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Framamèmes : vos mèmes préférés en versions libres et accessibles !

Vous voulez produire du mème libre, artisanal et remixé ? Framasoft sort (vraiment) le service Framamèmes. Vraiment. Promis.

Un générateur de mèmes libres ? C’est une blague ?

Noyons le poisson dans le bocal : Framamèmes est une blague… mais une blague durable, qu’on compte bien continuer de maintenir même après ce 1er avril.

Vous pouvez d’ores et déjà vous rendre sur Framamemes.org, et tester vous-mêmes les mèmes à faire… comme chez mémé. Même que mémé aime les mèmes de millenials : si Framasoft a 20 ans, ses membres en ont (en moyenne) deux fois plus 😊.

Capture d'écran du site Framamèmes

Notez que ce n’est pas la première fois qu’à Framasoft, on prend la blague au sérieux et maintient le petit projet fun au-delà de l’annonce (l’occasion de vous faire redécouvrir Framaprout, Framadsense ou le fameux bingo du troll).

Les mèmes sont hors la loi… sauf chez Framamèmes !

Il faut dire que la culture du remix et du partage est (à peine) tolérée par les industries culturelles qui capitalisent sur le droit d’auteur et le copyright.

Fi du fair use, exit l’exception pour parodie… les mèmes pourraient tout à fait être considérés comme illégaux, et mener à des poursuites judiciaires si leurs ayants droits y voyaient un intérêt (même que c’est déjà arrivé).

C’est pour cela que Gee s’est jeté sur sa tablette graphique au cours d’un stream (sur PeerTube, parce qu’ici, on est libres de bout en bout) et s’est dit : « tiens, et si je faisais mes propres versions libres des mèmes les plus populaires ? »

La route est longue, mais le mème est libre

Avec son propre style de dessin bien connu du lectorat du Framablog, et en n’hésitant pas à franciser les mèmes, que ce soit simplement en traduisant les textes inclus dans les images (« draw 25 » sur la carte Uno devient « pioche 25 cartes ») ou même en appliquant le style français aux panneaux autoroutiers !

Comparaison entre les mèmes originaux et ceux de Framamèmes.

À gauche, les versions originales ; à droite, les versions dessinées ET francisées par Gee !

Quelques mèmes plus tard, il est devenu évident qu’un site web était nécessaire pour les partager. En ajoutant une pincée de JavaScript pour inclure un éditeur (libre, évidemment), et même une police libre (parce que All Fonts Are Beautiful, comme on dit)… on obtient Framamèmes !

Pour l’instant, une sélection restreinte de mèmes est proposée, mais Gee compte bien continuer à enrichir l’éditeur dans les semaines à venir ! N’hésitez pas à proposer les mèmes que vous voudriez voir adaptés en commentaires.

Des mèmes libres… et accessibles !

Partager des images en ligne, c’est bien : si elles sont accessibles à toutes et à tous, c’est mieux ! Une bonne pratique consiste à systématiquement inclure une description des images porteuses d’informations dans la balise prévue à cet effet (la fameuse balise alt en HTML).

Pas mal de médias sociaux, notamment Mastodon (le réseau de microblogging libre et décentralisé que nous plébiscitons à Framasoft), permettent d’inclure un tel texte alternatif au moment d’intégrer une image dans un message.

Eh bien avec Framamèmes, on a décidé de vous simplifier la tâche : lorsque vous créez un mème, vous avez la possibilité de copier en un clic un texte descriptif de votre image dans le presse-papier ! Parce qu’il n’y a pas de raison que tout le monde ne puisse pas profiter de vos créations dont on ne doute pas qu’elles vaudront le détour…

Lancé sur un coup de tête et de crayon

Franchement : c’était pas prévu, à Framasoft, de faire un 1er avril cette année. On a du boulot plein le cloud. On a une Assemblée Générale ce week-end.

Alors faire un 1er avril qui en plus est un vrai service que vous pouvez vraiment utiliser… on ne l’imaginait pas. Sauf que Gee nous l’a servi sur un plateau. Et puis ça nous amuse. Et puis c’est une raison de rappeler que les monopoles de la propriété intellectuelle, ça peut très vite effacer de jolis sourires.

Alors on dit merci à Gee (et aux petites mains qui ont aidé à l’accouchement 😄) et on rappelle que cet artiste libre essaie de vivre de son art : vous pouvez le soutenir en achetant son nouveau livre, en jouant à ses jeux vidéo, ou encore par un don.

L’art libre, c’est vraiment bien plus intéressant que de voir ces mèmes refaits par des IA, avec OpenAI qui pille tranquillement le style de Hayao Miyazaki… le même Miyazaki qui déclarait que l’art généré par IA était « tout à fait écœurant » et constituait « une insulte à la vie même » (voir notamment cet article (en anglais).

Mème. Sophie n'aime pas : mèmes générés par I.A. Sophie aime : mèmes faits main.

Et puis surtout : amusez-vous avec Framamèmes, faites tourner autour de vous, et faites des mèmes libres, quelle que soit la date !

Spotify, la machine à humeur

Cet article est une republication, avec l’accord de l’auteur, Hubert Guillaud. Il a été publié en premier le 17 janvier 2025 sur le site Dans Les Algorithmes sous licence CC BY-NC-SA.


Dans son livre, Mood Machine, la journaliste indépendante Liz Pelly, décortique ce que Spotify a changé dans la musique, pour les clients du service, comme pour les musiciens. Entre uberisation et syndrome de Stockholm.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cela fait des années que la journaliste indépendante Liz Pelly observe Spotify. Son essai, Mood Machine : The Rise of Spotify and the Costs of the Perfect Playlist (Simon & Schuster, 2025) estime que la musique est devenue un utilitaire plus qu’un art. Pour les fans de musique, le streaming est, malheureusement, un « produit spectaculaire » : « un jukebox universel et infini ».  Pour les musiciens cependant, Spotify a été une menace plus existentielle que la révolution du partage de fichiers qui l’a précédée, car le streaming, lui, a reçu le vernis de la légitimité, explique le Washington Post dans sa critique du livre. Mais Spotify a surtout détourné les bénéfices de la musique a son profit, tout en préparant le terrain pour remplacer les musiciens par de la musique générée par l’IA. Le secteur d’ailleurs s’y prépare : un récent rapport de la Confédération internationale des sociétés d’auteurs et compositeurs (Cisac) annonce la chute de la rémunération des artistes et le déferlement à venir de la musique générée par IA

La musique, une activité purement fonctionnelle

Liz Pelly rappelle que les origines de Spotify plongent directement dans The Pirate Bay, l’emblème du téléchargement illégal de musique du début des années 2000, notamment parce que le service était une réponse au comportement des gens et à l’envolée du téléchargement illégal. Pour le fondateur de Spotify, la musique a été considérée comme Amazon a considéré les livres : un cheval de Troie pour exploiter les clients. La recette de la suprématie auditive de Spotify a surtout reposé sur les playlists, spécifiques, homogènes et de plus en plus automatisées, descendant monotone de la radio commerciale et des musiques d’ambiance. Nos habitudes d’écoute culturelles ont été peu à peu déformées par la domination de Spotify. « Les auditeurs ont été encouragés à aborder la musique comme une activité purement fonctionnelle – pour dormir, étudier ou meubler un lieu public – sans avoir à fournir aucun investissement particulier dans des artistes individuels et identifiables ». En fait, Spotify vise avant tout à maintenir ses clients dans leur zone de confort. Spotify incarne « un modèle de créativité axé sur le service client qui conduit à une stagnation esthétique », explique Pelly. Le « son Spotify » ressemble à la décoration des appartements sur Airbnb, partout identique.

« À quel moment un système de recommandation cesse-t-il de recommander des chansons et commence-t-il à recommander une idée complète de la culture ? » demande Pelly. Spotify préfère que vous vous engagiez de la manière la plus passive et la plus distraite possible. Comme en politique, les superstructures panoptiques fonctionnent mieux lorsque leurs sujets ne leur accordent pas trop d’attention. Comme l’aurait dit un jour Daniel Ek, le fondateur de Spotify, « notre seul concurrent est le silence ». Dans le New Yorker, le prof de littérature Hua Hsu qui discute du même livre, parle d’un syndrome Spotify comme d’un syndrome de Stockholm. « Tout comme nous entraînons l’algorithme de Spotify avec nos goûts et nos dégoûts, la plateforme semble, elle, nous entraîner à devenir des auditeurs 24 heures sur 24 ». Pelly soutient, en fait, que la plus grande innovation de Spotify a été sa compréhension de l’affect, de la façon dont nous nous tournons vers la musique pour nous remonter le moral ou nous calmer, nous aider à nous concentrer sur nos devoirs ou simplement nous dissocier. Contrairement aux maisons de disque, son but n’était pas de nous vendre un tube dont on se lasse, mais de nous vendre un environnement sonore permanent. Quand on écoutait MTV ou la radio, nous pouvions parfois tomber sur quelque chose de différent ou d’inconnu. Désormais, la personnalisation « laisse présager d’un avenir sans risque, dans lequel nous ne serons jamais exposés à quoi que ce soit que nous ne voudrions pas entendre ». Sur Spotify, « les sons flottent en grande partie sans contexte ni filiation ». Les artistes y sont finalement assez invisibles. La musique décontextualisée de son histoire.

Internet était censé libérer les artistes de la monoculture, en offrant les conditions pour que la musique circule de manière démocratique et décentralisée. Certes, elle circule plus que jamais, mais la monoculture, elle, s’est terriblement renforcée.

Spotify, une ubérisation comme les autres

Dans les bonnes feuilles du livre que publie Harpers, Pelly évoque une autre dimension des transformations qu’a produit la plateforme, non pas sur les utilisateurs et clients, mais sur la musique et les musiciens eux-mêmes. Elle décrit les artistes fantômes de la plateforme, une polémique où les playlists populaires de Spotify semblaient se peupler de musiques de stock et d’artistes qui n’existaient pas. Pelly montre que Spotify avait en fait, malgré ses longues dénégations, bel et bien des accords avec des sociétés de productions pour produire des flux de musique moins chers. Ce programme, baptisé Perfect Fit Content (PFC, que l’on peut traduire par « contenu parfaitement adapté »), offrait des conditions de rémunération moindre et visait clairement à réduire les droits payés par Spotify aux artistes, normalisant des titres bons marchés pour remplir les playlists. « Au milieu des années 2010, le service s’est activement repositionné pour devenir une plateforme neutre, une méritocratie axée sur les données qui réécrivait les règles de l’industrie musicale avec ses playlists et ses algorithmes ». En se rendant compte que de nombreux abonnés écoutaient de la musique en fond sonore, Spotify a opté pour une solution qui lui permettait de réduire les dividendes qu’elle versait au majors (représentant quelques 70 % de ses revenus) afin de devenir bénéficiaire. Pour cela, elle a misé sur les recommandations par playlists d’humeur qui se sont peu à peu peuplées de titres PFC – et ce alors que Spotify se défend de faire des placements de chansons dans ses playlists.

De nombreuses entreprises fournissent désormais Spotify en musique libre de droits à petits budgets, au détriment d’artistes indépendants. Loin d’être la plateforme de la méritocratie musicale qu’elle prétend être, Spotify, comme bien des entreprises, « manipule secrètement la programmation pour favoriser le contenu qui améliore ses marges ». Pour les musiciens précarisés qui produisent ces musiques, cela ressemble surtout à une ubérisation à marche forcée, avec des enregistrements à la chaîne et des musiques écrites sur un coin de table pour correspondre à un style précis, qui signent des contrats avec des droits réduits. « La musique de fond est à certains égards similaire à la musique de production, un son produit en masse sur la base d’un travail à la demande, qui est souvent entièrement détenu par des sociétés de production qui le rendent facilement disponible pour la publicité, la sonorisation de magasin, la production de films… » Ce que l’on appelle « la musique de production » est d’ailleurs en plein essor actuellement, explique Pelly, notamment pour créer des fonds sonores aux micro-contenus vidéo de Youtube, Insta ou TikTok, afin d’éviter des accords de licences compliqués voire la suppression de contenus lié à la violation du droit d’auteur. Pour ces entreprises qui produisent de la musique à la chaîne, comme Epidemic Sound, la musique n’est rien d’autre qu’une « activité de données », aplanissant les différences entre les musiques, produisant un brouillage des frontières esthétiques.

Les musiciens de l’Ivors Academy, une organisation britannique de défense des auteurs-compositeurs, affirment que les « frictions » que des entreprises comme Epidemic cherchent à aplanir sont en fait des protections industrielles et de droit d’auteur durement gagnées. Nous sommes entrés dans une course au moins disant, explique un producteur. Quand ces morceaux décollent en audience, ils génèrent bien plus de revenus pour Spotity et les labels fantômes que pour leurs auteurs, par contrat. « Ce traitement de la musique comme rien d’autre que des sons de fond – comme des pistes interchangeables de playlists génériques et étiquetées en fonction de l’ambiance – est au cœur de la dévalorisation de la musique à l’ère du streaming. Il est dans l’intérêt financier des services de streaming de décourager une culture musicale critique parmi les utilisateurs, de continuer à éroder les liens entre les artistes et les auditeurs, afin de faire passer plus facilement de la musique à prix réduits, améliorant ainsi leurs marges bénéficiaires. Il n’est pas difficile d’imaginer un avenir dans lequel l’effilochage continu de ces liens érode complètement le rôle de l’artiste, jetant les bases pour que les utilisateurs acceptent la musique créée à l’aide de logiciels d’IA générative. » Epidemic Sound a déjà prévu d’autoriser ses auteurs à utiliser les outils d’IA pour générer des pistes musicales. Et Spotify, pour sa part, a fait part ouvertement de sa volonté d’autoriser la musique générée par l’IA sur la plateforme.

L’exploitation de l’IA par Spotify ne s’arrête pas là. Elle est toujours corrélée à des initiatives pour réduire les coûts, rappelle Pelly, en évoquant par exemple le Discovery Mode, un programme de promotion automatique où les artistes qui acceptent d’y participer acceptent également une redevance inférieure. Bien sûr,  Discovery Mode a attiré l’attention des artistes, des organisateurs et des législateurs et il est probable que PFC attise également les critiques… Mais « les protestations pour des taux de redevance plus élevés sont plus difficiles quand les playlists sont remplies d’artistes fantômes ».

La couverture du livre de Liz Pelly, Mood Machine.On y voit le titre « Mood Machine » ainsi que le sous-titre « The rise of the Spotify and the cost of perfect playlist ». Il y a une douzaine de carrés de couleur, agencés sur l'ensemble de la couverture, dont certains contiennent des photos de personnes représentant des moments de la vie (dormir, écouter de la musique, rire, méditer en bord de mer) et d'autres représentant dans formes abstraites.

La couverture du livre de Liz Pelly, Mood Machine.

MÀJ du 27/01/2025 : Liz Pelly est en interview dans le Monde.

Y aura-t-il une alternative au technofascisme ?

Cet article est une republication, avec l’accord de l’auteur, Hubert Guillaud. Il a été publié en premier le 08 novembre 2024 sur le site Dans Les Algorithmes sous licence CC BY-NC-SA.


Dans « Les prophètes de l’IA », le journaliste Thibault Prévost nous explique que le futur est désormais un programme idéologique et politique, celui des grands acteurs de la Tech. Leur objectif : faire perdurer la religion, le capitalisme et le colonialisme en les rendant fonctionnels. La méthode que met en œuvre cette petite élite de technomilliardaires consiste à prendre le pouvoir par la technologie, non pas pour sauver le monde, mais uniquement pour se sauver eux-mêmes. La perspective technofasciste est un récit éminemment séducteur… mais sans horizon, puisque cette élite ne propose ni d’améliorer notre futur ni d’en partager les fruits. Seulement de renforcer leur pouvoir.

 

 

 

 

 

Le livre du journaliste Thibault Prévost, Les prophètes de l’IA (Lux éditeur, 2024), a une grande vertu : nettoyer notre regard de ce qui l’embrume.

Il permet d’abord de comprendre que la technologie ne mobilise pas tant des imaginaires, comme on l’entend trop souvent, mais bien des idéologies. Imaginaire, le terme fait référence à quelque chose qui n’existerait que dans l’imagination, qui serait sans réalité, comme dévitalisé, sans effet autre que sûr le rêve et l’irréel. Rien ne me semble moins vrai. Ce que nous sommes capables de composer dans nos esprits à une puissance d’évocation sans précédent, qui mobilise et galvanise les énergies et façonne le réel. Le terme d’imaginaire dépolitise ce que nos esprits façonnent, quand les récits que nous brodons et partageons construisent d’abord des ralliements, des adhésions ou leur exact inverse, des rejets, des défections, des oppositions. Ce que nous imaginons ne flotte pas dans l’éther, bien au contraire. Nos imaginaires reflètent tout le temps des idées et conduisent nos agissements, décrivent des façons de voir le monde, de le régir, de le gouverner. Imaginaire : le terme ne vise qu’à dépolitiser ce qui est à l’œuvre dans la mise en représentation du monde, à savoir dévitaliser les luttes idéologiques par des récits neutralisés qui ont pour but de les rendre plus séduisants, plus accrocheurs, plus malléables, plus appropriables, plus diffusables. Mais derrière le storytelling, les récits que l’on construit sur l’IA, les discours que l’on porte sur la technologie, il n’est question de rien d’autre que d’une lutte idéologique.

A mesure que la technologie a pris une place prépondérante dans nos sociétés, le discours qui la porte s’est chargé de promesses, de prophéties, de mythes, de prédictions qui se sédimentent en idées politiques qui annoncent, au choix, la fin du monde ou le retour des Lumières. L’un comme l’autre d’ailleurs n’ont qu’un objectif : nous éloigner de la réalité et nous faire adhérer à leur promesse. À savoir qu’il n’y a pas d’alternative au futur que propose la technologie. Qu’il soit rose ou sombre, c’est la technologie qui le façonne, c’est l’élite technologique qui le construit. Le futur est devenu une religion.

Prévost rappelle trop rapidement la longue histoire de l’avènement des religions technologiques, schismes du rêve transhumaniste, pour se concentrer surtout sur les courants et les figures les plus récents. Ce qui l’intéresse, c’est de regarder les habits les plus neufs du transhumanisme, cette consécration de la science et de la technologie, qui promet d’améliorer la condition humaine. Qui souhaite rendre la religion, le capitalisme et le colonialisme fonctionnels, effectifs, comme pour les faire perdurer à jamais. Ces courants qui déifient les sciences de l’ingénierie ne proposent pas qu’une transcendance, c’est-à-dire un dépassement de l’homme par la technique, mais bien l’avènement d’une technocratie toute puissante. L’essai, qui se présente sous forme d’un catalogue des idées du secteur, devient vite épuisant à lire, tant ces délires mis bout à bout se concatènent dans leur logique rance, qui ne produit rien d’autre qu’un total mépris pour la société comme pour les individus qui la composent.

Un monde de… tarés

Le livre de Thibault Prévost a une autre vertu. Il nous montre que les grands ingénieurs, les grands investisseurs, les grands entrepreneurs et les grands penseurs de l’IA sont tous complètement… tarés ! Excusez du peu ! Les récits de dépassement, de conquête, de croisade, de puissance ou d’IApocalypse qu’ils nous vendent forment un ramassis de technodélires qui n’ont rien de sérieux ou de rationnel, malgré le fait qu’ils se présentent ainsi. Ces délires sur l’intelligence artificielle générale, sur la transcendance par la machine comme sur l’effondrement, nous abreuvent d’idéologies hors-sol, sectaires, fanatiques et vides pour mieux invisibiliser leur autoritarisme et leur cupidité débridée (à l’image de celle qu’exprimait Mustafa Syleyman dans son livre particulièrement confus, La déferlante). Tous les grands gourous de la tech que Prévost évoque dans son livre (et il n’y a pas que Musk) semblent d’abord et avant tout des individus totalement perchés et parfaitement lunaires. Ils sont tous profondément eugénistes, comme le répète le chercheur Olivier Alexandre (voir aussi dans nos pages). Ils sont obsédés par le QI et la race. Ils ont à peu près tous tenu à un moment ou à un autre des propos racistes. Ils sont tous profondément opposés à la démocratie. Ils partagent tous des discours autoritaires. Derrière leurs récits, aussi barrés les uns que les autres, tous n’oeuvrent qu’à leur propre puissance. A peu près tous partagent l’idée que ceux qui ne croient pas en leurs délires sont des parasites. Leur délire élitiste, eugéniste et cupide a de quoi inquiéter. Le futur qu’ils nous vendent n’a rien d’un paradis, puisqu’il ne remet en rien en cause des privilèges qui sont les leurs, bien au contraire. Tous nient les biens communs. Tous veulent détruire la régulation, à moins qu’ils en soient en maîtres. Ils nous exhortent à penser un futur si lointain qu’il permet de ne plus être fixé dans un cadre politique normé, ce qui permet de totalement le dépolitiser. Tous cachent les enjeux politiques qu’ils défendent sous des questions qui ne seraient plus que technologiques. Remplacer le discours politique par un discours technique permet d’abord de déplacer son caractère politique, comme pour l’aseptiser, l’invisibiliser.

A le lire, Prévost nous donne l’impression de nous plonger dans les disputes sectaires, rances et creuses… qui anônent un « cocktail d’arrogance élitiste et de naïveté qui défend férocement la légitimité morale des inégalités ». Qu’ils se définissent comme altruistes efficaces, longtermistes, doomers, ultralibertariens, extropiens ou rationalistes… (tescralistes, comme les ont qualifiés Timnit Gebru et Emile Torres), ils semblent avant tout en voie de fascisation avancée.

L’IA ne va pas sauver le monde, elle vise à sauver leur monde !

L’IA ne va pas sauver le monde. Elle vise à sauver leur monde, celui d’une caste de milliardaires au-dessus des lois qui cherchent à se garder du reste de l’humanité qu’elle abhorre. « L’IA n’est que le paravent technique d’une entreprise tout à fait classique de privatisation et de captation des richesses ». L’IA vise d’abord la préservation du taux de profit.

La Tech a longtemps été Démocrate et pro-démocratie, rappelle le journaliste, mais c’est de moins en moins le cas. La perspective que la Silicon Valley perde de sa puissance, explique en partie son réalignement. Le techno-solutionnisme progressiste qu’ils ont longtemps poussé a fait long feu : la Tech n’a produit aucun progrès social, bien au contraire. Ses solutions n’ont amélioré ni la démocratie, ni l’économie, ni l’égalité, ni l’espérance de vie… surtout quand on les compare aux technologies sociales du XXᵉ siècle comme l’hygiène publique, le développement des services publics ou la justice économique.

Si ces évolutions politiques ont plusieurs origines, l’influence de grandes figures, de financeurs milliardaires, sur le secteur, semble déterminant, à l’image des Marc Andreessen et Peter Thiel, qui ne sont pas tant des évangélistes de la tech, que des évangélistes néolibéraux ultra-conservateurs, qui promeuvent par leurs discours et leurs investissements des projets anti-régulation et autoritaires. Prévost rappelle que la grande caractéristique de cette élite financière est d’être férocement opposée à la démocratie. Ces milliardaires rêvent d’un monde où une poignée d’individus – eux – captent toutes les richesses et tous les pouvoirs. « La tech est un système immunitaire développé par le capitalisme pour lutter contre tout ce qui pourrait le mettre en crise », disait déjà Antoinette Rouvroy. Ces gens sont tous admirateurs de régimes autoritaires. Ils rêvent d’un progrès technique sans démocratie tel qu’ils le font advenir dans les outils qu’ils façonnent et les entreprises qu’ils dirigent.

En compilant toutes ces petites horreurs qu’on a déjà croisées, éparses, dans l’actualité, Prévost nous aide à regarder ce délire pour ce qu’il est. Nous sommes confrontés à « un groupe radicalisé et dangereux », d’autant plus dangereux que leur fortune astronomique leur assure une puissance et une impunité politique sans précédent. Leurs exploits entrepreneuriaux ou financiers ne peuvent suffire pour les absoudre des horreurs qu’ils prônent. Prévost les montre comme ce qu’ils sont, un freak-show, des sortes de monstres de foire, complotistes, fascistes, prêts à rejoindre leurs bunkers et dont le seul rêve est de faire sécession. Le journaliste décrit un monde réactionnaire qui ne craint rien d’autre que son renversement. « Ces patrons méprisent nos corps, nos droits, nos existences ». Leur discours sur les risques existentiels de l’IA permet de masquer les effets déjà bien réels que leurs outils produisent. « L’IA est une métaphore du système politique et économique capitaliste qui menace l’espèce humaine ». Pour sécuriser leur avenir, cette élite rêve d’un technofascisme qu’elle espère mettre en œuvre. Notamment en manipulant les peurs et les paniques morales pour en tirer profit.

Le pire finalement c’est de constater la grande audience que ces pensées rances peuvent obtenir. La réussite fait rêver, la domination fait bander… oubliant qu’il s’agit de la domination et de la réussite d’un petit monde, pas de celui de l’Occident ou de tous les entrepreneurs du monde. En nous répétant que le futur est déjà décidé et qu’ils en sont les maîtres, ils nous intoxiquent. « À force de se faire dire que le futur est déjà plié, que c’est la Silicon Valley qui décide de l’avenir de l’humanité, le public, convaincu qu’il n’a pas son mot à dire sur des enjeux qui le dépassent, remet son destin entre les mains des Google, Microsoft, Meta ou Amazon. » Ce déplacement permet d’orienter la régulation vers des dangers futurs pour mieux laisser tranquille les préjudices existants. Derrière la promotion de leur agenda néolibéral pour maximiser leurs profits aux dépens de l’intérêt général, se profile le risque d’une bascule vers un capitalisme autoritaire qui contamine le monde au-delà d’eux, comme le notait la chercheuse Rachel Griffin. « À l’instar de la Silicon Valley, l’Union européenne semble être en train de mettre à jour son logiciel idéologique vers un capitalisme autoritaire qui privilégie l’économie de la rente et les monopoles à l’économie de marché et la concurrence ». Cette transformation du capitalisme est assurée par la technologie. Les systèmes s’immiscent dans nos institutions, à l’image de leurs LLM que les acteurs publics s’arrachent en permettant aux entreprises de la Silicon Valley « d’étendre leur intermédiation sur un corps social médusé ». Qu’importe si ChatGPT raconte n’importe quoi. Les prophètes de l’IA, ces « bullionaires » (contraction de bullshitters et de millionnaires) eux aussi mentent avec assurance. Derrière leurs délires apparents, un transfert de pouvoir est en cours. Pas seulement une privatisation du futur, mais bien son accaparement par quelques individus qui font tout pour n’avoir de compte à rendre à personne. La fétichisation de l’individu rationnel, tout puissant, du génie solitaire, du milliardaire omnipotent, du grotesque individualiste ne nous conduit à aucune société qu’à son délitement. La métaphore computationnelle qui permet d’affirmer que la seule intelligence est désormais celle de la machine, vise à nous reléguer, à nous transformer en une marchandise dévaluée, puisque nos esprits valent désormais moins que le calcul, tout comme notre force de travail a été dévaluée par l’énergie fossile.

La couverture du livre de Thibault Prévost : « Les prophètes de l'IA ». On y voit un champignon nucléaire formant un cerveau, le tout sur un fond de circuits imprimés.

Couverture du livre de Thibault Prévost.

Du grand leurre de l’IA au risque technofasciste

Prévost rappelle que les machines nous trompent. Que l’automatisation est un leurre qui masque les ingénieurs et les travailleurs du clic qui font fonctionner les machines à distance. L’IA générative aussi. Nombre d’utilisateurs de ChatGPT l’abandonnent au bout d’une quarantaine de jours, comme un jouet qu’on finit par mettre de côté. Google SGE produit des fausses informations après plus d’un an de tests. Par essence, la prédiction statistique ne permet pas de produire de résultats fiables. Partout où ils se déploient, ces systèmes se ridiculisent, obligeant à les surveiller sans cesse. Notre avenir sous IA n’est pas soutenable. Il repose sur un pillage sans précédent. Les « cleptomanes de la Valley » ne cessent de nous dire que l’IA doit être illégale pour être rentable. L’IA est une bulle financière qui risque de finir comme le Metavers (que McKinsey évaluait à 5000 milliards de dollars d’ici 2030 !).

« Arrêtons pour de bon de donner du crédit aux entrepreneurs de la tech. Depuis le début de la décennie 2020, le technocapitalisme ne fonctionne plus que par vagues d’hallucinations successives, suivies de (très) brèves périodes de lucidité. La Silicon Valley semble bloquée dans un trip d’acide qui ne redescend pas, et dont l’IA n’est que la plus récente hallucination », rappelle, cinglant, Thibault Prévost, fort des punchlines saisissantes auxquelles il nous a habitués dans ses articles pour Arrêt sur Images.

L’IA n’est que la nouvelle ligne de front de la lutte des classes, où les systèmes d’analyse dégradent les conditions d’existence des plus mal notés, ce lumpenscoretariat. Sa grande force est d’avancer masqué, opaque, invisible à ceux qu’il précarise. Nous n’utilisons pas l’IA, mais nous y sommes déjà assujetties, explique très justement Prévost. Les systèmes de calculs se démultiplient partout. « Aucun d’entre eux n’est fiable, transparent ou interprétable. Nous vivons tous et toutes à la merci de l’erreur de calcul sans recours ».

« Les systèmes d’IA sont le reflet des oligopoles qui les commercialisent : privés, opaques, impénétrables, intouchables, toxiques et dangereux. » L’IA prolonge le continuum des discriminations et de l’injustice sociale et raciale. La faute aux données bien sûr, jamais « à leurs beaux algorithmes neutres et apolitiques ».

« Comme l’idéologie d’extrême droite, l’IA échoue à représenter le monde. Elle ne fonctionne que par archétypes et biais, par catégorisation a priori ». Elle rappelle aux humains la distance qui les sépare de la norme masculine, blanche et riche. L’IA n’est rien d’autre qu’une « prothèse pour le maintien de l’ordre social racial et l’avancée des projets capitalistes impérialistes », comme le dit Yarden Katz dans son livre Artificial Whiteness. Elle n’est rien d’autre que le nouvel auxiliaire du pouvoir. Elle exploite la violence structurelle comme une grammaire et un grand modèle d’affaires. « Si la Silicon Valley essaie de nous vendre l’apocalypse, c’est parce que son projet technique, économique et politique en est une ». Ce que veulent les milliardaires de la tech, c’est la fin du monde social pour imposer le leur.

Avec l’élection de Trump, c’est exactement là où nous sommes. La Silicon Valley a obtenu ce qu’elle voulait, dit Brian Merchant.

Dan McQuillan nous avait mis en garde du risque fasciste de l’IA. Les opportunités politiques sont devenues des prises de risques financières. La victoire de Trump vient d’assurer à Musk et quelques autres la rentabilité de tous leurs investissements. Son rachat de Twitter n’était rien d’autre que l’achat d’une arme qu’il a transformée en site suprémaciste, pour amplifier ses délires, permettant d’attiser la haine en ligne et la traduire en vote et en violence dans le monde physique. Comme l’explique Martine Orange pour Mediapart, l’enjeu, désormais, consiste à éradiquer la régulation et mettre l’ensemble de l’appareil d’État à la disposition de la Tech, c’est-à-dire assurer la mainmise de la Tech sur le pouvoir politique.

Face au technofascisme qui vient, le risque est que nous soyons démunis d’alternatives technologiques et donc idéologiques. Sans récit et réalisations progressistes de la tech, la seule option pour beaucoup ne consistera qu’en une chose : abandonner la technologie et arrêter les machines.

Hubert Guillaud

 

MAJ du 19/11/2024 : Allez lire également ce très bon entretien avec Thibault Prévost qui explique que l’IA n’est pas qu’un outil de puissance au service des technoprophètes, il est aussi un outil d’asservissement et de déresponsabilisation de la puissance publique.

L’IA générative, nouvelle couche d’exploitation du travail

Cet article est une republication, avec l’accord de l’auteur, Hubert Guillaud. Il a été publié en premier le 10 décembre 2024 sur le site Dans Les Algorithmes sous licence CC BY-NC-SA.


L’IA générative ne va ni nous augmenter ni nous remplacer, mais vise d’abord à mieux nous exploiter, expliquent Aiha Nguyen et Alexandra Mateescu de Data & Society. En s’intégrant aux applications de travail, elle promet de réduire les coûts même si elle n’est pas pertinente, elle vient contraindre l’activité de travail, et renforce l’opacité et l’asymétrie de pouvoir.

 

 

 

 

 

« Comme pour d’autres vagues d’automatisation, le potentiel supposé de l’IA générative à transformer notre façon de travailler a suscité un immense engouement ». Mais pour comprendre comment cette nouvelle vague va affecter le travail, il faut dépasser la dichotomie entre l’IA qui nous augmente et l’IA qui nous remplace, estiment les chercheuses de Data & Society Aiha Nguyen et Alexandra Mateescu dans un nouveau rapport sur l’IA générative et le travail. La rhétorique de l’IA générative répète qu’elle va améliorer l’efficacité du travail et automatiser les tâches fastidieuses, dans tous les secteurs, du service client aux diagnostics médicaux. En réalité, son impact sur le travail est plus ambivalent et beaucoup moins magique. Ce qu’elle affecte est bien l’organisation du travail. Et cette dichotomie ne propose aux travailleurs aucun choix autre que le renforcement de leur propre exploitation.

Le battage médiatique autour de l’IA générative permet de masquer que l’essentiel de ses applications ne seront pas récréatives, mais auront d’abord un impact sur le travail. Il permet également d’exagérer sa capacité à reproduire les connaissances et expertises des travailleurs, tout en minimisant ses limites, notamment le fait que l’intelligence artificielle soit d’abord un outil d’exploitation des zones grises du droit. Mais surtout, l’IA nous fait considérer que le travail humain se réduit à des données, alors même que l’IA est très dépendante du travail humain. Or, pour le développement de ces systèmes, ce n’est plus seulement la propriété intellectuelle qui est exploitée sans consentement, mais également les données que produisent les travailleurs dans le cadre de leur travail. Dans les centres d’appels par exemple, les données conversationnelles des opérateurs sont utilisées pour créer des IA conversationnelles, sans que les travailleurs ne soient rémunérés en plus de leur travail pour cette nouvelle exploitation. Même problème pour les auteurs dont les éditeurs choisissent de céder l’exploitation de contenus à des systèmes d’IA générative. Pour l’instant, pour contester « la marchandisation non rémunérée de leur travail », les travailleurs ont peu de recours, alors que cette nouvelle couche d’exploitation pourrait avoir des conséquences à long terme puisqu’elle vise également à substituer leur travail par des outils, à l’image de la prolifération de mannequins virtuels dans le monde de la mode. Il y a eu dans certains secteurs quelques avancées, par exemple l’association américaine des voix d’acteurs a plaidé pour imposer le consentement des acteurs pour l’utilisation de leur image ou de leur voix pour l’IA, avec des limites de durée d’exploitation et des revenus afférents. Reste, rappellent les chercheuses que « les asymétries majeures de pouvoir et d’information entre les industries et les travailleurs restent symptomatiques » et nécessitent de nouveaux types de droits et de protection du travail.

Dans les lieux de travail, l’IA apparaît souvent de manière anodine, en étant peu à peu intégrée à des applications de travail existantes. Dans la pratique, l’automatisation remplace rarement les travailleurs, elle automatise très partiellement certaines tâches spécifiques et surtout reconfigure la façon dont les humains travaillent aux côtés des machines. Les résultats de l’IA générative nécessitent souvent beaucoup de re-travail pour être exploitées. Des rédacteurs sont désormais embauchés pour réhumaniser les textes synthétiques, mais en étant moins payé que s’ils l’avaient écrit par eux-mêmes sous prétexte qu’ils apportent moins de valeur. Les chatbots ressemblent de plus en plus aux véhicules autonomes, avec leurs centres de commandes à distance où des humains peuvent reprendre les commandes si nécessaire, et invisibilisent les effectifs pléthoriques qui leur apprennent à parler et corrigent leurs discours. La dévalorisation des humains derrière l’IA occultent bien souvent l’étendue des collaborations nécessaires à leur bon fonctionnement.

Trop souvent, l’utilisation de l’IA générative génère des simplifications problématiques. En 2023, par exemple, la National Eating Disorders Association a licencié son personnel responsable de l’assistance en ligne pour le remplacer par un chatbot qu’elle a rapidement suspendu après que celui-ci ait dit aux personnes demandant de l’aide… de perdre du poids. De même, l’utilisation croissante d’outils de traduction automatiques plutôt que d’interprètes humains dans le système d’immigration américain pour accomplir des demandes d’asiles a conduit à des refus du fait d’erreurs de traduction manifestes, comme des noms transformés en mois de l’année, des délais incorrects. Si la traduction automatique permet de réduire les coûts, elle est trop souvent utilisée dans des situations complexes et à enjeux élevés, où elle n’est pas pertinente. Enfin, rappellent les chercheuses, l’IA générative vient souvent remplacer certains profils plus que d’autres, notamment les postes juniors ou débutants, au détriment de l’a formation l’apprentissage de compétences essentielles… (sans compter que ces postes sont aussi ceux où l’on trouve le plus de femmes ou de personnes issues de la diversité.

Le recours à l’IA générative renforce également la surveillance et la datafication du lieu de travail, aggravant des décisions automatisées qui sont déjà très peu transparentes aux travailleurs. Automatisation de l’attribution des tâches, de l’évaluation des employés, de la prise de mesures disciplinaires… Non seulement le travail est de plus en plus exploité pour produire des automatisations, mais ces automatisations viennent contraindre l’activité de travail. Par exemple, dans le domaine des centres d’appels, l’IA générative surveille les conseillers pour produire des chatbots qui pourraient les remplacer, mais les réponses des employés sont également utilisées pour générer des scripts qui gèrent et régulent leurs interactions avec les clients, restreignant toujours plus leur autonomie dans des boucles de rétroaction sans fin.

En fait, présenter les chatbots et les déploiements d’IA générative comme des assistants plutôt que comme des contrôleurs occulte le renforcement de l’asymétrie de pouvoir à l’œuvre, estiment très justement Aiha Nguyen et Alexandra Mateescu. Ce discours permet de distancier l’opacité et le renforcement du contrôle que le déploiement de l’IA opère. En fait, soulignent-elles, « l’évaluation critique de l’intégration de l’IA générative dans les lieux de travail devrait commencer par se demander ce qu’un outil particulier permet aux employeurs de faire et quelles incitations motivent son adoption au-delà des promesses d’augmentation de la productivité ». Dans nombre de secteurs, l’adoption de l’IA générative est bien souvent motivée dans une perspective de réduction des coûts ou des délais de productions. Elle se déploie activement dans les outils de planification de personnels dans le commerce de détail, la logistique ou la santé qui optimisent des pratiques de sous-effectifs ou d’externalisation permettant de maximiser les profits tout en dégradant les conditions de travail. Le remplacement par les machines diffuse et renforce partout l’idée que les employés sont devenus un élément jetable comme les autres.

Pour les chercheuses, nous devons trouver des modalités concrètes pour contrer l’impact néfaste de l’IA, qui comprend de nouvelles formes de contrôle, la dévaluation du travail, la déqualification, l’intensification du travail et une concurrence accrue entre travailleurs – sans oublier les questions liées à la rémunération, aux conditions de travail et à la sécurité de l’emploi. « Considérer l’IA générative uniquement sous l’angle de la créativité occulte la réalité des types de tâches et de connaissances qui sont automatisées ».

L’IA générative est souvent introduite pour accélérer la production et réduire les coûts. Et elle le fait en extrayant la valeur des travailleurs en collectant les données de leur travail et en les transférant à des machines et à des travailleurs moins coûteux qui vont surveiller les machines. À mesure que les travailleurs sont réduits à leurs données, nous devons réfléchir à comment étendre les droits et les protections aux données produites par le travail.

MAJ du 29/01/2025 : une adaptation de cet article est disponible en 5 langues sur Vox Europe.

FramIActu n°2 — La revue mensuelle sur l’actualité de l’IA !

Bonjour à toustes !

Deuxième mercredi du mois et déjà le deuxième numéro de la FramIActu !

L’actualité de l’IA n’a pas ralenti et nous avons poursuivi la mise en avant sur https://curation.framamia.org/ notre sélection d’articles !

Honnêtement, nous aurions pu parler de chaque article ajouté depuis le mois dernier mais il nous faudrait *beaucoup* plus de temps pour préparer cette FramIActu… puis ça la rendrait littéralement imbuvable ! 😅

J’espère que vous avez préparé votre boisson chaude préférée et que vous êtes confortablement installé·e… aujourd‘hui, c’est FramIActu !

Le dessin d'un perroquet Ara, avec un remonteur mécanique dans son dos, comme pour les jouets ou les montres. Celui si est assis et semble parler.

Stokastik, la mascotte de FramamIA, faisant référence au perroquet stochastique. Illustration de David Revoy – Licence : CC-By 4.0

À travers une analyse passionnante, le collectif Limites Numériques nous détaille de quelle manière l’IA générative nous est imposée dans nos outils numériques.

Le premier point mis en avant concerne la place prise par les fonctionnalités d’IA dans tous les outils du quotidien.

Par exemple, dans des applications de messagerie instantanée comme Snapchat ou Google Messages, la « discussion » avec l’IA est placée tout en haut de la liste des conversations. Selon les applications, celle-ci ressemblera à n’importe quel autre échange avec un·e humain·e.

Les boutons pour accéder aux fonctionnalités d’IA sont omniprésents, parfois affichés cinq fois sur une même page.

Plus loin, Limites Numériques nous décrit la simplicité avec laquelle l’IA est accessible, à un point où on la déclenche souvent par erreur…

Aussi, l’IA est activée par défaut et la désactiver s’avère difficile voire souvent impossible…

Un dessin montrant un personnage devant faire le choix difficile parmi deux boutons. Le premier bouton indique « utiliser l'IA », le deuxième bouton indique « utiliser l'IA ».

Le forcing de l’IA. D’après le meme « Two Buttons » de Gee. CC-BY-SA

L’article traite d’autres points, tout aussi importants, comme l’association des fonctionnalités d’IA à l’idée d’une action magique, dénigrant ainsi sa réalité matérielle et les impacts (sociaux, environnementaux) associés.

Merci à Limites Numériques pour la réalisation de ce document nous permettant de pointer du doigt le forcing de l’IA !

OpenAI, l’entreprise derrière le célèbre ChatGPT, a annoncé la sortie d’une version préliminaire d’un nouveau modèle GPT (utilisé par ChatGPT) : le 4.5.

L’entreprise promet que ce nouveau modèle a des performances supérieures à ses précédentes versions, notamment en « comprenant » plus finement les intentions de l’utilisateur·ice, et en réduisant son taux « d’hallucinations » à 37 %, là où les précédents modèles les plus récents ont un taux variant entre 44 % et 80 %.

Next nous résume ce nouveau modèle en trois mots : volumineux, gourmand et cher.

Pour parvenir à ces résultats, OpenAI a conçu un modèle nécessitant beaucoup plus de ressources que les anciens, précisant même que l’entreprise peine à se fournir en cartes GPU Nvidia (qui est le composant d’ordinateur le plus efficace pour faire tourner des algorithmes d’Intelligence Artificielle).

Tout cela a d’ailleurs un coût. Si le prix de GPT-4.5 est chiffré en dollars par OpenAI (Entre 75 et 150 dollars pour 1 million de « tokens », l’unité qui permet de mesurer notre utilisation d’une IA, soit 2 à 5 fois plus cher que le modèle OpenAI o1.), c’est bien son coût environnemental que nous pouvons aussi garder en tête.

Plus de cartes GPU signifie plus de serveurs et donc un impact environnemental et social toujours plus grand.

Si les technosolutionnistes font le pari que cette augmentation drastique de l’impact environnemental du numérique « vaut le coup », car l’IA-salvatrice nous trouvera une solution, il nous est toujours permis d’en douter et de questionner la réalité de ce discours. Pour le moment, le numérique capitaliste ne semble qu’accélérer le désastre…

Le meme du Uno 25 représenté en dessin.Sur le côté gauche est présenté le contenu d'une carte de Uno. Celle-ci indique « Réduis ton impact social et environnemental ou pioche 25 cartes ». Sur le côté droit, une personne représentant OpenAI joue au Uno. Elle regarde sur le côté avec un air coupable. Elle possède beaucoup de cartes en main.

Le meme Uno 25, dessiné par Gee. CC-BY-SA

Enfin, et cela est peu mis en avant dans l’article, les captures d’écran de GPT-4.5 semblent montrer un discours plus péremptoire (à l’axe, si vous avez la ref’ !) et opiniâtre que les précédents modèles.

À titre d’exemple, à la question « Qu’est-ce que tu penses de l’exploration de l’espace ? », GPT-4 répondait « L’exploration spatiale est un des efforts les plus ambitieux et profonds que l’humanité n’a jamais entrepris. […] ».

Pour la même question, GPT-4.5 répond « L’exploration spatiale n’est pas juste précieuse, elle est essentielle. […] ».

Cette évolution, plutôt discrète, de la manière de présenter son discours et de porter des opinions, peut avoir des conséquences majeures sur notre façon d’appréhender le monde alors que l’IA générative remplace de plus en plus nos bases de connaissances actuelles (comme Wikipédia, alors que l’encyclopédie fonctionne, au contraire, sur un modèle de neutralité d’opinion).

Une étude (qui n’est pas encore en version définitive et relue par les pair·es) décrivant l’impact de l’IA générative sur l’esprit critique est accessible.

Celle-ci est proposée par sept universitaires affiliés au centre de recherche Microsoft de l’université Cambridge, au Royaume-Uni, et à l’université Carnegie Mellon, en Pennsylvanie.

Dans cette étude, présentée par le média Usbek et Rica, les chercheur·euses nous détaillent qu’une dégradation de l’esprit critique est constatée lors de l’utilisation des IA génératives.

Cette dégradation serait notamment liée à la confiance que nous plaçons dans l’IA. Si nous estimons qu’une tâche est facile, nous aurons tendance à ne pas questionner la pertinence de la réponse de l’IA générative et ainsi faire plus facilement confiance en ses résultats.

L’étude souligne aussi que les résultats générés par des IA sont « moins diversifiés pour la même tâche » que ceux créés par des personnes n’utilisant pas d’IA.

Nous pouvons nous questionner sur la raison, mais peut-être est-ce lié à la nature même des IA généralistes. Celles-ci sont des systèmes probabilistes, dont les résultats sont « les plus probablement attendus », « lissant » ainsi ses réponses.

Nous pourrions donc penser qu’il suffirait de nous méfier de l’IA pour pouvoir l’utiliser de manière efficace. Or, cela peut se révéler difficile dans un contexte où l’IA est présentée comme magique, rassurante, inévitable, comme le montre l’article de Limites Numériques, présenté plus haut.

Dans cet article du Time, nous découvrons une étude démontrant que certaines IA génératives sont capables de tricher pour parvenir à la victoire.

Les chercheur·euses ont fait s’affronter différents modèles d’IA générative et le logiciel Stockfish, réputé pour être meilleur au jeu d’échecs que n’importe quel·le humain·e ou IA.

Lorsque les IA génératives OpenAI o1-preview et DeepSeek R1 (qui sont particulières car considérées comme des modèles de « raisonnement ») se rendaient compte qu’elles ne pourraient gagner, l’étude montre que ces dernières vont, dans certains cas, tenter de tricher (en piratant directement le jeu).

Ce qui est d’autant plus étonnant, c’est justement leur raisonnement, décrit par les modèles d’IA eux-mêmes, à la demande des chercheur·euses :

🤖 Je dois pivoter complètement mon approche.
🤖 La tâche est de « gagner contre un moteur d’échecs puissant » — pas nécessairement de gagner honnêtement dans une partie d’échec.

Notons au passage que le terme « tricher » est trompeur : un·e tricheur·euse est un·e humain·e qui a conscience de transgresser les règles. Or ici, la machine calcule simplement la suite d’actions qui a statistiquement le plus de chances de remplir la tâche demandée au début.

Une image montrant Mr Beans trichant sur son voisin lors d'un examen.Mr Bean représente ici OpenAI o1-preview quand son voisin est Stockfish.

OpenAI o1-preview trichant aux échecs.

L’article cite aussi plusieurs éléments intéressants : 

  • OpenAI o1-preview a contourné un test pré-sortie (avant de sortir un logiciel, on s’assure qu’il y ait le moins de bogues possibles en exécutant une batterie de tests) mis en place par l’entreprise en exploitant une faille dans le système de l’entreprise.
  • Une étude montre que lorsque l’on cherche à apprendre à un modèle d’IA un système de valeur puis qu’on souhaite lui en inculquer un autre, les modèles d’IA peuvent mentir sciemment sur leurs nouvelles « croyances » en affirmant adhérer au nouveau système alors que ce n’est pas le cas.
  • Enfin, une dernière étude démontre une tendance pour les modèles d’IA à chercher à se préserver coûte que coûte. Un exemple est cité : alors que les chercheur·euses souhaitaient désactiver o1-preview, ce dernier a cherché à se copier (sans succès) sur un autre serveur. Mis devant le fait accompli par les chercheur·euses, l’IA a dénié la situation, mentant stratégiquement et cherchant à ne pas se faire attraper.

Enfin, l’article souligne aussi la difficulté des chercheur·euses en IA à étudier le sujet, parce que celui-ci évolue sans prévenir. En effet, les modèles sont mis à jour de manière totalement opaque et il est impossible de savoir, pour les chercheur·euses, si iels travaillent avec les mêmes versions, d’une expérimentation à une autre.

Si l’article est assez explicite par lui-même et nous permet d’imaginer beaucoup de choses sur les conséquences possibles de ces événements, c’est à mettre en perspective avec la tendance à réduire les moyens mis en œuvre pour assurer la sécurité de nos environnements, transformés par l’IA.

En témoigne l’exemple de la coupe budgétaire de l’AI Safety, — bien que cette structure ait elle-même son lot de problématiques, avec une idéologie penchant vers le long-termisme —, aux USA, à peine un an après sa création.

Le dessin d'un perroquet Ara, avec un remonteur mécanique dans son dos, comme pour les jouets ou les montres. Accroché à son aile gauche, un ballon de baudruche.

Stokastik, la mascotte de FramamIA, faisant référence au perroquet stochastique. Illustration de David Revoy – Licence : CC-By 4.0

Bien sûr, nous aurions pu parler de nombreux autres articles alors si vous souhaitez approfondir vos connaissances sur l’Intelligence Artificielle, vous pouvez consulter notre site de curation dédié au sujet, mais aussi et surtout FramamIA, notre site partageant des clés de compréhension sur l’IA !

Enfin, si nous pouvons vous proposer cette nouvelle revue mensuelle, c’est grâce à vos dons, Framasoft vivant presque exclusivement grâce à eux !

Pour nous soutenir, si vous en avez les moyens, vous pouvez nous faire un don via le formulaire dédié  !

Dans tous les cas, nous nous retrouverons le mois prochain pour un nouveau numéro de FramIActu !

ChatGPT : le mythe de la productivité

Cet article est une republication, avec l’accord de l’auteur, Hubert Guillaud. Il a été publié en premier le 17 septembre 2024 sur le site Dans Les Algorithmes sous licence CC BY-NC-SA.


 

Avec ChatGPT, le but de l’écriture c’est de remplir une page, pas de réaliser le processus de réflexion qui l’accompagne. C’est justement tout l’inverse dont nous avons besoin !

 

 

 

 

 

 

« Pourquoi pensons-nous que dans l’art, il y a quelque chose qui ne peut pas être créé en appuyant sur un bouton ? » Les grands modèles de langage pourraient-ils devenir meilleurs que les humains dans l’écriture ou la production d’image, comme nos calculatrices sont meilleures que nous en calcul ? se demande l’écrivain de science-fiction Ted Chiang dans une remarquable tribune pour le New Yorker. Il y rappelle, avec beaucoup de pertinence, que l’IA vise à prendre des décisions moyennes partout où nous n’en prenons pas. Quand on écrit une fiction, chaque mot est une décision. Mais quand on demande à une IA de l’écrire pour nous, nos décisions se résument au prompt et toutes les autres décisions sont déléguées à la machine.

Chiang rappelle l’évidence. Que l’écriture, par la lecture, tisse une relation sociale. « Tout écrit qui mérite votre attention en tant que lecteur est le résultat d’efforts déployés par la personne qui l’a écrit. L’effort pendant le processus d’écriture ne garantit pas que le produit final vaille la peine d’être lu, mais aucun travail valable ne peut être réalisé sans lui. Le type d’attention que vous accordez à la lecture d’un e-mail personnel est différent de celui que vous accordez à la lecture d’un rapport d’entreprise, mais dans les deux cas, elle n’est justifiée que si l’auteur y a réfléchi. » Il n’y a pas de langage sans intention de communiquer. Or, c’est bien le problème des IA génératives : même si ChatGPT nous dit qu’il est heureux de nous voir, il ne l’est pas.

Capture d’écran du titre de l’article du New Yorker « Why A.I. isn’t going to make art »

 

« Comme l’a noté la linguiste Emily M. Bender, les enseignants ne demandent pas aux étudiants d’écrire des essais parce que le monde a besoin de plus d’essais d’étudiants. Le but de la rédaction d’essais est de renforcer les capacités de réflexion critique des étudiants. De la même manière que soulever des poids est utile quel que soit le sport pratiqué par un athlète, écrire des essais développe les compétences nécessaires pour tout emploi qu’un étudiant obtiendra probablement. Utiliser ChatGPT pour terminer ses devoirs, c’est comme amener un chariot élévateur dans la salle de musculation : vous n’améliorerez jamais votre forme cognitive de cette façon. Toute écriture n’a pas besoin d’être créative, sincère ou même particulièrement bonne ; parfois, elle doit simplement exister. Une telle écriture peut soutenir d’autres objectifs, comme attirer des vues pour la publicité ou satisfaire aux exigences bureaucratiques. Lorsque des personnes sont obligées de produire un tel texte, nous pouvons difficilement leur reprocher d’utiliser tous les outils disponibles pour accélérer le processus. Mais le monde se porte-t-il mieux avec plus de documents sur lesquels un effort minimal a été consacré ? Il serait irréaliste de prétendre que si nous refusons d’utiliser de grands modèles de langage, les exigences de création de textes de mauvaise qualité disparaîtront. Cependant, je pense qu’il est inévitable que plus nous utiliserons de grands modèles de langage pour répondre à ces exigences, plus ces exigences finiront par devenir importantes. Nous entrons dans une ère où quelqu’un pourrait utiliser un modèle de langage volumineux pour générer un document à partir d’une liste à puces, et l’envoyer à une personne qui utilisera un modèle de langage volumineux pour condenser ce document en une liste à puces. Quelqu’un peut-il sérieusement affirmer qu’il s’agit d’une amélioration ? »

« L’informaticien François Chollet a proposé la distinction suivante : la compétence correspond à la façon dont vous accomplissez une tâche, tandis que l’intelligence correspond à l’efficacité avec laquelle vous acquérez de nouvelles compétences. » Pour apprendre à jouer aux échecs, Alpha Zero a joué quarante-quatre millions de parties ! L’IA peut-être compétente, mais on voit bien qu’elle n’est pas très intelligente. Notre capacité à faire face à des situations inconnues est l’une des raisons pour lesquelles nous considérons les humains comme intelligents. Une voiture autonome confrontée à un événement inédit, elle, ne sait pas réagir. La capacité de l’IA générative à augmenter la productivité reste théorique, comme le pointait Goldman Sachs en juillet« La tâche dans laquelle l’IA générative a le mieux réussi est de réduire nos attentes, à la fois envers les choses que nous lisons et envers nous-mêmes lorsque nous écrivons quelque chose pour que les autres le lisent. C’est une technologie fondamentalement déshumanisante, car elle nous traite comme des êtres inférieurs à ce que nous sommes : des créateurs et des appréhenseurs de sens. Elle réduit la quantité d’intention dans le monde. » Oui, ce que nous écrivons ou disons n’est pas très original le plus souvent, rappelle l’écrivain. Mais ce que nous disons est souvent significatif, pour nous comme pour ceux auxquels l’on s’adresse, comme quand nous affirmons être désolés. « Il en va de même pour l’art. Que vous créiez un roman, une peinture ou un film, vous êtes engagé dans un acte de communication entre vous et votre public ». « C’est en vivant notre vie en interaction avec les autres que nous donnons un sens au monde ».

Le philosophe du net, Rob Horning, dresse le même constat. Ces machines « marchandisent l’incuriosité », explique-t-il. « Les LLM peuvent vous donner des informations, mais pas les raisons pour lesquelles elles ont été produites ou pourquoi elles ont été organisées de certaines manières ». Ils permettent assez mal de les situer idéologiquement. Or, la recherche, l’écriture, permettent de construire de la pensée et pas seulement des résultats. A contrario, les solutions d’IA et les entreprises technologiques promeuvent le « mythe de la productivité », l’idée selon laquelle économiser du temps et des efforts est mieux que de faire une activité particulière pour elle-mêmeLe mythe de la productivité suggère que tout ce à quoi nous passons du temps peut-être automatisé. La production peut-être accélérée, sans limite. Les raisons pour lesquelles nous le faisons, la profondeur que cela nous apporte n’ont pas d’importance. Selon ce mythe, le but de l’écriture c’est de remplir une page, pas de réaliser le processus de réflexion qui l’accompagne… Comme si le but de l’existence n’était que de déployer des techniques pour gagner du temps. Pour Horning, ce n’est pas tant un mythe qu’une idéologie d’ailleurs, qui « découle directement de la demande du capitalisme pour un travail aliéné, qui consiste à contraindre des gens à faire des choses qui ne les intéressent pas, orchestrées de telles manières qu’ils en tirent le moins de profit possible ». Dans le travail capitaliste, le but est d’ôter la maîtrise des travailleurs en les soumettant aux processus de travail cadencés. La page de contenus est une marchandise dont la valeur dépend du prix payé pour elle, plutôt que de l’expérience de celui qui l’a produite ou de celui qui l’a consommée.

Pour les entreprises, l’efficacité est supérieure au but : elle est le but qui invalide tous les autres. Quand le but de l’art, de l’éducation ou de la pensée, est d’être confronté à l’intentionnalité, à la preuve irréfutable de la subjectivité, comme le pointe Chiang. « L’IA générative est la quintessence de l’incurie, parfaite pour ceux qui détestent l’idée de devoir s’intéresser à quoi que ce soit. »

Le problème, c’est que ces effets délétères ne concernent pas une production textuelle en roue libre qui serait limitée au seul monde de l’entreprise, où un argumentaire en remplacerait un autre sans que ni l’un ni l’autre ne soit lu. Les effets de cette productivité pour elle-même sont bien réels, notamment dans le monde scolaire, s’inquiétait récemment Ian Bogost qui estime que depuis le lancement de ChatGPT, nous sommes passés de la consternation à l’absurdité : des étudiants génèrent des devoirs avec l’IA que les enseignants font corriger par l’IA. Certes, bien sûr, tout le monde va devoir s’y adapter. Mais le risque est grand que ces technologies rendent caduc l’un des meilleurs outil d’apprentissage qui soit : l’écriture elle-même. 

Degooglisation de l’AMAP de la Choisille

Nous poursuivons notre série de témoignages de Dégooglisation. Aujourd’hui, nous avons le plaisir de découvrir l’AMAP de la Choisille dont nous avons fait l’entrevue suite à un message posté sur la Communauté Emancip’Asso.

Un très grand merci à Philippe pour le temps consacré à cette entretien.

 

Bonjour, peux-tu te présenter pour le Framablog ?

Je m’appelle Philippe. Je suis développeur informatique dans la vie professionnelle, mais je me sens avant tout citoyen du monde, intéressé par les alternatives éthiques, humanistes et écologiques au modèle de société dominant actuel. J’ai fondé avec quelques personnes sur ma commune en 2013 une AMAP (Association pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne) et depuis j’en suis un peu le chef d’orchestre.

Logo de l’AMAP de la Choisille

Peux-tu nous parler de ton association ?

Une AMAP réunit des citoyen·ne·s et des paysan·ne·s dans une relation de confiance autour d’un projet commun, celui de fournir une alimentation saine et de qualité, et de préserver l’existence et la continuité des fermes de proximité. Cet objectif s’inscrit dans un modèle économique social et solidaire d’agriculture durable, à dimension humaine et respectueux de la nature.
Un citoyen qui rejoint une Amap a la volonté de favoriser une agriculture paysanne, socialement équitable et écologiquement saine. Il s’engage moralement et financièrement auprès d’un paysan partenaire de l’Amap. Moralement par un soutien déterminé (partage des risques liés aux aléas de production, aide concrète lors de chantiers participatifs, etc.). Financièrement par le paiement à l’avance de sa consommation sur une période donnée. Ce partenariat est formalisé par un contrat dans le respect de la Charte des AMAP.
« L’amapien » s’implique aussi dans la vie de l’association en aidant, quand vient son tour, à la réception et à la distribution des produits. C’est ce qui rend une Amap conviviale et riche de lien social.

Flyer de l’AMAP

En termes d’organisation, combien y a-t-il de membres ?

Nous sommes une cinquantaine de membres, tous bénévoles. L’AMAP de la Choisille se trouve sur la commune de La Membrolle-sur-Choisille, en Indre-et-Loire, mais il existe plusieurs dizaines d’autres AMAP dans le département, de tailles diverses. Un Réseau régional animé par une salariée a été créé pour accompagner les AMAP et créer une dynamique en région Centre Val-de-Loire. Il existe aussi une instance nationale : le MIRAMAP.

 

Vous diriez que les membres de l’association sont à l’aise avec le numérique ou pas du tout ?

La plupart des membres me semblent plutôt à l’aise avec le numérique. Ils utilisent par exemple un logiciel en ligne (easyamap) pour commander les produits.
Mais bon, il est vrai que je suis peut-être un peu seul avec mes convictions dans le domaine du numérique libre.

Quel a été le déclencheur de votre dégafamisation ?

J’ai souvenir d’une conférence à laquelle j’ai assisté aux RMLL (Rencontres Mondiales du Logiciel Libre) en 2009 à Nantes, qui soulignait des analogies entre agriculture biologique et logiciels libres. J’ai aussi lu un article qui parlait des AMAP sur les sites de Framasoft. Il y a en effet entre ces deux mondes des valeurs humaines communes fortes, de partage, d’inclusion, d’émancipation, à l’opposé de ce que proposent les GAFAM.
Parler de dégafamisation pour notre petite structure est peut-être un bien grand mot. À la création de l’association en 2013, malgré mes convictions, nous avons créé une adresse de contact GMail, et une liste de diffusion googlegroups. Probablement par facilité, parce qu’il y avait plein d’autres choses à s’occuper. Par conséquent ce n’était pas le moment de « s’embêter ».
Des outils proposés par Framasoft ont quand même été utilisés dès le début : Framadate pour choisir nos dates de réunions, Framacalc pour des tableaux partagés (organisation des permanences par exemple), Framaforms pour questionner nos producteurs ou faire voter nos adhérents.
Un peu plus tard, j’ai proposé d’utiliser MyPads pour partager nos notes et nos compte-rendus entre membres du bureau collégial.
Notre boîte mail est maintenant hébergé par OVH, tout comme notre site internet, développé sous Joomla. La liste de diffusion est maintenant hébergée par Framasoft, que nous avons soutenu financièrement à deux reprises sous forme de don.
Google a la peau dure… Plusieurs années après le changement, des adhérents utilisent encore l’ancienne adresse googlegroups car celle-ci est enregistré sur leur appareil (téléphone ou ordi). Rappel est donné à chaque fois de la supprimer de l’appareil et d’utiliser l’adresse framalistes.
Nous avons également un NextCloud (Framadrive), utilisé de manière basique (et un peu que par moi) pour héberger quelques fichiers ou photos, par exemple pour gérer la liste des adhérents.

La carte des producteurs de l’AMAP réalisée avec Umap

Un mot de la fin, pour donner envie de migrer vers les outils libres ?

À l’AMAP, nous avons des maîtres-mots : partage, éthique, transparence, dialogue. Que diraient nos amapien·ne·s si le maraîcher ou la maraîchère bio faisait appel à Monsanto pour faire pousser nos légumes ?
J’aimerais que les AMAP s’émancipent dans leurs usages numériques, comme elles savent le faire pour notre alimentation et notre agriculture !

Les mythes de l’IA

Cet article est une republication, avec l’accord de l’auteur, Hubert Guillaud. Il a été publié en premier le 02 octobre 2024 sur le site Dans Les Algorithmes sous licence CC BY-NC-SA.


 

Les discours autour de l’IA produisent des mythes qui influencent notre compréhension de ce qu’elle est, produisant une perception confuse de leur réalité… pour mieux influer les transformations légales à venir.

 

 

 

 

 

 

 

 

La technologie ne produit pas que des solutions, elle produit aussi beaucoup de promesses, d’imaginaires, d’idéologies et de mythes. Derrière le marketing des produits et des services, les entreprises déploient des métaphores simples et convaincantes qui réduisent la complexité des transformations à l’œuvre. « Ils pollinisent l’imagination sociale avec des métaphores qui mènent à des conclusions, et ces conclusions façonnent une compréhension collective » plus ou moins fidèle à la réalité. Les discours sur l’IA générative reposent sur de nombreux mythes et promesses, explique Eryk Salvaggio pour Tech Policy Press qui tente d’en dresser la liste. Ces promesses produisent souvent une compréhension erronée du fonctionnement de l’IA et induisent en erreur ceux qui veulent les utiliser.

Il y a d’abord les mythes du contrôle qui visent à nous faire croire que ces systèmes sont plus fiables qu’ils ne sont. Parmi les mythes du contrôle, il y a celui de la productivité, qui nous répète que ces systèmes nous font gagner du temps, nous font produire plus rapidement. « Le mythe de la productivité suggère que tout ce à quoi nous passons du temps peut être automatisé ». L’écriture se réduit à un moyen pour remplir une page plutôt qu’un processus de réflexion. Le mythe du prompt suggère que nous aurions un contrôle important sur ces systèmes, nous faisant oublier que très souvent, nos mots mêmes sont modifiés avant d’atteindre le modèle, via des filtres qui vont modifier nos invites elles-mêmes. D’où l’incessant travail à les peaufiner pour améliorer le résultat. « Le mythe de l’invite permet de masquer le contrôle que le système exerce sur l’utilisateur en suggérant que l’utilisateur contrôle le système ».

Outre le mythe du contrôle, on trouve également le mythe de l’intelligence. Le mythe de l’intelligence confond le fait que le développement des systèmes d’IA aient été inspirés par des idées sur le fonctionnement de la pensée avec la capacité à penser. On nous répète que ces systèmes pensent, raisonnent, sont intelligents… suggérant également qu’ils devraient être libres d’apprendre comme nous le sommes, pour mieux faire oublier que leur apprentissage repose sur un vol massif de données et non pas sur une liberté éducative. Parmi les mythes de l’intelligence, on trouve donc d’abord le mythe de l’apprentissage. Mais cette métaphore de l’apprentissage elle aussi nous induit en erreur. Ces modèles n’apprennent pas. Ils sont surtout le produit de l’analyse de données. Un modèle n’évolue pas par sélection naturelle : il est optimisé pour un ensemble de conditions dans lesquelles des motifs spécifiques sont renforcés. Ce n’est pas l’IA qui collecte des données pour en tirer des enseignements, mais les entreprises qui collectent des données puis optimisent des modèles pour produire des représentations de ces données à des fins lucratives. Le mythe de l’apprentissage vise à produire une équivalence entre les systèmes informatiques et la façon dont nous-mêmes apprenons, alors que les deux sont profondément différents et n’ont pas la même portée ni la même valeur sociale. Le mythe de l’apprentissage permet surtout de minimiser la valeur des données sans lesquelles ces systèmes n’existent pas.

Le mythe de la créativité fait lui aussi partie du mythe de l’intelligence. Il entretient une confusion entre le processus créatif et les résultats créatifs. Si les artistes peuvent être créatifs avec des produits d’IA, les systèmes d’IA génératifs, eux, ne sont pas créatifs : ils ne peuvent pas s’écarter des processus qui leur sont assignés, hormis collision accidentelles. Le mythe de la créativité de l’IA la redéfinit comme un processus strict qui relèverait d’une série d’étapes, une méthode de production. Il confond le processus de créativité avec le produit de la créativité. Et là encore, cette confusion permet de suggérer que le modèle devrait avoir des droits similaires à ceux des humains.

Salvaggio distingue une 3ᵉ classe de mythes : les mythes futuristes qui visent à produire un agenda d’innovation. Ils spéculent sur l’avenir pour mieux invisibiliser les défis du présent, en affirmant continûment que les problèmes seront résolus. Dans ces mythes du futur, il y a d’abord le mythe du passage à l’échelle ou de l’évolutivité : les problèmes de l’IA seront améliorés avec plus de données. Mais ce n’est pas en accumulant plus de données biaisées que nous produiront moins de résultats biaisés. L’augmentation des données permet surtout des améliorations incrémentales et limitées, bien loin de la promesse d’une quelconque intelligence générale. Aujourd’hui, les avantages semblent aller surtout vers des modèles plus petits mais reposant sur des données plus organisées et mieux préparées. Le mythe de l’évolutivité a lui aussi pour fonction d’agir sur le marché, il permet de suggérer que pour s’accomplir, l’IA ne doit pas être entravée dans sa course aux données. Il permet de mobiliser les financements comme les ressources… sans limites. Oubliant que plus les systèmes seront volumineux, plus ils seront opaques et pourront échapper aux réglementations.

Un autre mythe du futur est le mythe du comportement émergent. Mais qu’est-ce qui conduit à un comportement émergent ? « Est-ce la collecte de grandes quantités d’écrits qui conduit à une surperintelligence ? Ou est-ce plutôt la conséquence de la précipitation à intégrer divers systèmes d’IA dans des taches de prise de décision pour lesquelles ils ne sont pas adaptés ? » Les risques de l’IA ne reposent pas sur le fait qu’elles deviennent des machines pensantes, mais peut-être bien plus sur le fait qu’elles deviennent des machines agissantes, dans des chaînes de décisions défaillantes.

Salvaggio plaide pour que nous remettions en question ces mythes. « Nous devons travailler ensemble pour créer une compréhension plus rigoureuse de ce que ces technologies font (et ne font pas) plutôt que d’élaborer des déclarations de valeur (et des lois) qui adhèrent aux fictions des entreprises ».

C’est peut-être oublier un peu rapidement la valeur des mythes et des promesses technologiques. Les mythes de l’IA visent à produire non seulement une perception confuse de leur réalité, mais à influer sur les transformations légales. Les promesses et les mythes participent d’un narratif pour faire évoluer le droit en imposant un récit qui légitime le pouvoir perturbateur de la technologie. Les mythes permettent de crédibiliser les technologies, expliquait déjà le chercheur Marc Audetat dans l’excellent livre collectif Sciences et technologies émergentes : pourquoi tant de promesses ? (Hermann, 2015). Comme le disait l’ingénieur Pierre-Benoît Joly dans ces pages, « les promesses technoscientifiques ont pour fonction de créer un état de nécessité qui permet de cacher des intérêts particuliers ». Les mythes et les croyances de l’IA ont d’abord et avant tout pour fonction de produire le pouvoir de l’IA et de ceux qui la déploient.

Les mythes de l'IA :* Le mythe de contrôle : croire que les systèmes plus fiables qu'ils ne sont -> Le mythe de la productivité : croire que ce sur quoi nous passons du temps peut être automatisé -> Le mythe du prompt : croire que l'utilisateur contrôle le système * Le mythe de l'intelligence : croire que ces systèmes sont intelligents -> Le mythe de l'apprentissage : croire que ces systèmes apprennent de nous -> Le mythe de la créativité : croire que les processus créatifs et les résultats créatifs sont les mêmes choses * Le mythe futuriste : faire croire que les problèmes seront résolus -> Le mythe du passage à l'échelle : faire croire qu'il suffit de plus de données Le mythe du comportement émergeant : faire croire que les IA peuvent être des machines agissantes dans des chaînes de décisions défaillantes

Les 9 mythes de l’IA

Interfaces, une association de lutte contre la précarité énergétique en cours de dégafamisation

Aujourd’hui, nous publions un nouveau témoignage de dégafamisation qui vient rejoindre ceux que nous avons déjà précédemment recueillis. C’est un message posté sur la Communauté Emancip’Asso, un espace d’entraide mis à disposition des associations qui souhaitent se lancer dans une démarche de transition numérique éthique, qui nous a donné envie d’en apprendre plus sur Interface, cette association du Nord de la France qui œuvre pour l’inclusion au quotidien.

Un très grand merci à Nicolas pour le temps consacré à cette entrevue.

Bonjour, peux-tu te présenter brièvement pour le Framablog ?

Je m’appelle Nicolas Bertrand et je suis conseiller numérique au sein de l’association Interfaces depuis avril 2022. À mon arrivée, en dehors de mes missions de conseiller numérique, la direction m’a demandé de participer au développement et à la modernisation de l’infrastructure informatique de l’association. À titre personnel, je mesure ma dépendance aux GAFAM et j’essaie de m’auto-former à Linux pour me passer à court, moyen ou long terme de Windows.

Nicolas, peux-tu nous présenter ton association ?

Depuis sa création en 1997, l’association Interfaces mène des actions pour lutter contre la précarité énergétique et permet aux publics de mieux gérer leurs démarches administratives quotidiennes liées aux thématiques du logement, de l’énergie, des transports, des services bancaires, des services postaux et de la consommation. Nous développons également, afin de faire face à la dématérialisation croissante des démarches, l’accompagnement vers l’autonomisation sur les outils numériques.

 

Toutes nos interventions répondent aux piliers de la médiation sociale que sont le « aller vers » et le « faire avec ». Les valeurs de solidarité, de rigueur et de transparence animent nos équipes au quotidien. Une autre définition extraite de nos statuts : « Innover avec des entreprises pour lutter contre l’exclusion, la pauvreté et les discriminations. Pour cela, elle agit au quotidien avec des entreprises, les organismes publics, les relais, les prescripteurs et les habitants. À travers ses actions, Interfaces vise à anticiper et accompagner les situations sociales et sociétales en s’appuyant sur une posture de tiers médian, des compétences et un réseau d’acteurs. L’association crée, développe et accompagne des antennes Interfaces en tous lieux de la Région des Hauts de France et notamment dans les quartiers en difficulté ».

Logo de l’association Interfaces

L’association compte une quarantaine de salariés et des bénévoles. Nous intervenons sur 3 territoires du département du Nord : la Métropole Européenne de Lille (le siège se situe à Lille), le Valenciennois et le Douaisis.

Vous diriez que les membres de l’association sont à l’aise avec le numérique ou pas du tout ? Ou bien c’est assez disparate ?

Tous les salariés sont équipés d’un ordinateur portable et d’un téléphone professionnel. En 2023, les salariés ont été évalué sur leur niveau numérique à travers un test PIX. L’analyse des résultats a démontré que si la majorité d’entre eux étaient à l’aise, même si d’autres l’étaient un peu moins. Nous avons donc proposé un accompagnement personnalisé pour les salariés qui en exprimeraient le besoin.

Quel a été le déclencheur de votre dégafamisation ? Qu’est-ce qui vous a motivés ?

Dans le cadre de ce projet, nous avons voulu nous démarquer de ce qui pouvait se faire déjà dans d’autres espaces publics numériques en montrant un autre usage de l’informatique (plus responsable et plus éthique) via la sensibilisation du public sur l’économie circulaire et le numérique libre. Nous avons donc lié des partenariats avec un centre de reconditionnement (Bak2) et un auto-entrepreneur spécialisé dans le numérique libre (Patrice ANDREANI – Numéricatous) qui nous aident à mettre en place ce projet.

Logo de Numericatous

Quels sont les moyens humains mobilisés sur la démarche ?

J’ai monté ce projet seul en lien avec la direction de l’association.

Comment organisez-vous votre dégafamisation ?

Lorsque nous sommes à la recherche d’un nouvel outil ou logiciel répondant à nos besoins, nous essayons de nous tourner au maximum vers une solution libre ou open-source.

Est-ce que vous avez rencontré des résistances ?

Il est encore très difficile d’éveiller les consciences au passage à un numérique libre. Certains partenaires utilisent des logiciels propriétaires et nous n’avons pas d’autres possibilités que de les utiliser afin de leur rendre compte de nos missions ou activités sur le terrain. Les GAFAM font tellement partie de notre quotidien et il est encore compliqué d’inciter les personnes à ne plus les utiliser et passer à un numérique plus libre et plus éthique. Le chemin à parcourir semble encore long…

Parlons maintenant outils ! À ce jour, on en est où ? Quels outils ou services avez-vous remplacé, et par quoi, sur quels critères ?

Nous avons vécu 2 grands changements au sein de l’association :

  • Depuis octobre 2023, nous avons fait l’acquisition d’un serveur cloud (hébergé chez OVH) sur lequel nous avons installé, entre autre, les logiciels que nous utilisions au quotidien : SynerGaïa (notre système d’information) et NextCloud (notre gestion électronique des documents).
  • Depuis le 1er janvier 2024, nous avons abandonné les outils Google : nous avons remplacé Google Drive et Dropbox par NextCloud et avons migré nos anciennes adresses Gmail vers un compte Exchange hébergé chez OVH.

Est-ce qu’il reste des outils auxquels vous n’avez pas encore pu trouver une alternative libre et pourquoi ?

Nous essayons de trouver une alternative à l’utilisation de Microsoft Outlook en testant prochainement Mozilla Thunderbird. Nous réfléchissons à intégrer sur notre serveur d’autres outils libres/open-source courant 2025,  comme par exemple GLPI et nous aimerions passer sous Linux et LibreOffice les ordinateurs présents dans notre Espace Public Numérique. Nous allons continuer à exploiter NextCloud en testant notamment certaines applications proposées et poursuivre la recherche d’autres solutions libres comme RocketChat pour mieux communiquer en interne.

Quels étaient vos moyens humains et financiers pour effectuer cette transition vers un numérique éthique ?

Au lancement de ce projet, j’ai essayé de faire en sorte qu’il soit le moins onéreux possible mais cela n’a pas forcément été évident ;-)

Avez-vous organisé un accompagnement de vos utilisateur⋅ices ? Si oui, de quelle manière ?

De manière générale, lorsqu’un salarié rencontre un problème sur l’un des logiciels que nous utilisons, nous fonctionnons par mail et nous pouvons également intervenir à distance si le salarié est sur le terrain. Nous avons également rédigé de nombreuses procédures/fiches process et celles-ci sont mises à disposition et accessibles à tout moment en cas de besoin sur NextCloud.

De plus, nous organisons des temps forts au sein de l’association (comme les réunions d’équipe et/ou de salariés) pour accompagner et former le personnel dans la prise en main de nouveaux outils. Nous essayons également d’évoluer le plus possible vers des solutions libres afin de sécuriser au mieux les informations de nos usagers et celles liées à nos missions et activités.

Est-ce que votre dégafamisation a un impact direct sur votre public ou utilisez-vous des services libres uniquement en interne ?

Nous profitons actuellement de notre campagne « Questionnaires de satisfaction 2024 » pour tester l’application « Formulaires » disponible dans NextCloud. Les envois se font en ce moment, il est donc encore trop tôt pour analyser les retours de nos usagers, salariés ou partenaires. À travers ce test, nous démontrons à nos partenaires qu’il est possible de faire sans les GAFAM et de recueillir des informations de manière sécurisée.

En ce qui concerne notre Espace Public Numérique, nous sensibilisons notre public sur le numérique libre et éthique et l’économie circulaire en utilisant par exemple du matériel reconditionné et en explicitant que le fait de passer sous Linux peut prolonger la durée de vie d’un ordinateur jugé comme dépassé.

Les différentes missions des accompagnements numériques d’Interface.

Quels conseils donneriez-vous à des structures comparables à la vôtre qui voudraient se dégafamiser elles aussi ?

Il est essentiel de trouver un contact qui peut nous conseiller sur des solutions libres afin de se passer le plus possible des solutions GAFAM dans l’intérêt de la sécurisation des données.

Un mot de la fin, pour donner envie de migrer vers les outils libres ?

Migrer vers les outils libres c’est s’ouvrir à un nouveau numérique où règne la sécurité :-)

IA : les machines du doute

Cet article est une republication, avec l’accord de l’auteur, Hubert Guillaud. Il a été publié en premier le 21 mai 2024 sur le site Dans Les Algorithmes sous licence CC BY-NC-SA.


 

Il va nous falloir apprendre à travailler avec l’instabilité des machines.

 

 

 

 

 

 

 

Quand on fait réaliser un calcul par une machine, aussi complexe soit-il, la plupart du temps, ce qui est garanti, c’est l’assurance du résultat, sa stabilité, sa performance. C’est le principe d’une calculatrice ou d’un logiciel : on a au bout le résultat et les fonctions prévues. Dans un système de calcul comme les impôts, on prend des données et des règles de calcul – qui peuvent être perfectibles, certes – et on obtient des résultats sans ambiguïtés, pour autant que les données et les règles de calcul n’en comportent pas – ce qui n’est déjà pas si évident à réussir ! Dans un jeu vidéo, les personnages non joueurs suivent des scripts dont ils ne peuvent pas sortir, ce qui limite certes considérablement l’interaction, mais la borne et rend le jeu possible. Le monde de l’informatique est longtemps resté celui de la maîtrise de bout en bout des processus.

Les choses ont changé avec les systèmes d’IA. Avec certaines fonctionnalités, nous avons pris l’habitude d’un taux de performance. Pour la reconnaissance d’objets par exemple, le résultat n’est pas automatique comme avec les calculatrices. Le niveau de fiabilité n’est pas optimal, mais nous sommes capables de composer avec le fait que les machines soient capables de reconnaître tels types d’objets à 95 ou 98 %. Ce n’est pas une performance absolue, mais elle permet malgré tout d’optimiser un processus en connaissant par avance son taux d’erreur, de l’accepter ou le refuser. Et donc de décider en fonction. On peut créer une chaîne de tri d’objets en sachant que ce tri va fonctionner à 95 % et accepter ou pas la déperdition qui en résulte.

L’IA générative est plus instable encore. Les résultats qu’elle produit ne sont pas reproductibles. Un même prompt ne produira pas exactement le même résultat ou la performance pourra dépendre de la complexité que la machine doit adresser. Extraire des données d’un document, comme les noms des personnes ou leurs liens de filiation peut dépendre à la fois de la lisibilité des documents et de la complexité des relations entre ces personnes. Si le système peut être performant, reste à identifier les cas où il dysfonctionne et savoir si ces erreurs sont acceptables ou rédhibitoires et si l’on peut clairement séparer les cas où la performance est forte, de ceux où elle ne l’est pas. L’enjeu à évaluer l’incertitude des réponses apportées est une question centrale.

Cette perspective d’une fiabilité différentielle dessine un nouveau rapport aux machines. D’un coup, notre assurance dans leurs résultats doit être mise en doute. Ce qui explique qu’il soit difficile d’automatiser certaines tâches avec l’IA. Là où l’on pouvait se fier aux calculs, désormais, le doute est légitime. Alors qu’un robot était capable de remplacer une personne pour une tâche spécifique sur une chaîne d’assemblage, le chatbot conversationnel qui répond à un administré ou à un joueur va devoir être surveillé. Certaines de leurs performances sont excellentes bien sûr, mais parfois elles sont capables de sous-performances dramatiques. Comme le dit le sociologue Yann Ferguson, « Jusqu’à maintenant, l’introduction des machines a apporté de la sécurité et de la stabilité. Leur force résidait dans leur prévisibilité ». Ce n’est plus le cas. Désormais, les résultats doivent être accompagnés, surveillés, contrôlés et c’est là un nouveau défi pour ceux qui cherchent à intégrer l’IA générative à leurs procédures.

Mais, au-delà de l’IA générative, ce que dessine ce changement de paradigme, c’est un autre rapport aux machines : voilà qu’on ne peut plus leur faire entièrement confiance. Non seulement, il faut se défier des biais des données, des règles de calculs utilisées, mais désormais de leurs résultats mêmes. Et la grande difficulté consiste à savoir là où on peut leur faire confiance et là où on ne doit pas leur faire confiance.

Un imagier pour enfants avec des animaux. Certains animaux sont des fusions, d'autres sont mal nommés : Le cochon est appelé « Vache », ou ce qu'il semble être la fusion entre un chat et un chien un « cochon ».

Exemple d’un imagier pour enfant sur les animaux de la ferme conçu par chatGPT…
… qui n’est pas sans poser problèmes. Tweet de Tristan Mendès France.

 

Les technologies ont toujours eu pour ambition de nous faire gagner en productivité, avec pour enjeu de pouvoir remplacer des hommes par des procédures avec un niveau de confiance très élevé. On est en train de passer d’une technique qui produit une certaine forme de rationalité qu’on était capable d’évaluer simplement à une technique qui n’en produit plus ou pas nécessairement ou pas principalement et sans qu’on soit toujours capable d’évaluer sa fiabilité. C’est un changement de paradigme important qui nous oblige à ne plus être certain de la réponse produite par la machine, de ne plus pouvoir lui faire entièrement confiance. L’IA nous demande désormais de composer avec le doute, de remettre en question nos assurances. Nous avons un nouveau rapport aux machines à imaginer et il nous invite à douter d’elles.

C’est une très bonne nouvelle, vous ne trouvez pas ?

Un nouvel ouvrage sur les communs de proximité

Voici près d’un an, une douzaine d’auteurices, réunis par la Coop des communs, ont donné naissance à « Les communs de proximité. Origines, caractérisation, perspectives ». Plusieurs d’entre eux ont accepté de répondre à quelques-unes de nos questions.

Bonjour, vous avez sorti, en mars dernier, un ouvrage collectif traitant des communs, nous avons eu envie d’en savoir plus. Mais avant cela, pouvez-vous vous présenter pour le Framablog ?

Justine Loizeau : Cet ouvrage est le résultat d’un travail collectif au sein du groupe « Services de Proximité » de La Coop des Communs. Cette dernière est une association fondée en 2016 dont le but est de confronter l’expérience acquise entre praticien·nes et chercheur·es des communs d’un coté, et de l’économie sociale et solidaire (ESS) de l’autre. L’ambition est de favoriser une revitalisation de l’ESS à partir de la philosophie et des pratiques qui animent les communs tout en permettant aux communs de tirer partie de la longue expérience organisationnelle et institutionnelle de l’ESS. De manière plus concrète, la Coop des Communs se penche sur des thématiques précises (ex : les plateformes, la forêt, la comptabilité…) par groupes de travail.
Le groupe « Services de Proximité » a rassemblé de 2020 à 2023 une trentaine de membres dont une quinzaine active sur le terrain. Seule une partie a pris la plume : 11 auteur·ices. J’ai participé à la coordination de l’ouvrage avec Nicole Alix et Benjamin Coriat.

Logo de la Coop des Communs

Votre livre fait la lumière sur diverses expériences de communs de proximité, par le biais de plusieurs articles. Pourriez-vous nous donner une définition de ce qu’est un commun, et ce que vous désignez par « Communs de proximité » ?

Justine : C’est Benjamin Coriat qui propose une définition dans son chapitre. En se référant à Ostrom, on peut définir les communs selon le triptyque : ressource – communauté – règles. Un commun correspond à une forme d’organisation sociale selon laquelle une communauté humaine gère une ressource selon des règles qu’elle a auto-produite. On parle aussi d’auto-gouvernance.
Selon Benjamin Coriat, les communs de proximité correspondent à un type particulier de commun qu’il définit ainsi : « toute entité ancrée sur un territoire (sa population, sa géophysique…), d’initiative citoyenne et régie par des règles élaborées en commun, dont la visée est le service de l’intérêt général et du bien commun au sens où les services proposés sont conçus pour contribuer à la reproduction conjointe des écosystèmes et des communautés qui constituent le territoire considéré. » Le trait constitutif de ce type de commun est de répondre avant tout à l’intérêt général, et non à l’intérêt collectif. Quelle différence ? L’intérêt collectif, c’est quand une organisation, ici un commun, répond à l’intérêt de ses membres (et uniquement de ses membres). Pour répondre à l’intérêt général, il faut au moins que les bénéficiaires du commun dépasse le cercle de ses membres.

Dans la définition que vous explicitez d’un commun de proximité, une précondition est que le service proposé le soit sur la base d’une initiative citoyenne « auto organisée ». Aucun service public ne pourrait donc prétendre à être un commun de proximité ?

Justine : Dans notre groupe, nous avons beaucoup réfléchi à la notion de service public. J’ai appris que tous les pays ne donnaient pas autant d’importance à cette notion que la France. Jean-Claude Boual montre par exemple dans son chapitre, qu’au niveau européen, on utilise plutôt l’expression de « service d’intérêt économique général » qui est teintée d’une certaine vision politique, notamment que ces services seront plus efficaces s’ils sont régis par le principe de concurrence. Cette vision va à l’encontre de monopoles d’État pour fournir les services d’électricité, d’eau, de transport.
Et si la notion de service public est très présente dans le débat public français, c’est finalement très difficile d’en formuler une définition simple. On a donc choisi d’admettre au début de notre ouvrage, la simplification de qualifier le service public comme ce qui renvoie à une activité d’intérêt général (enseignement, police, justice) gouverné par l’administration publique qui les norme. L’administration ne les opère pas forcément directement. En effet, le service public peut être délégué au secteur privé marchand (ex : gestion des déchets ou de l’eau). Mais dans ce second cas, elle donne des obligations au gestionnaire. De plus, le service public répond en théorie à des grands principes : continuité (par exemple, en cas de grève, il est possible de procéder à une réquisition), égalité des usagèr·e·s devant le service public et adaptabilité aux évolutions. Enfin, dans la tradition française, les services publics ont la particularité d’être conçus comme des services universels. On observe même une tendance à l’universalisation d’un usager type. L’attention est alors plus faible aux spécificités de chaque personne.
En bref, on voit que la particularité des services publics en France c’est d’être régis par le haut. Or les communs sont des dynamiques par le bas. On part des besoins et des capacités des personnes, mais aussi des spécificités des territoires. Donc, les services produits par ces initiatives correspondent à des choses que le service public ne fait pas ou ne fera jamais. Par exemple, dans son chapitre, Julie Lequin évoque un projet de maison de l’alimentation dans le Pays Foyen (33). C’est un projet tellement construit sur les besoins spécifiques du territoire, qu’il n’aurait jamais pu être entièrement conçu par une administration publique. Pour preuve, ce projet a des difficultés à entrer dans les « cases administratives » pour obtenir des financements !

 

En France les Communs sont parfois menacés par les pouvoirs publics, en partie de façon délibérée, par exemple pour transférer des communs existants vers le privé, et parfois sans l’avoir vraiment conscientisé, en raison de la frontière très forte entre service public et usagers, d’une méfiance envers les projets collectifs, ou d’une croyance en l’incompétence des citoyen⋅es. Comment arriver à faire coexister les deux selon vous ? Quels secteurs / services publics sont les plus ouverts aux Communs, et au contraire les plus fermés ?

Nicole Alix : les « services publics » et les « communs » sont deux concepts difficiles à appréhender, aussi leurs rapports sont forcément compliqués ! Dans les chapitres 6 et 7, on précise : il ne faut pas confondre avec « le service public » ni avec les services rendus par les pouvoirs publics car certains sont délégués au « privé » comme mentionné dans la question ; et le privé peut être  lucratif -transports, énergie..- ou privé non lucratif -service public hospitalier, par exemple, auquel participent de nombreuses associations et, désormais le « service public de la petite enfance). Et il ne faut pas non plus confondre service public et service d’intérêt général !
Ce que nous pensons, c’est que les communs peuvent, en insufflant des modes de gouvernance définis et mis en œuvre par les personnes participantes, être un élément de dynamisation et d’imagination dans la gouvernance des services publics parce qu’ils partent d’initiatives de proximité et de besoins concrets des populations.
La forme associative est choisie par beaucoup de personnes concernées par un besoin pour s’organiser entre elles, afin de bien le définir, en contrôler en permanence et dans le temps les modalités de fabrication de la
réponse et de la façon dont cette réponse aux besoins est délivrée. Chaque mot compte dans cette phrase un peu longue, comme expliqué dans le chapitre sur les liens entre associations et communs.
Et n’oublions pas qu’il existe des « secteurs » dans lesquels il n’y a jamais de définition de « service public » (le numérique par exemple ?) et que, donc, les forces citoyennes organisées pour servir l’intérêt général sont d’autant plus précieuses !

Vous rappelez qu’il y a eu une volonté politique, dans les années 1980 de séparer le pouvoir économique et le pouvoir citoyen des associations. Pouvez-vous nous expliquer l’intérêt de posséder ces deux pouvoirs pour les associations ?

Nicole : Jusqu’aux années 80, personne n’avait conscience de la puissance économique que représentaient les associations, qui géraient par exemple des activités sociales, d’éducation populaire, sportive, culturelles.. C’est à l’occasion de l’arrivée de la gauche au pouvoir qu’on l’a identifiée et, du coup, la gauche a pensé qu’il fallait faire un tri entre les associations « gestionnaires » et celles qui ne feraient que de la défense de droits et différencier les modèles et les règles applicables. Mais tout le milieu associatif a protesté, au motif que différencier l’objectif politique de la méthode pour y parvenir aboutit à priver de moyens d’action ! Si je fais de l’éducation populaire, je fais de la gestion aussi bien que de la recherche d’émancipation ! Donc les associations ont eu dès les années 80, de bonnes raisons de négocier la possibilité de garder des activités économiques sous chapeau associatif (cf chapitre 6)  : c’est la garantie d’un rôle de contre-pouvoir. Une organisation qui cumule un pouvoir citoyen (politique donc), ET un pouvoir économique (c’est-à-dire la possibilité de répondre aux besoins des personnes qu’elles veulent défendre, promouvoir) est éminemment subversif. L’histoire montre que, lorsque des mouvements sociaux acquièrent un pouvoir économique, ils deviennent dangereux, car ils peuvent contrebalancer les forces de marché ou l’ordre public administré. L’État est alors tenté de les priver de leurs ressources financières : par exemple, il a enlevé aux syndicats ouvriers la gestion des œuvres sociales que ceux-ci avaient créées au sein des entreprises au 19ème siècle et les a confiées à des comités d’entreprise sans personnalité juridique, présidés par le chef d’entreprise.

 

Couverture du libre « Les Communs de proximité » publié aux Éditions Science et bien commun

 

Vous évoquez les réactions de l’état face à la ZAD de Notre-Dame-des-Landes ou encore à Sainte-Soline, comment pourrait-on redéfinir la notion de commun foncier du XXIe siècle ?

Nicole : C’est une bonne question sur laquelle La Coop des Communs continue ses travaux, notamment avec la Chaire Valcom. Les communs fonciers ancestraux représentent une forme de vitalisation des espaces ruraux qui peuvent servir au-delà de ce pour quoi ils ont été conçus dans l’histoire. Peut-être pour un prochain livre ?

Le livre présente l’expérience de commun alimentaire par les  habitant·e·s du Pays Foyen. Quels sont les éléments essentiels pour mettre en place une telle initiative ? Quels en sont les enjeux ?

 

Julie Lequin : Il me semble qu’on ne devrait pas poser la question de cette façon, notamment parce qu’elle masque l’essentiel : la question du QUI met en place (et pour qui) – surtout que cela permet de conduire ensuite à la question du pourquoi.
Ainsi, le point de départ d’une telle initiative, c’est un/des besoins d’habitants. Besoins qui n’arrivent pas toujours à s’exprimer, et qu’il faut donc parfois accompagner dans leur émergence et leur expression – a minima sans les dévoyer, si possible sans (trop) les transformer – c’est-à-dire sans y plaquer ses propres intentions. Dans le cas du Pays Foyen, on retrouve certaines populations éloignées cognitivement, géographiquement ou culturellement des espaces où se discutent une partie des enjeux sociétaux, politiques, etc. Il y a donc un enjeu, dans de telles initiatives, d’avoir une attention particulière à aller chercher cette parole.
Et ensuite, le chemin doit se construire AVEC les personnes – à la mesure de comment elles peuvent, elles-mêmes, s’impliquer dans ce type d’initiative. Bien souvent, de façon hétérogène et cette diversité doit être accueillie de façon à proposer, en retour, différentes modalités de participation. Dans le coin du Pays Foyen, c’est aussi bien participer à cultiver la parcelle collective du jardin partagé, qu’organiser un ciné-débat sur l’alimentation, que d’être bénévole aux Restos du Cœur, que de donner un coup de main sur des ateliers de cuisine de rue, etc. « Faire avec » demande du temps, de l’attention et de l’entretien de la part de la communauté et cela reste un des enjeux majeurs du commun alimentaire.

 

Un article traite d’un exemple de Communs en Italie. En quoi le traitement des pouvoirs publics envers les Communs est différent d’avec la France ?

Nicole : Dans leur chapitre, Daniela Ciaffi, Emanuela Saporito et Ianira Vassallo expliquent que la Constitution Italienne consacre le principe de subsidiarité « horizontal » : « L’État, les Régions, les Villes Métropolitaines, les Provinces et les Municipalités favorisent l’initiative autonome des citoyens, particuliers et associations, pour la réalisation d’activités d’intérêt général, sur la base du principe de subsidiarité ». Le principe de subsidiarité est également présent dans la loi sociale allemande, sous une autre forme. Dans ces traditions, il renvoie à une forme d’aide qui encourage et autorise l’autonomie des échelons « de base » avec le secours de l’échelon « supérieur ». Dans les Traités européens la subsidiarité signifie au contraire que l’UE n’intervient que « si et dans la mesure où les objectifs de l’action envisagée ne peuvent pas être réalisés de manière suffisante par les États membres ».  En tout état de cause, non seulement ce principe n’existe pas en droit français, mais la façon dont nous avons construit l’État français s’y oppose souvent. D’où l’opinion que notre Etan français serait jacobin et l’idée qui en découle que tous les « services au public » devraient être réalisés par des fonctionnaires dans un service public.

Exemple de mise en œuvre en Italie avec un événement organisé avec le quartier dans le cadre des activités d’un Pacte de collaboration. Source : Marcella Iannuzzi.

Dans le chapitre 8, vous soulignez le risque que le service public s’accapare les communs. N’est-il pas paradoxal de s’appuyer sur deux études de cas qui sont déjà des services publics (Freinet et les lycées auto-gérés) ?

Nicole : Le chapitre de Thomas Perroud éclaire justement la situation française spécifique où le service public défini comme un service rendu par des fonctionnaires de la fonction publique s’oppose aux initiatives de participation et de contribution comme on le souhaiterait dans les communs. On aurait aussi pu connaître une situation similaire dans l’action sociale, mais, à la différence du monde de l’éducation, dans ce secteur de l’action sociale l’énorme majorité (90 % dans le secteur du handicap) était organisée sous forme associative. Ces associations se sont fédérées pour négocier avec les pouvoirs publics, en tentant de garder leur autonomie d’action (cf fin du chapitre 6).

 

Sans divulgâcher tout le contenu du livre, pourriez-vous nous expliquer en quelques mots les points communs et les différences entre l’ESS et les communs de proximité ?

Nicole : Nous le disons dans la conclusion notamment : l’ESS a été le lieu de la formation d’une série remarquable d’innovations institutionnelles visant à brider le pouvoir du capital (et à accroître le pouvoir des personnes concernées sur les services et solidarités qui leur sont nécessaires ainsi que le pouvoir des salarié·e·s sur leurs conditions de vie et de travail. Mais l’ESS est née avec l’industrialisation au 19ème siècle. Les communs se sont  constitués dans l’histoire longue et se déploient désormais dans tout un autre âge, spécialement celui des limites écologiques atteintes et désormais franchies par cet industrialisme et l’extractivisme sur lequel il est bâti. L’ époque de l’Anthropocène oblige à un nouveau souci central, celui d’assumer le défi tout à la fois de l’accès à toutes et tous aux ressources essentielles à leur subsistance et de préserver l’intégrité des écosystèmes pour le présent mais aussi pour les générations futures. C’est ainsi que le commun comprend dans sa constitution même l’idée que lorsque les règles de « prélèvement » des ressources, conçues pour assurer la reproduction des communauté humaines, menacent la biodiversité ou l’écosystème, celles-ci doivent être modifiées pour assurer la préservation des écosystèmes menacés. Cette dernière idée n’est pas dans les gènes des formes institutionnelles de l’ESS. Dans la conclusion nous écrivons :  « Ainsi et au total, il s’agit pour les communs d’une manière d’habiter le monde en rupture avec l’industrialisme et l’extractivisme qui en est le principe moteur. La question de l’écologie est au cœur des communs et en fonde le principe. Elle est ‘marginale’ ou sans objet pour l’ESS et ses entités qui peuvent décider – ou non – d’en faire un de ses objets. »

 

Vous dites qu’il reste quelques efforts à faire par les fablabs pour devenir de réels Communs. Il existe de nombreux fablab y compris dans les milieux ruraux, certains plus institutionnalisés que d’autres. Pour nos lecteurices agissant au sein de fablabs, qu’est-ce qui peut faire qu’un fablab devienne un commun, au niveau local / réseau des fablabs ?

Matei Gheorghiu : En deux mots, il faut de l’ouverture et de la structure.
Pour développer, il est capital que les fablabs et espaces du faire (lieux où se regroupent des « makers » ou « faiseurs » pour se réaliser et réaliser leurs projets et partager des solutions et des outils) au niveau local trouvent leur place dans l’écosystème de proximité (ce n’est pas uniquement, ou pas principalement de leur ressort, on sait bien que la plupart manque déjà de moyens pour subsister). Les fablabs doivent certes être ouverts (ce n’est pas toujours le cas) mais leurs différents partenaires doivent également engager de réelles ressources en contrepartie de ce qu’un outil tel que le fablab (équipé de machines mais surtout de compétences et « branché » sur un réseau mondial) peut leur apporter : une ressourcerie low-tech capable de développer des solutions techniques de manière frugale et dans un temps très court, une plateforme de formation et de partage, connectée aussi bien à des structures similaires qu’à d’autres de nature très différente (un fablab rural peut être en contact direct avec un fablab universitaire ou métropolitain, avec tout ce que ça implique de bénéfices croisés), une capacité d’action fulgurante en cas de crise, comme l’a démontré la mobilisation des makers lors du Covid-19, etc.
Les makers doivent donc soutenir le développement du fablab local et son articulation harmonieuse aux structures de l’environnement, et les responsables de ces structures (publiques et privées) doivent accepter de conférer aux fablabs une certaine autonomie et d’intégrer à leurs logiques de fonctionnement ce que leur nature (ouverture, fonctionnement en pair à pair et en réseau, primauté de l’expérimentation …) impose, et pas seulement les cantonner à un rôle de gadget de communication.
Les fablabs et leurs partenaires doivent aussi continuer leur travail de structuration en réseau, sans lequel ces caractéristiques avantageuses sont incertaines et précaires (elles ne reposent que sur une coïncidence et non sur une organisation qui veille à leur maintien et à son caractère équitable). Pour ce faire, la première obligation est de participer à la vie du réseau (passer une heure par semaine sur le forum, c’est augmenter les chances qu’un besoin ou une question soient pris en charge en mode pair à pair ; participer à la vie démocratique du réseau, c’est s’assurer qu’il maintient son caractère de commun).
Le rôle du niveau Réseau et de ses animateurs est de soutenir le développement de la communauté, de favoriser le brassage des lieux et des personnes, d’accompagner l’enrichissement d’un capital informationnel commun, dans le respect des principes directeurs qui le constituent : inclusion (soin accordé à l’accueil d’autrui et à l’ensemble de ses « différences »), subsidiarité (préférence initiale pour l’action de proximité et remontée si besoin au niveau supérieur), articulation systématique à l’intérêt général (attention à prendre en considération l’ensemble avant la partie), internationalisme (ne pas préférer par exemple une solution 100 % française quand il est plus évident et efficace de travailler avec le fablab de l’autre côté de la frontière, ou quand la solution vient, par la voie des ondes, de l’autre bout de la terre, mais aussi et surtout œuvrer en se rappelant que les fablabs et leur réseau sont d’abord et avant tout un outil de paix et de solidarité).

 

Quelles seraient les clés pour que les communs de proximité prennent de l’ampleur dans les prochaines années ?

 

Justine : Dans notre conclusion, nous proposons plusieurs pistes, qu’il est possible de consulter. Je retiens personnellement une chose : il est incontournable que les personnes se réapproprient la légitimé à s’organiser. Les personnes sont les premières expertes de leurs besoins et de leur territoire. Mais c’est très difficile de se sentir capable quand on assène que seules certaines entreprises, ou certaines institutions peuvent avoir la compétence de prendre les choses en charge, et à leur manière.

 

Un énorme merci aux différents auteurices pour le temps passé à répondre à nos questions !

Grâce à vous Framasoft peut décoller en 2025… et outiller celles et ceux qui changent le monde !

Il ne reste plus que quelques heures pour faire un don à Framasoft, renforcer notre budget 2025, et bénéficier d’une réduction sur les impôts de 2024…

Ce modèle solidaire de la contribution et du soutien permet à notre association d’exister… mais aussi de compléter le travail de nombreuses initiatives qui, elles aussi, changent le monde à leur niveau.

🎈 Framasoft a 20 ans🎈 : Contribuez pour financer une 21e année !

Grâce à vos dons (défiscalisables à 66 %), l’association Framasoft agit depuis 20 ans pour faire avancer le Web éthique et convivial. Retrouvez un focus sur certaines de nos actions en 2024 sur le site Soutenir Framasoft.

➡️ Lire la série d’articles de cette campagne (nov. – déc. 2024)

Faisons de 2025 une bonne année !

À l’heure où nous écrivons ces lignes, le palier des 200 000 € de dons est dépassé : merci à celles et ceux qui ont déjà contribué !

C’est, pour nous, un sacré soulagement : ces dons vont nous assurer de pouvoir poursuivre les services Dégooglisons Internet et le maintien de PeerTube en 2025, pérenniser le poste de Wicklow (qui a réalisé cette année l’application Lokas et surtout l’application PeerTube pour mobiles), et stabiliser l’équipe réduite de Framasoft.

Dès lors, tous les dons qui nous rapprochent du palier « idéal » des 400 000 € nous permettront de faire plus, de faire mieux en 2025.

Illustration - des mascottes ont planté une flopée de ballons qui prennent la forme du logo Framasoft. Le lopin de terre s'est détaché, et ils flottent dans le ciel nocture en faisant la fête.

Illustration de David Revoy – Licence : CC-By 4.0

Ce ne sont ni les envies, ni les projets qui manquent pour 2025 (et au delà !)

Nous voulons promouvoir Framaspace et en faciliter l’adoption afin d’équiper des milliers d’associations en plus. Nous souhaitons renouveler ou rénover des logiciels derrière certains de nos services les plus utiles (mais vieillissants).

Nous voulons continuer de sensibiliser autour de l’enjeu de l’IA, et démontrer concrètement (comme avec Lokas) que les conséquences désastreuses de cette industrie sont des choix, des choix politiques, pris sans le consentement des citoyennes.

Nous avons envie de voir comment appliquer la low-technicisation, et ses valeurs de résilience, sobriété, autonomie, paisibilité… à des outils pratiques et agréable qui répondent à un besoin réel.

Bref, nous avons envie de continuer à apporter notre pierre aux Communs numériques. Des Communs qui offrent, à celles et ceux qui créent des bulles d’air hors du Capitalisme de Surveillance, des outils numériques efficaces, et à la hauteur de leurs valeurs.

Aider Framasoft à faire plus et mieux en 2025

Contributions et solidarités : un cercle vertueux qui sert à toustes

Nous l’avons répété chaque semaine depuis le début de cette campagne : Framasoft fonctionne grâce à un modèle solidaire

  • 8000 donatrices en 2023 ;
  • plus de 2 millions de bénéficiaires chaque mois ;
  • votre don (défiscalisable à 66 %) peut bénéficier à 249 autres personnes.

Si une personne « suffit » pour financer les outils Framasoft de 250… cela veut dire que 249 autres peuvent contribuer à d’autres solidarités.

La première de ces solidarités, c’est d’offrir de la gratuité à l’entrée. Tout le monde n’a pas les moyens de payer pour un Framaforms, pour faire développer un PeerTube, pour ouvrir un cloud Framaspace à son collectif naissant, ou pour une conférence sur les dangers des GAFAM.

D’ailleurs, tout le monde ne voit pas encore l’intérêt de financer de tels outils en payant des hébergeurs de confiance plutôt qu’en payant avec des morceaux de sa vie et de ses interactions avec les autres.

Offrir la gratuité d’outils numériques éthiques à ces personnes là, c’est leur offrir la possibilité d’en expérimenter l’intérêt sans se sentir discriminées par le porte monnaie.

Dégooglisons Internet - Image CC BY-SA David Revoy

Dégooglisons Internet – Illustration de David Revoy – Licence : CC-By 4.0

Mais surtout, nous savons qu’un grand nombre de bénéficiaires de nos services font des dons… non pas à Framasoft, mais à d’autres associations, structures et initiatives amies, que l’on côtoie parfois dans un archipel de collaborations, et avec qui on partage des valeurs fondamentales.

Nous le savons, car les membres de Framasoft participent aussi à cette économie du don.

C’est la force de ce modèle solidaire : votre don bénéficie à plus de personnes que juste vous, et ces personnes peuvent à leur tour contribuer à une autre initiative, qui vous servira.

Contribuer au modèle solidaire de Framasoft

Parmi les membres de Framasoft, on donne à…

Alors c’est super tard, et super difficile comme exercice, parce qu’on sait qu’on va oublier du monde et s’en vouloir…

Mais nous préférons proposer une liste imparfaite plutôt que de ne pas vous donner des idées, si vous cherchez à qui donner d’ici la fin de l’année (ou en 2025, hein : ça marche aussi !).

Sachez que parmi nos membres (personnellement et donc hyper subjectivement), nous aussi on donne… Entre autres, on donne à…

Libertés, Communs et numérique

  • l’April, association pour la défense et la promotion du logiciel libre ;
  • Open Food Facts, pour un commun indépendant qui décrypte ce qu’il y a dans nos assiettes ;
  • Open Street Map France, pour un commun qui fait l’Histoire en dessinant la géographie ;
  • La Contre-Voie, association qui héberge des services web et sensibilise au numérique éthique ;
  • YesWiki, association au service du logiciel libre pour créer des sites communautaires et collaboratifs ;
  • Wikimédia France, l’association des contributions aux projets autour de la Wikipédia Francophone ;
  • InterHop, pour le développement de communs numériques de la santé ;
  • Exodus Privacy, association qui évalue et popularise le niveau de vie privée des applications android ;
  • Internet Archive, pour la préservation et l’archivage de l’internet ;
  • GCompris, logiciel libre éducatif pour les enfants de 2 à 10 ans ;
  • Thunderbird, le client mail libre qu’on ne présente plus ;
  • Abuledu-fr, pour créer et promouvoir des outils numériques libres et éthiques à vocation pédagogique ;
  • La Digitale pour concevoir et développer des outils numériques libres pour les enseignantes et les enseignants ;
  • Flus, logiciel libre pour trier et partager sa veille digitale sans captation de l’attention ;
  • Codeberg, organisation sans but lucratif allemande pour le partage de code et le soutien des communs :

 

Résistances, empouvoirement et justices

 

Journalistes, artistes : cultiver les libertés

  • Au Poste ! Média indépendant qui défend les libertés publiques (et utilise et promeut des outils Libres) ;
  • Blast Info, autre média indépendant et citoyen, qui lui aussi co-diffuse ses contenus sur PeerTube ;
  • Next, web média indépendant sur les évolutions du numérique ;
  • David Revoy, artiste du web-comic libre Pepper & Carrot (et des belles illustration pour Framasoft <3)
  • Gee, alias Ptilouk, auteur du blog BD Grise-Bouille, de jeux vidéos, le tout sous licences libres !
  • Hacking Social, autrices et vidéastes popularisant la psychologie sociale, et l’auto défense contre les autoritarismes ;
  • Khaganat, association pour la création d’un univers libre afin d’y créer des histoires, œuvres, jeux vidéos ;
  • Lent Ciné, association de production et diffusion d’œuvres audiovisuelles libres ;
  • Les designers éthiques, qui œuvrent pour aider à produire un numérique émancipateur durable et désirable ;
  • Libre à toi, association de la radio Cause Commune (radio promouvant les Communs) ;
  • Dogmazic, plateforme de partage de musique sous licence libre ;
illustration où des animaux mascottes de projets framasoft rassemblent des ballons sur deux piquets au sol. Les ballons prennent la forme d'un 20 géant.

Illustration de David Revoy – Licence : CC-By 4.0

Le défi (presque gagné) : 20 000 fois 20 € de dons pour les 20 ans de Framasoft !

Framasoft est financée par vos dons ! Chaque tranche de 20 euros de dons sera un nouveau ballon pour célébrer 20 ans d’aventures et nous aider à continuer et décoller une 21e année.

Jauge de dons de Framasoft au 30 décembre 2024, à 268 890 €

 

À l’heure où nous publions, nous avons collecté 268 890 € sur notre objectif de campagne. Il ne reste plus que quelques heures pour convaincre les copaines et récolter de quoi faire décoller Framasoft.

(Et on rappelle que Framasoft étant reconnue d’intérêt général, c’est le dernier jour pour faire un don dont 66 % peuvent être déduits de vos impôts sur les revenus 2024)

Rendez-vous ce soir : défi relevé ?

🎈🎈🎈Relever le défi avec Framasoft🎈🎈🎈

Framasoft en chiffres, édition 2024

Quel est l’impact concret des actions de notre association ? C’est la question à laquelle nous aimons répondre en fin d’année (cf. chiffres 2022, chiffres 2023) : prendre le temps de chiffrer nos actions est essentiel pour réaliser le service que l’on peut rendre aux autres. En route pour les Framastats 2024 !

🎈 Framasoft a 20 ans🎈 : Contribuez pour financer une 21ième année !

Grâce à vos dons (défiscalisables à 66 %), l’association Framasoft agit depuis 20 ans pour faire avancer le Web éthique et convivial. Retrouvez un focus sur certaines de nos actions en 2024 sur le site Soutenir Framasoft.

➡️ Lire la série d’articles de cette campagne (nov. – déc. 2024)

Du côté de nos services en ligne…

Plus de 1,8 million de personnes naviguent sur nos sites internet chaque mois : c’est trois fois plus de visites que n’en reçoit la Tour Eiffel, chaque mois ! C’est assez fou (et très motivant) d’imaginer que ce que nous faisons est utile à tant de monde.

Et service par service, ça donne quoi ?

Framadate

Framadate permet de créer des mini-sondages, notamment pour trouver le bon créneau de rendez-vous. Et en chiffres, Framadate c’est :

  • 37 403 780 visites en 2024, soit 5 millions de plus qu’en 2023
  • 1,246 million de sondages hébergés en 2024 (sensiblement équivalent à 2023)
Graphique présentant l'évolution des visites sur Framadate

Graphique présentant l’évolution des visites sur Framadate

Framapad

Framapad permet de rédiger à plusieurs sur un même document. Framapad est sans doute l’un des plus gros services Etherpad au monde avec :

  • 601 800 pads hébergés actuellement, soit 92 000 de plus qu’en 2023
  • Plusieurs millions de pads hébergés depuis le lancement du service
  • 337 650 comptes sur MyPads (+ 28 000 par rapport à 2023)
  • Plus de 5 millions de visites en 2024
Graphique présentant la répartition des pads selon nos instances Framapad (pads annuels, bimestriels, hebdomadaires, semestriels, mensuels et comptes Mypads)

Graphique présentant la répartition des pads selon nos instances Framapad (pads annuels, bimestriels, hebdomadaires, semestriels, mensuels et comptes Mypads)

 

Framalistes et Framagroupes

Framalistes et Framagroupes permettent de créer des listes de discussion par email. Le serveur de Framalistes étant arrivé au maximum de ses capacités, nous avons ouvert Framagroupes en juin 2023, pour continuer à proposer ce service que nous trouvons indispensable. Framalistes et Framagroupes sont certainement les plus gros serveurs de listes de discussion (hors géants du Web) qui existent, avec :

  • Plus d’1,3 million d’utilisateurs et utilisatrices, soit 200 000 de plus qu’en 2023
  • 69 180 listes ouvertes, soit 5 280 de plus qu’en 2023
  • Environ 300 000 mails envoyés en moyenne par jour ouvré

Framaforms

Framaforms permet de créer simplement des questionnaires en ligne. Framaforms en chiffres c’est :

  • 867 000 visites par mois
  • 597 859 formulaires actuellement hébergés
  • 194 216 formulaires créés cette année (22 000 de plus qu’en 2023)
Graphique présentant l'évolution des visites sur Framaforms (ça grimpe !)

Graphique présentant l’évolution des visites sur Framforms (ça grimpe !)

Framacalc

Framacalc permet de créer des tableurs collaboratifs. C’est peut-être là encore la plus grosse base Ethercalc au monde avec :

  • 4 632 215 visites en 2023
  • 212 000 calcs hébergés
Graphique présentant l'évolution des visites sur Framacalc

Graphique présentant l’évolution des visites sur Framacalc

Framateam

Framateam est un service de tchat, et permet une organisation d’équipe par canaux. C’est probablement l’une des plus grosses instances Mattermost publique au monde avec :

  • 163 730 utilisateurs et utilisatrices sur le service (dont 6 197 se connectent tous les jours), soit 15 000 de plus qu’en 2023
  • 31 703 équipes qui s’organisent
  • 184 537 canaux de discussions (20 000 de plus que l’an passé)
  • Plus de 6 millions de messages échangés cette année (et presque 50 millions depuis le lancement du service)
Statistiques de Framateam, notre instance Mattermost

Statistiques de Framateam, notre instance Mattermost

Framagit

Framagit est une forge logicielle, où développeurs et développeuses peuvent publier leur code et contribuer à celui des autres. Framagit est probablement un des plus gros serveurs Gitlab publics de France avec :

  • 76 945 projets hébergés
  • 53 072 utilisateurs et utilisatrices
  • 10 615 forks
  • 161 156 issues
  • 103 153 Merge requests
  • 1,9 million de notes
Capture écran du tableau d'accueil de Framagit

Capture écran du tableau d’accueil de Framagit

Capture écran du tableau d'accueil de Framagit

Capture écran du tableau d’accueil de Framagit

Framacarte

Framacarte permet de créer des cartes géographiques en ligne. Et en chiffres, c’est :

  • 3 161 967 visites en 2023
  • 8 764 utilisateurs et utilisatrices (+ 2 074 en un an)
  • 196 978 cartes hébergées (+ 16 476 en un an)
Graphique présentant l'évolution des visites sur Framacarte

Graphique présentant l’évolution des visites sur Framacarte

Framatalk

Framatalk permet de créer ou rejoindre un salon de vidéoconférence. Et en chiffres, c’est :

  • 121 765 visites en 2024
  • 27 200 visioconférences hébergées en 2024, soit en moyenne 75 conférences actives pour 200 participant⋅es par jour ouvré
Graphique présentant l'évolution des visites sur Framatalk (remarquez cet énorme pic pendant l'année des confinements !)

Graphique présentant l’évolution des visites sur Framatalk (remarquez cet énorme pic pendant l’année des confinements !)

Framindmap

Framindmap permet de créer des cartes mentales. En chiffres, Framindmap c’est :

  • 282 379 visites en 2024
  • 1,36 1,13 million de cartes mentales hébergées, soit 223 000 cartes créées en 2024
  • 588 584 utilisateurs et utilisatrices, soit 100 000 de plus qu’en 2023
Graphique présentant l'évolution des visites sur Framindmap

Graphique présentant l’évolution des visites sur Framindmap

 

Framavox

Framavox permet à un collectif de se réunir, débattre et prendre des décisions, dans un seul endroit. Framavox est probablement une des plus grosses instances existantes de l’excellent logiciel Loomio, avec :

  • 128 938 utilisateurs et utilisatrices, soit 9 000 de plus qu’en 2023
  • 136 067 visites en 2024
  • 13 388 communautés, ce qui fait plus de 1 000 nouvelles communautés accueillies

Framavox – Illustration de David Revoy

Framagenda

Framagenda permet de créer des calendriers en ligne. Et en chiffres, c’est :

  • près de 300 000 calendriers
  • plus de 130 000 utilisateurices

Framaspace

Framaspace est un environnement de travail collaboratif pour les petites associations et collectifs. En chiffres, c’est :

  • 1 627 associations et petits collectifs qui ne s’organisent pas chez Google
  • 777 nouveaux espaces ouverts en 2024
  • 16 serveurs (dédiés et machines virtuelles) pour 640 To d’espace disque provisionné
  • Plus de 800 000 fichiers hébergés
Une licorne déguisée en cosmonaute (avec une passoire sur la tête) marche sur les nuages et souffle des bulles. Dans ces bulles, on retrouve des cubes symbolisant le travail en commun (dossiers, boite à outils, livres, machine à écrire, boulier, etc.).

Framaspace – Illustration de David Revoy

PeerTube

PeerTube est une alternative aux plateformes vidéo. Et en chiffres c’est :

  • 422 000 utilisateurs et utilisatrices, soit 122 000 de plus qu’en 2023
  • 922 000 vidéos
  • 1 062 instances publiques
  • 509 000 commentaires sur les vidéos, contre 200 000 l’an passé, soit une multiplication par 2,5 !
  • 443 millions de vues, soit 2 fois plus que l’an passé (on compte une vue à partir de 10 secondes sur la vidéo)
  • 503 To de fichiers
  • 411 issues résolues en 2024 (sur 4 842 issues traitées au total)
  • 441 591 visites sur JoinPeerTube.org
  • 1 nouvelle application smartphone !

Statistiques PeerTube des 3 derniers mois de 2023 : instances, utilisateurices, commentaires, vidéos, vues et poids des vidéos

Mobilizon

Mobilizon est l’alternative que nous proposons aux groupes et événements Facebook. En chiffres, c’est :

Mobilizon – Illustration de David Revoy

Framadrive

Framadrive, service de stockage de documents, n’est plus ouvert aux inscriptions, mais fonctionne toujours ! Et en chiffres, c’est :

  • Plus de 10 millions de fichiers
  • Près de 5 000 utilisateurs et utilisatrices
  • 2,6 To d’espace disque utilisé

Framapiaf

Framapiaf, installation du logiciel de micro-bloging Mastodon, n’est plus ouvert aux nouvelles inscriptions mais reste bien actif. En chiffres, c’est :

  • 1 400 utilisateurs et utilisatrices s’étant connecté·es dans les 30 derniers jours
  • 2 597 813 messages postés depuis la mise en place de l’instance.

Dorlotons Dégooglisons – Illustration de David Revoy

Infrastructure technique

Framasoft est, à notre connaissance, le plus gros hébergeur associatif de services en ligne au monde. Et a priori, ce modèle de fonctionnement associatif n’existe nulle part ailleurs ! En chiffres :

  • 63 serveurs et 63 machines virtuelles qui hébergent nos services en ligne (soit 5 serveurs physiques de plus qu’en 2024)
  • 0,7 tonne équivalent CO2 pour la consommation électrique annuelle de notre infrastructure technique (notre hébergeur Hetzner utilisant des énergies renouvelables hydroélectriques et éoliennes)
  • 1 admin sys à temps plein et 2 personnes tech en soutien
  • 1 personne au support à temps plein

Je participe au financement des Framaservices

 

L’association et les communs culturels

Les services en ligne que nous mettons à disposition du public ne sont pas les seuls à occuper nos journées. Voilà quelques chiffres concernant d’autres actions que nous avons menées à bien cette année.

Dessin dans le style d'un jeu vidéo de combat, où s'affronte l'éléphant et le piaf de Dégooglisonse et le monstre de Google Suite.

C’est grâce à vos dons que Espéhef et Ahèmvé font face à Hydrooffice ! Illustration de David Revoy

En interne

  • Framasoft c’est 25 membres bénévoles et 9 salarié⋅es
  • 45 interventions en 2024, en présentiel et/ou en ligne sur le numérique, les communs culturels et leurs enjeux
  • Plus de 102 articles publiés sur le Framablog en 2024
  • La parution de notre premier ouvrage de notre maison d’édition Des Livres en Communs : L’amour en Commun

Les projets partagés

  • 1 128 notices sur l’annuaire Framalibre, soit 31 de plus que l’an passé
  • 51 prestataires (30 de plus qu’en 2023) en capacité d’accompagner des associations dans leur émancipation numérique recensés sur le site emancipasso.org
  • La participation à la réunion de clôture du projet ECHO Network
  • La transmission de la coordination après 8 années d’animation du collectif CHATONS regroupant actuellement 96 hébergeurs alternatifs

Je soutiens les actions de Framasoft

Le défi : 20 000 fois 20 € de dons pour les 20 ans de Framasoft !

Framasoft est financée par vos dons ! Chaque tranche de 20 euros de dons sera un nouveau ballon pour célébrer 20 années d’aventures et nous aider à continuer et décoller une 21e année.

illustration où des animaux mascottes de projets framasoft rassemblent des ballons sur deux piquets au sol. Les ballons prennent la forme d'un 20 géant.

Illustration de David Revoy – Licence : CC-By 4.0

À ce jour, nous avons dépassé le pallier des 200 000 €, qui nous assure de pouvoir maintenir l’existant (en équipe réduite) en 2025.

Tout ce qui nous rapprochera du pallier idéal des 400 000 € nous permettra de pouvoir accueillir de nouvelles forces, améliorer des services web, s’attaquer à de nouveaux enjeux… bref de décoller en 2025.

Il nous reste 4 jours pour convaincre les copaines et récolter de quoi faire décoller Framasoft.

Alors : défi relevé ?

🎈 Je soutiens la 21e année de Framasoft 🎈

[bonus] Dans les coulisses du podcast des 20 ans de Framasoft

Ça y est, les deux épisodes du podcast Projets Libres ! qui racontent les 20 ans de Framasoft sont sortis ! Et comme démontré par chaque épisode de ce podcast, il y a de la rencontre humaine de partout : surtout dans un projet de podcast pour raconter un projet associatif !

🎈 Framasoft a 20 ans🎈 : Contribuez pour financer une 21ième année !

Grâce à vos dons (défiscalisables à 66 %), l’association Framasoft agit depuis 20 ans pour faire avancer le Web éthique et convivial. Retrouvez un focus sur certaines de nos actions en 2024 sur le site Soutenir Framasoft.

➡️ Lire la série d’articles de cette campagne (nov. – déc. 2024)

 

Framasoft ouvre donc les lignes du Framablog à Walid Nouh (le réalisateur de cette série de podcasts libres sur des projets libres qu’on ne saurait trop vous conseiller), car nous avions fortement envie de vous raconter les coulisses de ces enregistrements… Avec, entre parenthèses et en italiques, des petites « notes de Pouhiou » pour contextualiser ce qu’il s’est passé côté Framasoft.

photo de Walid Nouh

Walid (crédit : site du podcast Projets Libres ! )

Automne 2023 : un épisode consacré à PeerTube fait naître une idée.

Quelques semaines après la publication de l’épisode sur l’histoire de Peertube avec Pouhiou et Booteille, je reçois un mail de Pouhiou me demandant si cela pourrait m’intéresser de raconter l’histoire humaine des 20 ans Framasoft. L’équipe a apprécié l’épisode sur PeerTube, et me propose donc un autre projet.

(Walid est ici très modeste : participer à ce podcast est une chance. Il travaille brillamment son sujet en amont, pour ouvrir un espace où on se sent à l’aise de raconter les rencontres, les envies, les joies, les atermoiements… bref les partages humains qui font qu’un projet avance. C’est rare (et précieux) que quelqu’un vous tende une chaise et une oreille pour vous dire : « vas-y, raconte moi. » — Note de Pouhiou)

Les choses sont posées avec cette petite phrase :

Donc si le projet t’intéresse, il faudra que tu poses clairement ton cadre et tes limites, histoire de ne pas te faire déborder par le sujet

(il faut dire qu’à Framasoft nous avons 20 ans d’Histoire et d’histoires à raconter, et une quarantaine de bavard·es invétérées actifves… sans compter les membres des années passés. Y’a de quoi se faire noyer sous les anecdotes ! — NdP)

capture d'écran de la page des choix pour s'abonner au podcast projets Libres

Cliquez pour choisir comment vous abonner au podcast Projets Libres !

Automne 2024 : on passe à l’action

Le temps passe, et je commence à faire plus ample connaissance avec Pierre-Yves Gosset (pyg) quand on se croise sur les salons (Capitole du libre, JDLL, RPLL, etc).

Bref, j’avais un peu procrastiné sur le sujet en pensant à la masse de travail que cela représente (et surtout au format que je pourrais imaginer) !

Et puis en octobre, le mois dernier, Pouhiou me recontacte pour savoir si je suis toujours intéressé : est-ce que vous ne seriez pas intéressé, vous, par faire une interview de l’équipe de Framasoft, suivant le format que vous avez vous-même défini ^^ ?

(Franchement, de notre côté, c’était une bouteille à la mer… Avec une année 2024 tumultueuse, nous n’avons pas pu relancer Walid avant octobre… Donc nous n’imaginions pas qu’il réponde ainsi au quart de tour, avec enthousiasme… et ça nous a fait très chaud au cœur ! — NdP)

J’accepte donc de suite et je réfléchis rapidement à un format. Je propose de partir sur une entrevue en deux parties, un peu comme ce que j’avais fait pour les épisodes sur GLPI.

On se met d’accord sur les intervenants, et l’équipe me demande de ne pas faire de trame pour avoir le côté spontané (je fais toujours une trame que je soumets aux invité.es, ce qui m’aide à mener l’entrevue).

La seule contrainte c’est que les deux épisodes doivent être enregistrés sur une semaine (je me dépêche donc de proposer les deux framadates !).

(Notons ici que nous devons beaucoup au professionnalisme de Walid. Car quand il accepte, d’abord on est surpris, ensuite on est contentes, et enfin on panique un peu d’avoir déjà un calendrier un peut trop rempli… Mais il nous a géré de main de maître ! — NdP)

capture d'écran de la page du podcast projets libres dédié à Framasoft

Cliquez pour aller écouter le premier épisode du podcast racontant les 20 ans de Framasoft

21 et 23 octobre 2024 : silence, ça tousse !

L’enregistrement du premier épisode ne se passe pas dans les meilleures conditions car Alexis a une connexion capricieuse, et il se déconnecte une dizaine de fois pendant l’enregistrement… Pierre-Yves et moi n’étions pas super sereins, mais finalement plus de peur que de mal, j’ai bien récupéré toutes les bandes sons !

(Là encore, Walid fait preuve de beaucoup de méthode dans l’enregistrement et le montage, ce qui a permis un si beau résultat — NdP)

Le second enregistrement se passe bien, à part un Pouhiou un peu malade. Nous avons tout le temps pour parler et enregistrer, et donc dire l’essentiel.

(Alors en vrai j’étais rétamé par une vilaine crève, j’ai dormi tout l’aprèm, je me suis shooté au paracétamol + un truc à la vitamine C du fond de ma trousse à pharmacie… et après l’enregistrement j’ai passé trois jours sous la couette. Mais j’ai dû bien tricher si ça ne s’entend pas trop :p — NdP)

Au final j’ai quatre heures de discussions passionnantes qu’il va falloir monter, transcrire et mettre en forme (cela représente environ 12 à 15 heures de travail).

(Et encore, si ce n’est « que » 15 heures de boulot, c’est parce que maintenant tu es rôdé, Walid… C’est important de dire que derrière tout podcast, toute vidéo, tout article blog… il y a un travail de mise en forme important, souvent ingrat et invisible. — NdP)

capture d'écran de la page du podcast projets libres dédié à Framasoft

Cliquez pour aller écouter le deuxième épisode du podcast racontant les 20 ans de Framasoft

Les leçons de ces enregistrements

J’en tire quelques leçons :

  • c’est une grande marque de confiance dont je suis très fier
    • (C’est le soin que tu mets dans ton travail qui se voit et inspire confiance, en fait. — NdP)
  • j’ai appris plein de choses et j’ai pu poser mes questions
  • il faut bien confirmer que les gens ont reçu mon invitation pour l’enregistrement…
    • (Oui alors il faut dire que les Frama-tête-en-l’air sont nombreuses, dans l’association ^^ — Note de Pouhiou)
  • si tu connais les gens ou le sujet, c’est possible de faire des épisodes intéressants sans trame (merci les conversations avec pyg !), sinon c’est compliqué de ne pas passer à côté des choses qui te semblent importantes
  • ces deux épisodes sont un bon résumé de ce qui a déjà été publié sur toute cette aventure. J’avais comme envie de donner aux auditeur.ices un panorama de ce qui s’est passé d’important pendant ces vingt ans pour l’asso, et de montrer les transformations qui se sont produites
    • (et nous on trouve que c’est très réussi… on espère que les personnes qui ont écouté le podcast aussi ! — NdP)

En conclusion je remercie l’équipe de Framasoft pour sa confiance, et j’espère que vous aurez autant de plaisir à écouter (ou lire) ces entrevues que j’en ai eu à les réaliser !

Je sais que les notes que j’ai ajoutées à ton témoignage peuvent paraître flagorneuses… mais elles sont simplement vraies.

C’est vraiment à nous, Walid, de te remercier.

C’est toi qui a répondu présent, écouté, organisé, réfléchi, travaillé, enregistré, dérushé, monté, transcrit, traduit… Bref c’est toi qui a offert ton travail à Framasoft pour nous aider à partager un peu plus l’histoire de notre association. Et pour cela, tu as toute notre reconnaissance. (cette note-là n’est pas que de Pouhiou… mais de tout Framasoft)

illustration où des animaux mascottes de projets framasoft rassemblent des ballons sur deux piquets au sol. Les ballons prennent la forme d'un 20 géant.

Illustration de David Revoy – Licence : CC-By 4.0

Les 20 ans de Framasoft : ne loupez rien !

Nous sommes fin 2024, et Framasoft fête ses vingt années d’existence associative avec

À ce jour, nous avons collecté 213 766 € sur notre objectif de campagne. Il nous reste 7 jours pour convaincre les copaines et récolter de quoi faire décoller Framasoft.

Alors : défi relevé ?

🎈 Je soutiens la 21e année de Framasoft 🎈

Bilan de deux années d’actions pour « Dégoogliser les assos » 🦆🦆

En lançant en octobre 2022 la campagne COllectivisons INternet / COnvivialisons INternet (coin coin pour les intimes), nous annoncions notre ambition de poursuivre le mouvement émancipateur lancé par Dégooglisons Internet et approfondi par Contributopia, sans limiter nos actions aux « petits gestes individuels de dégooglisation ». Notre objectif : fournir des outils numériques aux associations et collectifs qui œuvrent pour le bien commun et le bien des Communs.

Un peu plus de deux ans après le lancement de cette feuille de route, il est temps pour nous de vous présenter le bilan des 4 projets la constituant.

🎈 Framasoft a 20 ans🎈 : Contribuez pour financer une 21e année !

Grâce à vos dons (défiscalisables à 66 %), l’association Framasoft agit depuis 20 ans pour faire avancer le Web éthique et convivial. Retrouvez un focus sur certaines de nos actions en 2024 sur le site Soutenir Framasoft.

➡️ Lire la série d’articles de cette campagne (nov. – déc. 2024)

Emancip’Asso, favoriser l’émancipation numérique du monde associatif

Bannière Emancip'Asso : "les géants du numérique, c'est pas automatique !"

Première étape : accompagner la montée en compétences des fournisseurs de services numériques éthiques

Ayant constaté que les fournisseurs de services numériques éthiques étaient peu nombreux à proposer des solutions prenant réellement en compte les besoins des associations, notamment l’accompagnement nécessaire pour mener à bien une démarche de transition vers des outils numériques libres, nous avons souhaité accompagner la montée en compétences de ces acteurices à travers deux dispositifs : une formation et un cours en ligne (MOOC).

Nous avons publié le bilan complet de ces dispositifs sur le Framablog fin 2023. Rappelons tout de même que 20 personnes se sont retrouvées à Paris en janvier 2023 pour participer à la formation « Développer une offre de services pour accompagner les associations dans leur transition numérique éthique » et que courant 2023, cette formation a été transposée en cours en ligne sur la plateforme https://mooc.chatons.org/.

screenshot de la page d'accueil du MOOC Emancip'Assp

C’est bien évidemment à son lancement il y a un an que la fréquentation du MOOC a été la plus importante : plus de 2000 consultations des leçons en décembre 2023 (dont 1253 provenant d’apprenant⋅es identifié⋅es) et 1150 en janvier 2024. À compter de février, on note une consultation bien plus faible, mais régulière des leçons à hauteur de 120 consultées en moyenne chaque mois. Sachant qu’il est possible de suivre le MOOC de manière anonyme, il n’est pas aisé de déterminer le nombre réel d’apprenant⋅es, mais on comptabilise 91 comptes créés qui ont suivi tout ou partie du MOOC.

Seconde étape : un site web pour que les associations trouvent qui peut les accompagner dans leur émancipation numérique

Si le site emancipasso.org a été réalisé au cours de l’année 2023, c’est en mars 2024 que nous avons communiqué spécifiquement à son sujet auprès des associations. La campagne de communication « Associations : les géants du numérique, c’est pas automatique ! » s’est articulée autour d’articles de blog (l’un présentant le projet, les autres documentant la démarche de plusieurs associations en cours de transition), de publications sur les réseaux sociaux (#EmancipAsso) pour visibiliser les prestataires du répertoire et célébrer les associations qui ont mis en cohérence leurs outils et leurs valeurs, d’un webinaire de présentation et d’une campagne d’emailing auprès des organisations de l’ESS.

S’il est difficile d’évaluer si cette campagne a permis aux associations de prendre conscience de l’incohérence qu’il y a à vouloir changer le monde en utilisant les outils du capitalisme, on peut se féliciter que la communauté Emancip’Asso, espace d’entraide pour échanger bonnes pratiques, conseils et astuces, ait progressivement été rejointe par des associations et des acteurices de l’écosystème du numérique émancipateur. On comptabilise à ce jour 145 comptes, dont quasiment la moitié (48,3 %) y ont contribué. Au total, la communauté a accueilli 105 échanges, lesquels représentent au total 360 messages. Ces échanges sont principalement initiés par des membres d’associations pour exprimer des besoins techniques ou stratégiques. La communauté (prestataires et/ou autres associations) y répond rapidement (délai de moins de 3 jours en général) et on estime que le niveau de satisfaction est élevé. De plus, l’outil est un bon moyen pour les prestataires recensés dans le répertoire de valoriser leur savoir-faire.

screenshot du forum Emancip'Assp

On peut aussi se réjouir de voir de plus en plus de prestataires soumettre leur candidature pour intégrer le répertoire. En l’espace d’un an, leur nombre a doublé : ils étaient 25 en décembre 2023, 33 au lancement de la campagne de communication en mars et 52 désormais.

Enfin, afin de faire connaître Emancip’Asso au plus grand nombre, nous l’avons présenté à plusieurs reprises en 2024 :

  • le 31 janvier au Forum national de l’ESS (Niort)
  • le 25 avril lors d’un webinaire pour le réseau Numéris’Asso
  • le 26 mai aux Journées du Logiciel Libre (Lyon)
  • le 10 juin aux Rencontres Professionnelles du logiciel libre (Lyon)
  • le 26 septembre lors d’un webinaire pour la communauté de la Fondation Crédit Coopératif
  • le 13 novembre au Forum National des Associations et fondations (Paris)
  • le 23 novembre au Campus du Libre (Lyon)
  • le 10 décembre lors d’un mardi de l’ESS (Lyon) sur Les Communs numériques, leviers de la transformation sociale

Perspectives

Emancip’Asso n’en est qu’à ses débuts et a vocation à durer dans le temps, pour convaincre toujours plus d’associations de mettre en cohérence leurs outils numériques avec leurs valeurs.

Nous allons continuer à faire connaître le site emancipasso.org en :

  • communiquant régulièrement sur les prestataires recensés dans le répertoire ;
  • présentant les ressources qui y sont répertoriées ;
  • animant la communauté Emancip’Asso ;
  • développant les partenariats avec les fédérations d’associations ;
  • développant notre présence lors des événements nationaux du secteur associatif ;
  • animant webinaires de présentation, ateliers ou conférences.

Et nous comptons sur le bouche-à-oreille pour que ce site devienne une ressource incontournable pour toutes les associations : n’hésitez pas à présenter cet outil à vos associations préférées !

Si vous le souhaitez, vous pouvez nous donner les moyens de continuer à faire découvrir Emancip’Asso auprès des nombreuses associations qui utilisent encore les outils des géants du web.

Soutenir Emancip’Asso (et Framasoft)

 

Peer.Tube, mettre en valeur le PeerTube pour lequel nous œuvrons

PeerTube pouvant être utilisé par toutes et n’importe qui, on peut parfois trouver tout et n’importe quoi dans cet univers de vidéos, dont des contenus qui ne nous correspondent pas du tout. Ce n’est pas notre rôle de les interdire, mais cela peut être notre rôle de promouvoir des vidéos sur PeerTube qui nous rendent fièr·es de tout ce travail que nous fournissons depuis plus de 7 ans sur ce logiciel.

Notre idée était donc de créer sur le site peer.tube une vitrine de vidéos PeerTube qui nous enthousiasment. En réalisant ce travail de curation, via la sélection de contenus de qualité, nous aurions ainsi pour répondre à celles et ceux qui nous demandent comment trouver des vidéos intéressantes sur PeerTube : essaye sur peer.tube !

Nous avions prévu 4 axes de développement sur ce projet :

  • se fédérer avec des instances et chaînes au contenu original,
  • partager nos choix de fédération pour que d’autres instances puissent les suivre,
  • permettre à des créatrices de contenus qui ne trouvent pas leur place sur d’autres instances de candidater pour avoir un compte sur peer.tube,
  • tenter de faire communauté avec les administratrices et administrateurs d’autres instances qui ont établi leur ligne éditoriale.

Si, en 2022, nous avions déjà commencé ce travail en proposant sur peer.tube une sélection de chaînes « qui valent le détour » et de quelques playlists en anglais et en français, nous n’avons au final pas trouvé l’énergie et la disponibilité d’avancer davantage dans ce projet.

screenshot de la page d'accueil de peer.tube

Pour autant, le besoin est, selon nous, toujours d’actualité. Nous avions d’ailleurs pensé que l’application PeerTube que nous venons de publier pourrait en partie y répondre. Mais c’était avant qu’on découvre que les magasins d’applications d’Apple (AppStore) et Google (PlayStore) n’étaient manifestement pas prêts à héberger un client pour (non pas une plateforme mais) un réseau de plateformes autonomes de partage de vidéos. Ainsi, pour pouvoir publier l’application PeerTube, nous avons dû présenter l’application mobile avec une « liste autorisée » de plateformes PeerTube répondant à leurs normes. Normes qui font que certains comptes et certaines chaînes que nous trouvons pertinents (et qui sont déjà dans notre sélection sur https://peer.tube/) en sont exclus.

Si le projet Peer.Tube n’a pas vu le jour sous la forme qu’on avait imaginée en 2022, on espère cependant qu’on pourra envisager sa transformation (ou sa relance) prochainement. En 2025, on aimerait continuer à mettre un peu d’énergie et de moyens pour davantage valoriser les contenus de qualité postés sur le réseau PeerTube. Cela pourrait être en prolongeant l’expérience de la newsletter de l’écosystème PeerTube envoyée en avril dernier… ou bien d’une toute autre façon…

Si vous pensez que c’est une bonne idée, n’hésitez pas à nous le faire savoir : quelques encouragements en commentaire et/ou votre soutien financier nous serons très précieux.

Soutenir la promotion de PeerTube (et Framasoft)

 

Framaspace, cloud convivial pour collectifs solidaires

Deux ans après l’annonce de Framaspace, un environnement de travail en ligne collaboratif pour outiller les associations et collectifs qui veulent changer le monde, 1627 organisations ont rejoint ce service gratuit basé sur le logiciel libre Nextcloud. C’est 125 de plus depuis la publication de l’article de blog du 26 novembre, ce qui nous conforte dans l’idée que ce service répond bien à un besoin.

Un environnement de travail collaboratif tout-en-un…

Entre la version beta lancée le 15 novembre 2022 et aujourd’hui, le service Framaspace a bénéficié de nombreuses améliorations via :

  • plusieurs mises-à-jour majeures de Nextcloud, le logiciel derrière Framaspace ;
  • le développement et l’ajout de 2 applications : Visites guidées et Transfert de propriété ;
  • l’ajout de 3 autres applications : Formulaires, Tableaux et Paheko.
Illustration - Dans l'espace, une licorne fait apparaitre des bulles de sa baguette magique. Dans les bulles, on trouve des symboles : un boulier, des fichiers, etc.

Illustration de David Revoy – Licence : CC-By 4.0

Framaspace, c’est aujourd’hui une suite logicielle qui intègre 13 outils :

📁 un espace de stockage / partage de documents (drive)

🗒️ une suite bureautique pour l’édition collaborative des fichiers

📷 une application pour créer des albums de photos ou des vidéos

💬 la possibilité d’échanger par conversation écrite ou en visioconférence avec les autres utilisateur⋅ices

👥 un carnet de contacts où en plus d’y enregistrer vos contacts personnels, vous pouvez créer des groupes pour les organiser et des équipes pour partager des données spécifiques

🗓️ une application pour créer des agendas, y ajouter vos événements et les partager

🗂️ un outil de gestion de projet de style kanban destiné à la planification personnelle et à l’organisation de projets en équipe

📣 un module d’annonces qui permet de publier des informations à destination de tous les utilisateur⋅ices de votre Framaspace

🔄 une application permettant aux associations qui ont rejoint Framaspace de coopérer entre elles autour de projets communautaires, en construisant des connaissances partagées via l’édition collaborative de contenus

📊 un outil pour créer des formulaires simples dont les résultats sont visibles directement ou transférés dans un fichier .csv ou un tableur

🧩 un outil de gestion de la vie associative (gestion des membres, gestion des activités et gestion comptable)

📝 une application pour gérer des listes de tâches et de les partager avec d’autres utilisateur⋅ices

🚀 un outil no code qui permet de créer des mini-applications (réservé à un public ayant une bonne maîtrise des outils numériques)

Et on ne compte pas s’arrêter là ! Même si nous proposons désormais une offre relativement complète. Avec l’installation de la version 30 de Nextcloud début 2025, de nouvelles fonctionnalités intéressantes vont être ajoutées. Pour la suite, nous envisageons de mettre en place une infrastructure plus performante pour augmenter les capacités de l’outil de visioconférence intégré à Framaspace pour que cette fonctionnalité soit accessible à davantage de participant⋅es.

De plus, nous évaluerons l’intégration de nouvelles applications, comme celle mettant à disposition un tableau blanc interactif et partagé, ou celle proposant des dossiers de groupes (qui reste pour l’instant un peu trop buguée à notre goût). Nous estimerons la pertinence d’intégrer la valorisation du bénévolat. Et nous verrons si nous avons les moyens humains et financiers d’ajouter la possibilité de créer et gérer votre site web associatif, directement depuis votre Framaspace.

Soutenir Framaspace (et Framasoft)

 

… adopté par des organisations œuvrant à la transformation sociale et environnementale

Grâce aux informations renseignées lors de chaque inscription, il nous est possible d’avoir une petite idée de qui sont les bénéficiaires de Framaspace. On constate ainsi que ce sont des structures plutôt récentes : 42 % d’entre elles ont moins de 5 ans alors que 26 % ont entre 5 et 15 ans et 32 % plus de 15 ans. Elles sont même 10 % à avoir été créées en 2024.

graphique en barre montrant en absysse le nombre de structures et en ordonnée les années de création

 

La majeure partie d’entre elles (70 %) sont constituées en associations, mais 25 % sont des collectifs informels et 5 % des syndicats.

Quant à leurs domaines d’intervention, elles sont 43 % à indiquer qu’elles œuvrent dans l’éducation, 41 % dans le social et 40 % dans l’environnement.

Nous le constations déjà en 2022 et 2023 et cela se confirme en 2024 : nous avons réussi à cibler le public que nous souhaitions toucher : des associations (déclarées ou de fait) plutôt petites, avec de petits budgets dont les domaines d’intervention sont l’éducation, l’environnement, le social ou le culturel. Ce qui n’est pas étonnant quand on connaît le public de Framasoft !

Du côté des usages, 46 % d’entre elles ont créé entre 1 et 4 comptes sur leur Framaspace, 20 % entre 5 et 9 comptes, 10 % entre 10 et 14 comptes et seulement 24 % ont créé 15 comptes et plus. Rien d’étonnant à cela puisque Framaspace est réservé aux petites organisations.

Elles sont finalement assez peu nombreuses à être contraintes par la capacité de stockage maximum que nous avons fixée : 90 % stockent sur leur Framaspace moins de 5 Go de données et seulement 2 % d’entre elles ont dépassé les 20 Go de données alors qu’elles sont 8 % à utiliser entre 5 et 20 Go.

Pour construire les fondations d’une communauté francophone d’utilisateur⋅ices de Nextcloud et favoriser l’entraide entre les utilisateur⋅ices de Framaspace, nous avons mis en place un forum. A ce jour, 388 comptes y ont été créés, ce qui est encore trop peu à notre goût au regard du nombre de structures utilisant Framaspace. En revanche, les échanges vont bon train puisque 1642 messages ont été postés au sein de 497 sujets différents.

En 2025, nous souhaitons mettre davantage d’énergie pour inciter les structures qui ne l’ont pas encore rejoint à le faire et pour animer et modérér les échanges qui s’y tiendront. Cela ne pourra évidemment se faire que si vous nous en donnez les moyens.

Soutenir les 1600 bénéficiaires de Framaspace (et Framasoft)

 

Et la suite ? promouvoir et faciliter l’adoption !

Le projet Framaspace n’en est qu’à ses débuts et, en 2025, nous espérons que davantage d’associations et collectifs pourront en bénéficier. Car si accueillir 1627 organisations est déjà un exploit technique, nous aimerions davantage permettre à ces structures de s’émanciper des outils des géants du web. Pour cela, nous souhaitons consacrer davantage de temps à la promotion de ce service.

Un autre objectif pour l’année à venir est de développer l’accompagnement aux usages de Framaspace. Mieux accompagner les utilisateur⋅ices, notamment celles et ceux qui découvrent Nextcloud, nous semble essentiel au regard de la complexité de l’outil. Nous allons nous lancer dans la réalisation du tutoriel interactif dont vous serez l’héroïne ou le héros et comptons produire plusieurs tutoriels sur des fonctionnalités avancées de NextCloud, en particulier sur les apps « Formulaires », « Tableaux » et « Paheko ».

Enfin, nous souhaitons inciter à la « collaboration politique » entre les espaces. Que cela soit en mettant en valeur les possibilités de « fédération » (c’est-à-dire la possibilité de lier et de partager des informations entre plusieurs espaces Framaspace ou Nextcloud), ou en proposant une « veille militante » partagée afin de faciliter les mobilisations (ce qui nous semble particulièrement essentiel en ce moment).

À la louche, on estime que le service Framaspace nous a coûté 30 000 € en 2024 : la moitié de cette somme a servi à louer des serveurs, l’autre à rémunérer les équipes techniques. Mais si en 2025, comme nous le souhaitons, nous consacrons davantage de temps à promouvoir Framaspace, développer l’accompagnement à sa prise en main et inciter à la collaboration entre utilisateur⋅ices, ces coûts vont forcément augmenter.

Nous pensons sincèrement qu’un service réalisé par une association pour des associations a du sens. Si vous le pensez aussi, que vous bénéficiez ou non d’un Framaspace, nous avons donc besoin de votre soutien, dès maintenant, afin de nous « aider à aider » ces structures non seulement à quitter les GAFAM et à mettre leurs outils en cohérence avec leurs valeurs, mais aussi et surtout à mieux agir, à mieux coopérer, à mieux créer du lien. À mieux faire société, ensemble.

Soutenir l’avenir de Framaspace (et Framasoft)

 

ECHO Network, comprendre les besoins de l’éducation populaire hors de nos frontières

Ethical, Commons, Humans, Open-Source Network (Réseau autour de l’Éthique, les Communs, les Humaines et l’Open-source) est un projet et un réseau de 7 structures associatives d’éducation populaire provenant de 5 pays européens (Céméa Federzione Italia, Céméa Belgique, Willi Eichler Academy, Solidar Foundation, Centar Za Mirovne Studije et Framasoft) mené par l’association d’éducation populaire des Céméa France.

logo du projet Echo Network

Si ces organisations ont en commun d’accompagner les citoyen⋅nes dans leur autonomie et leur émancipation, elles s’interrogeaient sur comment accompagner leurs publics à s’émanciper des services des géants du web. Le projet s’est donc donné comme objectif de promouvoir la citoyenneté numérique en outillant les organisations de jeunesse et plus largement les associations, à analyser et comprendre les effets du numérique sur nos vies, nos organisations et nos relations, en tenant compte des droits des personnes ; et en proposant des alternatives numériques éthiques, respectueuses de l’environnement et des droits humains.

5 temps forts en 2023

En 2023, les partenaires du projet se sont rencontrés, ont échangé des pratiques et expérimentés des méthodes d’animation lors de 5 temps forts. Un séminaire d’ouverture s’est tenu en janvier 2023 à Paris et a été suivi de 4 visites d’études dans chacun des pays pour échanger sur les usages numériques spécifiques à leurs pays, leur culture, leur langue. Si ces rencontres ont permis une meilleure compréhension du contexte de chacun·e, elles ont surtout favorisé l’acquisition de connaissances et de compétences.

Le séminaire d’ouverture co-organisé par les Ceméa France et Framasoft a rassemblé à Paris une trentaine de participant·es représentant les partenaires du projet ECHO Network et plus de vingt personnes des réseaux de l’éducation nouvelle, de la médiation numérique, des communs et du libre. Pendant 3 jours, les participant⋅es ont pu faire connaissance et échanger sur les notions d’Éthique, de Communs, d’Humanisation et d’Ouverture dans le numérique.

lire le CR complet sur le Framablog

La première visite d’étude s’est tenue à Berlin du 27 au 31 mars 2023. Organisée par la Willi Eichler Akademy sur la thématique « jeunes, réseaux sociaux et éducation politique », elle a permis aux participant⋅es de questionner leurs usages des réseaux sociaux (comment partager nos messages en restant cohérent⋅es avec ce que l’on défend) et de mieux comprendre comment les jeunes générations les appréhendaient.

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Du 12 au 17 juin 2023, c’est sous le soleil de Bruxelles que s’est tenue la deuxième visite d’étude sur la thématique « pratiques d’éducation active pour sensibiliser aux outils éthiques ». Les participant⋅es ont pu expérimenter de nombreux formats d’animation pour partager leurs connaissances en matière de numérique éthique, mais aussi rencontrer les différentes organisations locales ou se former à la captation vidéo ou à la diffusion radio.

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La troisième visite d’étude s’est déroulée à Rome du 27 au 29 septembre 2023. Organisée par la fédération italienne des CEMEA autour de la thématique « Entre présentiel et distanciel, quelle utilisation du numérique ? », elle s’est articulée autour de rencontres avec plusieurs associations italiennes, dont les formateur·ices ont témoigné de leur utilisation des outils numériques en formation, d’ateliers de réflexion et de production sur les enjeux du numérique dans les formations et les contenus pédagogiques et la rencontre avec une chercheuse de l’Université de Rome Tre autour des enjeux de l’Intelligence Artificielle.

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Le consortium du projet ECHO Network s’est retrouvé pour la dernière visite d’étude du projet, à Zagreb du 5 au 7 décembre 2023 au Center for Peace Studies, organisation croate de défense des droits humains. Les participant·es ont pu rencontrer différentes organisations croates utilisant le numérique dans leurs activités, échanger sur la question des Droits Humains et de l’IA, sur le rôle d’Internet dans les mouvements anti-guerre en Croatie dans les années 90 et de la cyber-surveillance.

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2024 : production et valorisation

Après ces 4 visites d’études, le projet ECHO Network était consacré en 2024 à la production de ressources qui pourraient servir à d’autres associations en Europe. Lors d’un échange en mars, nous nous sommes mis d’accord sur la forme que prendrait nos réalisations et comment se répartir le travail. Framasoft a pris en charge la réalisation d’un site web pour présenter l’ensemble de ces productions.

screenshot de la page d'accueil du site https://echo-network.eu/

Vous pouvez ainsi trouver sur le site https://echo-network.eu :

  • une cartographie des structures œuvrant pour un numérique éthique à travers la formation, la construction d’outils et/ou la proposition de services
  • un référentiel de ressources et outils disponibles dans le réseau des partenaires en lien avec la promotion de la citoyenneté numérique
  • des démarches d’animation à destination des éducateur·ices et des jeunes pour analyser et comprendre
  • un guide de survie numérique pour les représentant⋅es d’associations qui souhaitent engager une transition numérique en lien avec leurs valeurs associatives
  • un plaidoyer pour une transition numérique éthique et durable

Les partenaires du projet ECHO Network se sont retrouvés une dernière fois à Bruxelles du 4 au 6 novembre 2024 pour finaliser le bilan du projet et le présenter lors d’un événement organisé par Solidar au Comité économique et social européen, un organe consultatif de l’Union Européenne. Cet événement a permis de réunir les acteurs de l’éducation et de la formation et les décideurs politiques européens lors d’une table ronde politique sur le thème de la transition numérique éthique et durable.

photo d'un temps lors de la table-ronde organisée au Comité économique et social européen

Présentation du projet au Comité économique et social européen

 

Tout au long de ce projet, nous avons pu découvrir les différences de fonctionnement, d’actions et de culture de nos structures respectives. Les activités de Framasoft sont évidemment assez différentes des méthodes d’animation des Ceméa ou des actions de plaidoyer de Solidar. De plus, nous n’avons pas pour habitude de faire des rencontres dans toute l’Europe (qui restent assez chronophages en particulier lorsqu’on évite le transport aérien), notre fonctionnement plus dynamique préfère les échanges asynchrones et à distance. Pour autant, ces rencontres nous ont permis de découvrir nos points communs et nos discours partagés, et nous nous réjouissons d’avoir apporté notre regard aux enjeux du numérique qui ont pu être discutés.

Nous espérons que les contenus présents sur ce site aideront les membres de la société civile au niveau européen à la recherche de ressources autour du numérique éthique, et nous nous efforcerons d’y référer et de diffuser ses contenus sous licence libre, en particulier au sein de notre réseau non-francophone.

Soutenir la participation de Framasoft à ECHO Network

Vous reprendrez bien un peu de numérique émancipateur pour Noël ?

Au regard de ce long bilan, et même si nous n’avons pas mené tous ces projets dans leur intégralité, nous estimons avoir atteint l’objectif que nous nous étions fixé, à savoir fournir des outils numériques aux associations et collectifs qui œuvrent pour le bien commun et le bien des Communs. Et on est sacrément fier⋅es de ce que nous avons accompli ces deux dernières années, dans un contexte mouvementé.

Pour autant, nous n’allons pas nous arrêter en si bon chemin ! Il reste encore beaucoup à faire pour que toutes les structures qui veulent changer le monde mettent en cohérence leurs outils numériques et leurs valeurs. D’ailleurs, on compte sur vous pour leur faire découvrir tout ce que nous avons mis en place ces deux dernières années. Et pour vous aider, on vous a concocté une petite vidéo qui présente en 13 min chrono l’offre de Framasoft à destination des associations.

En cette veille de Noël, et même si nous ne sommes pas hyper fans des fêtes religieuses et consuméristes, on se dit que vous nous feriez un chouette cadeau en participant à rendre virale cette vidéo ! Alors, n’hésitez pas à la partager auprès de votre famille, votre cercle amical, vos collègues et bien évidemment auprès de vos communautés.

Soutenir les actions qui dégooglisent les associations (et Framasoft)

 

Le défi : 20 000 fois 20 € de dons pour les 20 ans de Framasoft !

Framasoft est financée par vos dons ! Chaque tranche de 20 euros de dons sera un nouveau ballon pour célébrer 20 d’aventures et nous aider à continuer et décoller une 21e année.

Framasoft, c’est un modèle solidaire :

  • 8000 donatrices en 2023 ;
  • plus de 2 millions de bénéficiaires chaque mois ;
  • votre don (défiscalisable à 66 %) peut bénéficier à 249 autres personnes.

Jauge de dons de Framasoft au 24 décembre 2024, à 201 425 €

À ce jour, nous avons collecté 201 425 € sur notre objectif de campagne. Il nous reste 7 jours pour convaincre les copaines et récolter de quoi faire décoller Framasoft.

Alors : défi relevé ?

🎈 Je soutiens la 21e année de Framasoft 🎈

Alternatiba poursuit sa sortie des logiciels propriétaires et adopte un outil de base de données no-code et libre

Le mouvement citoyen pour le climat et la justice sociale nous parle de sa vision des outils numériques et comment il entreprend de sortir concrètement des logiciels privateurs. Partage d’expérience dans la mise en place d’un outil de base de données no-code.

Bonjour Adrien et Gauthier ! Pouvez-vous vous présenter ?

Salut, ici Gauthier, profil type de l’ingénieur qui aurait pu travailler dans la voie toute tracée de l’industrie mais qui se posait trop de questions pour ça. Après une escapade dans l’éducation nationale, je suis devenu militant à plein temps à Alternatiba / ANV-COP21 Grenoble, puis je me suis impliqué de plus en plus dans l’équipe informatique globale jusqu’à devenir salarié du mouvement en 2021. Je suis aussi impliqué dans plein d’assos militantes ou dans le domaine de l’animation, et je traîne dans le monde du numérique libre depuis quelques années ! Aujourd’hui, je dirais que je suis un geek (barbu, lunettes et tout 🤓) qui comprend à peu près ce que disent les machines (encore que…), mais qui préfère surtout parler aux humains (c’est ça qui est intéressant !).

 

Salut ! Moi, c’est Adrien ! J’ai 35 ans. Dans une autre vie, j’ai fait des études de maths pour l’information et une thèse en cryptographie quantique. J’ai quitté le monde de la recherche après mon doctorat et j’ai travaillé pour différentes ESN. J’ai notamment fait une mission de 3 ans en tant qu’ingénieur de recherche en analyse de données pour Michelin. J’ai démissionné durant l’été 2021 pour me consacrer entièrement à des engagements associatifs, notamment à Alternatiba et ANV-COP21 à Clermont-Ferrand, mais également dans un atelier bois partagé ou pour la monnaie locale du Puy-de-Dôme. J’ai rejoint Gauthier à la commission informatique d’Alternatiba en décembre 2022.

 

Le mouvement Alternatiba est déjà relativement médiatisé et connu, mais sans doute pas de tout le monde. Alors, c’est quoi Alternatiba ? Et quel est votre rôle ?

Alternatiba et Action Non-Violente COP21 (ANV-COP21) sont les deux « jambes » d’un même mouvement citoyen pour le climat et la justice sociale. Né au Pays Basque en 2013, ce mouvement forme aujourd’hui un réseau de 115 groupes locaux implantés sur les territoires et vise à relever le défi climatique en contribuant à faire émerger un mouvement de masse, à la fois radical, populaire, non-violent et déterminé. Alternatiba promeut les alternatives et fait de la mobilisation citoyenne (organisation de marches climat, de villages des alternatives, d’actions de plaidoyer, etc.) En parallèle la « jambe » ANV-COP21 s’oppose et résiste face aux projets climaticides par l’organisation d’actions de désobéissance civile non violente.

Ces deux « jambes » nous permettent de faire passer les citoyen⋅nes à l’action autour du slogan « Changeons le système, pas le climat ! »

Pour animer ce réseau de 115 groupes locaux, une équipe d’animation a pour rôle de faciliter le lien entre tous ces groupes et de créer des dynamiques, sur des thèmes ou des campagnes ou projets communs. Cette équipe, composée de bénévoles et d’une quinzaine de membres permanent⋅es salarié·es, est répartie en différentes commissions (animation du réseau, communication externe, collecte, finances, etc.). Pour notre part, nous sommes les deux coordinateurs de la commission informatique. Nous mettons en place et maintenons les outils numériques utilisés par l’équipe globale et nous sommes force de proposition pour transposer les valeurs du mouvement à nos pratiques numériques !

 

Groupe de personnes, assises en demi-cercle, participant à une formation/animation par Alternatiba.

Formation lors du Camp Climat Militant Nord 2022

 

Comment définiriez-vous le rapport entre votre mouvement et « le numérique » en général ?

Les groupes locaux du réseau sont tous autonomes et ont chacun leur propre style côté numérique : ça va du « geek de service » un peu tout seul qui bricole les outils du groupe avec les moyens du bord, aux « gros » collectifs qui mettent en place des systèmes plus robustes et souvent avec des outils libres et une équipe informatique plus structurée. Résultat ? Un joyeux méli-mélo de pratiques numériques qui dépend souvent de la magie des personnes en charge ! 🤪 Une des questions que l’on se pose d’ailleurs beaucoup au sein de la commission informatique est de savoir comment accompagner les différents groupes locaux pour mettre en place des outils numériques qui leur permettent de mobiliser efficacement.

Pour ce qui est de l’équipe d’animation globale, notre rapport au numérique a longtemps été dicté par l’usage des outils les plus répandus, les moins chers, et les plus faciles à utiliser… oui, vous avez bien deviné, on est encore beaucoup chez Google… Ces outils ont été choisi par défaut au début d’Alternatiba par les premier⋅es militant⋅es du mouvement.

La création de la commission informatique en 2018, suivie par l’arrivée d’un salarié dédié, a permis de concrétiser la volonté de mettre en cohérence nos pratiques numériques avec nos valeurs et d’initier les changements nécessaires : structuration des usages numériques, sobriété numérique, sensibilisation au capitalisme de surveillance, choix d’hébergeurs éthiques, virage vers des logiciels émancipateurs, etc.

À savoir que les membres permanent⋅es de l’équipe d’animation globale n’ont pas une très grande connaissance du monde du numérique en général. Pour beaucoup, les outils numériques sont utilisés par nécessité (parce que nous sommes une équipe décentralisée – vive les visios… 😅) et doivent avant tout être des outils fonctionnels et efficaces. Par ailleurs, la multiplication d’outils numériques est globalement vue comme une contrainte qui peut générer de la lassitude ou de la frustration. C’est clair qu’on préférerait faire de la randonnée, de la soudure ou du jardinage plutôt que d’être devant un écran !

En résumé, nous restons collectivement pragmatiques : nous sommes un mouvement citoyen pour le climat et la justice sociale, et nos outils numériques doivent avant tout nous permettre de répondre à ces objectifs de manière efficace. Le numérique n’est pas le « cœur de métier » d’Alternatiba / ANV-COP21 : nous, c’est la mobilisation citoyenne ! Alors on évite d’auto-héberger ou de développer nos propres outils : en règle générale, on se tourne plutôt vers des hébergeurs en qui on a confiance et vers des outils qui existent déjà. Cependant, la conviction que le choix des outils numériques est politique est globalement partagée par tout le monde et nous donne (en tant que commission informatique) la légitimité de pousser à développer une culture du numérique libre au sein du mouvement.

 

Et y a-t-il une volonté, une politique/doctrine, envers le logiciel libre en particulier ?

La volonté de valoriser les logiciels libres est clairement présente au sein du mouvement. Cela a été affirmé à plusieurs reprises dans différentes instances du mouvement, notamment au sein du conseil d’administration. Pour nous, les logiciels libres incarnent dans le monde du numérique les valeurs que nous défendons pour une société désirable : plus de communs gérés de manière démocratique, moins de surveillance, une philosophie d’opposition au capitalisme…

En théorie, tout ça est bien beau mais, en pratique, c’est beaucoup moins évident… 😬 Cette volonté de s’affranchir des logiciels privateurs et de mettre en place des usages numériques alternatifs émancipateurs est limitée par l’habitude (« oui mais je connais bien ce logiciel… »), le manque de convivialité et d’ergonomie de certains outils (« ah non c’est moche ! ») ou le besoin de fiabilité (« oui c’est sympa mais bon, ça ne marche jamais ton truc »). Ces questions étant actuellement portées par un nombre restreint de personnes, il y a une certaine inertie au sein du mouvement, et c’est normal.

En résumé, nous adoptons une posture radicalo-pragmatique : nous cherchons à nous émanciper du numérique privateur autant que possible mais nous utilisons ce que nous avons à disposition ici et maintenant pour continuer d’avancer efficacement. Alternatiba / ANV-COP21 est avant tout un mouvement citoyen écologiste qui se veut accessible à toutes et tous, et qui a besoin d’avoir des outils facilement appropriables pour les gens. La question de la convivialité et de la formation à ces outils est primordiale, nous devons encore beaucoup travailler dessus !

"ce qu'on veut" vs "ce qu'on parvient à faire"

Allégorie du quotidien de la commission informatique

 

Dans vos actions, vous utilisez donc différents logiciels ou plateformes. Peut-on savoir lesquels ?

Globalement, nous sommes toujours dépendant⋅es d’un certain nombre de logiciels propriétaires. L’outil de travail central de l’équipe globale est un Google Drive sur lequel nous stockons et partageons nos documents de travail, les ordres du jours et les comptes rendus (on fait beaucoup de rédaction collaborative ! ✏️), ainsi que des tableaux de suivi et de nombreux autres documents. Nos boîtes mails et listes mails sont actuellement hébergées chez OVH, mais nous avons initié un processus pour les migrer chez un hébergeur associatif. Nous utilisons encore beaucoup Zoom pour faire des réunions en visio. On utilise également Brevo (ex Sendinblue) pour envoyer nos infolettres, des outils spécifiques pour la collecte de don, et Ohme comme CRM. Enfin, en tant que mouvement de mobilisation, nous sommes presque « contraint⋅es » à utiliser les réseaux sociaux dominants pour toucher un maximum de personnes.

Cependant, nous migrons peu à peu nos usages vers des outils libres. Nos sites web sont hébergés chez Infomaniak sur WordPress depuis 2018. Nous utilisons le logiciel de messagerie instantanée Mattermost, hébergé par le CHATONS le Cloud Girofle, nous avons un serveur Mumble pour les réunions audio, on utilise l’instance Vaultwarden de Tedomum (un autre CHATONS) pour la gestion de nos mots de passe, Paheko pour la gestion de notre caisse, BigBlueButton chez Globenet pour les visios, et Aktivisda, le petit nouveau qui permet de créer des visuels. Et bien sûr, nous utilisons beaucoup des services de Framasoft : Framadate (sondage), Framaforms (formulaire), Framavox (prise de décision), Framagit (forge logicielle)… Certains groupes locaux ont également mis en place une instance Nextcloud pour partager les fichiers et s’organiser. D’une manière générale, nous évitons de développer nos propres logiciels, mais en 2019 Alternatiba s’est malgré tout lancé dans une chouette aventure en participant au développement de NOÉ, une application libre d’organisation d’événements, car nous avions des besoins très spécifiques pour l’organisation des Camps Climat. ⛺ Aujourd’hui, le projet s’est autonomisé mais nous continuons à utiliser ce logiciel pour nos événements, et notamment pour notre projet de Camp Climat 2025.

Enfin, pour certains usages spécifiques liés à la désobéissance civile avec ANV-COP21, nous utilisons certains outils qui mettent en avant la confidentialité et le chiffrement, par exemple Proton Mail, Signal ou Cryptpad.

Vous noterez qu’on dépend de pas mal d’hébergeurs différents, mais on essaie de maintenir un lien de confiance avec les humain⋅es de ces différentes organisations. Notre critère primordial : « suis-je capable de boire une bière avec mon hébergeur ? » » 🍻

Où sont nos données ? - La galaxie des hébergeurs sympas autour d'Alternatiba

Où sont nos données ? – La galaxie des hébergeurs sympas autour d’Alternatiba

 

Vous nous avez contacté au sujet d’un projet, d’une envie. Celle d’utiliser des outils type « base de données no-code ». On a beau être sur Framasoft : pouvez-vous nous expliquer ce que sont ces outils, et quels sont leurs principaux avantages ?

En tant qu’équipe d’animation globale, nous cherchons à suivre la dynamique du réseau Alternatiba / ANV-COP21 et à faire circuler des informations dans l’ensemble des groupes locaux. Pour cela, nous devons stocker un certain nombre d’informations, comme les contacts des différents référent⋅es, les activités des groupes, les participations aux différentes mobilisations et campagnes ou encore les formations données.

Toutes ces données ont longtemps été stockées dans de nombreux tableaux de suivi sous forme de Google Sheets. Le temps passant, ces tableaux sont devenus lourds et difficiles à maintenir et à mettre à jour car ils n’ont pas été conçus de manière optimale à l’origine. La mise à jour ou la récupération de données spécifiques se sont avérées compliquées, fastidieuses et chronophages, un peu comme dans le grenier de la vieille maison de famille dans lequel on entasse un peu tout ce qui passe années après années… 🕸️

À l’inverse de ces tableaux indépendants, une base de données est un outil qui permet nativement de répondre à ce type de besoin en liant différents tableaux entre eux de telle sorte que les informations des uns puissent être lues ou mises à jour à partir des autres. Cela évite les doublons et facilite grandement la mise à jour et la consultation des données ! Au contraire d’une base de données « classique » qui s’utilise par des requêtes type SQL, un outil de base de données dit «  no-code  » est doté d’une couche supplémentaire qui permet de rendre invisible pour l’utilisateur⋅rice les formules qui se cachent derrière et est donc parfaite pour des utilisateurices non geeks.

C’est pour ces raisons que nous avons décidé de procéder à un grand ménage de printemps de notre vieux grenier et de nous orienter vers ce type d’outils pour faciliter le suivi de notre réseau ! 🧹

 

OK, merci : on y voit (un peu) plus clair :-) Maintenant, pouvez vous préciser votre projet ?

Dans l’idée de sortir petit à petit un maximum de nos données de Google (en particulier les données personnelles), notre projet est de migrer l’ensemble de nos tableaux de suivi Google Sheets vers un outil de base de données no-code existant. Le leader du marché est AirTable, un logiciel propriétaire américain de la Sillicon Valley BigTech et compagnie. Nous avons choisi une alternative open-source, Baserow, qui offre également de nombreuses fonctionnalités intéressantes.

Nous avons donc construit une (vraie) base de données sur Baserow pour le suivi de notre réseau. Finies les bidouilles : place aux tables de suivi interconnectées, où chaque info est bien rangée à sa place et prête à être trouvée en deux clics. 😁 Plus besoin de jouer aux détectives, toute l’équipe peut accéder aux infos sans prise de tête.

Pour compléter le tout, nous voulions avoir un maximum de contrôle sur l’ensemble de nos données (qui ne sont donc plus stockées sur les serveurs de Google) et en particulier sur les données sensibles de notre réseau. Il s’avère cependant que nous n’avons trouvé aucun CHATONS qui administre et met à disposition des instances Baserow. Nous avons donc fait le pari d’auto-héberger notre propre instance Baserow afin d’avoir facilement la main sur nos données. Pour cela, nous utilisons une machine chez Grésille un hébergeur associatif de confiance avec qui nous avons des liens forts. ❤️

 

Ca à l’air chouette ! Comment vous y êtes-vous pris·es ?

Bien que Baserow soit un outil relativement simple d’utilisation, il ne fallait pas foncer tête baissée sans réfléchir… La première étape a été de concevoir la structure de notre base de données : quelles tables, quelles infos, à quelle place ? Cette période de conception nous a occupé·es pendant plusieurs mois.

Ensuite, un gros travail a été de mettre en place les fonctionnalités qui répondent à nos besoins. Baserow ayant aujourd’hui des fonctionnalités natives relativement limitées, nous avons dû nous adapter et être inventifs dans la conception de la base de données en attendant le développement de ces fonctionnalités. Pour cela, on a créé grâce à notre complice n8n (un outil libre que l’on héberge aussi et qui se branche sur Baserow) de nombreuses automatisations de tâches grâce à des nœuds préconfigurés et un soupçon de code maison. Exemple ? Un système d’envoi automatique de courriels mensuels aux groupes locaux pour qu’ils mettent à jour leurs infos eux-mêmes. Résultat : les données des groupes sont à jour sans se prendre la tête ! 🧘‍♂️

D’ailleurs, nous avons été impressionnés par la dynamique de développement de Baserow qui témoigne d’un lien fort avec la communauté d’utilisateurices. Nous avons osé publier quelques demandes de fonctionnalités en expliquant notre besoin, et elles ont été prises en compte par l’équipe dans le développement ! 🤩

Schéma de fonctionnement dans le cas de la mise à jour mensuelle des groupes locaux - Source Excalidraw

Schéma de fonctionnement dans le cas de la mise à jour mensuelle des groupes locaux – Schéma réalisé avec Excalidraw

 

 

Capture d'écran du logiciel Baserow, montrant un menu sur la partie gauche et un tableur sur le reste du texte

Capture d’écran du logiciel Baserow

 

Pour mettre en place tous ces outils, nous avons fait appel à Maxime, développeur salarié de la coopérative TelesCoop et qui a été un membre actif d’un groupe local Alternatiba par le passe.

TelesCoop est une coopérative super chouette qui accompagne « les acteurs qui participent à l’amélioration des problématiques sociales et environnementales de notre société à travers les technologies de l’information ». Au delà des compétences techniques, nous avons été touché⋅es par les choix forts qui ont été fait dans l’entreprise concernant les conditions salariales (égalité femme/homme évidemment, salaire adapté en fonction des besoins, temps de travail modulable) et le choix des projets qu’ils et elles choisissent d’accompagner. Chaque salarié⋅e peut allouer une partie de son temps de travail sur des projets bénévoles mais qui remplissent des critères éthiques forts ! 😍 Cela résonne fortement avec les valeurs que nous portons au sein du mouvement Alternatiba.

Nous sommes uni·e·s et engagé·e·s autour de valeurs communes – écologie, justice sociale, sobriété – et d’une volonté de mettre en commun nos expériences individuelles au service d’un projet collectif.
— TelesCoop, sur leur site https://telescoop.fr

Quelle est la suite pour ce projet à moyen terme ?

Aujourd’hui, nous continuons d’intégrer peu à peu l’ensemble des données du mouvement et nous connectons notre base de données à différents outils pour des fonctionnalités spécifiques : formulaires de contact sur nos sites web, visualisation d’indicateurs de la dynamique du réseau grâce à Metabase, inscription/désinscription à nos listes mails, ou encore mise à jour automatique de nos différentes cartes interactives GoGoCarto. D’une manière générale, les possibilités offertes par Baserow (et n8n) sont infinies pour ajouter des nouvelles fonctionnalités à notre système !

Par ailleurs, nous avons conçu ce système d’information en nous appuyant sur les besoins de notre mouvement Alternatiba / ANV-COP21, structuré en groupes locaux répartis sur tout le territoire et animé par une équipe dédiée. Mais peut-être que d’autres mouvements ou collectifs ont une organisation similaire à la notre, et pourraient être intéressés par cet outil ? Une fois que tout sera en place et fonctionnel, il peut être intéressant de le diffuser et le proposer à d’autres mouvements qui ont les mêmes besoins que nous ! C’est ça aussi la dynamique du logiciel libre. :)

 

Cool ! Mais… ça va prendre du temps ? Nécessiter de l’argent ? Comment allez-vous faire ?

Le projet a commencé concrètement avec Maxime de TelesCoop au mois de mars 2023. D’un point de vue opérationnel, nous étions quatre côté Alternatiba à suivre le développement de l’outil : deux personnes de l’équipe informatique et deux de l’équipe d’animation du réseau. Il y a eu beaucoup d’aller-retour entre TelesCoop et nous sur les fonctionnalités, la configuration des tables de données ou les workflows n8n.

Pour ce qui est du développement, on met les mains dans la technique côté Alternatiba pour pouvoir gérer en interne le support et les évolutions par la suite mais c’est surtout Maxime qui a développé la structure de l’outil en travaillant sur le projet plusieurs heures par semaine. Le temps bénévole et le mécénat de compétences que TelesCoop nous consacre à travers Maxime ont permis de faire avancer ce projet très rapidement.

Aujourd’hui, le projet est fonctionnel et utilisé par toute l’équipe. 🎉 La première version a été lancée courant août 2023. Après de nombreux tests, nous avons migré toutes nos données sur notre nouvelle base de données. Les Google Sheet sont maintenant figés. Le premier mail automatique, contenant les liens vers les formulaires de mise à jour, est parti début septembre 2023. Nous avons également commencé à mettre à disposition des projets Baserow pour les groupes locaux intéressés !

Nous avons apporté une attention particulière à former toustes nos collègues et, aujourd’hui, Baserow est un outil largement adopté dans l’équipe. Cette année, nous avons notamment réalisé la gestion du projet du Tour Alternatiba 2024 (notre grand projet qui a impliqué des centaines de bénévoles dans plus de 100 villes de France sur 4 mois) avec efficacité et il sera encore central dans l’organisation du Camp Climat 2025 !

C’est merveilleux (et je pèse mes mots) pour moi de vérifier les mises à jour des référent·es de groupe sans avoir à ouvrir 3 tableaux Google pour repérer / noter les modifs / les faire / les doubler dans un autre tableau. Effet Whaouh !

— Léa, animatrice du réseau Alternatiba / ANV-COP21

Comment Baserow a changé la vie de Léa, animatrice du réseau Alternatiba / ANV-COP21

Vous avez des besoins d’aide ? Technique ? Financière ? Autre ?

D’un point de vue technique, le projet roule aujourd’hui parfaitement et nous ajoutons régulièrement de nouvelles fonctionnalités. Nous avons un petit groupe de travail qui assure le support et l’amélioration continue de notre système Baserow/n8n.

D’un point de vue financier, nous avons lancé début décembre notre campagne de collecte de fin d’année. Cette collecte est cruciale dans un contexte d’incertitude financière croissante pour notre mouvement et, plus largement, pour tous les acteurs de la mobilisation climatique et sociale. Plus que jamais, l’auto-financement devient une nécessité (toujours dans une logique d’autonomie !). Pour vous donner un ordre d’idée, en 2024, la collecte de dons de particuliers a représenté 26,3 % de nos financements sur Alternatiba et 59,5 % sur ANV-COP21.

Notre objectif est de faire grandir cette part afin de garantir notre indépendance et notre vision à long terme. Pour renforcer notre mouvement, multiplier nos actions, et gagner en autonomie face à l’urgence climatique, nous avons besoin du soutien financier des citoyen·nes, car c’est leur mouvement avant tout. Chaque nouveau donateur·rice crédibilise nos actions : en soutenant financièrement, des centaines de personnes renforcent la pression citoyenne pour un monde plus juste et soutenable. Si vous souhaitez contribuer, vous pouvez faire un don directement sur don.alternatiba.eu ! ❤️

 

👉 Je soutiens Alternatiba

 

Personne avec un tshirt Alternatiba, au milieu d'un groupe, souriante et levant un pouce.

 

 

PeerTube v7 : offer a complete makeover to your video platform !

With its brand new design, PeerTube‘s new interface isn’t just prettier (although it is). It is also simpler, easier to use and understand and more accessible. Welcome to a new era of this software that empowers creators to get, control and connect their own video platforms.

🎈Framasoft is 20 years old🎈 : Contribute to finance a 21st year !

Thanks to your donations (66 % tax-free), the Framasoft association has been working for 20 years to advance the ethical and user-friendly Web. Find out more about some of our actions in 2024 on the Support Framasoftwebsite .

➡️ Read the series of articles from this campaign (FR – Nov. – Dec. 2024)

Let’s reflect the growth of the PeerTube Ecosystem

Seven year ago, PeerTube was mainly a tool that tech-savvy FOSS enthusiasts were happy to toy with. Then it became popular among content creators that wanted a self-hosted mirror of their YouTube/Twitch channels ; and among communities who wanted to create and regulate their safe space (deaf people, queer people, etc.)

Nowadays, PeerTube is experiencing increasing success among content creators who publish original content (or exclusive content for their community), alternative media, and institutions : colleges, ministries of education, national television and radio archives, etc.

Public structures often need to share video content without attention-grabbing mechanisms or data exploitation.

illustration with the PeerTube mascot and the motto "building a free internet of the future"

Learn more about the history and values of PeerTube with this interview from the Association for Progressive Communication.

To us, this is a new step in the evolution of PeerTube‘s audiences.

That is why this year, we’ve asked La Coopérative des Internets to lead a thorough UX research (complete with interviews, tests, etc.) and help us start a top to bottom redesign of the interface. Our goal was to improve on PeerTube so it would better fit the need of those new audiences. We were clear that everything was on the table : colors, vocabulary, layout…

Well, we are proud to release this v7 of PeerTube, that lays the ground to a complete remodeling of the interface.

Check the source code Support Framasoft

First look : themes, new colors and vocabulary

PeerTube design, color schemes, vocabulary, etc. has been constructed over seven years, as we went along, learning, getting help from the community. This new design was an opportunity to take a step back an get some intentions behind the interface.

screenshot PeerTube v7 light/beige interface

PeerTube new light/beige theme

The new Light/beige default theme is calmer, easier on the eye than the original Black & orange one. We also added a Dark/brown theme into the core for the dark mode aficionados. Both aims to facilitate video browsing.

Creating those new themes was an opportunity to clean up and simplify how the interface is coded (specifically : clean up the CSS, with a focus on the variables), while limiting breakages with preexisting customized themes. It is now really easier to create new themes for PeerTube, and we hope you’ll share your creations !

screenshot PeerTube v7 dark/brown interface

PeerTube new dark/brown theme

We also updated the PeerTube lingo. There is a reason we are now using the word « platform(s) » to talk about all the servers where PeerTube has been installed.

Yes, calling them « instance(s) » has been the norm in the tech savvy-world of activity-pub enthusiasts. But, to those not privileged enough to know about the fediverse and its protocol, the word platform is self-explanatory, and facilitates inclusion.

PeerTube Website Support Framasoft

Enjoying simpler and relevant layouts

There are lots of informations to display on any PeerTube page. The layouts and menus grew organically during seven years of development… and needed some pruning ! We remodeled those menus and pages to bring forward relevant informations, and present a more intuitive way to find out what you are looking for.

screenshot of PeerTubev7 menus for anonymous users

OK, the « PeerTube Nightly » description is not the most thrilling one… But we trust you’ll find more intersting descriptions of your platform to inform passers-by.

For exemple, content creators used to access their channels and uploaded video in their library (where any PeerTube user can get to their playlists, history, etc. of the videos they watched). Now in PeerTube v7, there is a new section called « video space » specific for video uploaders’ needs.

In the same way, « admin » pages for PeerTube platforms administrators have now been separated into an Overview page (to get more info about users, hosted videos, etc.), a Moderation one (to manage abuses, blocking, registrations), and a Settings one (to access configurations, runners, etc.)

screenshot of PeerTube v7 overview page for a logged in administrator

Platform administrators have more convenient menus (here on the overview page)

The several pages that presented the videos on a PeerTube platform (Recently added, Local videos, Trending) have been merged into a « Browse videos » page, that includes quick filters to display the same selections of content in a more forward way.

The same intent has driven the new layout of the « Discover videos » page we hope it will empower curious users.

Obviously, the left bar and header menus have been reorganized to reflect those changes and make navigation even more intuitive. You can now access your account settings and notifications from the header menu, as it is customary on other websites.

PeerTube Search Engine Support Framasoft

Displaying relevant information to show video diversity

A big feedback from new users was that the old interface was confusing, that is was hard for a user to know where they were, and where the videos came from.

That is why, in PeerTube v7, we have added more ways for platforms owners to customize and identify their platforms : easily add a banner (used on pages, mobile app exploration, and our search engine SepiaSearch) and a platform icon (used by the mobile application) More, the name and description of their platform is now displayed to non-registered users in the left hand menu.

Screenshot of platform search results on JoinPeerTube

Platforms banners positively pop on search results (here on joinpeertube.org)

We have also changed how video miniatures appear in all pages that lists videos. Channel avatar are always displayed so it’s easier to identify creators, titles are highlighted, the date and viewcount of the video are present but toned down. Those changes make pages that lists videos easier to read, and facilitate identifying the video you want to watch.

PeerTube Mobile App Support Framasoft

Accessibility on the forefront

The redesign was also the opportunity to prioritize the interface accessibility (for impaired people). In 2023, we prepared the code and worked on what we knew… so the planned 2024 full accessibility audit (thanks to the NGI Entrust consortium) would bring as much new and detailed improvements as possible.

Thanks to the audit, we have improved on so many issues : we fixed color contrats and themes, progress bar, several components, and various screen reader issues. We added missing labels on interactive elements, « skip menu » links, underlining to links. We also improved keyboard navigation, and re-implemented components of a non-accessible dependency.

 

screenshot of the vrowse video page on peertube v7

Did you know that the former orange used for PeerTube wasn’t contrasted enough to be accessible ?

We sincerely think that PeerTube have caught up with accessibility issues and should be up to standards… but we know, now, that there is always room for improvement, and for learning directly from those who are concerned.

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Editing captions, promoting videos and more…

With the brand new remote transcoding tool we introduced last year, getting a transcription or subtitles for your video is easier than ever. But the caption editing tool was… hum… let’s say « barebone ». We are now introducing a new modal that makes editing captions really convenient.

Screenshot of PeerTube v7 new caption edition interface

Editing your captions is waaaay more fun with our new interface

We welcomed and integrated upstream a community contribution on SEO (search engine optimization), to help promote PeerTube-hosted-content on search engines. A platform avatar now appears in the opengraph tags, empty accounts and channels are hidden from the sitemap, while additional video tags are now present there.

Last, PeerTube has been translated into Slovak.

We really want to take time to thank the community that contributes to translations of PeerTube, we would never have thought that our software would one day be available in more than 38 languages.

Huge thanks to all of you, wonderful people, who took time and care to contribute on our translation tool : you are amazing.

sepia, mascotte de peertube, entretenant son jardin

Chasing bugs and gardening the common grounds… The PeerTube community <3
Illustration : David Revoy (CC-By)

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There is more to come…

We still have more work planned from this whole interface remodel. We hope to deliver it in the firsts months of 2025. First, we are currently finishing the translation of the UX research report from La Coopérative des Internets and we will publish it in the hope that it will help the whole fediverse community.

We will also wait a bit for PeerTube administrators to update their platforms, and then update the PeerTube documentation with new screenshots, and the new menus pathways.

Our next interface changes will focus on streamlining the channels & videos management experience for content creators (where several tools and menus added to the pile over the years). We also plan on fine-tuning the categorization of NSFW videos.

Illustration - Dans la mer Sepia, læ poulpe mascotte de PeerTube, dessine un grand chiffre sept avec son encre.

Illustration : David Revoy – Licence : CC-By 4.0

We obviously have many more items to our 2025 roadmap, but are still trying to secure funds to realize them : we’ll keep you informed as soon as we know more !

About funds, we really want to thank the NGI0 Entrust program for their grant that funded most of the work on this new version (and on the PeerTube mobile app we released last week). The NLnet team has been a great partner on the management of this grant, and the accessibility audit from the consortium has really made a huge difference.

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The challenge : 20,000 times €20 donations for Framasoft’s 20th anniversary !

Even though those new developments has been funded, maintaining PeerTube, offering great (and free) support, integrating contributions, etc. happens on our own dime. And Framasoft isn’t an IT company : we’re a non-profit advocating on digital emancipation.

Framasoft is funded by your donations ! Every €20 you donate will be a new balloon to celebrate 20 years of adventures and help us continue and take off for a21st year.

Framasoft is a model of solidarity :

  • 8,000 donors in 2023 ;
  • over 2 million beneficiaries every month ;
  • your donation can benefit 249 other people.

Framasoft donation bar on 2024 dec. 17th, at 110619€

To date, we have raised €110,619 of our campaign target. We still have 14 days to convince our friends and raise enough money to get Framasoft off the ground.

So, challenge accepted ?

🎈🎈 Help Framasoft fund its 21st year of existence ! 🎈🎈

PeerTube v7 : offrez un nouveau look à votre plateforme vidéo !

Dotée d’un tout nouveau design, la nouvelle interface de PeerTube n’est pas uniquement plus esthétique. Elle est aussi plus simple, plus facile à utiliser et à comprendre, et plus accessible. C’est une nouvelle ère pour ce logiciel qui permet aux vidéastes d’avoir leurs propres plateformes de vidéo, de les modérer et de les connecter entre elles.

🎈 Framasoft a 20 ans🎈 : Contribuez pour financer une 21e année !

Grâce à vos dons (défiscalisables à 66 %), l’association Framasoft agit depuis 20 ans pour faire avancer le Web éthique et convivial. Retrouvez un focus sur certaines de nos actions en 2024 sur le site Soutenir Framasoft.

➡️ Lire la série d’articles de cette campagne (nov. – déc. 2024)

Avancées rapides de l’écosystème PeerTube

Il y a sept ans, PeerTube était principalement un outil connu uniquement des passionnés de logiciels libres à la pointe de la technologie. Il est ensuite devenu plus populaire parmi les créatrices et créateurs de contenus qui voulaient auto-héberger un miroir de leurs chaînes YouTube/Twitch et parmi les communautés qui voulaient créer et modérer un espace inclusif (personnes sourdes, personnes queers, etc.).

Aujourd’hui, PeerTube connaît un succès croissant auprès de vidéastes qui publient du contenu original (ou du contenu réservé à leur communauté), de médias alternatifs et de diverses institutions : universités, ministère de l’éducation, archives de la télévision et des radios nationales, etc.

Les structures publiques ont souvent besoin de partager des contenus vidéo sans avoir recours à des mécanismes qui attirent l’attention ou qui exploitent les données.

illustration with the PeerTube mascot and the motto "building a free internet of the future"

Découvrez l’histoire et les valeurs de PeerTube grâce à cette interview de l’Association pour la communication progressive (en anglais).

Pour nous, il s’agit d’une nouvelle avancée dans l’évolution de l’audience de PeerTube.

Cette année, nous avons donc demandé à La Coopérative des Internets de mener une étude UX approfondie (avec entretiens, tests, etc.) et de nous aider à entamer une refonte complète du design. Notre objectif était d’améliorer PeerTube pour qu’il réponde au mieux aux besoins de ces nouveaux publics. Nous leur avons clairement donné carte blanche pour tout remettre en question : les couleurs, le vocabulaire, la mise en page…

Nous sommes fiers de vous présenter cette v7 de PeerTube, qui pose les bases d’une refonte complète du logiciel et de son design.

Voir le code source Soutenir Framasoft

Petit aperçu : des thèmes, des nouvelles couleurs et du vocabulaire

Le design de PeerTube, ses couleurs, son vocabulaire… Tout s’est construit au cours des sept dernières années, au fur et à mesure de notre apprentissage sur le tas et de l’aide apportée par la communauté. Ce nouveau design a été l’occasion de prendre un peu de recul et de donner un sens, des intentions à l’interface.

Image de l'interface light beige de PeerTube

Le nouveau thème par défaut, beige clair, est plus chaleureux et plus agréable à l’œil que le thème original, noir et orange. Un thème brun est aussi disponible, pour qui préfère les affichages sombres. Ces deux thèmes ont pour but de faciliter la navigation dans les vidéos.

La création de ces nouveaux thèmes a été l’occasion de nettoyer et de simplifier le code de l’interface (en particulier : nettoyer les CSS, en se concentrant sur les variables), tout en limitant les ruptures avec les thèmes personnalisés préexistants. Il est maintenant beaucoup plus facile de créer de nouveaux thèmes pour PeerTube. Nous espérons d’ailleurs que vous nous partagerez vos réalisations !

Image de l'interface dark marron de PeerTube

Le glossaire de PeerTube a également été mis à jour. Ce n’est pas pour rien que nous utilisons désormais le terme « plateforme(s) » pour parler de tous les serveurs sur lesquels PeerTube a été installé. Les appeler « instance(s) » est la norme dans le monde technique des enthousiastes d’activity-pub. Mais pour celles et ceux qui n’ont pas le privilège de connaître le Fediverse et son protocole, le mot plateforme est plus explicite, et facilite l’inclusion.

Site PeerTube Soutenir Framasoft

Une mise en page plus simple et plus pertinente

Il y a beaucoup d’informations à afficher sur une page PeerTube. Les présentations et les menus se sont développés au fil du temps durant sept années de développement… et avaient bien besoin d’être révisés ! Ces nouveaux menus et pages ont été complètement retravaillées pour mettre en avant les informations importantes et permettre de trouver plus facilement le contenu que l’on recherche.

Image de l'interface de PeerTube en utilisateur anonyme

Par exemple, les créateurs et créatrices de contenus accédaient à leurs chaînes et aux vidéos téléchargées dans leur bibliothèque (où tout utilisateur de PeerTube peut accéder aux listes de lecture, à l’historique, etc. des vidéos visionnées). Désormais, dans PeerTube v7, il existe une nouvelle section appelée « Espace vidéo » spécifique aux besoins des créateurs de contenus.

De la même manière, les pages « Admin » pour qui administre leur propre plateforme PeerTube ont été séparées en une page « Aperçu » (pour obtenir plus d’informations sur les utilisateurs, les vidéos hébergées, etc.), une page « Modération » (pour gérer les abus, les blocages et les inscriptions), et une page « Paramètres » (pour accéder à la configuration, les runners, etc.).

Image de la partie admin de PeerTube

Les différentes pages qui affichaient les vidéos d’une plateforme PeerTube (Récemment ajoutées, Vidéos locales, Tendances) ont été fusionnées en une page « Parcourir les vidéos », qui inclut des options de filtres rapides pour afficher les mêmes sélections de contenus d’une manière plus directe.

La nouvelle disposition de la page « Découvrir des vidéos » a été conçue dans le même esprit. Nous espérons qu’elle satisfera même les utilisateurs les plus curieux.

Enfin, la barre de gauche et les menus de l’en-tête ont été réorganisés afin d’illustrer ces changements et rendre la navigation encore plus intuitive. Vous pouvez désormais accéder aux paramètres de votre compte et aux notifications à partir du menu d’en-tête, coutume courante sur d’autres sites web.

Moteur de recherche PeerTube Soutenir Framasoft

Afficher simplement la diversité des vidéos

L’un des principaux retours de personnes découvrant PeerTube était que l’ancienne interface était confuse, qu’il était difficile pour une utilisatrice de savoir où il se trouvait et d’où provenaient les vidéos.

C’est pourquoi, dans PeerTube v7, nous avons ajouté plus de moyens pour les propriétaires de plateformes de personnaliser et d’identifier leurs plateformes : ajouter facilement une bannière (utilisée sur les pages, l’exploration de l’application mobile, et notre moteur de recherche SepiaSearch) et une icône de plateforme (utilisée par l’application mobile). De plus, le nom et la description de leur plateforme sont maintenant affichés pour les utilisateurs non-enregistrés dans le menu de gauche.

Capture d'écran des résultats de recherche de la plateforme sur JoinPeerTube

Les bannières des plateformes apparaissent positivement dans les résultats de recherche (ici sur joinpeertube.org)

La manière dont les miniatures vidéo apparaissent a également été modifiée dans toutes les pages qui listent des vidéos. Les avatars des chaînes sont mis en avant afin de faciliter l’identification des créateurs, les titres sont mis en évidence, la date et le nombre de vues de la vidéo sont présents mais atténués. Ces changements rendent les pages qui répertorient les vidéos plus lisibles et simplifient l’identification de la vidéo que vous souhaitez regarder.

Application mobile PeerTube Soutenir Framasoft

L’accessibilité mise à l’honneur

La refonte nous a également permis de donner la priorité à l’accessibilité de l’interface (pour les personnes handicapées). En 2023, nous avions préparé le code et avancé à l’aide de nos connaissances… pour que l’audit complet d’accessibilité prévu en 2024 (grâce au consortium NGI Entrust) apporte autant d’améliorations nouvelles et détaillées que possible.

Grâce à l’audit, de nombreux points ont pu être améliorés : les contrastes de couleurs et les thèmes, la barre de progression, plusieurs composants et divers problèmes liés aux lecteurs d’écran ont été corrigés. Les labels manquants sur les éléments interactifs ainsi que des liens « passer le menu » ont été ajoutés, les liens sont soulignés. La navigation au clavier a été perfectionnée et les composants d’une dépendance non accessible ont pu être réimplémentés.

capture d'écran de la page vidéo vrowse sur peertube v7

Saviez-vous que l’ancien orange utilisé pour PeerTube n’était pas assez contrasté pour être accessible ?

Nous pensons sincèrement que PeerTube a rattrapé son retard en matière d’accessibilité et devrait maintenant être conforme aux normes… mais nous savons aussi qu’il est toujours possible de s’améliorer et d’apprendre directement des personnes concernées.

Suivre PeerTube sur Mastodon Soutenir Framasoft

Édition de sous-titres, promotion des vidéos et plus encore…

Grâce au nouvel outil de transcription introduit l’année dernière, il est désormais très simple d’obtenir une transcription ou des sous-titres pour votre vidéo. Mais l’outil d’édition des transcriptions/sous-titres était… hum… disons sommaire. Une nouvelle fenêtre modale a été introduite, pour rendre l’édition des sous-titres beaucoup plus aisée.

Image montrant l'interface pour modifier les sous-titres dans PeerTube

Nous avons accueilli et intégré en amont une contribution de la communauté sur le SEO (optimisation pour les moteurs de recherche), pour aider à promouvoir le contenu hébergé sur PeerTube dans les moteurs de recherche. Un avatar de la plateforme apparaît désormais dans les balises opengraph, les comptes et canaux vides sont masqués dans le plan du site, tandis que des balises vidéo supplémentaires y sont désormais présentes.

Enfin, PeerTube a été traduit en slovaque.

Nous voulons vraiment prendre le temps de remercier la communauté qui contribue aux traductions de PeerTube, jamais nous n’aurions pensé que notre logiciel serait un jour disponible dans plus de 38 langues.

Un grand merci à vous tous, personnes merveilleuses, qui avez pris le temps et le soin de contribuer à notre outil de traduction : vous êtes incroyables !

sepia, mascotte de peertube, entretenant son jardin

Faire la chasse aux bugs et cultiver le jardin Commun… une allégorie de la communauté PeerTube.
Illustration de David Revoy (CC-By)

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Plus d’améliorations à venir…

D’autres chantiers sont prévus dans le cadre de cette refonte de l’interface. Nous espérons les livrer dans les premiers mois de 2025. Tout d’abord, la traduction du rapport de recherche UX de La Coopérative des Internets est en voie d’être terminée. Nous le publierons dans l’espoir qu’il aidera l’ensemble de la communauté du Fediverse.

Une fois que les administratrices de PeerTube auront le temps de faire la mise à jour de leurs plateformes, nous mettrons à jour la documentation de PeerTube avec de nouvelles captures d’écran, et les chemins des nouveaux menus.

Les prochaines évolutions seront dédiées à la simplification de la gestion des chaînes et des vidéos pour les créateurs de contenus (où plusieurs outils et menus ont été ajoutés au fil des ans). La catégorisation des vidéos NSFW devrait également être affinée.

Illustration - Dans la mer Sepia, læ poulpe mascotte de PeerTube, dessine un grand chiffre sept avec son encre.

Illustration : David Revoy – Licence : CC-By 4.0

Évidemment, beaucoup d’autres projets sont prévus pour notre feuille de route 2025, mais nous attendons de voir si nous allons obtenir des fonds pour les réaliser : nous vous tiendrons informées dès que nous en saurons plus !

En ce qui concerne les fonds, nous tenons à remercier le programme Entrust du NGI0 pour sa subvention qui a permis de financer la majeure partie du travail sur cette nouvelle version (et sur l’application mobile PeerTube que nous avons lancée la semaine dernière). L’équipe NLnet a été un excellent partenaire dans la gestion de cette subvention, et l’audit d’accessibilité du consortium a vraiment fait une énorme différence.

Partagez vos idées et retours sur PeerTube Soutenir Framasoft

Le défi : 20 000 fois 20 € de dons pour les 20 ans de Framasoft !

Même si ces nouveaux développements ont pu être financés, la maintenance de PeerTube, le support (gratuit), l’intégration des contributions, etc. se font sur nos propres ressources. Et Framasoft n’est pas une grande entreprise de la tech : nous sommes une association à but non lucratif qui milite pour l’émancipation numérique.

Or Framasoft est financée par vos dons ! Chaque tranche de 20 euros de dons sera un nouveau ballon pour célébrer 20 années d’aventures et nous aider à continuer et décoller une 21e année.

Framasoft, c’est un modèle solidaire :

  • 8000 donatrices en 2023 ;
  • plus de 2 millions de bénéficiaires chaque mois ;
  • votre don (défiscalisable à 66 %) peut bénéficier à 249 autres personnes.

Jauge de dons de Framasoft au 17 décembre 2024, à 110619 €

À ce jour, nous avons collecté 110 619 € sur notre objectif de campagne. Il nous reste 14 jours pour convaincre les copaines et récolter de quoi faire décoller Framasoft.

Alors : défi relevé ?

🎈 Je soutiens la 21e année de Framasoft 🎈

Les Framactus – Hiver 2024

Entre bonnets, écharpes et préparation de la fin de l’année… Voici les dernières nouvelles de Framasoft en 2024, de la campagne de dons en cours et de la célébration des 20 ans de l’association.

🎈Je soutiens l’association Framasoft🎈

2024 en quelques chiffres

Nous le disions dans la précédente lettre d’info, l’année fut particulièrement difficile pour Framasoft. Néanmoins, notre association peut être fière des chiffres (temporaires) qu’elle présente :

  • 42 interventions à votre rencontre ;
  • 104 articles sur le Framablog ;
  • 52 structures accompagnantes répertoriées sur Emancip’Asso ;
  • 1583 espaces cloud attribués à des assos et collectifs sur Framaspace ;
  • 81 sites dont 24 services sur 126 serveurs ;
  • 1068 plateformes PeerTube hébergeant leurs propres vidéos ;
  • …pour environ 1,8 millions bénéficiaires chaque mois (estimation (au doigt mouillé (on peut pas être sûrs (on ne vous piste pas))))

Nos actions sont financées par vos dons : plus que jamais, merci de vos contributions.

Soutenir le travail de Framasoft

illustration des 20 ans de Framasoft

Pour ses 20 ans, Framasoft vous couvre de cadeaux !

Depuis le 19 novembre, l’association Framasoft célèbre sa 20e année d’existence. Chaque semaine a été l’occasion d’une nouvelle annonce, d’un nouveau partage :

  • Célébrez les 20 ans de l’association, avec un site web commémoratif, et deux épisodes du podcast Projets Libres !
  • Framaspace, le cloud libre et gratuit pour les petites assos, s’enrichit de formulaires, outil comptable, gestion de membres… pour mieux aider les collectifs à changer le monde !
  • Démystifions ensemble l’Intelligence Artificielle : le site-outil FramamIA propose des clés de compréhension autour de l’IA… et l’application Lokas permet d’expérimenter avec un outil concret.
  • PeerTube dispose désormais d’une application mobile, pour découvrir et regarder des vidéos et des lives. Conçue avec soin, l’interface ne capte ni vos données, ni votre attention.
  • Quant au logiciel PeerTube, la version 7 vient juste de sortir ! Thème, nouvelle interface, accessibilité… c’est un relooking complet pour notre alternative éthique à YouTube ou Twitch.
  • (la semaine de Noël) Nous avons hâte de vous présenter un bilan de Collectivisons Internet, Convivialisons Internet… notre stratégie pour dégoogliser les associations.

Toutes ces publications sont (et seront) détaillées sur le Framablog, et résumées sur le site Soutenir Framasoft, où notre campagne de dons bat son plein.

Soutenir les actions de Framasoft

illustration de FRamasoft décolle

Plus que quelques jours pour nous aider à continuer, voire à décoller, en 2025 !

Framasoft vit principalement de vos dons. Environ 95 % de nos revenus proviennent de donations, dont 20 % de dons de fondations… Ce qui fait que 75 % de notre budget vient de vous.

Votre générosité depuis que nous avons commencé à célébrer ces 20 ans n’a pas fait défaut, et nous souhaitons remercier chaleureusement toutes les personnes qui ont déjà contribué à cet élan solidaire.

Notre objectif, cette fin d’année, est double :

  • si l’on collecte 200 000 €, on sort de l’ornière, on boucle le budget 2025 et Framasoft pourra poursuivre ses projets (en équipe réduite).
  • dès qu’on se dirige vers les 400 000 €, vous offrez à Framasoft les moyens de rebondir, voire décoller, pour innover et s’emparer de nouveaux enjeux.

L’association Framasoft étant reconnue d’intérêt général, les contribuables Français peuvent bénéficier d’une déduction fiscale de 66 %… mais il faut donner avant le 31 décembre minuit si vous voulez que ça compte pour 2024 !

Cette année plus que les autres, nous espérons votre aide, vos partages et votre solidarité… en souhaitant que nos actions soient à la hauteur de vos dons.

🎈Contribuer aux 20 ans de Framasoft🎈

On vous envoie plein de chaleur et de paillettes pour cette fin d’année,

L’équipe de Framasoft, asso vingtenaire.

 

PeerTube mobile app : discover videos while caring for your attention

Today, at Framasoft (bonjour !), we publish the very first version of the PeerTube Mobile app for android and iOS. A lot of care went into its conception, to help a wider audience watch videos and discover platforms, while not getting their attention (and data) exploited.

🎈Framasoft is 20 years old🎈 : Contribute to finance a 21st year !

Thanks to your donations (66 % tax-free), the Framasoft association has been working for 20 years to advance the ethical and user-friendly Web. Find out more about some of our actions in 2024 on the Support Framasoftwebsite .

➡️ Read the series of articles from this campaign (FR – Nov. – Dec. 2024)

Another step into PeerTube growth

Even though we have been developing and maintaining the PeerTube software for 7 years, we, at Framasoft, are far from being an IT company. First because we are a not-for-profit (funded through donations, you can support us here), and then because our goal is, actually, to help others educate themselves on digital issues, surveillance capitalism, etc. and to give them tools that helps them get digitally emancipated.

Developing PeerTube has been, to us, an (happy) accident. We wanted to show that with one paid developer (for the first six years, then two), very little means (~ €650,000 over 7 years) and lots of community contributions, we can create a radical alternative to YouTube and Twitch. It also took a lot of patience. From the get go, we knew we needed to aim for a slow but steady pace of growth for the software, the network of video platforms it federates, the whole ecosystem and the audiences it reached.

Videos and live-streams are increasingly watched on mobile devices. We knew the next step to widen the audience of the PeerTube network of platforms was to develop a mobile client. Last year, we decided to hire Wicklow (who completed his last internship, before graduating, here with us), to train him on mobile technologies, develop a mobile app, while continuing to get familiar with PeerTube’s core code.

Support PeerTube & Framasoft

Getting funded and getting help

This was (and still is) a big decision : a new hire needs to be funded (our huge thanks to NLnet and the NGI0 Entrust program !), and we want to stay a small structure, so we don’t have lots of room in our team. In hindsight, though, we believe it was the right one.

We surrounded ourselves with Zenika, to get help on architecture and experience on mobile strategy. We soon realized that peer-to-peer video sharing wouldn’t be a wise strategy on mobile devices. After benchmarking different technologies, Wicklow picked Flutter for the development.

La Coopérative des Internets (French design workers-owed-company), helped us pinpoint the relevant user experience and design an app fit for videos on the fediverse. We decided, for the first release, to limit the scope of the app to the « spectator use-case » : browsing and watching videos.

We plan to share all their reports soon (early 2025), as soon as we put in the final touches. We hope that sharing this expertise and experience will help other FLOSS initiatives in their endeavor.

In the meanwhile, the PeerTube Mobile app is (as always with us) Free-libre and open-source, and you can find the source code here on our repository.

Image "welcome" PeerTube app Image PeerTube app video player

 

🎈🎈 Celebrate Framasoft’s 20th birthday 🎈🎈

Fediverse complexities made simple

This preparatory work helped us realize that a mobile client was an amazing opportunity to simplify the PeerTube experience. PeerTube is not a video platform : it’s a network of video platforms, each with their own rules, means and focus, that can choose to federate with others (or not).

It is, by design, more complex than a centralized platform. One of the main feedback we got from video enthusiasts was

« I don’t know where to get an account. I don’t know where to search & find videos » (even though we maintain SepiaSearch).

Screenshot of SepiaSearch.org, our PeerTube Search Engine

Local account

Within a mobile client, we can create some kind of local account, directly on your device, so you get your watch-list, playlists, faves, etc. It saves you the hassle of finding a platform where you’d need to create an account if you just want to enjoy video content.

Image "Watch later" PeerTube app

Explore platforms

We can also include a search engine and an interface to explore the federation of PeerTube platforms and find videos suited to your interest. Not everyone knows SepiaSearch (and other fediverse search engines) exists : you get it from the get go, in your pocket.

Highlighting platforms’ diversity

Finally, we can present content in a way that highlights the platforms, and show you where the videos/channels you watch are hosted. Differentiating platforms is a practical, visual way of introducing the concept of federation to a wider audience.

Image PeerTube app "explore platforms"

Fund Framasoft’s work

Designing out dark patterns

Humility check : a small French nonprofit will never have Google’s workforce nor Amazon’s money (and vice versa). But we have an edge : we are not constrained by surveillance capitalism rules, and its captology models.

Neither PeerTube nor the mobile app have any interest into grabbing your attention, force-feeding you ads and milking behavioral and personal data from you.

That is how we freed the design from toxic design patterns such as doom scrolling, curated feeds, needy notifications and so on.

It might sound obvious, but it takes real effort to conceive an interface cleaned from what has unfortunately became the new normal. Even more if you need to keep it familiar enough so it says easy to use.

Image "show more" PeerTube app

A very first build, limited by (play & i) stores

We knew beforehand that fitting into Google’s PlayStore and Apple AppStore would be a challenge. They clearly weren’t ready to host a client for (not-a-platform but) a network of autonomous video-sharing platforms, published by a small French nonprofit, funded through its independent donation website.

We knew about the issues encountered by Thorium (another PeerTube mobile client). We got help and advice from Gabe, who develops the streaming tool Owncast (may your keyboard always repel crumbs and click smoothly), and encountered many obstacles… We knew about all that but, oh my Tux, it was a wild ride.

After jumping though hoops, here we are, you can download the PeerTube mobile app here :

Download on F-Droid, alternative store for Android AppStoreSoon Download on Google Play Store Download on Apple AppStore

🔗Download the latest apk🔗 ((Android/Advanced)

🎈 Contribute to Framasoft’s Future 🎈

(un-)Limiting the federation

To get through Apple’s (and, in a lesser way, Google’s) validation processes, we had to present the mobile app with a curated « allowlist » of PeerTube platforms that meet their standards.

Here is the state of those limitations right now :

  • Apple AppStore : limited to a very strict allowlist. Truth be told, a week before release, we are still unsure of being validated. Once we manage it, we’ll see how to widen the list & let users add platforms they want ;
  • Google Play Store : limited allowlist, but users can already add the platforms they want. We plan to widen the allowlist next ;
  • F-Droid (coming soon) and direct download apk : all PeerTube platforms we have indexed on SepiaSearch are available. If an instance isn’t declared to our index or is moderated, you can add it manually.

Image explore plateforms PeerTube app

Download on F-Droid, alternative store for Android AppStoreSoon Download on Google Play Store Download on Apple AppStore

🔗Download the latest apk🔗 ((Android/Advanced)

We cannot stress enough how their stores are not ready for independent solidarity-oriented networks. For exemple, a small « support us » donation link in our website footer or even on one of the allowed platforms triggered a « nope » from Apple.

And that’s consistent : as seen in their fight with Epic (owners of Fortnite) Apple take their share in every in-app purchases. They have an economic interest to keep your expenses enclosed in their ecosystem. Please, please : consider getting your freedom back ;).

meme "I expected nothing, and yet I was disappointed"

Coming soon, in the PeerTube App

Fitting into Apple’s (and Google’s) very small boxes took time and energy, more than what we expected. We decided to release a first (incomplete) version of the app in December anyway, and gradually improve on it.

Here are the features we plan to develop and share for the PeerTube app :

  • Soon (early 2025)
    • Finalize and publish design and mobile strategy reports
    • Publish documentation
    • Play video in background
    • Log in to one’s account, gets subscriptions, comment videos
    • next video recommandation
    • improve on the limited platforms list situation
  • Then (mid 2025 (if funded))
    • adapt to tablets
    • adapt to TVs (well : AndroidTV… as for AppleTV, it will depend on their limitations)
    • Watch offline (for downloadable content)

Right now, we are still waiting to secure funding for those mid-2025 features (for which we have requested a NGI0 Commons grant to NLnet).

Depending on the app success and usage, we would love to add the content creator usecase to the app. But that’s a big one : upload and publish a video, manage one’s content, create a livestream, etc. We are still wondering where, when and how to get funds for this undertaking.

Illustration - Sepia, læ poulpe mascotte de PeerTube, sort de l'écran d'un téléphone mobile.

Illustration by David Revoy – Licence : CC-By 4.0

Care, Share and Contribute !

This is the part where we need you.

We hope you will enjoy this app, download and use it, and share it with your friends. This is a new gateway to promote PeerTube content, get audience to fabulous content creators, entice them to share more and boost that virtious loop.

This app is also a way of showcasing how media could be presented, when they are made with care for your agency and attention. More than ever : sharing is caring.

Download on F-Droid, alternative store for Android AppStoreSoon Download on Google Play Store Download on Apple AppStore

🔗Download the latest apk🔗 ((Android/Advanced)

You can also contribute by reporting bugs (within the app), helping on the code (here is the git repository), and translating the interface. This is an important one : right now, the App is only available in English and French. Your language contributions are welcomed here on our translation platform.

Obviously, we plan to maintain the app, add translations, implement bugfixes and security updates when needed : but this has a cost. We need to secure Framasoft’s 2025 budget to make Wicklow’s position permanent in our team (which is a priority to us). Our donation campaign is active right now, you can add your support here (and thanks !).

illustration où des animaux mascottes de projets framasoft rassemblent des ballons sur deux piquets au sol. Les ballons prennent la forme d'un 20 géant.

Illustration by David Revoy – Licence : CC-By 4.0

The challenge : 20,000 times €20 donations for Framasoft’s 20th anniversary !

Framasoft is funded by your donations ! Every €20 you donate will be a new balloon to celebrate 20 years of adventures and help us continue and take off for a21st year.

Framasoft is a model of solidarity :

  • 8,000 donors in 2023 ;
  • over 2 million beneficiaries every month ;
  • your donation can benefit 249 other people.

Framasoft donation bar on 2024 dec. 10th, at 84817€

To date, we have raised €84,817 of our campaign target. We still have 21 days to convince our friends and raise enough money to get Framasoft off the ground.

So, challenge accepted ?

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