Deux ans en tout-doux-cratie : bilan et perspectives
Ce billet est la seconde et derniĂšre partie dâune enquĂȘte sur la gouvernance associative. La premiĂšre partie est par ici : https://framablog.org/2022/09/05/de-la-bureau-cratie-a-la-tout-doux-cratie-refonder-la-gouvernance-associative
TL;DR : Picasoft est un chaton majoritairement Ă©tudiant actif depuis 2016. Comme nombre dâassociations 1901, il fonctionnait avec un bureau classique : prĂ©sident·e, trĂ©sorier·e⊠et, dans notre cas, responsable technique. Les responsables ont bon dos : grand pouvoir, grande responsabilitĂ©, tout ça. Quand cette pression devient trop forte, des conflits Ă©clatent, remettant en question lâexistence mĂȘme du bureau. On dĂ©cide alors de changer de mode de gouvernance : il nous faut quelque chose de plus horizontal, qui rĂ©partit la charge mentale. Mais quand on a dit horizontalitĂ©, on a tout et rien dit. Comme le rappelle Jo Freeman dans La tyrannie de lâabsence de structure, lâhorizontalitĂ© sans structure risque de reproduire des rapports de domination sans les rendre palpables.
Câest dans ce sillage que sâinscrit la tout-doux-cratie : un mode de gouvernance qui tente de concilier fluiditĂ©, dĂ©mocratie et bienveillance. LâaccĂšs Ă lâinformation pour tout·es y est central. Les actions se divisent en deux catĂ©gories : ordinaires, qui peuvent ĂȘtre menĂ©e sans consensus a priori, et extraordinaire, qui requiĂšrent un consensus ou, du moins, une absence de dissensus. La charge de prouver quâune action ne devrait pas ĂȘtre menĂ©e est transfĂ©rĂ©e sur la personne qui nâest pas dâaccord. Sans consensus explicite, lâaction peut ĂȘtre menĂ©e Ă lâexpiration dâun dĂ©lai. La discussion et la recherche de compromis sont privilĂ©giĂ©s sur le vote, qui nâintervient quâen dernier recours.
Voilà pour le résumé à la hache. Pour les détails⊠je vous renvoie à la premiÚre partie.
Dans ce billet, je vous propose de faire un bilan aprĂšs plus de deux ans en tout-doux-cratie : dâabord en examinant quelques statistiques, puis en rentrant dans le dĂ©tail de cas difficiles, sujets Ă tensions. Enfin, je passerai en revue les limites possible de ce mode de gouvernance.
La tout-doux-cratie en chiffres
La premiĂšre partie du billet Ă©tait essentiellement thĂ©orique. En pratique, Picasoft est en tout-doux-cratie depuis prĂšs de deux ans, ce qui est un dĂ©lai raisonnable pour une premiĂšre Ă©valuation. Pour ce faire, on a dĂ©veloppĂ© un petit script qui produit des statistiques sur les actions. LâidĂ©e est de voir si dans notre cas, le systĂšme est fonctionnel. Je vous propose de regarder les chiffres et de les commenter.
Les actions initiĂ©es totalisent Ă 108 : 50 ordinaires et 58 extraordinaires. Le nombre dâactions ordinaires est sous-estimĂ©, car pas toujours formalisĂ© de sorte Ă ce que le script le dĂ©tecte. Sur les actions repĂ©rĂ©es, quelques statistiques :
Intitulé | Taux |
---|---|
Actions avec une majorité contre | 0 % |
Actions avec au moins un contre | 2 % |
Actions avec au moins un contre acceptées par délai | 1 % |
Participation moyenne aux actions extraordinaires | 60 % |
Actions extraordinaires sans vote contre acceptées par délai | 10 % |
Actions avec au moins un neutre | 12 % |
Participation moyenne aux actions ordinaires | 50 % |
Le premier chiffre important Ă regarder est le taux dâactions avec une majoritĂ© contre (Ă©quivalent Ă un contre-vote Ă majoritĂ© pour), car câest le seul cas oĂč une action est refusĂ©e. Ce taux est littĂ©ralement nul, câest-Ă -dire que lâensemble des actions entreprises en tout-doux-cratie depuis 2 ans ont Ă©tĂ© statutairement acceptĂ©es.
Ma premiĂšre intuition â et probablement la vĂŽtre Ă la lecture de ce chiffre â est de sentir que le systĂšme est dysfonctionnel. En effet, que dire dâun mode de dĂ©cision qui a laissĂ© passer lâabsolue totalitĂ© des actions initiĂ©es 2 ans durant ? Il semble nây avoir que deux solutions. Soit tout le monde est tout le temps dâaccordâŠ
âŠsoit les dĂ©saccords ne sont pas exprimĂ©s au niveau du vote. Et en fait, lâacceptation de la quasi-totalitĂ© des dĂ©cisions â malgrĂ© des dĂ©saccords â est prĂ©cisĂ©ment le signe dâune tout-doux-cratie qui fonctionne. Je mâexplique.
On lâa vu, le vote contre est un outil de dernier recours. En dâautres termes, les membres nâont pas soumis dâactions dont ils savaient quâelles faisaient lâobjet de dissensus trop forts. Cette affirmation se vĂ©rifie par le taux dâactions avec au moins un vote contre : 2 %. Parmi elles, la moitiĂ© nâont pas rĂ©coltĂ© une majoritĂ© de votes pour, mais nâont pas non plus rĂ©coltĂ© de majoritĂ© de votes contre. Les rĂšgles de la tout-doux-cratie autorisent alors lâauteur·ice de lâaction Ă la rĂ©aliser. La sĂ©lection est rĂ©alisĂ©e en amont du vote.
Pour autant, ces actions ont Ă©tĂ© abandonnĂ©es, sur un principe de bonne foi : on pensait bien faire, mais on constate que lâaction ne fait pas consensus, alors on abandonne.
DeuxiĂšme chiffre crucial : la participation moyenne aux actions extraordinaires. Ces actions pouvant avoir un impact fort sur lâassociation, il est dĂ©sirable quâelles soient dĂ©cidĂ©es par le plus grand nombre. Cette participation est de 60 %, câest-Ă -dire quâen moyenne, plus de la moitiĂ© des membres donnent leur avis sur les actions extraordinaires. Si on peut se satisfaire de ce minimum, le chiffre reste un peu faible pour des actions de cette importance.
On peut toutefois justifier la faiblesse de ce chiffre par le contexte associatif ; le bĂ©nĂ©volat passe souvent aprĂšs les obligations et les Ă©tudiant·es qui se dĂ©sintĂ©ressent de lâassociation mettent du temps Ă actualiser leur statut de membre.
Le dernier chiffre significatif correspond au nombre dâactions extraordinaires qui ont Ă©tĂ© acceptĂ©es par expiration du dĂ©lai : ce sont les actions sans contre, mais sans adhĂ©sion majoritaire. PrĂšs dâune action sur dix est concernĂ©e ; ce sont Ă peu prĂšs les mĂȘmes qui recueillent des votes neutres. Le neutre nâĂ©tant pas formalisĂ© dans les statuts, il est difficile dâestimer Ă quel point lâabsence de vote vaut un neutre, une abstention ou un manque de rĂ©activitĂ©. Pour autant, lâacceptation de ces actions nâest pas pathologique dans la mesure oĂč les membres de lâassociation se sont engagé·es Ă se tenir informé·es ; Ă lâexpiration du dĂ©lai, lâensemble des membres a eu lâopportunitĂ© de donner son avis. Par fluiditĂ©, on avance mĂȘme si le consensus nâest pas explicite.
Pour donner corps Ă ces chiffres, je vous propose dâexaminer dans le dĂ©tail certaines des actions tout-doux-cratiques concernĂ©es.
La tout-doux-cratie Ă lâĂ©preuve
Dans les deux situations qui suivent, la tout-doux-cratie a Ă©tĂ© mise Ă lâĂ©preuve : image de lâassociation fortement engagĂ©e, pas de consensus facile et nĂ©cessitĂ© de dĂ©cider dans lâurgence.
Picasoft au concours de la reine du muguet
Ă CompiĂšgne, chaque annĂ©e, la mairie organise un concours sexiste, discriminatoire, conservateur et paternaliste : la reine du muguet. Chaque annĂ©e, une nouvelle « reine » est Ă©lue et a pour prĂ©rogative de reprĂ©senter la ville Ă tous les Ă©vĂ©nements qui chantent Ă la mairie. Pour rendre compte de lâabsurditĂ© de ce concours, voici quelques mots choisis de son rĂšglement :
La participation dâune candidate Ă lâĂ©lection implique de pouvoir rĂ©pondre aux conditions suivantes :
â Avoir entre 18 et 22 ans lors de lâinscription et ĂȘtre de nationalitĂ© française.
[âŠ] â Ătre cĂ©libataire, sans enfant.
[âŠ] â Ătre dâune taille minimum de 1,65âŻm.
[âŠ] Une fois Ă©lues, [âŠ] elles sâengagent Ă ne porter lâĂ©charpe et la couronne quâavec lâaccord de la Ville, Ă porter la tenue offerte par la Ville, Ă ne pas fumer et ne pas utiliser de tĂ©lĂ©phone portable lors de reprĂ©sentations publiques.
[âŠ] La Candidate veillera Ă porter, pour toutes les convocations officielles dĂ©crites ci dessus, une tenue correcte exigĂ©e (robe et chaussures).
[âŠ] La Candidate sâengage Ă se comporter en toutes circonstances et en tous lieux avec grĂące, Ă©lĂ©gance et dignitĂ©.
Ces extraits se passent de commentaires.
En revanche, le rĂšglement ne dit rien sur le sexe de la candidate ; seul le pronom elle, qui dĂ©note le genre, est employĂ©. Si on peut raisonnablement douter que la mairie de CompiĂšgne soit sensible Ă cet argument, il nâen fallait pas plus pour quâun·e membre de sexe masculin de Picasoft, rĂ©pondant par ailleurs aux conditions formulĂ©es (dĂ©tenteur·ice dâun formidable mĂštre quatre-vingt, non fumeur·se, cĂ©libataire, rempli·e de grĂące, Ă©quipé·e en robe et chaussure de bon ton) dĂ©cide dâaller troller le concours en sây prĂ©sentant avec la dignitĂ© de circonstances.
Seulement, il y a un hic : les candidates doivent « ĂȘtre prĂ©sentĂ©e[s] par un commerçant ou une association de CompiĂšgne ». QuâĂ cela ne tienne, Picasoft est domiciliĂ©e Ă CompiĂšgne. Une action extraordinaire est lancĂ©e dans la mesure oĂč lâimage de Picasoft est engagĂ©e. Les avis divergent particuliĂšrement. Picasoft est-elle prĂȘte Ă mettre les pieds dans le plat pourri de la politique locale et Ă en assumer les consĂ©quences ? Est-ce raisonnable de parrainer une candidature alors que câest sans rapport aucun avec lâobjet de lâassociation ?
Neuf jours plus tard, câest la deadline pour sâinscrire au concours de la reine du muguet. Or le dĂ©lai de 10 jours avant levĂ©e du verrou bloquant concernant une action extraordinaire nâest pas passĂ©. Aucun vote contre, quelques votes pour, mais clairement pas encore assez pour dĂ©gager une majoritĂ©. Conclusion en tout-doux-cratie : le soutien de la candidature nâest pas autorisĂ©.
Mais pour interroger la tout-doux-cratie, imaginons un monde alternatif oĂč lâaction aurait Ă©tĂ© lancĂ©e un jour plus tĂŽt. Pas de vote contre, pas de majoritĂ© non plus ; 10 jours passent, le verrou expire, lâaction aurait Ă©tĂ© validĂ©e. Câest cette expĂ©rience de pensĂ©e qui anime une autre discussion entre les membres : est-ce normal quâune dĂ©cision qui engage lâimage de lâassociation et qui rencontre de nombreux doutes soit validĂ©e par manque de participation ?
Ce qui en ressort, câest que voter contre est un acte trĂšs fort en tout-doux-cratie. Pour rappel, voter contre bloque la dĂ©cision pendant 10 jours et enjoint le·la contre-votant·e Ă faire consensus autour du rejet pour bloquer dĂ©finitivement lâaction. Aussi, les votes sont publics et un vote contre peut ĂȘtre pris personnellement, particuliĂšrement dans ce genre de cas.
Dâun autre cĂŽtĂ©, voter pour quand on a une faible implication dans lâasso nâest pas Ă©vident : la personne qui vote ne sera pas forcĂ©ment lĂ pour assumer les consĂ©quences, mĂȘme si elle est pour sur le principe.
Ces frilositĂ©s Ă se positionner clairement sont virtuellement des votes blancs, qui ne sont pas distincts de lâabstention dans les statuts. En pratique, un smiley de drapeau blanc donne des indices sur le canal de vote. Et voter blanc est dans ce cas dans lâesprit de la tout-doux-cratie : je me mâengage pas, je ne suis sĂ»râ e, mais je ne veux pas bloquer la dĂ©cision. La fluiditĂ© et les compromis prĂ©valent sur les blocages. Si dâautres personnes sont ok, alors ça me va que ça se fasse, mais sinon il faut me convaincre.
Ce coĂ»t du vote contre est assumĂ© : Ă nâutiliser quâen dernier recours, quand une action est particuliĂšrement conflictuelle et quâil faut trancher formellement. Ici, lâaction aurait Ă©tĂ© certes statutairement validĂ©e, mais elle nâaurait pas produit de consensus. Le·a membre en question sâĂ©tait dâailleurs engagé·e Ă ne pas prĂ©senter sa candidature sans un consensus fort. Question de confiance, donc⊠dont on reparlera en derniĂšre partie.
Picasoft au ministĂšre de lâintĂ©rieur du KoweĂŻt
Le 7 dĂ©cembre 2021, Picasoft reçoit un curieux mail, intitulĂ© « threating e-mail using drop@picasoft.net urgent disclosure request ». Le corps du message est un court message (Kindly find attached our request â Awaiting your kind reply) qui fait rĂ©fĂ©rence Ă une piĂšce jointe au format PDF.
Son contenu va vous surprendre.
Autant vous dire que jusque lĂ , ça ressemble Ă un dĂ©but de scam, du phising ou que sais-je encore. Le courrier provient supposĂ©ment du ministĂšre de lâintĂ©rieur du KoweĂŻt et explique que notre instance de Lufi â un service libre et sĂ©curisĂ© de partage de fichiers â est utilisĂ©e entre autres pour envoyer des menaces de mort et de kidnapping Ă une famille qui a portĂ© plainte.
Le courrier se finit par une demande :
En bref, nous sommes enjoints Ă transmettre Ă lâexpĂ©diteur les informations personnelles sur lâutilisateur de Lufi Ă lâorigine des menaces. Le courrier contient en annexe les mails reçus par la victime. Leur contenu est particuliĂšrement violent. Une derniĂšre annexe reproduit la carte dâidentitĂ© de la victime et la plainte quâelle a dĂ©posĂ©e.
Câest le premier cas du genre qui se prĂ©sente chez Picasoft. Bien que lâapproche soit extrĂȘmement douteuse, nos investigations confirment que le courrier est authentique 1
Ă ce stade, les membres qui ont authentifiĂ© la demande et pris connaissance de la gravitĂ© des menaces font face Ă un dilemme Ă©thique : que faire, sachant que des vies sont peut-ĂȘtre en danger ? Il nâest alors pas exclu de transmettre lâinformation demandĂ©e, malgrĂ© lâillĂ©galitĂ© dâune telle action, Ă la condition de communiquer publiquement sur lâensemble du processus de dĂ©cision.
Un mail est envoyĂ© dans la foulĂ©e au ministĂšre de lâintĂ©rieur du KoweĂŻt pour confirmer la rĂ©ception de leur demande et leur demander de patienter. Comme lâaction engage trĂšs fortement lâassociation, une action extraordinaire est nĂ©cessaire. En revanche, il semble difficile de se prononcer sans prendre connaissance de lâensemble des Ă©lĂ©ments. Or, lire ces documents, câest aussi sâexposer Ă leur lourde violence. LâidĂ©e est alors de dĂ©lĂ©guer la dĂ©cision finale Ă un groupe de volontaires :
[âŠ] Un groupe de membres sâest donc constituĂ© et je demande par cette action quâon leur dĂ©lĂšgue le droit de dĂ©cider en conscience de lâaction Ă mener, transmettre ou pas les Ă©ventuelles infos, sachant que [âŠ] sâils dĂ©cident de le faire câest bien une dĂ©cision de lâasso, parce quâon aura considĂ©rĂ© ici quâil existe des cas ou il est lĂ©gitime de le faire et quâon leur aura donnĂ© mandat pour cette action.
La situation est urgente, il est difficile de prendre du recul. Ă rebours complet des discussion jusquâalors, un membre intervient et recadre le dĂ©bat : il faut sans aucun doute rĂ©pondre par la nĂ©gative. Le KoweĂŻt nâa pas Ă intervenir directement auprĂšs dâun ressortissant français, quelle que soit lâurgence, et connaĂźt les procĂ©dures pour passer par les autoritĂ©s françaises. Il est donc inconcevable de leur transmettre la moindre information et ce mandat nâa pas lieu dâĂȘtre. Cette objection reconfigure le dĂ©bat et deux points Ă©mergent :
- Il ne devrait pas ĂȘtre de notre responsabilitĂ© de prendre cette dĂ©cision, mais aux autoritĂ©s françaises. Engager la responsabilitĂ© du responsable administratif Ă travers une action illĂ©gale est extrĂȘmement problĂ©matique.
- Le Koweït est un régime autoritaire capable de monter un dossier crédible pour obtenir des informations sur un opposant au régime, par exemple.
Cette action est la premiĂšre Ă cumuler plusieurs votes contre. Selon le formalisme des statuts, une majoritĂ© de votes contre est nĂ©cessaire pour invalider lâaction. Il ne sera pas nĂ©cessaire dâen arriver lĂ : les arguments font consensus et lâaction est spontanĂ©ment abandonnĂ©e. Le ministĂšre de lâintĂ©rieur du KoweĂŻt est renvoyĂ© aux autoritĂ©s françaises.
Ce quâillustre bien cet exemple, câest que la tout-doux-cratie sâest montrĂ©e fonctionnelle non pas tant par son processus technique (action extraordinaire, verrou bloquantâŠ) que par ce que ce processus produit :
- Une nĂ©cessitĂ© dâinformer correctement et clairement tous les membres. Une proposition dâaction doit ĂȘtre vulgarisĂ©e et reformulĂ©e pour que chacun·e soit en capacitĂ© de donner son avis.
- Une obligation pour les membres de sâinformer et donc la possibilitĂ© de donner son avis dans un dĂ©lai raisonnable.
Ici, lâurgence de la situation a conduit un petit groupe de membres Ă considĂ©rer une option â divulguer des informations personnelles Ă un rĂ©gime autoritaire en toute illĂ©galitĂ© â qui semble inconcevable a posteriori. La communication pour donner mandat dâagir Ă ce groupe a permis de faire Ă©merger un dĂ©bat contradictoire et dâĂ©viter une dĂ©cision que lâon aurait pu regretter longtemps.
Des limites de la tout-doux-cratie
AprĂšs avoir dĂ©fendu le bon fonctionnement de la tout-doux-cratie dans les prĂ©cĂ©dentes parties de cet article, une dose dâauto-critique est plus que bienvenue.
Je pense que les limites de ce mode de gouvernance peuvent ĂȘtre interrogĂ©es par trois prismes : faiblesses du mode de scrutin, difficultĂ©s de transposition Ă dâautres structures et possibilitĂ©s dâabus du systĂšme.
Un mécanisme de vote faible
Il me semble que le mĂ©canisme de vote simpliste des actions (pour ou contre) pose problĂšme Ă plusieurs Ă©gards. En premier lieu, lâabstention et le blanc sont tout bonnement absents des statuts et sont distribuĂ©s de maniĂšre informelle. De ce fait, il est impossible de savoir si une action a reçu peu de votes par manque dâinformation ou par prudence, abstention, position neutreâŠ
Portant, cette information est essentielle, car elle rend compte de la bonne santĂ© dâune tout-doux-cratie. Voter blanc ou sâabstenir, câest donner activement son avis tout en manifestant une volontĂ© de ne pas bloquer une action. Peut-ĂȘtre quâalors, le nombre de blancs/abstentions devrait rentrer en compte pour la validation dâune action extraordinaire ; ce qui compterait, câest que suffisamment de membres se soient exprimĂ©s, plus que le nombre de « pour ».
Aussi, les statuts ne prĂ©voient pas de dĂ©lai de rĂ©flexion obligatoire pour les dĂ©cisions qui impactent fortement lâimage de lâassociation. Je nâai pas vraiment dâopinion argumentĂ©e sur la pertinence dâun tel dĂ©lai, mais on a vu quâil aurait pu se montrer utile avec le cas du ministĂšre de lâintĂ©rieur du KoweĂŻt.
Enfin, les votes sont publics. Câest un choix qui nâest pas neutre et qui prĂ©suppose que les membres sont en capacitĂ© de recevoir lâopinion des autres sur une action sans la prendre personnellement. En miroir, les membres sont supposĂ©s se sentir lĂ©gitimes et Ă lâaise dâexprimer leur opinion publiquement. Ce nâest pas une Ă©vidence, et dans un groupe avec des tensions ou des liens interpersonnels forts, le vote public peut conduire Ă une auto-censure qui donne lâimpression dâun systĂšme en bonne santĂ©, alors quâil masque des dissensus.
Une dépendance à la participation
Plus haut dans ce billet, jâai affirmĂ© que la participation active aux prises de dĂ©cision est essentielle au bon fonctionnement de la tout-doux-cratie. Pourtant, ce point suscite des controverses : que faire des membres inactif·ves ? Les virer manu militari ? Bien entendu, ce nâest pas le genre de la maison, mais tout de mĂȘme⊠on grince un peu des dents quand les dĂ©cisions sont prises Ă une majoritĂ© faiblarde.
On mâa signalĂ© les vidĂ©os de Jean-Michel Cornu, spĂ©cialiste de la coopĂ©ration et de lâintelligence collective. Dans une vidĂ©o intitulĂ©e « Ă quoi servent ceux qui ne font rien dans vos collectifs », Cornu propose que le ratio dâactif·ves et dâinactif·ves reste constant dans les grands groupes, i.e. plusieurs dizaines de personnes. Chercher Ă faire disparaĂźtre les inactif·ves, câest risquer de faire diminuer le taux de participation encore plus. Dans une autre vidĂ©o, « le truc contre-intuitif pour avoir un groupe durable », Cornu rappelle quâen plus des inactif·ves, des rĂ©actif·ves et des proactif·ves, il y a aussi les observateur·ices. Peut-ĂȘtre en ĂȘtes vous un·e vous-mĂȘme : vous lisez cet article, vous suivez les actualitĂ©s de Framasoft, mais vous ne les commentez pas. Je vous connais Ă prĂ©sent moins que vous ne me connaissez ; et pourtant, vous ĂȘtes partie intĂ©grante du groupe. Les observateur·ices peuvent Ă tout moment passer le cap : prendre un rĂŽle vacant, donner leur avis, rĂ©agir Ă une propositionâŠ

La tout-doux-cratie a encore du chemin pour ĂȘtre vraiment inclusive : les personnes qui ne participent pas activement on en rĂ©alitĂ© un rĂŽle essentiel dans le collectif.
Câest pourquoi il est essentiel de ne pas les exclure de la vie de lâassociation. Les statuts actuels ne reconnaissent que les membres actifs. Peut-ĂȘtre serait-il bon de formaliser un rĂŽle de sympathisant·e, qui aurait alors toutes les cartes en main pour participer un jour : accĂšs Ă lâinformation, autonomie, structure adĂ©quate, processus dâintĂ©gration, rĂ©flexions sur lâinclusivitĂ© dans le collectif⊠Câest un autre dĂ©bat passionnant qui mĂ©ritera(it) son propre billet. En attendant, prenons soin de celles et ceux qui nous sont invisibles et dont la tout-doux-cratie a radicalement discrĂ©ditĂ© le rĂŽle.
La gestion des membres inactifs ou « disparus »
Ce point est liĂ© au prĂ©cĂ©dent : que faire lorsque des membres de la tout-doux-cratie nâont plus aucune interaction avec lâassociation depuis plusieurs mois ? Les membres actifs se dĂ©clarent en « vacances » sâils savent quâils seront absents pour une durĂ©e de plusieurs jours, pour Ă©viter de bloquer les votes par abstention. Mais des membres ne donnant plus de signes de vie, ça ne se met pas en vacancesâŠ
Le fonctionnement de lâUniversitĂ© de CompiĂšgne divise lâannĂ©e en deux semestres, avec des vacances de 1 mois lâhiver et 2 mois lâĂ©tĂ©. Toutes les associations Ă©tudiantes fonctionnent donc au semestre : au dĂ©but du semestre, une journĂ©e des associations est organisĂ©e au sein de lâĂ©tablissement, chaque Ă©tudiant « sâinscrit » Ă une ou plusieurs associations sur le portail interne, les associations font leurs demandes de subventions auprĂšs des organismes de lâĂ©tablissement ; en fin de semestre, il est demandĂ© Ă chaque association de rĂ©aliser son bilan, puis les inscriptions sur le portail sont automatiquement rĂ©initialisĂ©es. Ce mode de fonctionnement incite les Ă©tudiants Ă sâinscrire dĂšs les premiers jours dans ces associations sans pour autant participer Ă celles-ci durant le semestre â il y a notamment beaucoup de « disparitions » lorsque les premiĂšres notes arrivent. De plus, la majoritĂ© des Ă©tudiants rompent tout contact avec les associations une fois diplĂŽmĂ©s.
Picasoft a dĂšs le dĂ©part fait le choix de sâouvrir Ă lâextĂ©rieur du milieu scolaire bien que la quasi-totalitĂ© de ses membres soient en lien direct avec lâUTC (Ă©tudiant·e, vacataire ou personnel interne). Les cas de dĂ©crochages â des personnes qui ne donnent plus signe de vie au bout dâun mois â sâaccumulent. Ces cas finissent par interpeller les autres membres, menant Ă des petits dĂ©bats lors des assemblĂ©es gĂ©nĂ©rales ordinaires. Si la suspension des accĂšs aux identifiants partagĂ©s et aux machines de Picasoft, aprĂšs demande directe auprĂšs des personnes concernĂ©es, fait lâunanimitĂ©, leur prĂ©sence fantĂŽme Ă la tout-doux-cratie est source de dissensus. Plusieurs pistes ont Ă©tĂ© Ă©tudiĂ©es :
- Laisser les membres quitter la tout-doux-cratie par eux-mĂȘme :âŻcâest la solution actuelle, qui a montrĂ© rapidement ses limites pour les actions extraordinaires, qui nĂ©cessitent des consensus.
- Ă chaque fin de semestre, contacter les personnes une-Ă -une pour leur demander si elles souhaitent continuer Ă participer ; câest la solution actuelle pour les accĂšs techniques. Câest fastidieux, et il faut de plus trancher sur la maniĂšre de rĂ©agir si une personne semble injoignable.
- Ă chaque fin de semestre, dĂ©finir un seuil minimal de participation et expulser les personnes en-dessous de ce seuil ;âŻcette mĂ©thode est assez violente et peut frustrer par exemple un·e Ă©tudiant·e qui Ă©tait parti·e en stage de 6 mois en ayant oubliĂ© de se mettre en vacances. Ielle aura probablement peu envie de retourner dans lâassociation Ă la fin de son stage. Il y a aussi la question de comment dĂ©terminer le seuil : 0 %, 10 %, 20 %, 30 % de participation ? Lâoutil que nous utilisons actuellement pour dĂ©terminer la participation ne tient pas compte des vacances, et certaines abstentions de vote peuvent ĂȘtre justifiĂ©es a posteriori.
- Mise-en-place dâune cotisation symbolique pour adhĂ©rer Ă la tout-doux-cratie : câest le choix de beaucoup dâassociations loi 1901 « standards » pour rentrer dans les instances de celles-ci. Cette solution est a priori exclue, car la tout-doux-cratie avait pour objectif de rendre lâentrĂ©e dans lâassociation la plus simple possible. Dâune part, gĂ©rer les cotisations demande un peu dâeffort logistique (dĂ©clarer chaque cotisation dans notre registre, remplir des papiers, etc). Dâautre part, et surtout, rendre coĂ»teux (en temps et en argent) la participation Ă lâassociation est un non-objectif.
- Ă chaque dĂ©but de semestre, expulser tout le monde, puis recrĂ©er un canal de tout-doux-cratie par le bureau, et ajouter les anciens membres qui le demandent. Cette solution, bien que moins violente que lâexpulsion ciblĂ©e, pose un risque lors du changement de canal : une minoritĂ© pourrait prendre le contrĂŽle de lâassociation en jouant sur le fait quâelle a Ă©tĂ© temporairement majoritaire.
Le choix final final est toujours en cours de discussion. Peut-ĂȘtre aurez-vous une idĂ©e plus fĂ©conde ?
Des tout-doux-craties ?
Comme on le rappelait en introduction, il nâexiste pas de bonne maniĂšre intrinsĂšque de prendre une dĂ©cision ; la tout-doux-cratie ne peut donc pas ĂȘtre un bon mode de gouvernance en soi. Mais si son bon fonctionnement chez Picasoft dĂ©pend du croisement de facteurs trop spĂ©cifiques, de notre configuration trĂšs particuliĂšre, alors ce billet ne prĂ©sente quâun intĂ©rĂȘt limitĂ©. Ce serait comme vous faire une description extensive dâune recette de cuisine dont vous nâavez aucun moyen de vous procurer les ingrĂ©dients.
Pour essayer dâĂȘtre le plus honnĂȘte intellectuellement, je vous propose de situer plus prĂ©cisĂ©ment les Ă -cĂŽtĂ©s de Picasoft. En effet, si on cherche ce qui fait que la tout-doux-cratie a marchĂ© chez nous mais pourrait potentiellement ne pas marcher ailleurs, je pense quâil faut scruter les conditions de notre expĂ©rience : lâĂ©cosystĂšme dans lequel nous sommes, la taille de Picasoft, les objets sur lesquels on travaille, les gens, leur culture, leurs envies qui additionnĂ©es font les objets de Picasoft, leur vĂ©cu, leurs personnalitĂ©s.
On est peu ou prou 20-30 moitiĂ© actif·ves, Ă©tudiant·es ou universitaires. BĂ©nĂ©voles, lâasso ne nous donne aucun moyen de survie et la tout-doux-cratie nâa pas pensĂ© cet enjeu pourtant crucial. En revanche, il y a un enjeu Ă©motionnel liĂ© Ă la valorisation de nos contributions (par le commentaire des pairs et/ou des rĂ©ussites opĂ©rationnelles). La tout-doux-cratie joue avec cet enjeu. Nos personnalitĂ©s et vĂ©cus diffĂ©rents nous font rĂ©agir trĂšs diffĂ©remment face Ă ces enjeux qui partent dans la nature et qui sont secouĂ©s.
De plus, par un mĂ©canisme type Ćuf ou poule, Picasoft intĂšgre des personnes pour qui la qualitĂ© des Ă©change et la bienveillance sont importantes, de sorte quâil nây a pas de conflits prĂ©-existants. Lâinverse serait plus probable dans une association qui sâest formĂ©e contre un projet dâurbanisme par exemple, oĂč les opinions sur ce qui devrait ĂȘtre fait Ă la place divergent a priori.
Nous passons du temps ensemble et nos dialogues prennent une certaine forme. Sur Mattermost bien sĂ»r, mais aussi au foyer Ă©tudiant, aux dĂ©tours dâune colocation, du studio de Grafâhit⊠Le rythme Ă©tudiant façonne la façon dont on se retrouve et dont on se quitte. Ce mode de fonctionnement nâa rien Ă voir avec une entreprise ; pas seulement par la tout-doux-cratie ou nos valeurs, mais aussi parce nos activitĂ©s peuvent sâorganiser en petits groupes physiques qui se font et se dĂ©font au grĂ© de nos envies, disponibilitĂ©s, et hasards sympathiques de la vie dans un genre de grand campus. Ce point est Ă nuancer vu que lâassociation a Ă©tĂ© particuliĂšrement active en pĂ©riode de confinement, mais il nâest pas certain quâelle aurait perdurĂ© sur ce mode.
Alors, il est franchement difficile de faire une supposition pertinente sur la transposition de la tout-doux-cratie Ă dâautres. Pour rĂ©sumer ce que je viens de raconter, Picasoft est une association dont les membres proviennent essentiellement de la mĂȘme classe sociale et partagent un mĂȘme environnement. En revanche, jâai constatĂ© empiriquement que les nouveaux membres arrivĂ©s au fil des annĂ©es se sont dâabord intĂ©ressĂ©s Ă lâobjet de lâassociation (lâinformatique libre) avant de sâintĂ©resser aux autres humains qui en font partie. LâamitiĂ© est nĂ©e aprĂšs : il semblerait abusif de mettre le bon fonctionnement de la gouvernance sur le dos dâune bonne entente prĂ©alable.
En revanche, la tout-doux-cratie favorisant la fluiditĂ© Ă lâunanimitĂ©, il est peut-ĂȘtre dangereux de la transposer dans un contexte oĂč les actions engagent trop fortement les membres.
Quant au passage Ă lâĂ©chelle, il est vraisemblable que la tout-doux-cratie fonctionne moins bien. En effet, une Ă©chelle plus grande va souvent de pair avec un plus grand nombre de dĂ©cisions et un champ dâaction plus large. MĂ©caniquement, le pourcentage de membres en capacitĂ© de sâinformer et de donner son avis sur lâensemble des sujets diminue. Lâinformation et la participation au vote Ă©tant les piliers dâune tout-doux-cratie saine, son application Ă une large organisation risque dâĂȘtre inefficace. Ceci Ă©tant, appliquer une tout-doux-cratie pour chaque groupe de travail et rĂ©server la tout-doux-cratie globale aux actions les plus importantes me semble ĂȘtre un bon compromis.
Confiance humaine, confiance procédurale
Les autres points limites de la tout-doux-cratie, dont certains ont Ă©tĂ© Ă©voquĂ©s plus haut, posent Ă mon avis la mĂȘme question : les rĂšgles dâun mode de gouvernance doivent-elles ĂȘtre infaillibles ?
Avant de rĂ©pondre, voici quelques exemples oĂč le fonctionnement de la tout-doux-cratie pourrait ĂȘtre abusĂ©, volontairement ou non.
Prenons une action extraordinaire qui reçoit un vote contre, qui nâa pas de majoritĂ© de vote pour â par exemple car, conjoncturellement, plusieurs membres sont peu disponibles Ă cette pĂ©riode. Mettons que cette action dĂ©passe le dĂ©lai du verrou bloquant. TrĂšs clairement, elle ne fait pas consensus, elle engage lâassociation et elle est pourtant validĂ©e statutairement parlant. Quid dâune personne qui dĂ©ciderait alors de forcer lâaction ?
Autre exemple : un groupe de personnes malveillantes rejoignent lâassociation et votent sa dissolution. Un putsch facile et efficace. En rĂ©alitĂ©, le processus serait beaucoup plus complexe 2 mais le risque nâest pas nul.
De façon gĂ©nĂ©rale, les membres sont peu Ă ĂȘtre rĂ©ellement actifs dans lâassociation, ce qui peut crĂ©er un sentiment dâillĂ©gitimitĂ© Ă sâexprimer chez les membres moins actifs. Les « vieux » qui connaissent le systĂšme pourraient alors mener une politique conservatrice, en dĂ©courageant les nouveaux membres de sâinvestir.
Toutes ces limites sont rĂ©elles et valides. La tout-doux-cratie nâest pas une baguette magique. Elle fonctionne aussi, et nĂ©cessairement car les membres de lâassociation sont rĂ©putĂ©s bienveillants, attentifs aux autres, se remettent en question et recherchent le compromis plutĂŽt que le conflit, prennent le temps de sâinformer, se connaissent de prĂšs ou de loin et sâentendent sur les valeurs portĂ©es par lâassociation.
Mais⊠est-ce un problĂšme ? Tout dĂ©pend du point de vue. Un systĂšme de gouvernance ne sâĂ©value quâĂ la lumiĂšre de ses objectifs. Si lâobjectif de la tout-doux-cratie Ă©tait de produire des actions nĂ©cessairement conformes Ă lâopinion de la majoritĂ© sans aucune possibilitĂ© dâaction malveillante, alors câest ratĂ©.
Et câest sans doute le plus grand parti-pris : ne pas offrir ces garanties grĂące Ă des moyens procĂ©duraux techniques ou juridiques, mais crĂ©er un climat de confiance entre humains, propice Ă la discussion. Alors, oui, ça fait bisounours, mais ça fonctionne. Peut-ĂȘtre que ça fera rĂ©agir certain·es dâentre vous. En tout cas, moi, quand je lis ce genre de choses, jâobjecte souvent en mon for intĂ©rieur : « oui, mais quand mĂȘme, si nâimporte qui peut rentrer dans lâasso, et voter ci, et bloquer ça, et si personne sâen rend compte, et [âŠ] », jâai peur. Et quand jâai peur, je voudrais trouver un moyen de me protĂ©ger, dâempĂȘcher les abus de confiance Ă coup sĂ»r.

Moi et mes cauchemars, quand jâai peur. Ăa donne pas bien envie de laisser des failles traĂźner, non ?
Mais se protĂ©ger Ă coup sĂ»r, câest souvent crĂ©er des procĂ©dures dĂ©sincarnĂ©es et compliquĂ©es. Si on fait un pas de cĂŽtĂ©, câest notamment cette peur qui a conduit Ă lâĂ©mergence des blockchains. Dans ce monde du zero-trust, le premier postulat est que personne nâest digne de confiance, sauf vous. Alors, des mĂ©canismes cryptographiques infalsifiables garantissent que rien ni personne ne peut nier que ce machin est Ă vous, ou que vous avez envoyĂ© telle quantitĂ© de cryptomonnaies Ă bidule. Sans aller jusque lĂ , câest aussi cette peur (justifiĂ©e) qui fonde le chiffrement de bout en bout : il existe forcĂ©ment quelquâun qui pourrait regarder ou utiliser mes donnĂ©es sans ma permission.
Mais une solution technique serait profondĂ©ment dysfonctionnelle Ă lâĂ©chelle dâune association. Une association nâest pas un systĂšme ouvert et anonyme comme Internet, mais un lieu oĂč les gens ont envie de rĂ©aliser des choses ensemble. Les risques thĂ©oriques sont valides, mais câest par choix : nous ne voulons pas de processus bureaucratiques complexes et pseudo-neutres, nous voulons crĂ©er du lien.
Nous voulons affirmer que la confiance, Ă cette Ă©chelle, doit ĂȘtre un a priori.
Nous pensons quâessayer de tout prĂ©voir, tout englober, se prĂ©munir de tous les risques est vouĂ© Ă lâĂ©chec. Des cas problĂ©matiques se prĂ©senteront quoi quâil arrive. Ils nous feront grandir.
Câest ça, pour nous, la tout-doux-cratie : offrir un cadre sans Ă©lites ni stars pour crĂ©er du lien avec respect et bienveillance â renouer avec les dĂ©bats joyeux.
Un grand merci à Antoine, Gaëtan, JérÎme, Stph, R01, Tobias, et tout·es les membres de Picasoft et de Framasoft, en particulier à Goofy, pour leurs contributions, relecture, corrections et leur accueil bienveillant !