❌

Vue lecture

Il y a de nouveaux articles disponibles, cliquez pour rafraĂźchir la page.

Mastodon, fin de (premiĂšre) partie ?

L’afflux rĂ©cent d’inscriptions sur Mastodon, sous forme de vague inĂ©dite de cette ampleur, a largement retenti dans les mĂ©dias.

Beaucoup se sont penchĂ©s sur le rĂ©seau social fĂ©dĂ©rĂ© avec une curiositĂ© nouvelle, pour expliquer (parfois de façon maladroite ou fragmentaire, mais c’est habituel1) de quoi il retourne aux nombreux « migrants Â» qui ont rĂ©agi vivement Ă  la prise de contrĂŽle de l’oiseau bleu par E. Musk.

L’évĂ©nement, car c’en est un tant les rĂ©seaux sociaux sont devenus un enjeu crucial, a suscitĂ©, et c’est tout Ă  fait sain, beaucoup d’interrogations, mais souvent selon une seule perspective : « Vous venez de l’oiseau qui a du plomb dans l’aile, que pouvez-vous trouver et que devez-vous craindre en vous inscrivant sur Mastodon ? Â». Et en effet cela rĂ©pond plus ou moins Ă  une forte demande.

Cependant il nous est apparu intĂ©ressant  d’adopter le temps d’un article une sorte de contre-champ : « que peuvent espĂ©rer ou redouter les mastonautes (ben oui on peut les appeler ainsi) avec de massives nouvelles arrivĂ©es ? Â»

C’est ce que propose d’analyser Hugh Rundle dans le billet que nous avons traduit ci-dessous. Il connaĂźt bien Mastodon, dont il administre une instance depuis plusieurs annĂ©es. Sa position pourra sembler exagĂ©rĂ©ment pessimiste, car il estime qu’il faudra faire le deuil de Mastodon tel qu’on l’a connu depuis les dĂ©buts du FĂ©diverse. Qui sait ce qu’apporteront les prochains mois Ă  la fĂ©dĂ©ration de serveurs minuscules ou obĂšses qui par leur interconnexion fĂ©dĂšrent des ĂȘtres humains, hors de portĂ©e du capitalisme de surveillance ? Comme d’habitude, les commentaires sont ouverts et modĂ©rĂ©s.

Article original sur le blog de l’auteur : Mastodon’s Eternal September begins

Licence CC BY 4.0

L’éternel septembre de Mastodon commence


par Hugh Rundle

 

Plus personne n’y va. Il y a trop de monde.

Yogi Berra, et alii

Cette fois, on dirait bien que c’est arrivĂ©. Alors que les sites d’information commençaient Ă  annoncer qu’Elon Musk avait finalisĂ© l’achat de Twitter, l’éternel septembre du Fediverse – espĂ©rĂ© et redoutĂ© en proportions Ă©gales par sa base d’utilisateurs existante – a commencĂ©.

Nous avons dĂ©jĂ  connu des vagues de nouvelles arrivĂ©es – la plus rĂ©cente au dĂ©but de cette annĂ©e, lorsque Musk a annoncĂ© son offre d’achat – mais ce qui se passe depuis une semaine est diffĂ©rent, tant par son ampleur que par sa nature. Il est clair qu’une partie non nĂ©gligeable des utilisateurs de Twitter choisissent de se dĂ©sinscrire en masse, et beaucoup ont Ă©tĂ© dirigĂ©s vers Mastodon, le logiciel le plus cĂ©lĂšbre et le plus peuplĂ© du Fediverse.

Deux types de fĂȘtes

À Hobart, Ă  la fin des annĂ©es 1990, il y avait essentiellement trois boĂźtes de nuit. Elles Ă©taient toutes plus ou moins louches, plus ou moins bruyantes, mais les gens y allaient parce que c’était lĂ  que les autres se trouvaient – pour s’amuser avec leurs amis, pour attirer l’attention, pour affirmer leur statut social, etc. Ça, c’est Twitter.

J’avais un ami qui vivait dans une colocation au coin d’un de ces clubs populaires. Il organisait des fĂȘtes Ă  la maison les week-ends. De petites fĂȘtes, juste entre amis avec quelques amis d’amis. Ça, c’est le Fediverse.

DĂ©ferlement

Pour ceux d’entre nous qui utilisent Mastodon depuis un certain temps (j’ai lancĂ© mon propre serveur Mastodon il y a 4 ans), cette semaine a Ă©tĂ© accablante. J’ai pensĂ© Ă  des mĂ©taphores pour essayer de comprendre pourquoi j’ai trouvĂ© cela si bouleversant.

C’est censĂ© ĂȘtre ce que nous voulions, non ? Pourtant, ça ressemble Ă  autre chose. Comme lorsque vous ĂȘtes assis dans un wagon tranquille, discutant doucement avec quelques amis, et qu’une bande entiĂšre de supporters de football monte Ă  la gare de Jolimont aprĂšs la dĂ©faite de leur Ă©quipe. Ils n’ont pas l’habitude de prendre le train et ne connaissent pas le protocole. Ils supposent que tout le monde dans le train Ă©tait au match ou du moins suit le football. Ils se pressent aux portes et se plaignent de la configuration des siĂšges.

Ce n’est pas entiĂšrement la faute des personnes de Twitter. On leur a appris Ă  se comporter d’une certaine maniĂšre. À courir aprĂšs les likes et les retweets. À se mettre en valeur. À performer. Tout ce genre de choses est une malĂ©diction pour la plupart des personnes qui Ă©taient sur Mastodon il y a une semaine. C’est en partie la raison pour laquelle beaucoup sont venues Ă  Mastodon en premier lieu, il y a quelques annĂ©es.

Cela signifie qu’il s’est produit un choc culturel toute la semaine, pendant qu’une Ă©norme dĂ©ferlement de tweetos descendait sur Mastodon par vagues de plus en plus importantes chaque jour. Pour les utilisateurs de Twitter, c’est comme un nouveau monde dĂ©routant, tandis qu’ils font le deuil de leur ancienne vie sur Twitter. Ils se qualifient de « rĂ©fugiĂ©s Â», mais pour les habitants de Mastodon, c’est comme si un bus rempli de touristes de Kontiki venait d’arriver, et qu’ils se baladaient en hurlant et en se plaignant de ne pas savoir comment commander le service d’étage. Nous aussi, nous regrettons le monde que nous sommes en train de perdre.

Viral

Samedi soir, j’ai publiĂ© un billet expliquant deux ou trois choses sur l’histoire de Mastodon concernant la gestion des nƓuds toxiques sur le rĂ©seau. Puis tout s’est emballĂ©. À 22 heures, j’avais verrouillĂ© mon compte pour exiger que les abonnĂ©s soient approuvĂ©s et mis en sourdine tout le fil de discussion que j’avais moi-mĂȘme crĂ©Ă©.

Avant novembre 2022, les utilisateurs de Mastodon avaient l’habitude de dire pour blaguer que vous Ă©tiez « devenu viral Â» si vous obteniez plus de 5 repouets ou Ă©toiles sur un post.

Au cours d’une semaine moyenne, une ou deux personnes pouvaient suivre mon compte. Souvent, personne ne le faisait. Et voilĂ  que mon message recevait des centaines d’interactions. Des milliers. J’ai reçu plus de 250 demandes de suivi depuis lors – tellement que je ne peux pas supporter de les regarder, et je n’ai aucun critĂšre pour juger qui accepter ou rejeter. En dĂ©but de semaine, je me suis rendu compte que certaines personnes avaient crosspostĂ© mon billet sur le Mastodon sur Twitter. Quelqu’un d’autre en avait publiĂ© une capture d’écran sur Twitter.

Personne n’a pensĂ© Ă  me demander si je le voulais.

Pour les utilisateurs d’applications d’entreprise comme Twitter ou Instagram, cela peut ressembler Ă  de la vantardise. Le but n’est-il pas de « devenir viral Â» et d’obtenir un grand nombre d’abonnĂ©s ? Mais pour moi, c’était autre chose. J’ai eu du mal Ă  comprendre ce que je ressentais, ou Ă  trouver le mot pour le dĂ©crire. J’ai finalement rĂ©alisĂ© lundi que le mot que je cherchais Ă©tait “traumatique”.

En octobre, j’avais des contacts rĂ©guliers avec une douzaine de personnes par semaine sur Mastodon, sur 4 ou 5 serveurs diffĂ©rents. Soudain, le fait que des centaines de personnes demandent (ou non) Ă  se joindre Ă  ces conversations sans s’ĂȘtre acclimatĂ©es aux normes sociales a Ă©tĂ© ressenti comme une violation, une agression. Je sais que je ne suis pas le seul Ă  avoir ressenti cela.

Le fait que tous les administrateurs de serveurs Mastodon que je connais, y compris moi-mĂȘme, aient Ă©tĂ© soudainement confrontĂ©s Ă  un dĂ©luge de nouveaux inscrits, de demandes d’inscription (s’ils n’avaient pas d’inscription ouverte), puis aux inĂ©vitables surcharges des serveurs, n’a probablement pas aidĂ©. Aus.social a cĂ©dĂ© sous la pression, se mettant hors ligne pendant plusieurs heures alors que l’administrateur essayait dĂ©sespĂ©rĂ©ment de reconfigurer les choses et de mettre Ă  niveau le matĂ©riel. Chinwag a fermĂ© temporairement les inscriptions. MĂȘme l’instance phare mastodon.social publiait des messages plusieurs heures aprĂšs leur envoi, les messages Ă©tant crĂ©Ă©s plus vite qu’ils ne pouvaient ĂȘtre envoyĂ©s. J’observais nerveusement le stockage des fichiers sur ausglam.space en me demandant si j’arriverais Ă  la fin du week-end avant que le disque dur ne soit plein, et je commençais Ă  rĂ©diger de nouvelles rĂšgles et conditions d’utilisation pour le serveur afin de rendre explicites des choses que « tout le monde savait Â» implicitement parce que nous pouvions auparavant acculturer les gens un par un.

Consentement

Jusqu’à cette semaine, je n’avais pas vraiment compris – vraiment apprĂ©ciĂ© – Ă  quel point les systĂšmes de publication des entreprises orientent le comportement des gens. Twitter encourage une attitude trĂšs extractive de la part de tous ceux qu’il touche. Les personnes qui ont republiĂ© mes articles sur Mastodon sur Twitter n’ont pas pensĂ© Ă  me demander si j’étais d’accord pour qu’ils le fassent. Les bibliothĂ©caires qui s’interrogent bruyamment sur la maniĂšre dont ce “nouvel” environnement de mĂ©dias sociaux pourrait ĂȘtre systĂ©matiquement archivĂ© n’ont demandĂ© Ă  personne s’ils souhaitaient que leurs pouets sur le Fediverse soient capturĂ©s et stockĂ©s par les institutions gouvernementales. Les universitaires qui rĂ©flĂ©chissent avec enthousiasme Ă  la maniĂšre de reproduire leurs projets de recherche sur Twitter sur un nouveau corpus de pouets “Mastodon” n’ont pas pensĂ© Ă  se demander si nous voulions ĂȘtre Ă©tudiĂ©s par eux. Les personnes crĂ©ant, publiant et demandant des listes publiques de noms d’utilisateurs Mastodon pour certaines catĂ©gories de personnes (journalistes, universitaires dans un domaine particulier, activistes climatiques
) ne semblaient pas avoir vĂ©rifiĂ© si certaines de ces personnes se sentait en sĂ©curitĂ© pour figurer sur une liste publique. Ils ne semblent pas avoir pris en compte le fait qu’il existe des noms pour le type de personne qui Ă©tablit des listes afin que d’autres puissent surveiller leurs communications. Et ce ne sont pas des noms sympathiques.

Les outils, les protocoles et la culture du Fediverse ont Ă©tĂ© construits par des fĂ©ministes trans et queer. Ces personnes avaient dĂ©jĂ  commencĂ© Ă  se sentir mises Ă  l’écart de leur propre projet quand des personnes comme moi ont commencĂ© Ă  y apparaĂźtre il y a quelques annĂ©es. Ce n’est pas la premiĂšre fois que les utilisateurs de Fediverse ont dĂ» faire face Ă  un changement d’état significatif et Ă  un sentiment de perte. NĂ©anmoins, les principes de base ont Ă©tĂ© maintenus jusqu’à prĂ©sent : la culture et les systĂšmes techniques ont Ă©tĂ© dĂ©libĂ©rĂ©ment conçus sur des principes de consentement, d’organisation et de sĂ©curitĂ© communautaires. Bien qu’il y ait certainement des amĂ©liorations Ă  apporter Ă  Mastodon en termes d’outils de modĂ©ration et de contrĂŽle plus fin des publications, elles sont en gĂ©nĂ©ral nettement supĂ©rieures Ă  l’expĂ©rience de Twitter. Il n’est guĂšre surprenant que les personnes qui ont Ă©tĂ© la cible de trolls fascistes pendant la plus grande partie de leur vie aient mis en place des protections contre une attention non dĂ©sirĂ©e lorsqu’elles ont crĂ©Ă© une nouvelle boĂźte Ă  outils pour mĂ©dias sociaux. Ce sont ces mĂȘmes outils et paramĂštres qui donnent beaucoup plus d’autonomie aux utilisateurs qui, selon les experts, rendent Mastodon « trop compliquĂ© Â».

Si les personnes qui ont construit le Fediverse cherchaient gĂ©nĂ©ralement Ă  protĂ©ger les utilisateurs, les plateformes d’entreprise comme Twitter cherchent Ă  contrĂŽler leurs utilisateurs. Twitter revendique la juridiction sur tout le « contenu Â» de la plateforme. Les plaintes les plus vives Ă  ce sujet proviennent de personnes qui veulent publier des choses horribles et qui sont tristes lorsque la bureaucratie de Twitter finit, parfois, par leur dire qu’elles n’y sont pas autorisĂ©es. Le vrai problĂšme de cet arrangement, cependant, est qu’il modifie ce que les gens pensent du consentement et du contrĂŽle de nos propres voix. Les universitaires et les publicitaires qui souhaitent Ă©tudier les propos, les graphiques sociaux et les donnĂ©es dĂ©mographiques des utilisateurs de Twitter n’ont qu’à demander la permission Ă  la sociĂ©tĂ© Twitter. Ils peuvent prĂ©tendre que, lĂ©galement, Twitter a le droit de faire ce qu’il veut de ces donnĂ©es et que, Ă©thiquement, les utilisateurs ont donnĂ© leur accord pour que ces donnĂ©es soient utilisĂ©es de quelque maniĂšre que ce soit lorsqu’ils ont cochĂ© la case « J’accepte Â» des conditions de service. Il s’agit bien sĂ»r d’une idiotie complĂšte (les Condition GĂ©nĂ©rales d’Utilisation sont impĂ©nĂ©trables, changent sur un coup de tĂȘte, et le dĂ©sĂ©quilibre des pouvoirs est Ă©norme), mais c’est pratique. Les chercheurs se convainquent donc qu’ils y croient, ou bien ils s’en fichent tout simplement.

Cette attitude a Ă©voluĂ© avec le nouvel afflux. On proclame haut et fort que les avertissements de contenu sont de la censure, que les fonctionnalitĂ©s qui ont Ă©tĂ© dĂ©libĂ©rĂ©ment non mises en Ɠuvre pour des raisons de sĂ©curitĂ© de la communautĂ© sont « manquantes Â» ou « cassĂ©es Â», et que les serveurs gĂ©rĂ©s par des bĂ©nĂ©voles qui contrĂŽlent qui ils autorisent et dans quelles conditions sont « excluants Â». Aucune considĂ©ration n’est donnĂ©e Ă  la raison pour laquelle les normes et les possibilitĂ©s de Mastodon et du Fediverse plus large existent, et si l’acteur contre lequel elles sont conçues pour se protĂ©ger pourrait ĂȘtre vous. Les gens de Twitter croient au mĂȘme fantasme de « place publique Â» que la personne qu’ils sont censĂ©s fuir. Comme les EuropĂ©ens du quatorziĂšme siĂšcle, ils apportent la contagion avec eux lorsqu’ils fuient.

Anarchisme

L’ironie de tout cela est que mon « fil de discussion viral Â» Ă©tait largement consacrĂ© Ă  la nature anarchiste et consensuelle du Fediverse. Beaucoup de nouveaux arrivants ont vu trĂšs vite que les administrateurs de leurs serveurs se battaient hĂ©roĂŻquement pour que tout fonctionne, et ont donnĂ© de l’argent ou se sont inscrits sur un compte Patreon pour s’assurer que les serveurs puissent continuer Ă  fonctionner ou ĂȘtre mis Ă  niveau pour faire face Ă  la charge. Les administrateurs se sont envoyĂ©s des messages de soutien privĂ©s et publics, partageant des conseils et des sentiments de solidaritĂ©. Les anciens partageaient des #FediTips pour aider Ă  orienter les comportements dans une direction positive. Il s’agit, bien sĂ»r, d’entraide.

C’est trĂšs excitant de voir autant de personnes expĂ©rimenter des outils sociaux en ligne anarchistes. Les personnes intelligentes qui ont conçu ActivityPub et d’autres protocoles et outils Fediverse l’ont fait de maniĂšre Ă  Ă©chapper Ă  la prĂ©dation monopolistique. Le logiciel est universellement libre et open source, mais les protocoles et les normes sont Ă©galement ouverts et extensibles. Alors que beaucoup seront heureux d’essayer de reproduire ce qu’ils connaissent de Twitter – une sorte de combinaison de LinkedIn et d’Instagram, avec les 4chan et #auspol toujours menaçants – d’autres exploreront de nouvelles façons de communiquer et de collaborer. Nous sommes, aprĂšs tout, des crĂ©atures sociales. Je suis surpris de constater que je suis devenu un contributeur rĂ©gulier (comme dans « contributeur au code Â» đŸ˜Č) Ă  Bookwyrm, un outil de lecture sociale (pensez Ă  GoodReads) construit sur le protocole ActivityPub utilisĂ© par Mastodon. Ce n’est qu’une des nombreuses applications et idĂ©es dans le Fediverse Ă©largi. D’autres viendront, qui ne seront plus simplement des « X pour Fedi Â» mais plutĂŽt de toutes nouvelles idĂ©es. Alors qu’il existe dĂ©jĂ  des services commerciaux utilisant des systĂšmes basĂ©s sur ActivityPub, une grande partie des nouvelles applications seront probablement construites et exploitĂ©es sur la mĂȘme base d’entraide et de volontariat qui caractĂ©rise actuellement la grande majoritĂ© du Fediverse.

Chagrin

Beaucoup de personnes ont Ă©tĂ© enthousiasmĂ©es par ce qui s’est passĂ© cette semaine. Les nouveaux arrivants ont vu les possibilitĂ©s du logiciel social fĂ©dĂ©rĂ©. Les anciens ont vu les possibilitĂ©s de la masse critique.

Mais il est important que ce ne soit pas la seule chose qu’on retienne du dĂ©but de novembre 2022. Mastodon et le reste du Fediverse peuvent ĂȘtre trĂšs nouveaux pour ceux qui sont arrivĂ©s cette semaine, mais certaines personnes Ɠuvrent et jouent dans le Fediverse depuis presque dix ans. Il existait dĂ©jĂ  des communautĂ©s sur le Fediverse, et elles ont brusquement changĂ© pour toujours.

J’ai Ă©tĂ© un utilisateur relativement prĂ©coce de Twitter, tout comme j’ai Ă©tĂ© un utilisateur relativement prĂ©coce de Mastodon. J’ai rencontrĂ© certains de mes meilleurs amis grĂące Ă  Twitter, qui a contribuĂ© Ă  façonner mes opportunitĂ©s de carriĂšre. Je comprends donc et je compatis avec ceux qui ont fait le deuil de leur expĂ©rience sur Twitter – une vie qu’ils savent dĂ©sormais terminĂ©e. Mais Twitter s’est lentement dĂ©gradĂ© depuis des annĂ©es – j’ai moi-mĂȘme traversĂ© ce processus de deuil il y a quelques annĂ©es et, franchement, je ne comprends pas vraiment ce qui est si diffĂ©rent maintenant par rapport Ă  il y a deux semaines.

Il y a un autre groupe, plus restreint, de personnes qui pleurent une expĂ©rience des mĂ©dias sociaux qui a Ă©tĂ© dĂ©truite cette semaine – les personnes qui Ă©taient actives sur Mastodon et plus largement le Fediverse, avant novembre 2022. La boĂźte de nuit a un nouveau propriĂ©taire impĂ©tueux, et la piste de danse s’est vidĂ©e. Les gens affluent vers la fĂȘte tranquille du coin, cocktails Ă  la main, demandant que l’on monte le volume de la musique, mettent de la boue sur le tapis, et crient par-dessus la conversation tranquille.

Nous avons tous perdu quelque chose cette semaine. Il est normal d’en faire le deuil.

❌