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La nouvelle du mardi 20:42

Chaque jour de cette semaine, Ă  20:42, une nouvelle de 2042 concoctĂ©e avec amour par les participant⋅es des ateliers #solarpunk #UPLOAD de l’UTC.

Aujourd’hui, la vie quotidienne sur le campus, on se bouge sans voitures Ă  l’UPLOAD
 Mais d’abord  cet apĂ©ritif riche en calories : le monologue d’un poĂȘle de masse !

Confession d’un poĂȘle de masse

— EnchantĂ©, je suis le poĂȘle de masse du foyer Ă©tudiant de l’UPLOAD ! Je trĂŽne dans ce grand salon collectif oĂč vivent les Ă©tudiant·es, afin d’apporter de la chaleur Ă  leur corps mis Ă  rude Ă©preuve par l’hiver picard et les pĂ©nuries Ă©nergĂ©tiques. Toutes les salles de l’universitĂ© ne peuvent ĂȘtre chauffĂ©es, mais vous pourrez toujours compter sur moi pour vous apporter du rĂ©confort physique et moral. Car attention, je ne suis pas qu’un vulgaire moyen de chauffage : oh non, je suis bien plus que ça ! Voulant rĂ©chauffer leurs corps, les Ă©tudiant·es se rĂ©unissent autour de moi, crĂ©ant ainsi des moments festifs et intimes qui rĂ©chauffent aussi leurs cƓurs. C’est sĂ»rement pour ça que je suis l’un des rares objets du foyer Ă  avoir mon propre surnom : “Poelito” qu’iels me nomment ! C’est bien sĂ»r ironique, car je pĂšse plusieurs tonnes. Mais moi je n’ai rien Ă  envier aux poĂȘles classiques tout rachitiques, au contraire, c’est mon poids qui fait ma force en tant que poĂȘle de masse ! Laissez-moi vous expliquer


Wood Stove par Matt Kern, licence CC-BY 2.0 Deed

 

Je me nourris de bois, une ressource locale, abordable et renouvelable. Contrairement aux poĂȘles classiques qui le consument lentement et rĂ©chauffent directement l’air ambiant, je le brĂ»le violemment et le stocke dans la matiĂšre qui m’entoure. Il peut s’agir de brique, de pierre, de terre crue, de faĂŻence, bref n’importe quoi d’assez dense pour retenir la chaleur par inertie. L’avantage, c’est que je libĂšre de la chaleur par rayonnement tel un petit soleil, et ce Ă  faible dose jusqu’à 24h voir 36h aprĂšs ma combustion, ce qui est beaucoup plus agrĂ©able et pratique. Eh oui, il suffit de me nourrir de quelques bĂ»ches, et puis vous ĂȘtes tranquille pour le restant de la journĂ©e ! C’est trĂšs pratique quand l’étudiant·e responsable de ma combustion chaque matin a oubliĂ© son tour ou veut faire la grasse mat’ aprĂšs une soirĂ©e bien arrosĂ©e Ă  l’alcool de topinambour. Bon, en pratique je ne meurs jamais de faim car les Ă©tudiant·es aiment me nourrir sans cesse – tel des grand·es parent·es avec leur petit-enfant – faut dire que je ne suis pas compliquĂ©. GrĂące Ă  ma combustion Ă  haute tempĂ©rature, je brĂ»le plus efficacement tout type de bois, en produisant moins de pollution et ce pour un meilleur rendement (jusqu’à 90 % !) par rapport aux poĂȘles classiques. Alors vous ĂȘtes convaincu·es ? Il n’y a plus qu’à me construire ! N’ayez pas peur, mĂȘme des Ă©tudiant·es peuvent le faire, alors pourquoi pas vous !

Je suis nĂ© Ă  l’occasion d’un projet scolaire d’étudiant·es de l’UPLOAD. Iels ont commencĂ© par identifier les diffĂ©rents matĂ©riaux qui me constitueraient : des pierres taillĂ©es par les apprenti⋅es tailleur·euses du coin pour la structure principale en contact avec les flammes, des briques rĂ©cupĂ©rĂ©es d’un vieux muret effondrĂ© pour la structure secondaire et la cheminĂ©e, quelques faĂŻences artisanales pour un habillage Ă©tanche et classe, de la terre crue en briques ou enduits pour recouvrir le tout et faire des bancs chauffants Ă  mes cĂŽtĂ©s. Vous me verriez, je suis unique en mon genre, le digne reflet des matĂ©riaux et savoir-faire locaux !

AprĂšs cet inventaire, les Ă©tudiant·es ont pu imaginer mon fonctionnement et mes plans. Comme tout poĂȘle de masse, je suis composĂ© d’un cƓur de chauffe oĂč se dĂ©roule la combustion, de circuits de fumĂ©es sinueux pour que la chaleur ait le temps d’ĂȘtre capturĂ©e par ma masse, de clapets pour rediriger l’air chaud en fonction des usages et d’un conduit de cheminĂ©e pour Ă©vacuer les fumĂ©es froides. Mais tous les poĂȘles de masse n’ont pas autant de fonctionnalitĂ©s que moi, je suis le top du panier ! J’ai une multitude de circuits pour envoyer l’air chaud vers diffĂ©rentes choses : l’air ambiant du foyer, l’eau des douches, les plaques de cuisine et mĂȘme un mini-four Ă  pizza directement au-dessus de mon cƓur de chauffe. Je suis le cƓur chauffant du foyer Ă©tudiant !

Une fois les plans faits, il a bien fallu me construire. C’est pas compliquĂ© mais ça prend du temps : heureusement il y a plein de gens Ă  l’UPLOAD prĂȘts Ă  donner un coup de main. Iels y ont mis du cƓur Ă  l’ouvrage ! Chaque participant·e a tracĂ© son prĂ©nom et des petits dessins dans mon enduit en terre, crĂ©ant ainsi une Ɠuvre d’art commune et conviviale. Ma construction s’est conclue par une grande fĂȘte pour cĂ©lĂ©brer le travail collectif accompli et la joie d’avoir enfin du chauffage. C’était si Ă©mouvant, de quoi faire pleurer mĂȘme un cƓur de pierre comme moi !

Bibliographie
SZUMILO David au nom de l’association Oxalis, « PoĂȘle de masse OXA-LIBRE Â», wiki du low-tech lab, consultĂ© le 18 janvier 2024 : https://wiki.lowtechlab.org/wiki/Po%C3%AAle_de_masse_OXA-LIBRE

Autrice : Morgane RIGAUD, texte sous licence CC-BY-SA

 

 

Mission dirigeable !

Auteur·rices : Anouk THOMAS, Carlotta JUGÉ, ChloĂ© MATHIEU, Joris TRIART, Morgane RIGAUD, sous l’encadrement de Christophe MASUTTI et Jean-Bernard MARCON, Ce document est disponible sous licence CC-BY-SA.

RĂ©veil en retard

DissimulĂ©s entre les feuilles de la façade verdoyante de la rĂ©sidence universitaire, de petits moineaux avaient fait leur nid sous la fenĂȘtre de la chambre de Maura. Leur doux chant l’avait tirĂ©e d’un rĂȘve captivant. Son rĂ©veil n’avait pas sonnĂ© ce matin-lĂ , sĂ»rement encore un faux contact. Ces vieux bidules des annĂ©es 1980 n’ont jamais Ă©tĂ© rĂ©putĂ©s pour la fiabilitĂ© des circuits intĂ©grĂ©s. Pas grave, elle irait le rĂ©parer au Fablab de l’universitĂ©.

Maura se prĂ©para pour une journĂ©e chargĂ©e Ă  l’UPLOAD, l’UniversitĂ© Populaire Libre Ouverte Accessible et DĂ©centralisĂ©e. Un dĂ©tail attira son attention sur son calendrier de bureau : l’anniversaire de ThĂ©o prĂ©vu dans une semaine ! Il faudra lui trouver un cadeau. RĂ©flĂ©chissant Ă  ce qui pourrait faire plaisir Ă  son meilleur ami, elle fila vers la cuisine partagĂ©e. Pour faire le plein d’énergie, elle prit quelques graines et fruits secs en guise de petit dĂ©jeuner, ainsi qu’une infusion Ă  l’ortie. Elle Ă©tait en retard, elle le savait, mais le cours magistral sur les transports ne la rĂ©jouissait pas tellement. Ce qui lui plaisait, elle, c’était la bricole. Elle descendit de la rĂ©sidence en vitesse par la tyrolienne et emprunta un vĂ©lo de la Ville pour gagner du temps.

Voyage jusqu’à l’UPLOAD

Sur la route, elle croisa le vieux GrĂ©goire qui se dĂ©plaçait en tic-tic, sorte de tuk-tuk Ă  la sauce compiĂ©gnoise. Elle se moquait souvent de ces vĂ©hicules – au principe tyrannique d’une personne tranquillement assise Ă  l’arriĂšre tandis qu’une autre s’essoufflait Ă  tirer le tout – mais il fallait avouer que c’était bien pratique pour les personnes n’ayant pas la capacitĂ© de se dĂ©placer Ă  vĂ©lo par elles-mĂȘmes.

« Alors GrĂ©goire, tu penses arriver avant moi Ă  l’UPLOAD ?
— On va bien voir ! Le premier arrivĂ© garde une place Ă  l’autre dans l’amphi.
— Ça marche ! Â»

Maura se mit Ă  pĂ©daler plus vite pour dĂ©passer le vieil homme, mais il y avait pas mal de circulation. Elle entendit au loin des sirĂšnes et vit une ambulance passer Ă  vive allure. Sans doute encore un accident de vĂ©los au croisement du Boulevard Gambetta. Les gens devraient vraiment davantage respecter les feux tricolores : c’était bien l’une des rares choses que la voiture avait apportĂ©es de bon, et l’une des rares choses que l’on avait gardĂ©es d’elle d’ailleurs.

À cause des pĂ©nuries de carburant, on avait dĂ©laissĂ© les voitures pour finalement les interdire complĂštement. VĂ©cue comme une privation au dĂ©part, la disparition de ces « bagnoles Â» avait montrĂ© des vertus salvatrices. L’air Ă©tait plus pur et les rues plus sĂ»res.

Le chant des oiseaux avait remplacĂ© le grondement des moteurs. Les parkings Ă©taient convertis en places de marchĂ© de quartier ou utilisĂ©s pour divers usages collectifs, ressourceries ou ateliers. Certaines routes avaient Ă©tĂ© dĂ©capĂ©es de leur bitume pour y replanter des arbres apportant de la fraĂźcheur lors des Ă©tĂ©s toujours plus chauds, et des voies routiĂšres d’autrefois revenaient dĂ©sormais aux piĂ©tons et cyclistes. Les voitures uniformes avaient laissĂ© la place une joyeuse hĂ©tĂ©rogĂ©nĂ©itĂ© de vĂ©los en tout genre. Certains Ă©taient traficotĂ©s Ă  partir des carcasses et composants d’anciennes voitures, dont le recyclage massif fournissait une source de matĂ©riel et de crĂ©ativitĂ© pour de nouvelles inventions. Les ambulances Ă  hydrogĂšne faisaient partie des rares vĂ©hicules motorisĂ©s encore autorisĂ©s en ville, fonctionnant grĂące aux quelques stations d’électrolyse installĂ©es çà et lĂ .

Maura et GrĂ©goire arrivĂšrent finalement en mĂȘme temps au hall d’entrĂ©e de l’UPLOAD. C’était un lieu qui formait avant tout des ingĂ©nieur⋅es, mais aussi toute personne curieuse et dĂ©sireuse de s’instruire dans les domaines techniques. L’universitĂ© consistait en un regroupement de bĂątiments vĂ©gĂ©talisĂ©s, rĂ©novĂ©s ou fabriquĂ©s grĂące Ă  des ressources locales et des techniques de construction sobres. Mais le bĂątiment prĂ©fĂ©rĂ© de Maura Ă©tait le Fablab, un grand atelier oĂč l’on avait tout le matĂ©riel et l’aide nĂ©cessaire pour rĂ©parer, recycler ou construire n’importe quoi. Le gardien du Fablab Ă©tait GrĂ©goire, un papy ronchon mais gentil de 64 ans. MalgrĂ© les taquineries qu’elle lui envoyait, Maura avait beaucoup d’estime pour lui. Il lui avait appris Ă©normĂ©ment sur la menuiserie et l’artisanat. Au-delĂ  du Fablab, il y avait Ă©galement de nombreuses salles pour que les Ă©lĂšves puissent organiser et assister Ă  des confĂ©rences, ateliers pratiques et retours d’expĂ©riences. Et c’est justement en salle A100 que le cours sur les transports se dĂ©roulait.

Cours sur les transports

Maura et GrĂ©goire ouvrirent la porte de l’amphi et s’assirent rapidement pour ne pas dĂ©ranger l’exposĂ© du professeur, un spĂ©cialiste des mobilitĂ©s. Son cours introductif portait sur l’impact de l’effondrement sur nos modes de dĂ©placements actuels. Maura, qui Ă©tait certaine qu’elle allait passer une bonne partie du cours Ă  somnoler, se dĂ©cida Ă  tout de mĂȘme en Ă©couter une partie :

« L’obsolescence des moyens de transports traditionnels suite Ă  l’effondrement nous a poussĂ©s Ă  totalement repenser l’urbanisme et la maniĂšre dont nous nous dĂ©placions
 Â».

Le professeur vanta l’efficacitĂ© du tramway CompiĂšgnois, dĂ©crivit en dĂ©tails le processus d’amĂ©nagement et de crĂ©ation d’espaces verts pour les animaux de trait, s’attarda sur la transformation des routes en pistes cyclables et Ă©questres, puis Ă©pilogua sur la quantitĂ© de voitures prĂȘtes au recyclage qui gisaient Ă  la dĂ©chetterie. La deuxiĂšme partie du cours portait sur la place prĂ©pondĂ©rante des dirigeables dans le transport de marchandises et de la place essentielle qu’occupait l’aĂ©roport de CompiĂšgne dans celui-ci.

Assis au premier rang, ThĂ©o, qui avait une grande fascination pour les dirigeables, rejoignit le professeur et commença Ă  discuter avec lui des diffĂ©rents mĂ©canismes utilisĂ©s par les dirigeables lors de changements d’altitudes, l’un dĂ©fendait la compression des gaz et l’autre la descente assistĂ©e par propulsion. Maura crut qu’elle allait s’évanouir d’ennui. Soudain, la dĂ©livrance : la fin du cours Ă©tait annoncĂ©e.

Enfin, la journĂ©e allait pouvoir commencer. Maura et GrĂ©goire retrouvĂšrent ThĂ©o puis se dirigĂšrent vers la cantine collective pour le dĂ©jeuner. Aujourd’hui au menu : concombres verdoyants Ă  la sauce vinaigrette en entrĂ©e, Ɠufs au plat venus tout droit du poulailler de l’UPLOAD et une gĂ©nĂ©reuse part de tarte aux pommes servie en dessert. Pour les Ă©tudiants qui souhaitaient cogĂ©rer le restaurant, des cours de nutrition Ă©taient obligatoires. Les autres pouvaient aider Ă  la prĂ©paration des repas du matin et du soir avec les aliments rĂ©coltĂ©s dans le potager. AprĂšs s’ĂȘtre servis, ThĂ©o, Maura et GrĂ©goire s’installĂšrent Ă  une table et dĂ©gustĂšrent le dĂ©licieux repas concoctĂ© par les Ă©tudiants.

« Vous voudriez assister Ă  quel cours maintenant ? Je sais qu’il y a le temps de partage de savoir-faire en jardinage Ă  14h, ça pourrait ĂȘtre intĂ©ressant.
— Je suis d’accord, rĂ©pondit Maura, en vrai j’aimerais bien apprendre Ă  planter des tomates !
— Va pour l’atelier de jardinage !
— Moi je vous laisse, je retourne au Fablab faire l’inventaire, dit GrĂ©goire en se levant.
— OK, Ă  ce soir GrĂ©goire ! Â»

Atelier jardinage

Avec enthousiasme, Maura et ThĂ©o se dirigĂšrent vers la serre et le potager. Un petit groupe s’était dĂ©jĂ  formĂ© et Ă©coutait la prĂ©sentation du jardinier :

« Bonjour Ă  tous, j’espĂšre que les concombres vous ont plu ce midi. Aujourd’hui le cours portera sur les diffĂ©rentes combinaisons de plantes. Cette technique appelĂ©e compagnonnage est nĂ©e de l’observation et de la pratique.

Si je prends l’exemple des lĂ©gumineuses qui enrichissent le sol en azote, il peut ĂȘtre judicieux de les associer Ă  des plantes qui ont besoin de cet apport comme les tomates ou les cucurbitacĂ©es. De plus, certaines plantes aromatiques, grĂące Ă  leurs odeurs particuliĂšres, peuvent Ă©loigner voire Ă©liminer des insectes nuisibles comme le basilic qui est un fort rĂ©pulsif de mouches et moustiques. Il s’associe parfaitement avec les tomates, asperges, poivrons, piments et aubergines. Maintenant c’est Ă  vous de jouer : choisissez une combinaison dans le manuel et plantez-la en respectant les techniques de jardinage. Â»

Tous les Ă©tudiants mirent la main Ă  la pĂąte et s’occupĂšrent en binĂŽme d’une combinaison de plantes. Maura et ThĂ©o avaient choisi l’association thym-brocoli. Le thym plantĂ© Ă  proximitĂ© permettrait d’éloigner les mouches blanches des brocolis. AprĂšs avoir fini leur plantation, le jardinier arriva pour inspecter les travaux finis.

« Pas mal, lĂącha-t-il, pour une premiĂšre, vous vous en sortez bien !
— Merci, c’est pas si dur en fait le jardinage ! Il y a des petites techniques Ă  apprendre et puis notre potager se retrouve rempli de bons fruits et lĂ©gumes, rĂ©pondit Maura enthousiaste.
— C’est vrai, mais il y a aussi toute la partie entretien du potager ! objecta le jardinier. Il y a dans toutes disciplines des parties moins agrĂ©ables mais essentielles qui nous rendent encore plus fiers du travail accompli. Â»
Le jardinier se tut, il semblait mĂ©diter. ThĂ©o saisit cette opportunitĂ© pour s’introduire dans la conversation.
« Moi quand je travaille sur les dirigeables, je suis toujours fier du travail accompli !
— Oh non, pas encore tes dirigeables ! s’exaspĂ©ra Maura.
— Vous saviez que les nouveaux dirigeables Ă  panneaux solaires Ă©mettaient seulement l’équivalent d’1 % des Ă©missions CO2 d’un avion pour du fret, alors que

— ThĂ©o, reste concentrĂ© sur le potager ! lui intima Maura.
— Vous ferez moins les malins quand j’aurai un poste d’ingĂ©nieur dans une des usines d’assemblage !
— Les usines fluviales ? demanda le jardinier intriguĂ©.
— Oui ! Elles sont placĂ©es Ă  cĂŽtĂ© des fleuves, car les dirigeables ont besoin d’hydrogĂšne, et pour produire de l’hydrogĂšne on a besoin de beaucoup d’hydro-Ă©lectricitĂ©, d’oĂč les barrages !
— Tu parles de l’électrolyse ?
— Exactement ! Â» Le jardinier se tourna vers Maura, puis s’adressa Ă  nouveau vers ThĂ©o :
« Vous m’avez l’air plutĂŽt dĂ©brouillards, vous suivez le cours de recyclage ?
— Évidemment ! rĂ©pondit Maura.
— On se verra certainement au cours de demain dans ce cas ! Je me suis inscrit rĂ©cemment, mais bon j’y connais pas grand-chose, dit-il l’air gĂȘnĂ©.
— T’inquiĂšte pas on sera lĂ  pour t’aider ! Au fait moi c’est Maura ! s’exclama-t-elle.
— Je m’appelle Émile, enchantĂ© ! Â»

Cours de recyclage

Le jour suivant, nos amis se retrouvÚrent en cours de recyclage portant sur le chapitre des étapes menant à la réutilisation des composants de la voiture.

ThĂ©o Ă©tait happĂ© par le cours, qu’il trouvait utile pour son projet de conception de dirigeables. Il apprit ce jour-lĂ  que les voitures ne pouvaient pas encore ĂȘtre entiĂšrement recyclĂ©es, la rĂ©utilisation et la valorisation des composants atteignaient seulement 80 % de la masse des vĂ©hicules. Pour cela, il fallait respecter plusieurs Ă©tapes : la dĂ©pollution, le dĂ©mantĂšlement, le broyage et enfin le recyclage des composants. Tout d’abord, il fallait dĂ©polluer en retirant tous les liquides de la voiture puis la dĂ©monter pour mettre de cĂŽtĂ© les piĂšces rĂ©utilisables. La carrosserie Ă©tait ensuite broyĂ©e pour crĂ©er de la ferraille, utilisĂ©e dans les nouveaux produits en acier comme les ustensiles de la cantine collective, et le reste des composants, tels que le verre ou le caoutchouc, Ă©taient Ă©galement recyclĂ©s. Beaucoup d’objets dans la ville Ă©taient issus de ce processus de recyclage, comme l’horloge centrale, les lampadaires et les machines des usines relocalisĂ©es.

Maura, assise derriĂšre, chuchota Ă  Émile et GrĂ©goire :
« L’anniversaire de ThĂ©o c’est dans une semaine ! J’aimerais beaucoup lui faire une surprise, j’ai besoin de votre aide. J’ai pensĂ© que ce serait une bonne idĂ©e de lui offrir un dirigeable
 miniature ! Il adore ça et ne fait qu’en parler, c’est le cadeau idĂ©al ! Ça vous dirait de m’accompagner ce soir pour aller chercher les matĂ©riaux ? Â»
Toujours prĂȘt Ă  aider les autres, Émile rĂ©pondit sans hĂ©sitation :
« CarrĂ©ment !
— C’est une trĂšs bonne idĂ©e Maura, dit GrĂ©goire. Je me fais un peu vieux pour ce genre d’escapade Ă  la dĂ©chetterie, mais je pourrai vous aider Ă  le fabriquer au Fablab une fois tous les Ă©lĂ©ments rĂ©unis ! Â»

Escapade nocturne à la déchetterie

Émile et Maura bouillaient d’impatience, c’était le moment d’aller chercher les matĂ©riaux pour la confection du cadeau de ThĂ©o. Ils Ă©taient dĂ©terminĂ©s Ă  aller les rĂ©cupĂ©rer Ă  la dĂ©chetterie de la Ville, mais savaient que cette escapade ne se serait pas de tout repos. La dĂ©chetterie Ă©tait commune Ă  tous les habitants et pour avoir accĂšs aux matĂ©riaux, il fallait une raison valable, ça devait ĂȘtre utile Ă  toute la ville. La fabrication d’un cadeau pour un ami n’était certainement pas de premiĂšre nĂ©cessitĂ©, c’est pourquoi ils devaient y aller de nuit, sans ĂȘtre repĂ©rĂ©s. Il y avait des gardes, certes, mais ça ne les intimidait pas. Ils avaient un plan d’action.
« Si on part Ă  22 h, il fera encore jour. Je pense que c’est mieux de partir vers minuit.
— Je suis d’accord, mais du coup le tramway ne passera plus Ă  cette heure-lĂ . On y va comment ?
— On pourrait emprunter un tic-tic, c’est toi qui pĂ©daleras Ă  l’aller et moi au retour, ça te va ? proposa Maura en esquissant un sourire.
— Ça me va ! Faudra le garer assez loin de la dĂ©chetterie sinon ils suspecteront quelque chose. Â»

Émile et Maura arrivĂšrent Ă  la dĂ©chetterie Ă  bout de souffle. Ils se faufilĂšrent par un petit trou du grillage que des rongeurs avaient grignotĂ©. Ils fouillĂšrent partout dans les tas de matĂ©riaux sans parvenir Ă  trouver de quoi fabriquer le dirigeable. La dĂ©chetterie Ă©tait pleine d’épaves de voitures en tout genre. Il y avait des centaines de volants, de jantes, de siĂšges amovibles, de portiĂšres mais aucune trace de ballon ni de ficelle. Au bout d’un moment, les deux copains trouvĂšrent un coin isolĂ© oĂč s’empilaient nombreuses boĂźtes en carton dans lesquelles ils dĂ©couvrirent tout ce dont ils avaient besoin, et plus encore ! Le Graal ! Avec excitation, ils s’emparĂšrent de quelques vis, une petite planche en bois et du fil Ă©lastique. Il y avait aussi une multitude de dĂ©bris de carrosserie et une petite hĂ©lice.

« On a presque tout ce qu’il nous faut ! Les dirigeables sont fabriquĂ©s avec des matĂ©riaux bio-composites et de la fibre de carbone, mais d’aprĂšs ThĂ©o on les fabriquait avec du bois, l’aluminium et du tissu, on peut dĂ©jĂ  construire la nacelle, les ailes et les moteurs ! Â»
Il ne manquait plus qu’un ballon. En cherchant les derniĂšres piĂšces du puzzle, ils trouvĂšrent un objet trĂšs Ă©trange. Il ressemblait aux pales d’une Ă©olienne mais ces pales Ă©taient arrondies et trouĂ©es, de la taille d’une main et de couleur fluorescente.
« C’est quoi ça ? C’est trop bizarre ! s’exclama Maura.
— Aucune idĂ©e, mais ça pourrait ĂȘtre utile de le dĂ©sosser et de voir comment ça fonctionne. On dirait qu’il y a un roulement Ă  billes Ă  l’intĂ©rieur ! Â»
Les deux aventuriers s’amusĂšrent Ă  faire tourner l’objet dans leur main et en oubliĂšrent presque le but de leur expĂ©dition. La lumiĂšre d’une lampe torche au loin les fit revenir Ă  la rĂ©alitĂ©. Ils se dĂ©pĂȘchĂšrent de trouver un ballon de baudruche mais en vain. Une bouteille en plastique de forme allongĂ©e Ă©tait lĂ  par terre, elle ferait trĂšs bien l’affaire. Tous les matĂ©riaux Ă©taient maintenant dans leur sac Ă  dos, ils pouvaient dĂ©guerpir.

L’histoire du Hand Spinner

— Alors les enfants, qu’est-ce que vous avez trouvĂ© de beau ?
Émile et Maura vidĂšrent leur sac Ă  dos sur le plan de travail. GrĂ©goire Ă©tait Ă©tonnĂ© de voir qu’il y avait un objet qu’il connaissait bien.
— Haha j’adore ! Vous avez trouvĂ© un hand spinner, ça fait bien longtemps que j’en avais pas vu ! Vous savez, c’était Ă  la mode vers 2017 ! Tout le monde en achetait pour s’amuser mais Ă  la base c’était une aide pour les enfants autistes.
— Comment ça ?
— Eh bien, en 1997, une femme amĂ©ricaine avait dĂ©cidĂ© de fabriquer pour sa fille autiste un hand spinner. Il servait Ă  la dĂ©stresser et Ă  la calmer. Cet objet pouvait aider les enfants autistes ou ayant des troubles de l’attention Ă  se concentrer.
— Mais c’est une trop bonne idĂ©e ! Je suis sĂ»r que ça pourrait intĂ©resser l’établissement de soins de la ville ! s’exclama Émile.
— Oui, dit GrĂ©goire en regardant l’objet de prĂšs, ça me semble pas trop difficile de demander aux volontaires du Fablab d’en reproduire un certain nombre
 Â»

De retour au campus, ils dessinĂšrent un croquis du futur dirigeable miniature puis commencĂšrent Ă  en assembler les piĂšces.
« Je me demande pourquoi ThĂ©o est toujours autant Ă  fond sur les dirigeables, s’interrogea Maura.
— Tu sais, je connaissais le pĂšre de ThĂ©o, rĂ©pondit GrĂ©goire. Je ne vous en ai jamais parlĂ©, mais il y a dix ans, son pĂšre est mort pendant la troisiĂšme pandĂ©mie. C’était un ingĂ©nieur en aĂ©ronautique passionnĂ© de dirigeables. Et depuis ce jour, ThĂ©o s’est jurĂ© de suivre ses pas et de devenir Ă  son tour ingĂ©nieur spĂ©cialisĂ© en dirigeables. Â»

Image Public Domain via Wikimedia Commons

Anniversaire Surprise

La semaine suivante, GrĂ©goire, Émile et Maura s’étaient cachĂ©s sous les tables de la cantine collective pour faire la surprise Ă  ThĂ©o. Celui-ci fut plus que ravi du petit dirigeable bricolĂ© avec amour par ses amis. AprĂšs l’avoir suspendu au plafond de la cantine oĂč ils avaient installĂ© leur petite fĂȘte, ThĂ©o fit un discours de remerciement oĂč il se laissa aller Ă  Ă©voquer avec passion ses projets
 de dirigeables !
« â€Š jusqu’à prĂ©sent, nous les avons employĂ©s depuis l’effondrement pour transporter du fret Ă  moindre coĂ»t Ă©nergĂ©tique, mais il faudrait pouvoir passer Ă  la vitesse supĂ©rieure en imaginant des transports Ă  moyenne et longue distance ! Car pour les modes de dĂ©placement intra-urbains, on est en passe de rĂ©pondre aux besoins avec les tramways et vĂ©los, mais il nous faut aussi envisager des modes de transports de ville Ă  ville pour des passagers. Une mĂ©tropole ne peut pas rester sans communications physiques avec les rĂ©gions alentour ! C’est pourquoi j’ai conçu un prototype Ă©conome et spacieux, un peu plus Ă©laborĂ© que mon joli cadeau, ajouta-t-il en dĂ©clenchant des sourires, un modĂšle qui permettra de
 Â»

Un des amis de ThĂ©o prĂ©sents Ă  la fĂȘte l’interrompit : :
« HĂ© ThĂ©o ! Il est joli ton discours, mais concrĂštement, comment tu vas rĂ©aliser ton prototype ? Ce sera quoi le gaz dans l’enveloppe ? Parce que l’hydrogĂšne c’est dangereux non ?
— Alors, l’hydrogĂšne c’est inflammable facilement en effet. Il y a eu pas mal d’accidents, dans les annĂ©es 1920. Mais depuis l’effondrement, la recherche dans l’aĂ©ronautique s’est beaucoup penchĂ©e sur cette problĂ©matique, permettant de grandes avancĂ©es sur la sĂ©curitĂ© des dirigeables. Et les normes de sĂ©curitĂ© ont beaucoup Ă©voluĂ© ! Elles sont trĂšs strictes, les matĂ©riaux utilisĂ©s sont plus judicieux, et le nombre d’accidents quasi nul. Comme pour les avions, Ă  l’époque oĂč on en utilisait. Tu peux avoir confiance dans les dirigeables actuels !
— Ok je vois ! Mais Ă  quoi ils carburent les dirigeables ?
— Eh bien par exemple, mon prototype de dirigeable utilise la propulsion humaine : avec mes super muscles et mon pĂ©dalier, je m’envole ! Par contre, Ă©videmment, ce n’est pas ce systĂšme qui est utilisĂ© pour les dirigeables de fret. C’est surtout de la propulsion Ă©lectrique grĂące Ă  des capteurs photovoltaĂŻques. Â»

C’était parti, on n’allait plus pouvoir l’arrĂȘter
 Et tant mieux, car son enthousiasme Ă©tait communicatif.

 

Bibliographie

« Le dirigeable Ă  pĂ©dales de StĂ©phane Rousson Â», Velo-design, (April, 2018), URL

« Compagnonnage au potager : l’association de plantes amies Â», Autour du potager, URL

N. Guellier, « Association de plantes au jardin : la technique du compagnonnage Â», Le Monde.fr,
(2014, December 26), URL

C. Pflaum, T. Riffelmacher & A. Jocher, « Design and route optimisation for an airship with onboard solar energy harvesting Â», Tandfordonline
(2023 March 20), URL

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