujets aura lieu en 2023. Nous commencerons par un sĂ©minaire d’ouverture en janvier Ă  Paris, puis des visites d’étude auront lieu dans chacun des 4 autres pays, organisĂ©es par la structure accueillante, sur un thĂšme en particulier. Ainsi nous explorerons en :

  • France – Les enjeux du numĂ©rique pour les membres du rĂ©seau (prĂ©sentation gĂ©nĂ©rale)
  • Allemagne – Les rĂ©seaux sociaux centralisĂ©s chez les jeunes, outil d’émancipation ou d’aliĂ©nation ?
  • Belgique – Pratiques d’Éducation Nouvelle pour sensibiliser aux outils Ă©thiques
  • Italie – Entre prĂ©sentiel et distanciel, quelle utilisation du numĂ©rique ?
  • Croatie – InclusivitĂ© et accessibilitĂ© du NumĂ©rique
Dessin de cinq ßles en cercle, chacune avec des constructions d'une culture différente. Elles communiquent ensemble en s'envoyant des ondes, des échos.

ECHO Network – Illustration de David Revoy – Licence : CC-By 4.0

En 2024, nous passerons Ă  la phase de mise en Communs. Chacun des membres du rĂ©seau produira une ressource appropriable et utilisable par d’autres associations europĂ©ennes traversĂ©es par les mĂȘmes questionnements. Évidemment, chacune de ces productions sera Ă©levĂ©e dans les Communs par une licence libre.

Il s’agira aussi bien de lister les ressources d’éducation populaire Ă  la transition numĂ©rique, que de cartographier les acteurs existants dans chacun des pays concernĂ©s, ou encore de crĂ©er un plaidoyer Ă  l’intention de nos dĂ©putĂ©es ainsi qu’un kit d’auto-dĂ©fense numĂ©rique Ă  l’intention des plus jeunes
 la liste est longue (et elle continue !)

Nous sommes impatient·es d’avancer sur ce projet qui va nous permettre de mieux ouvrir nos horizons, de comprendre comment des circonstances diffĂ©rentes mĂšnent Ă  des expĂ©riences communes ou au contraire Ă  des points de vue divergents sur l’émancipation via le numĂ©rique. Nous ne manquerons pas de partager chacune de nos avancĂ©es sur ce blog !

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Peer.Tube, mettre en valeur le PeerTube pour lequel nous Ɠuvrons

Alors non, nous ne parlons pas ici du logiciel PeerTube que nous dĂ©veloppons pour que des geeks puissent l’installer sur un serveur et crĂ©er des plateformes fĂ©dĂ©rĂ©es de live et d’hĂ©bergement de vidĂ©os
 Nous parlons du site peer.tube, et plus exactement de l’ambition que nous avons pour ce site.

Le principe est simple : nous voulons en faire une vitrine des vidĂ©os PeerTube qui nous enthousiasment. PeerTube pouvant ĂȘtre utilisĂ© par toutes et n’importe qui, on peut parfois trouver tout et n’importe quoi dans cet univers de vidĂ©os, dont des contenus qui ne nous correspondent pas du tout. Ce n’est pas notre rĂŽle de les interdire, mais cela peut ĂȘtre notre rĂŽle de promouvoir des vidĂ©os sur PeerTube qui nous rendent fiĂšr·es de tout ce travail que nous fournissons depuis plus de 5 ans sur ce logiciel.

Et au-delĂ  de notre volontĂ©, nous entendons rĂ©guliĂšrement :

mais oĂč est-ce que je peux aller voir des contenus intĂ©ressants, sur PeerTube ?

Nous souhaitons effectuer tout un travail de curation, de sĂ©lections de contenus, afin d’apporter notre rĂ©ponse : essaye sur Peer.tube !

Sepia, lÊ poulple mascotte de PeerTube, est au bord de la mer. Iel nous invite sur un ponton menant à une flotte entiÚre de voiliers. Un film est projeté sur chacune des voiles de ces voiliers.

Peer.Tube – Illustration de David Revoy – Licence : CC-By 4.0

Ce projet dĂ©marrera rĂ©ellement Ă  partir de 2023 et va lui aussi Ă©voluer en plusieurs Ă©tapes, mais nous envisageons d’ores et dĂ©jĂ  que notre travail de sĂ©lection pourra prendre plusieurs formes :

  • se fĂ©dĂ©rer et donc montrer des chaĂźnes, des comptes ou d’autres instances au contenu original,
  • partager nos choix de fĂ©dĂ©ration pour que d’autres instances puissent les suivre,
  • permettre Ă  des crĂ©atrices de contenus qui ne trouvent pas leur place sur d’autres instances de candidater pour avoir un compte sur peer.tube
  • tenter de faire communautĂ© avec les administratrices et administrateurs d’autres instances qui ont Ă©tabli leur ligne Ă©ditoriale


Nous en sommes encore Ă  imaginer tous les possibles, tant qu’ils concourent Ă  notre but : faire de la fĂ©dĂ©ration PeerTube un endroit oĂč il est facile et agrĂ©able de partager et de regarder des contenus de qualitĂ©. PeerTube Ă©tant dĂ©veloppĂ© en anglais, le travail sera prĂ©sentĂ© d’abord dans cette langue (et, dans une moindre prioritĂ©, en Français). Ce projet et sa stratĂ©gie se dĂ©velopperont en restant Ă  l’écoute des retours et idĂ©es de la communautĂ© PeerTube (tout comme nous Ă©coutons dĂ©jĂ  vos idĂ©es pour amĂ©liorer le logiciel PeerTube !).

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Et c’est marre ? Et DĂ©googlisons, PeerTube, Mobilizon
 alors ?

Certes, 4 projets sur 3 ans, ça peut sembler maigre, on vous avait habituĂ©es Ă  plus ;).

Seulement, il s’agit lĂ  de quatre trĂšs gros projets, que l’on va travailler progressivement sur 3 ans, en plusieurs itĂ©rations, en suivant un cycle qui fonctionne assez bien : proposer une premiĂšre mouture, Ă©couter les retours du premier public qui la teste, amĂ©liorer en fonction de ces retours, se relier Ă  un public plus large et lui proposer une nouvelle version. D’ailleurs, si vous voulez en savoir plus sur nos mĂ©thodes, nos intentions et notre stratĂ©gie derriĂšre cette campagne, on vous dĂ©taille tout cela dans l’article Collectivisons Internet.

Dessin d'un Canard qui sourit en trĂšs gros plan, de maniĂšre comique, tandis que derriĂšre lui des canards font la fĂȘte dans une kermesse champĂȘtre nocturne sous des lampions

Coin-Coin – Illustration de David Revoy – Licence : CC-By 4.0

Mais surtout ces quatre projets ne viennent pas remplacer les actions que nous menons dĂ©jĂ  : ils s’y additionnent. Ainsi, pour les trois prochaines annĂ©es, nous avons l’intention de :

Notre ambition, c’est que ces quatre projets au long cours viennent s’ajouter à toutes les propositions que nous avons construites, depuis prùs de vingt ans, dans le but que les humaines soient plus libres que le code.

Illustration « Quittons la planÚte GAFAM NATU BATX », CC BY David Revoy

Illustration de David Revoy – Licence : CC-By 4.0

On a besoin de sous #WeNeedCoins

Ce que nous avons construit toutes ces annĂ©es, et l’ensemble des actions que nous menons, nous les menons grĂące Ă  vous.

C’est grĂące Ă  votre soutien, essentiellement grĂące Ă  vos dons, que Framasoft peut fonctionner. Notre budget 2021 reprĂ©sente environ 630 000 €, et celui de 2022 sera sensiblement le mĂȘme, modulo l’inflation. Cet argent provient, Ă  98 % de vos dons, et nous permet de financer :

  • 10 emplois salariĂ©s dans l’association
  • 96 serveurs, sur 43 machines physiques
  • prĂšs de 100 confĂ©rences, ateliers et rencontres sur lesquelles nous nous dĂ©plaçons
  • 2 logiciels importants dans le monde dĂ©centralisĂ© et fĂ©dĂ©rĂ©
  • une lettre d’information qui est adressĂ©e Ă  plus de 450 000 abonnĂ©es
  • 16 services en ligne, parmi plus de 50 projets divers, dont bĂ©nĂ©ficient plus de 1 000 000 de personnes chaque mois

Framasoft reprĂ©sente aujourd’hui une des grandes forces dans le monde du numĂ©rique Ă©thique, et une des plus libres pour expĂ©rimenter et dĂ©montrer que d’autres choix numĂ©riques sont possibles lorsque l’on a le courage de faire d’autres choix de sociĂ©tĂ©. Cette force et cette libertĂ©, c’est vous qui nous les donnez.

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Framasoft, aujourd’hui, c’est plus de 50 000 € de dĂ©penses par mois. Nous avons clos l’exercice comptable 2021 avec un dĂ©ficit de 60 000 € (que des dons plus gĂ©nĂ©reux lors des confinements de 2020 nous ont, heureusement, permis d’absorber). À l’heure oĂč nous publions ces lignes, nous estimons qu’il nous manque 200 000 € pour boucler notre budget annuel et nous lancer sereinement dans nos actions en 2023.

Si vous le pouvez (eh oui, en ce moment c’est particuliĂšrement compliquĂ©), et si vous le voulez, merci de soutenir les actions de notre association.

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