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Khrys’presso du lundi 25 juillet 2022

Par : Khrys
25 juillet 2022 à 01:42

Comme chaque lundi, un coup d’œil dans le rétroviseur pour découvrir les informations que vous avez peut-être ratées la semaine dernière.


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Spécial (droit des) femmes

Spécial France

Spécial médias et pouvoir

Et cette semaine, on soutient Basta !

Spécial emmerdeurs irresponsables gérant comme des pieds (et à la néolibérale)

Spécial recul des droits et libertés, violences policières, montée de l’extrême-droite…

Spécial résistances

Spécial GAFAM et cie

Les autres lectures de la semaine

Les BDs/graphiques/photos de la semaine

Les vidéos/podcasts de la semaine

Les trucs chouettes de la semaine

  • « Dégooglisons » se refait une beauté (framablog.org)
  • Next INpact sort la tête de l’eau, et se recalibre (nextinpact.com)
  • Wikifemia.org, une site en française dans la texte.
  • Bloque la pub sur Internet et passe le bloqueur à tes voisin·es (bloquelapub.net)
  • Où trouver du matériel informatique reconditionné et recyclé (toolinux.com)

    Cette liste d’acteurs du reconditionnement et du recyclage informatique vous permet de trouver un fournisseur de smartphones, tablettes et ordinateurs reconditionnés ou recyclés en ligne et en français. En France, en, Belgique et en Suisse.

  • En Bretagne, des écolieux créent du lien entre habitants grâce aux low-techs (lareleveetlapeste.fr)

    « Quand il y a des chantiers collectifs, il y a cette satisfaction à la fin de la journée quand on a bossé ensemble sur un chantier intéressant », raconte Crasten Greve. « T’es naze, mais t’es heureux. Et après ça fuse, la guitare sort, la bière aussi. C’est juste trop satisfaisant ».

  • ECOSTRESS (ecostress.jpl.nasa.gov)

    is addressing three overarching science questions : How is the terrestrial biosphere responding to changes in water availability ? How do changes in diurnal vegetation water stress impact the global carbon cycle ? Can agricultural vulnerability be reduced through advanced monitoring of agricultural water consumptive use and improved drought estimation ? The ECOSTRESS mission is answering these questions by accurately measuring the temperature of plants. Plants regulate their temperature by releasing water through tiny pores on their leaves called stomata. If they have sufficient water they can maintain their temperature, but if there is insufficient water, their temperatures rise and this temperature rise can be measured with ECOSTRESS. The images acquired by ECOSTRESS are the most detailed temperature images of the surface ever acquired from space and can be used to measure the temperature of an individual farmers field.


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Khrys’presso du lundi 1er août 2022

Par : Khrys
1 août 2022 à 01:42

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Spécial (droit des) femmes

Spécial France

Spécial médias et pouvoir

  • La royauté en majesté : les médias français jubilent (acrimed.org)

    Le jubilé de platine de la reine Élisabeth II a rappelé combien, y compris en France, la célébration de personnages illustres est propice à anesthésier non seulement le téléspectateur mais avec lui toute velléité critique, notamment à l’endroit du pouvoir et des puissants.

Spécial emmerdeurs irresponsables gérant comme des pieds (et à la néolibérale)

Spécial recul des droits et libertés, violences policières, montée de l’extrême-droite…

Le facepalm de la semaine

Spécial résistances

Spécial GAFAM et cie

Le rapport de la semaine

  • Fermeture du cuivre (arcep.fr)

    L’Arcep publie les réponses à la consultation publique sur le plan de fermeture du cuivre d’Orange

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Khrys’presso du lundi 8 août 2022

Par : Khrys
8 août 2022 à 01:42

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Spécial médias et pouvoir

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Spécial droit des femmes en France

Spécial résistances

  • « L’ISF climatique est une question morale » (humanite.fr)
  • Pour les ninjas écolos, prière d’éteindre la lumière en fermant le magasin (liberation.fr)

    Allier l’utile à l’agréable, tel est la devise du collectif On the Spot Parkour qui a trouvé une mission d’utilité publique pour ses acrobaties urbaines : couper le courant des boutiques qui restent éclairées toute la nuit. […] Hors-la-loi, ces ninjas écolos ? Les commerces ont pour obligation d’éteindre leurs enseignes lumineuses « au plus tard une heure après la cessation de l’activité, et sont rallumées à 7 heures du matin au plus tôt ou une heure avant le début de l’activité si celle-ci s’exerce plus tôt », selon un Arrêté du 27 décembre 2018 relatif à la prévention, à la réduction et à la limitation des nuisances lumineuses. Même chose pour les éclairages de vitrines qui doivent être « éteints à une heure du matin au plus tard ou une heure après la cessation de l’activité si celle-ci est plus tardive ». Faute de contrôles – ou d’intérêt pour la question ? – ces obligations, respectivement consignées par un décret de 2012 et cet arrêté, sont très peu suivies.

  • Victoire à l’hôtel Ibis de Bagnolet (humanite.fr)

    Après deux semaines de grève, les salariés de ce centre d’hébergement ont arraché les documents nécessaires à leur régularisation.

  • En Sologne, la chasse aux clôtures s’organise (humanite.fr)

    Le territoire étouffe de son engrillagement, derrière lequel de grandes fortunes s’adonnent à des chasses privées hors de contrôle. Au point que le président de la région Centre-Val de Loire a pris la tête de la fronde contre ces pratiques.

  • Milliardaires et dirigeants irrités par le suivi en ligne de leurs jets privés (ouest-france.fr) – voir aussi Le « name and shame » contre les écocidaires (humanite.fr)

    Les milliardaires doivent avoir le sommeil agité : de nombreux comptes sur les réseaux sociaux traquent et dénoncent leur mode de vie climaticide, et notamment leurs trajets en jet privé.

  • CSD-CGT Communiqué – Syndicat CGT du SDIS de Gironde (cgtservicespublics.fr)

    Plus de 25 000 hectares de forêt viennent de partir en fumée en l’espace de quelques jours dans notre département. Mais nos services publics, eux, sont la proie des flammes depuis bien plus longtemps et menacent de n’être très bientôt qu’un tas de cendres […] Des services publics à la hauteur des défis qui les attendent aujourd’hui et demain coûtent de l’argent, c’est une évidence. L’État qui a passé commande de 90 véhicules blindés de maintien de l’ordre pour un montant d’environ 60 millions d’euros (600 000€ l’unité) le sait bien et n’a pas lésiné sur ce montant. Le SDIS (camion citerne 200 000€ l’unité), les hôpitaux, les écoles, les collectivités… ont aussi des besoins et ils sont bien plus vitaux. Il serait temps d’y répondre « quoi qu’il en coûte » dans l’intérêt de tous les français.

  • Un collectif de citoyens et scientifiques veut faire de l’Ile de Groix une réserve protégée de pollinisateurs (lareleveetlapeste.fr)

    La situation naturelle de Groix, où les abeilles noires vivent et meurent sans intervention humaine, est exceptionnelle et un espoir pour les espèces endémiques et leurs habitats de par le monde.

  • Pesticides : une carte interactive pour connaître leur utilisation par commune (actu-environnement.com)
  • Contre l’informatisation des Calanques (floraisons.blog)

    Saviez-vous que dans les calanques de Marseille, une expérimentation numérique est en cours ? En effet, l’accès à certaines calanques se fait désormais sous délivrance d’un QR code au prétexte que le Parc National des Calanques est sur-fréquenté.

  • Pertuis : contre la bétonisation du monde (lundi.am)
  • À Bure, les opposants se préparent à l’arrivée des bulldozers (reporterre.net)

    Déclarations d’utilité publique et d’intérêt national, terres rachetées, maisons rasées… Autour de Bure, l’emprise de Cigéo est de plus en plus palpable. Les opposants promettent de se défendre « jusqu’au bout » contre les expulsions.

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Khrys’presso du lundi 15 août 2022

Par : Khrys
15 août 2022 à 01:42

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Écosocialisme numérique : une alternative aux big tech ?

Par : Louis Derrac
17 août 2022 à 01:42

Je vous propose la traduction, d’abord publiée sur mon blog avec l’aimable autorisation de son auteur Michael Kwet, d’un essai sur lequel je suis récemment tombé. Je pense qu’il mérite toute notre attention, car il pose non seulement un constat politique détaillé et sourcé sur le capitalisme numérique, mais il lui oppose aussi une véritable alternative.

D’accord ou pas d’accord, le fait d’avoir ce genre d’alternative est salutaire. Car si la politique, c’est la capacité à faire des choix, alors nous avons besoin d’avoir plusieurs alternatives entre lesquelles choisir. Autrement nous ne choisissons rien, puisque nous suivons l’unique chemin qui est devant nous. Et nous avançons, peut-être jusqu’au précipice…

L’article initial ainsi que cette traduction sont sous licence Creative Commons, ne vous privez donc pas de les partager si comme moi, vous trouvez cet essai extrêmement stimulant et précieux pour nos réflexions. Dans le même esprit, les commentaires sont à vous si vous souhaitez réagir ou partager d’autres réflexions.

— Louis Derrac


Écosocialisme numérique – Briser le pouvoir des Big Tech

Nous ne pouvons plus ignorer le rôle des Big Tech dans l’enracinement des inégalités mondiales. Pour freiner les forces du capitalisme numérique, nous avons besoin d’un Accord sur les Technologies Numériques 1 écosocialiste

En l’espace de quelques années, le débat sur la façon d’encadrer les Big Tech a pris une place prépondérante et fait l’objet de discussions dans tout le spectre politique. Pourtant, jusqu’à présent, les propositions de réglementation ne tiennent pas compte des dimensions capitalistes, impérialistes et environnementales du pouvoir numérique, qui, ensemble, creusent les inégalités mondiales et poussent la planète vers l’effondrement. Nous devons de toute urgence construire un écosystème numérique écosocialiste, mais à quoi cela ressemblerait-il et comment pouvons-nous y parvenir ?

Cet essai vise à mettre en évidence certains des éléments fondamentaux d’un programme socialiste numérique – un Accord sur les Technologies Numériques (ATN) – centré sur les principes de l’anti-impérialisme, de l’abolition des classes, des réparations et de la décroissance qui peuvent nous faire passer à une économie socialiste du 21e siècle. Il s’appuie sur des propositions de transformation ainsi que sur des modèles existants qui peuvent être mis à l’échelle, et cherche à les intégrer à d’autres mouvements qui prônent des alternatives au capitalisme, en particulier le mouvement de la décroissance. L’ampleur de la transformation nécessaire est énorme, mais nous espérons que cette tentative d’esquisser un Accord sur les Technologies Numériques socialiste suscitera d’autres réflexions et débats sur l’aspect que pourrait prendre un écosystème numérique égalitaire et les mesures à prendre pour y parvenir.

Le capitalisme numérique et les problèmes d’antitrust

Les critiques progressistes du secteur technologique sont souvent tirées d’un cadre capitaliste classique centré sur l’antitrust, les droits de l’homme et le bien-être des travailleurs. Formulées par une élite d’universitaires, de journalistes, de groupes de réflexion et de décideurs politiques du Nord, elles mettent en avant un programme réformiste américano-eurocentré qui suppose la poursuite du capitalisme, de l’impérialisme occidental et de la croissance économique.

Le réformisme antitrust est particulièrement problématique car il part du principe que le problème de l’économie numérique est simplement la taille et les “pratiques déloyales” des grandes entreprises plutôt que le capitalisme numérique lui-même. Les lois antitrust ont été créées aux États-Unis pour promouvoir la concurrence et limiter les pratiques abusives des monopoles (alors appelés “trusts”) à la fin du XIXe siècle. Compte tenu de l’ampleur et de la puissance des Big Tech contemporaines, ces lois sont de nouveau à l’ordre du jour, leurs défenseurs soulignant que les grandes entreprises sapent non seulement les consommateurs, les travailleurs et les petites entreprises, mais remettent également en question les fondements de la démocratie elle-même.

Les défenseurs de la législation antitrust affirment que les monopoles faussent un système capitaliste idéal et que ce qu’il faut, c’est un terrain de jeu égal pour que tout le monde puisse se faire concurrence. Pourtant, la concurrence n’est bonne que pour ceux qui ont des ressources à mettre en concurrence. Plus de la moitié de la population mondiale vit avec moins de 7,40 dollars [7,16 euros] par jour, et personne ne s’arrête pour demander comment ils seront “compétitifs” sur le “marché concurrentiel” envisagé par les défenseurs occidentaux de l’antitrust. C’est d’autant plus décourageant pour les pays à revenu faible ou intermédiaire que l’internet est largement sans frontières.

À un niveau plus large, comme je l’ai soutenu dans un article précédent, publié sur ROAR, les défenseurs de l’antitrust ignorent la division globalement inégale du travail et de l’échange de biens et de services qui a été approfondie par la numérisation de l’économie mondiale. Des entreprises comme Google, Amazon, Meta, Apple, Microsoft, Netflix, Nvidia, Intel, AMD et bien d’autres sont parvenues à leur taille hégémonique parce qu’elles possèdent la propriété intellectuelle et les moyens de calcul utilisés dans le monde entier. Les penseurs antitrust, en particulier ceux des États-Unis, finissent par occulter systématiquement la réalité de l’impérialisme américain dans le secteur des technologies numériques, et donc leur impact non seulement aux États-Unis, mais aussi en Europe et dans les pays du Sud 2

Les initiatives antitrust européennes ne sont pas meilleures. Là-bas, les décideurs politiques qui s’insurgent contre les maux des grandes entreprises technologiques tentent discrètement de créer leurs propres géants technologiques. Le Royaume-Uni vise à produire son propre mastodonte de plusieurs milliards de dollars. Le président Emmanuel Macron va injecter 5 milliards d’euros dans des start-ups technologiques dans l’espoir que la France compte au moins 25 “licornes” – des entreprises évaluées à un milliard de dollars ou plus – d’ici 2025. L’Allemagne dépense 3 milliards d’euros pour devenir une puissance mondiale de l’IA et un leader mondial (c’est-à-dire un colonisateur de marché) de l’industrialisation numérique. Pour leur part, les Pays-Bas visent à devenir une “nation de licornes”. Et en 2021, la commissaire à la concurrence de l’Union européenne, Margrethe Vestager, largement applaudie, a déclaré que l’Europe devait bâtir ses propres géants technologiques européens. Dans le cadre des objectifs numériques de l’UE pour 2030, Mme Vestager a déclaré que l’UE visait à “doubler le nombre de licornes européennes, qui est aujourd’hui de 122.”

Au lieu de s’opposer par principe aux grandes entreprises de la tech, les décideurs européens sont des opportunistes qui cherchent à élargir leur propre part du gâteau.

D’autres mesures capitalistes réformistes proposées, telles que l’imposition progressive, le développement des nouvelles technologies en tant que service public3 et la protection des travailleurs, ne parviennent toujours pas à s’attaquer aux causes profondes et aux problèmes fondamentaux. Le capitalisme numérique progressiste est meilleur que le néolibéralisme. Mais il est d’orientation nationaliste, ne peut empêcher le colonialisme numérique, et conserve un engagement envers la propriété privée, le profit, l’accumulation et la croissance.

L’urgence environnementale et la technologie

Les crises jumelles du changement climatique et de la destruction écologique qui mettent en péril la vie sur Terre constituent d’autres points faibles majeurs pour les réformateurs du numérique.

De plus en plus d’études montrent que les crises environnementales ne peuvent être résolues dans un cadre capitaliste fondé sur la croissance, qui non seulement augmente la consommation d’énergie et les émissions de carbone qui en résultent, mais exerce également une pression énorme sur les systèmes écologiques.

Le PNUE4 estime que les émissions doivent diminuer de 7,6 % chaque année entre 2020 et 2030 pour atteindre l’objectif de maintenir l’augmentation de la température à moins de 1,5 degré. Des évaluations universitaires estiment la limite mondiale d’extraction de matières durables à environ 50 milliards de tonnes de ressources par an, mais à l’heure actuelle, nous en extrayons 100 milliards de tonnes par an, ce qui profite largement aux riches et aux pays du Nord.

La décroissance doit être mise en œuvre dans un avenir immédiat. Les légères réformes du capitalisme vantées par les progressistes continueront à détruire l’environnement. En appliquant le principe de précaution, nous ne pouvons pas nous permettre de risquer une catastrophe écologique permanente. Le secteur des technologies n’est pas un simple spectateur, mais l’un des principaux moteurs de ces tendances.

Selon un rapport récent, en 2019, les technologies numériques – définies comme les réseaux de télécommunications, les centres de données, les terminaux (appareils personnels) et les capteurs IoT (internet des objets) – ont contribué à 4 % des émissions de gaz à effet de serre, et leur consommation d’énergie a augmenté de 9 % par an.

Et aussi élevé que cela puisse paraître, cela sous-estime probablement l’utilisation de l’énergie par le secteur numérique. Un rapport de 2022 a révélé que les géants de la grande technologie ne s’engagent pas à réduire l’ensemble des émissions de leur chaîne de valeur. Des entreprises comme Apple prétendent être “neutres en carbone” d’ici 2030, mais cela “ne comprend actuellement que les opérations directes, qui représentent un microscopique 1,5 % de son empreinte carbone.”

En plus de surchauffer la planète, l’extraction des minéraux utilisés dans l’électronique – tels que le cobalt, le nickel et le lithium – dans des endroits comme la République démocratique du Congo, le Chili, l’Argentine et la Chine est souvent destructive sur le plan écologique.

Et puis il y a le rôle central des entreprises numériques dans le soutien d’autres formes d’extraction non durable. Les géants de la technologie aident les entreprises à explorer et à exploiter de nouvelles sources de combustibles fossiles et à numériser l’agriculture industrielle. Le modèle économique du capitalisme numérique tourne autour de la diffusion de publicités visant à promouvoir la consommation de masse, un facteur clé de la crise environnementale. Dans le même temps, nombre de ses dirigeants milliardaires ont une empreinte carbone des milliers de fois supérieure à celle des consommateurs moyens des pays du Nord.

Les réformateurs du numérique partent du principe que les grandes entreprises technologiques peuvent être découplées des émissions de carbone et de la surconsommation de ressources et, par conséquent, ils concentrent leur attention sur les activités et les émissions particulières de chaque entreprise. Pourtant, la notion de “découplage” de la croissance de l’utilisation des ressources matérielles a été remise en question par les universitaires, qui notent que l’utilisation des ressources suit de près la croissance du PIB à travers l’histoire. Des chercheurs ont récemment constaté que le transfert de l’activité économique vers les services, y compris les industries à forte intensité de connaissances, n’a qu’un potentiel limité de réduction des impacts environnementaux mondiaux en raison de l’augmentation des niveaux de consommation des ménages par les travailleurs des services.

En résumé, les limites de la croissance changent tout. Si le capitalisme n’est pas écologiquement soutenable, les politiques numériques doivent tenir compte de cette réalité brutale et difficile.

Le socialisme numérique et ses composantes

Dans un système socialiste, la propriété est détenue en commun. Les moyens de production sont directement contrôlés par les travailleurs eux-mêmes par le biais de coopératives de travailleurs, et la production est destinée à l’utilisation et aux besoins plutôt qu’à l’échange, au profit et à l’accumulation. Le rôle de l’État est contesté parmi les socialistes, certains soutenant que la gouvernance et la production économique devraient être aussi décentralisées que possible, tandis que d’autres plaident pour un plus grand degré de planification de l’État.

Ces mêmes principes, stratégies et tactiques s’appliquent à l’économie numérique. Un système de socialisme numérique éliminerait progressivement la propriété intellectuelle, socialiserait les moyens de calcul, démocratiserait les données et l’intelligence numérique et confierait le développement et la maintenance de l’écosystème numérique à des communautés du domaine public.

Bon nombre des éléments constitutifs d’une économie numérique socialiste existent déjà. Les logiciels libres et open source (FOSS5) et les licences Creative Commons, par exemple, fournissent les logiciels et les licences nécessaires à un mode de production socialiste. Comme le note James Muldoon dans Platform Socialism, des projets urbains comme DECODE (DEcentralised Citizen-owned Data Ecosystems) fournissent des outils d’intérêt public open source pour des activités communautaires où les citoyens peuvent accéder et contribuer aux données, des niveaux de pollution de l’air aux pétitions en ligne et aux réseaux sociaux de quartier, tout en gardant le contrôle sur les données partagées. Les coopératives de plates-formes, telles que la plate-forme de livraison de nourriture Wings à Londres6, fournissent un modèle de milieu de travail remarquable dans lequel les travailleurs organisent leur travail par le biais de plates-formes open source détenues et contrôlées collectivement par les travailleurs eux-mêmes. Il existe également une alternative socialiste aux médias sociaux dans le Fédivers7, un ensemble de réseaux sociaux qui interagissent en utilisant des protocoles partagés, qui facilitent la décentralisation des communications sociales en ligne.

Mais ces éléments de base auraient besoin d’un changement de politique pour se développer. Des projets comme le Fédivers, par exemple, ne sont pas en mesure de s’intégrer à des systèmes fermés ou de rivaliser avec les ressources massives et concentrées d’entreprises comme Facebook. Un ensemble de changements politiques radicaux serait donc nécessaire pour obliger les grands réseaux de médias sociaux à s’interopérer, à se décentraliser en interne, à ouvrir leur propriété intellectuelle (par exemple, les logiciels propriétaires), à mettre fin à la publicité forcée (publicité à laquelle les gens sont soumis en échange de services “gratuits”), à subventionner l’hébergement des données afin que les individus et les communautés – et non l’État ou les entreprises privées – puissent posséder et contrôler les réseaux et assurer la modération du contenu. Cela aurait pour effet d’étouffer les géants de la technologie.

La socialisation de l’infrastructure devrait également être équilibrée par de solides garanties pour la vie privée, des restrictions sur la surveillance de l’État et le recul de l’État sécuritaire carcéral. Actuellement, l’État exploite la technologie numérique à des fins coercitives, souvent en partenariat avec le secteur privé. Les populations immigrées et les personnes en déplacement sont fortement ciblées par un ensemble de caméras, d’avions, de capteurs de mouvements, de drones, de vidéosurveillance et d’éléments biométriques. Les enregistrements et les données des capteurs sont de plus en plus centralisés par l’État dans des centres de fusion et des centres de criminalité en temps réel pour surveiller, prévoir et contrôler les communautés. Les communautés marginalisées et racisées ainsi que les militants sont ciblés de manière disproportionnée par l’État de surveillance high-tech. Ces pratiques doivent être interdites alors que les militants s’efforcent de démanteler et d’abolir ces institutions de violence organisée.

L’accord sur les Technologies Numériques

Les grandes entreprises technologiques, la propriété intellectuelle et la propriété privée des moyens de calcul sont profondément ancrées dans la société numérique et ne peuvent être éteintes du jour au lendemain. Ainsi, pour remplacer le capitalisme numérique par un modèle socialiste, nous avons besoin d’une transition planifiée vers le socialisme numérique.

Les écologistes ont proposé de nouveaux “accords” décrivant la transition vers une économie verte. Les propositions réformistes comme le Green New Deal américain et le Green Deal européen fonctionnent dans un cadre capitaliste qui conserve les méfaits du capitalisme, comme la croissance terminale, l’impérialisme et les inégalités structurelles. En revanche, les modèles écosocialistes, tels que le Red Deal de la Nation Rouge, l’Accord de Cochabamba et la Charte de justice climatique d’Afrique du Sud, offrent de meilleures alternatives. Ces propositions reconnaissent les limites de la croissance et intègrent les principes égalitaires nécessaires à une transition juste vers une économie véritablement durable.

Cependant, ni ces accords rouges ni ces accords verts n’intègrent de plans pour l’écosystème numérique, malgré sa pertinence centrale pour l’économie moderne et la durabilité environnementale. À son tour, le mouvement pour la justice numérique a presque entièrement ignoré les propositions de décroissance et la nécessité d’intégrer leur évaluation de l’économie numérique dans un cadre écosocialiste. La justice environnementale et la justice numérique vont de pair, et les deux mouvements doivent s’associer pour atteindre leurs objectifs.

À cet effet, je propose un Accord sur les Technologies Numériques écosocialiste qui incarne les valeurs croisées de l’anti-impérialisme, de la durabilité environnementale, de la justice sociale pour les communautés marginalisées, de l’autonomisation des travailleurs, du contrôle démocratique et de l’abolition des classes. Voici dix principes pour guider un tel programme :

1. Veiller à ce que l’économie numérique ne dépasse pas les limites sociales et planétaires

Nous sommes confrontés à une réalité : les pays les plus riches du Nord ont déjà émis plus que leur juste part du budget carbone – et cela est également vrai pour l’économie numérique dirigée par les Big Tech qui profite de manière disproportionnée aux pays les plus riches. Il est donc impératif de veiller à ce que l’économie numérique ne dépasse pas les limites sociales et planétaires. Nous devrions établir une limite scientifiquement informée sur la quantité et les types de matériaux qui peuvent être utilisés et des décisions pourraient être prises sur les ressources matérielles (par exemple, la biomasse, les minéraux, les vecteurs d’énergie fossile, les minerais métalliques) qui devraient être consacrées à tel ou tel usage (par exemple, de nouveaux bâtiments, des routes, de l’électronique, etc.) en telle ou telle quantité pour telle ou telle personne. On pourrait établir des dettes écologiques qui imposent des politiques de redistribution du Nord au Sud, des riches aux pauvres.

2. Supprimer progressivement la propriété intellectuelle

La propriété intellectuelle, notamment sous la forme de droits d’auteur et de brevets, donne aux entreprises le contrôle des connaissances, de la culture et du code qui détermine le fonctionnement des applications et des services, ce qui leur permet de maximiser l’engagement des utilisateurs, de privatiser l’innovation et d’extraire des données et des rentes. L’économiste Dean Baker estime que les rentes de propriété intellectuelle coûtent aux consommateurs 1 000 milliards de dollars supplémentaires par an par rapport à ce qui pourrait être obtenu sur un “marché libre” sans brevets ni monopoles de droits d’auteur. L’élimination progressive de la propriété intellectuelle au profit d’un modèle de partage des connaissances basé sur les biens communs permettrait de réduire les prix, d’élargir l’accès à l’éducation et de l’améliorer pour tous, et fonctionnerait comme une forme de redistribution des richesses et de réparation pour le Sud.

3. Socialiser l’infrastructure physique

Les infrastructures physiques telles que les fermes de serveurs cloud, les tours de téléphonie mobile, les réseaux de fibres optiques et les câbles sous-marins transocéaniques profitent à ceux qui les possèdent. Il existe des initiatives de fournisseurs d’accès à internet gérés par les communautés et des réseaux maillés sans fil qui peuvent aider à placer ces services entre les mains des communautés. Certaines infrastructures, comme les câbles sous-marins, pourraient être entretenues par un consortium international qui les construirait et les entretiendrait au prix coûtant pour le bien public plutôt que pour le profit.

4. Remplacer les investissements privés de production par des subventions et une production publiques.

La coopérative numérique britannique de Dan Hind est peut-être la proposition la plus détaillée sur la façon dont un modèle socialiste de production pourrait fonctionner dans le contexte actuel. Selon ce programme, “les institutions du secteur public, y compris le gouvernement local, régional et national, fourniront des lieux où les citoyens et les groupes plus ou moins cohésifs peuvent se rassembler et sécuriser une revendication politique.” Améliorée par des données ouvertes, des algorithmes transparents, des logiciels et des plateformes à code source ouvert et mise en œuvre par une planification participative démocratique, une telle transformation faciliterait l’investissement, le développement et la maintenance de l’écosystème numérique et de l’économie au sens large.

Si Hind envisage de déployer ce système sous la forme d’un service public dans un seul pays – en concurrence avec le secteur privé -, il pourrait à la place constituer une base préliminaire pour la socialisation complète de la technologie. En outre, il pourrait être élargi pour inclure un cadre de justice globale qui fournit des infrastructures en guise de réparations au Sud, de la même manière que les initiatives de justice climatique font pression sur les pays riches pour qu’ils aident le Sud à remplacer les combustibles fossiles par des énergies vertes.

5. Décentraliser Internet

Les socialistes prônent depuis longtemps la décentralisation de la richesse, du pouvoir et de la gouvernance entre les mains des travailleurs et des communautés. Des projets comme FreedomBox8 proposent des logiciels libres et gratuits pour alimenter des serveurs personnels peu coûteux qui peuvent collectivement héberger et acheminer des données pour des services comme le courrier électronique, les calendriers, les applications de chat, les réseaux sociaux, etc. D’autres projets comme Solid permettent aux gens d’héberger leurs données dans des “pods” qu’ils contrôlent. Les fournisseurs d’applications, les réseaux de médias sociaux et d’autres services peuvent alors accéder aux données à des conditions acceptables pour les utilisateurs, qui conservent le contrôle de leurs données. Ces modèles pourraient être étendus pour aider à décentraliser l’internet sur une base socialiste.

6. Socialiser les plateformes

Les plateformes Internet comme Uber, Amazon et Facebook centralisent la propriété et le contrôle en tant qu’intermédiaires privés qui s’interposent entre les utilisateurs de leurs plateformes. Des projets comme le Fédivers et LibreSocial fournissent un modèle d’interopérabilité qui pourrait potentiellement s’étendre au-delà des réseaux sociaux. Les services qui ne peuvent pas simplement s’interopérer pourraient être socialisés et exploités au prix coûtant pour le bien public plutôt que pour le profit et la croissance.

7. Socialiser l’intelligence numérique et les données

Les données et l’intelligence numérique qui en découle sont une source majeure de richesse et de pouvoir économique. La socialisation des données permettrait au contraire d’intégrer des valeurs et des pratiques de respect de la vie privée, de sécurité, de transparence et de prise de décision démocratique dans la manière dont les données sont collectées, stockées et utilisées. Elle pourrait s’appuyer sur des modèles tels que le projet DECODE à Barcelone et à Amsterdam.

8. Interdire la publicité forcée et le consumérisme des plateformes

La publicité numérique diffuse un flux constant de propagande d’entreprise conçue pour manipuler le public et stimuler la consommation. De nombreux services “gratuits” sont alimentés par des publicités, ce qui stimule encore plus le consumérisme au moment même où il met la planète en danger. Des plateformes comme Google Search et Amazon sont construites pour maximiser la consommation, en ignorant les limites écologiques. Au lieu de la publicité forcée, les informations sur les produits et services pourraient être hébergées dans des répertoires, auxquels on accèderait de manière volontaire.

9. Remplacer l’armée, la police, les prisons et les appareils de sécurité nationale par des services de sûreté et de sécurité gérés par les communautés.

La technologie numérique a augmenté le pouvoir de la police, de l’armée, des prisons et des agences de renseignement. Certaines technologies, comme les armes autonomes, devraient être interdites, car elles n’ont aucune utilité pratique au-delà de la violence. D’autres technologies basées sur l’IA, dont on peut soutenir qu’elles ont des applications socialement bénéfiques, devraient être étroitement réglementées, en adoptant une approche conservatrice pour limiter leur présence dans la société. Les militants qui font pression pour réduire la surveillance de masse de l’État devraient se joindre à ceux qui militent pour l’abolition de la police, des prisons, de la sécurité nationale et du militarisme, en plus des personnes visées par ces institutions.

10. Mettre fin à la fracture numérique

La fracture numérique fait généralement référence à l’inégalité d’accès individuel aux ressources numériques telles que les appareils et les données informatiques, mais elle devrait également englober la manière dont les infrastructures numériques, telles que les fermes de serveurs cloud et les installations de recherche de haute technologie, sont détenues et dominées par les pays riches et leurs entreprises. En tant que forme de redistribution des richesses, le capital pourrait être redistribué par le biais de la fiscalité et d’un processus de réparation afin de subventionner les appareils personnels et la connectivité Internet pour les pauvres du monde entier et de fournir des infrastructures, telles que l’infrastructure cloud et les installations de recherche de haute technologie, aux populations qui ne peuvent pas se les offrir.

Comment faire du socialisme numérique une réalité

Des changements radicaux sont nécessaires, mais il y a un grand écart entre ce qui doit être fait et où nous sommes aujourd’hui. Néanmoins, nous pouvons et devons prendre certaines mesures essentielles.

Tout d’abord, il est essentiel de sensibiliser, de promouvoir l’éducation et d’échanger des idées au sein des communautés et entre elles afin qu’ensemble nous puissions co-créer un nouveau cadre pour l’économie numérique. Pour ce faire, une critique claire du capitalisme et du colonialisme numériques est nécessaire.

Un tel changement sera difficile à mettre en place si la production concentrée de connaissances reste intacte. Les universités d’élite, les sociétés de médias, les groupes de réflexion, les ONG et les chercheurs des grandes entreprises technologiques du Nord dominent la conversation et fixent l’ordre du jour de la correction du capitalisme, limitant et restreignant les paramètres de cette conversation. Nous devons prendre des mesures pour leur ôter leur pouvoir, par exemple en abolissant le système de classement des universités, en démocratisant la salle de classe et en mettant fin au financement des entreprises, des philanthropes et des grandes fondations. Les initiatives visant à décoloniser l’éducation – comme le récent mouvement de protestation étudiant #FeesMustFall en Afrique du Sud et la Endowment Justice Coalition à l’université de Yale – sont des exemples des mouvements qui seront nécessaires9.

Deuxièmement, nous devons connecter les mouvements de justice numérique avec d’autres mouvements de justice sociale, raciale et environnementale. Les militants des droits numériques devraient travailler avec les écologistes, les abolitionnistes, les défenseurs de la justice alimentaire, les féministes et autres. Une partie de ce travail est déjà en cours – par exemple, la campagne #NoTechForIce menée par Mijente, un réseau de base dirigé par des migrants, remet en question l’utilisation de la technologie pour contrôler l’immigration aux États-Unis – mais il reste encore beaucoup à faire, notamment en ce qui concerne l’environnement.

Troisièmement, nous devons intensifier l’action directe et l’agitation contre les Big Tech et l’empire américain. Il est parfois difficile de mobiliser un soutien derrière des sujets apparemment ésotériques, comme l’ouverture d’un centre de cloud computing dans le Sud (par exemple en Malaisie) ou l’imposition de logiciels des Big Tech dans les écoles (par exemple en Afrique du Sud). Cela est particulièrement difficile dans le Sud, où les gens doivent donner la priorité à l’accès à la nourriture, à l’eau, au logement, à l’électricité, aux soins de santé et aux emplois. Cependant, la résistance réussie à des développements tels que Free Basics de Facebook en Inde et la construction du siège d’Amazon sur des terres indigènes sacrées au Cap, en Afrique du Sud, montrent la possibilité et le potentiel de l’opposition civique.

Ces énergies militantes pourraient aller plus loin et adopter les tactiques de boycott, désinvestissement et sanctions (BDS), que les militants anti-apartheid ont utilisées pour cibler les sociétés informatiques vendant des équipements au gouvernement d’apartheid en Afrique du Sud. Les militants pourraient créer un mouvement #BigTechBDS, qui ciblerait cette fois l’existence des grandes entreprises technologiques. Les boycotts pourraient annuler les contrats du secteur public avec les géants de la technologie et les remplacer par des solutions socialistes de technologies du peuple10. Des campagnes de désinvestissement pourraient forcer des institutions comme les universités à se désinvestir des pires entreprises technologiques. Et les militants pourraient faire pression sur les États pour qu’ils appliquent des sanctions ciblées aux entreprises technologiques américaines, chinoises et d’autres pays.

Quatrièmement, nous devons œuvrer à la création de coopératives de travailleurs de la tech11 qui peuvent être les éléments constitutifs d’une nouvelle économie socialiste numérique. Il existe un mouvement de syndicalisation des grandes entreprises technologiques, qui peut contribuer à protéger les travailleurs de la technologie en cours de route. Mais syndiquer les entreprises des Big Tech revient à syndiquer les compagnies des Indes orientales, le fabricant d’armes Raytheon, Goldman Sachs ou Shell – ce n’est pas de la justice sociale et cela n’apportera probablement que de légères réformes. De même que les militants sud-africains de la lutte contre l’apartheid ont rejeté les principes de Sullivan – un ensemble de règles et de réformes en matière de responsabilité sociale des entreprises qui permettaient aux entreprises américaines de continuer à faire des bénéfices dans l’Afrique du Sud de l’apartheid – et d’autres réformes légères, en faveur de l’étranglement du système de l’apartheid, nous devrions avoir pour objectif d’abolir complètement les Big Tech et le système du capitalisme numérique. Et cela nécessitera de construire des alternatives, de s’engager avec les travailleurs de la tech, non pas pour réformer l’irréformable, mais pour aider à élaborer une transition juste pour l’industrie.

Enfin, les personnes de tous horizons devraient travailler en collaboration avec les professionnels de la technologie pour élaborer le plan concret qui constituerait un Accord des Technologies Numériques. Ce projet doit être pris aussi au sérieux que les “accords” verts actuels pour l’environnement. Avec un Accord des Technologies Numériques, certains travailleurs – comme ceux du secteur de la publicité – perdraient leur emploi, il faudrait donc prévoir une transition équitable pour les travailleurs de ces secteurs. Les travailleurs, les scientifiques, les ingénieurs, les sociologues, les avocats, les éducateurs, les militants et le grand public pourraient réfléchir ensemble à la manière de rendre cette transition pratique.

Aujourd’hui, le capitalisme progressiste est largement considéré comme la solution la plus pratique à la montée en puissance des Big Tech. Pourtant, ces mêmes progressistes n’ont pas su reconnaître les méfaits structurels du capitalisme, la colonisation technologique menée par les États-Unis et l’impératif de décroissance. Nous ne pouvons pas brûler les murs de notre maison pour nous garder au chaud. La seule solution pratique est de faire ce qui est nécessaire pour nous empêcher de détruire notre seule et unique maison – et cela doit intégrer l’économie numérique. Le socialisme numérique, concrétisé par un Accord des Technologies Numériques, offre le meilleur espoir dans le court laps de temps dont nous disposons pour un changement radical, mais il devra être discuté, débattu et construit. J’espère que cet article pourra inviter les lecteurs et d’autres personnes à collaborer dans cette direction.

Sur l’auteur

Michael Kwet a obtenu son doctorat en sociologie à l’université de Rhodes et il est membre invité du projet de société de l’information à la Yale Law School. Il est l’auteur de Digital colonialism : US empire and the new imperialism in the Global South, hôte du podcast Tech Empire, et a été publié par VICE News, The Intercept, The New York Times, Al Jazeera et Counterpunch.

Retrouvez Micheal sur Twitter : @Michael_Kwet.

Sur la traduction

Ce texte a été d’abord traduit avec Deepl, et ensuite revu, corrigé et commenté par moi-même. N’étant pas un traducteur professionnel, j’accueillerai avec plaisir les propositions d’amélioration.

Illustration à la une par Zoran Svilar

 

Khrys’presso du lundi 22 août 2022

Par : Khrys
22 août 2022 à 01:42

Comme chaque lundi, un coup d’œil dans le rétroviseur pour découvrir les informations que vous avez peut-être ratées la semaine dernière.


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Spécial droit des femmes

Spécial France

Spécial médias et pouvoir

Spécial emmerdeurs irresponsables gérant comme des pieds (et à la néolibérale)

Spécial recul des droits et libertés, violences policières, montée de l’extrême-droite…

Spécial résistances

Spécial GAFAM et cie

Les autres lectures de la semaine

Les BDs/graphiques/photos de la semaine

Les vidéos/podcasts de la semaine

Les disparitions de la semaine

Les trucs chouettes de la semaine

  • Participer au Capitole du Libre 2022 (cfp.capitoledulibre.org)

    L’appel à participation au Capitole du Libre 2022 est ouvert ! L’édition 2022 se tiendra les 19 et 20 novembre 2022 à l’ENSEEIHT.

  • De plus en plus de pays se lancent dans le transport public gratuit (lareleveetlapeste.fr)

    Luxembourg, Allemagne, Autriche, Espagne, Malte : pour répondre à la crise climatique ou compenser la hausse historique des prix de l’énergie, de plus en plus d’États européens expérimentent la gratuité totale ou partielle de leurs transports publics.

  • L’encyclopédie en ligne de la « question de Palestine » (orientxxi.info)

    Conçue par l’Institute for Palestine Studies dans le cadre d’un projet conjoint avec le Palestinian Museum de Birzeit, l’Encyclopédie interactive de la question de Palestine a pour objet d’offrir au public le plus large, en arabe et en anglais, une histoire engagée de la Palestine moderne, de la conquête ottomane à nos jours

  • Behold this award-winning image of fungus making a fly its “zombie” slave (arstechnica.com)

    Ophiocordyceps […] infiltrates the host’s exoskeleton and brain via spores scattered in the air that attach to the host body. Once inside, the spores sprout long tendrils […] that eventually reach into the brain and release chemicals that make the unfortunate host the fungi’s zombie slave. The chemicals compel the host to move to the most favorable location for the fungus to thrive and grow.

  • Les conseils de Ray Bradbury à qui veut écrire (framablog.org)


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Khrys’presso du lundi 29 août 2022

Par : Khrys
29 août 2022 à 01:42

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Spécial (droits des) femmes

  • « Solidarité avec Sanna » : les femmes dansent en soutien à la Première ministre finlandaise (liberation.fr)

    Sous le feu des critiques après la diffusion de vidéos festives, la cheffe du gouvernement Sanna Marin reçoit l’appui de nombreuses internautes qui se filment elles-aussi en train de prendre du bon temps. […] En octobre 2020, Sanna Marin, plus jeune cheffe de gouvernement du monde lorsqu’elle a accédé à ce poste en 2019, avait subi une première salve de critiques pour avoir organisé des soirées à sa résidence officielle ou pour avoir porté un décolleté, lorsqu’elle avait posé pour le magazine de mode, Trendi. Déjà, à l’époque, de nombreuses Finlandaises avaient imité, sur les réseaux sociaux, sa pose et sa tenue pour la soutenir.

  • Finlande : Sanna Marin avait bien fait la fête sans drogues, selon son test sanguin (liberation.fr)
  • Cyberharcèlement. Sur les réseaux « Un déchaînement masculiniste contre les femmes » (humanite.fr)

    La cour d’appel de Rennes doit rendre aujourd’hui son verdict dans une affaire opposant la journaliste Nadia Daam à un de ses cyberharceleurs. Éric Morain, l’avocat de la victime, revient sur la gravité de ces violences commises sur les réseaux sociaux, surtout contre les femmes, et que la justice peine encore à sanctionner. […] on constate beaucoup de messages à connotation sexuelle de viol. Il y a une sorte de déchaînement très masculiniste de la part des auteurs de souhaiter à leur victime les pires sévices de nature sexuelle. Ensuite, beaucoup sont dans le déni ou la négation : « Ce n’était que des mots » ; « Je ne savais pas qu’on me retrouverait…  » […] On a vu également une éruption de cyberharcèlement depuis que la radio est filmée. Avant, les femmes étaient à l’abri de leur voix, derrière un micro, dans un lieu confiné. Depuis que la radio est diffusée sur les plateformes, nous avons constaté la multiplication du cyberharcèlement à l’encontre de ces journalistes.

  • Sandrine Rousseau dans le viseur de la Fédération nationale des chasseurs (lepoint.fr)
  • Féminicides, suicides… les ravages des fusils de chasse (reporterre.net)
  • Féminicides conjugaux : 122 femmes ont été tuées en 2021 en France (liberation.fr)

    Selon la dernière étude sur les morts violentes au sein du couple, dévoilée ce vendredi par le ministère de l’Intérieur, le nombre de femmes tuées par leur conjoint ou leur ex a augmenté de 20 % l’an dernier par rapport à 2020.

  • Appel à développer la contraception masculine : arrêtez de vous dorer la pilule ! (liberation.fr)

    « Libération » et les hommes signataires de cet appel incitent les pouvoirs publics et les laboratoires à avancer sur le sujet de la contraception masculine en France […] la contraception masculine semble carrément taboue pour bien des Français : en 2020, elle ne concernait que 200 rendez-vous sur les 21 000 consultations autour de la contraception recensées par le Planning familial.

    Voir aussi Contraception masculine : la science progresse dans tous les sens (liberation.fr)

    La science n’avance pas vite : en 2022, les seuls moyens de contraception masculine disponibles en France sont le préservatif, la vasectomie, et… le retrait lors du rapport sexuel. Où sont les pilules pour hommes, depuis cinquante ans qu’on travaille sur le sujet ? Les injections et les implants contraceptifs ? Le défi n’est pourtant pas si difficile à relever du point de vue biologique.

Spécial France

Spécial médias et pouvoir

Spécial emmerdeurs irresponsables gérant comme des pieds (et à la néolibérale)

Spécial recul des droits et libertés, violences policières, montée de l’extrême-droite…

Spécial résistances

  • Immigration : isoler le ministre de l’Intérieur (mediapart.fr)
  • Ils nous regardent mourir (blogs.mediapart.fr)

    Ils nous regardent crever, et ils chantent, et ils dansent. Ils survolent nos charniers le cul posé dans leurs jets climatisés, coupe de champagne à la main. Ils misent sur nos pénuries, ils fructifient nos douleurs, ils financiarisent nos morts. Le pays brûle et nous dedans, mais le projet de leur président-kéké en jet-ski pour la rentrée c’est de conditionner le RSA à des travaux forcés, de relancer la réforme des retraites, de saborder l’assurance maladie, bref, toujours plus de souffrances pour nous et toujours plus d’argent pour eux. « Responsabilité et sobriété collective », a-t-il exigé lors de son entretien du 14 juillet avec deux teckels à poil long et carte de presse dans ses jardins royaux. Il va sans dire que cette responsabilité et cette sobriété ne s’appliqueront pas à ses amis Bernard Arnault, Vincent Bolloré et autres qui pourront continuer OKLM à faire tout et n’importe quoi du moment que ça leur fait plaisir, pendant que nous on devra sans doute bientôt aller bosser gratuitement pendant 20 heures dans un local Amazon pour mériter 100 grammes de nouilles et une douche. […] Et nous, de notre côté, « en bas à gauche », comme disent les zapatistes, on va vraiment commencer à ne pas se laisser faire. « Nous ne défendons pas la nature : nous sommes la nature qui se défend », disait-on à l’époque dans les luttes de Notre-Dame des Landes. Il va donc falloir sérieusement lancer les festivités et les hostilités. Autodéfense et sabotage.

  • À Marseille, la croisière abuse (humanite.fr)

    Face aux effets néfastes des super paquebots de tourisme, sur le climat comme sur la santé, la municipalité et des collectifs citoyens cherchent à limiter leur accès à la cité phocéenne.

  • La propagande néolibérale mensongère sur les impôts. À propos du livre d’Attac : Impôts : idées fausses et vraies injustices, Manuel de désintox (france.attac.org)
  • Festival Technopolice Marseille (laquadrature.net)

    Nous sommes heureux·ses de vous annoncer la première édition du Festival Technopolice.Il se déroulera du 22 au 24 septembre à Marseille et consistera en des séances de projections de films sur la surveillance des villes et la lutte contre la Technopolice. Les séances seront suivies […] Au cours du festival vous pourrez participer à une promenade cartographique pour apprendre à repérer les caméras et discuter avec d’autres militant·es. […] Le 24 septembre à 21h30, nous déposerons ensemble la plainte collective contre la Technopolice lancée le 24 mai dernier. Pensez bien à rejoindre la plainte avant cette date !

  • Le Planning familial : « Nous n’avons pas oublié qu’il fallait un utérus pour vivre une grossesse » (liberation.fr)

    Notre mouvement remonte aux années 50. La contraception était encore interdite en France. Nous étions alors, déjà, ces personnes dangereuses qui donnaient des hormones sexuelles aux jeunes. (Là, on parle de la pilule contraceptive.) Puis, nous avons lutté pour le droit à l’avortement. Là aussi, on nous reprochait d’être de grandes criminelles

  • « La détruire, ça n’a pas de sens » : près de Paris, ils luttent pour sauver une bergerie (reporterre.net)

    La bergerie des Malassis, l’un des derniers îlots de fraîcheur d’Île-de-France, est menacée par les travaux d’agrandissement d’une école maternelle. Malgré l’avancée des travaux, les opposants espèrent sauver ce lieu unique de la bétonisation.

Spécial GAFAM et cie

Les autres lectures de la semaine

Les BDs/graphiques/photos de la semaine

Les vidéos/podcasts de la semaine

Les trucs chouettes de la semaine

  • DuckDuckGo ouvre à toustes son service d’adresses électroniques jetables (journalduhacker.net)

    DuckDuckGo ouvre son service “Email Protection” à tous en bêta ouverte après un an en bêta fermée. Le service permet via une adresse email “@duck.com” d’intercepter les trackers dans un email puis de les supprimer avant de rediriger ces emails vers votre boîte mail principal. Vous pouvez également utiliser le service comme une adresse électronique jetable.


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Khrys’presso du lundi 5 septembre 2022

Par : Khrys
5 septembre 2022 à 01:42

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Spécial (droits des) femmes

Spécial France

Spécial médias et pouvoir

Spécial emmerdeurs irresponsables gérant comme des pieds (et à la néolibérale)

Spécial recul des droits et libertés, violences policières, montée de l’extrême-droite…

Spécial résistances

Spécial “mets ta cagoule”

Il paraît que cet hiver, la cagoule sera à la mode (liberation.fr). L’occasion de revisiter cet accessoire en musique (mini playlist établie par les camarades sur Mastodon, merci à elleux !), en attendant de l’utiliser à fond dès cette rentrée ;-)

Spécial GAFAM et cie

Les autres lectures de la semaine

  • Bifurquer avant l’impact : l’impasse du capitalisme de surveillance (framablog.org)
  • La police peut-elle encore accéder aux données de connexion ? (nextinpact.com)
  • The PC & Internet Revolution in Rural America (changelog.complete.org)
  • How to nationalize the internet in Canada (anarc.at)
  • The Carrier Bag Theory of Fiction (theanarchistlibrary.org)

    When she was planning the book that ended up as Three Guineas, Virginia Woolf wrote a heading in her notebook, “Glossary” ; she had thought of reinventing English according to her new plan, in order to tell a different story. One of the entries in this glossary is heroism, defined as “botulism.” And hero, in Woolf’s dictionary, is “bottle.” The hero as bottle, a stringent reevaluation. I now propose the bottle as hero. […] Where is that wonderful, big, long, hard thing, a bone, I believe, that the Ape Man first bashed somebody in the movie and then, grunting with ecstasy at having achieved the first proper murder, flung up into the sky, and whirling there it became a space ship thrusting its way into the cosmos to fertilize it and produce at the end of the movie a lovely fetus, a boy of course, drifting around the Milky Way without (oddly enough) any womb, any matrix at all ? I don’t know. I don’t even care. I’m not telling that story. We’ve heard it, we’ve all heard about all the sticks and spears and swords, the things to bash and poke and hit with, the long, hard things, but we have not heard about the thing to put things in, the container for the thing contained. That is a new story. That is news. […] It is the story that makes the difference. It is the story that hid my humanity from me, the story the mammoth hunters told about bashing, thrusting, raping, killing, about the Hero. The wonderful, poisonous story of Botulism. The killer story.

  • L’humour est une chose trop sérieuse… …pour être laissée à des rigolos (uneheuredepeine.blogspot.com)
  • “Cher connard” : nos retrouvailles avec Virginie Despentes (axellemag.be)

    je me dis qu’il y a une utopie possible, des garçons qui n’ont plus envie des mêmes conneries […] Les mecs ne peuvent pas être de bons féministes, on ne leur en demande pas tant ; mais ils peuvent être de vrais partenaires de lutte dans la dépatriarcalisation, ils y ont aussi un intérêt. Et un désir, peut-être, d’en sortir. Je crois que c’est un horizon possible. On peut, à un moment donné, avoir un objectif commun.

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De la bureau-cratie à la tout-doux-cratie : refonder la gouvernance associative

Par : Chosto
5 septembre 2022 à 06:50

Une asso qui se lance, comment ça marche ? Ou plutôt quels écueils ça rencontre, comment on peut les contourner, quel mode de gouvernance installer… ? Ces questions et bien d’autres qui agitent ses membres jusqu’à les rendre perplexes, Quentin et ses complices les ont affrontées au sein de l’association Picasoft…

Faut-il préciser que chez Framasoft, asso déjà plus ancienne, ces questions et leurs réponses nous ont tout de suite « parlé », car d’une saison à l’autre ce sont bien les mêmes perplexités que nous avons rencontrés et retrouvons encore périodiquement sans avoir beaucoup plus de certitudes malgré les années…

C’est donc avec beaucoup de plaisir et d’intérêt que nous avons lu l’analyse très fine et teintée d’humour que propose Quentin et que nous vous partageons, tant il nous semble que beaucoup de membres d’associations diverses (et pas seulement les CHATONS) pourraient en tirer profit, du moins une saine réflexion.


Ce billet raconte une histoire : l’histoire d’un hébergeur associatif étudiant et universitaire face à ses dilemmes internes. Un chaton au bord de la crise de nerfs. Mieux sécuriser les données des utilisateur·ices au prix d’un flicage des bénévoles ? Militer pour des thèmes qui ne parlent pas à tout le monde ou rester consensuel ?

En fait, c’est l’histoire de dilemmes qui se transforment en crise. Je vous propose de me suivre dans cette enquête pour comprendre ce qui n’a pas fonctionné, et comment on a réagi. On y réalisera notamment que cette histoire est terriblement banale et que le ver était dans le fruit depuis le début. Toute organisation, tôt ou tard, doit regarder ses tensions dans les yeux sous peine d’imploser, et il y a fort à parier que certains machins résonneront avec vos propres histoires.

Rappelons d’abord qu’il n’y a pas de méthode optimale pour résoudre des conflits, ou plus généralement, pour décider de la bonne chose à faire – en premier lieu parce que tout le monde a ses propres besoins et ses propres valeurs et qu’il est rare de pouvoir les satisfaire simultanément et pleinement. Tout processus de décision porte en lui-même des arbitrages. Il peut favoriser la fluidité au détriment du consensus. Il peut préférer la lenteur à l’urgence. Il peut chercher à maximiser la satisfaction globale quitte à autoriser une insatisfaction marginale très forte. En bref, un processus de décision n’est jamais neutre.

Et pourtant, on verra qu’il est indispensable de choisir explicitement un processus de décision, sous peine de laisser les rapports de domination se reproduire subrepticement. Le nôtre, c’est la tout-doux-cratie, qui occupera la suite de ce billet. Nous l’avons écrit avec l’espoir qu’il essaimera et fera fleurir des idées fécondes, pour nos ami·es CHATONS mais pas seulement ; vers toutes les structures qui, un jour, se retrouveront face à des dilemmes explosifs. Bonne lecture ! ☺️

J’oubliais… évidemment, ce système n’est pas parfait, alors après la théorie, il sera utile de regarder la pratique. Deux ans de tout-doux-cratie plus tard, je vous proposerai un retour d’expérience, quelques cas pratiques et un essai d’auto-critique. Mais ça… ce sera pour un autre billet. 😉

Qui sont-ils ? Quel est leur projet ?

Nous, je, on, c’est Picasoft. Je vous propose un peu de contexte pour se mettre dans le bain. Picasoft est une association étudiante créée en 2016 à l’Université de Technologie de Compiègne (UTC). Elle est membre du collectif CHATONS.

Le logo de Picasoft fait référence au collectif CHATONS et à la décentralisation du web, deux thèmes largement repris des campagnes de Framasoft.

Le nombre de membres est plutôt stable dans le temps : entre cinq et dix membres actifs, entre vingt et trente enthousiastes prêt·es à donner un coup de main. Ses bénévoles sont étudiant·es ou enseignant·es chercheur·ses.

Quant à notre projet…

L’Association Picasoft a pour objet de promouvoir et défendre une approche libriste inclusive, respectueuse de la vie privée, respectueuse de la liberté d’expression, respectueuse de la solidarité entre les humains et respectueuse de l’environnement, notamment dans le domaine de l’informatique.

C’est un extrait de nos statuts. Vous l’aurez compris, la voie est libre. Plus concrètement, Picasoft s’est engagée dans trois voies :

  1. Héberger des services web libres et respectueux de la vie privée ;
  2. Sensibiliser les citoyenn·es aux enjeux autour du numérique ;
  3. Former les étudiant·es ingénieur·es à des façons de faire (auto-hébergement, hébergement à petite échelle…) peu ou pas traitées en cours.

Par exemple, on propose :

 

Un chamboule tout avec des services propriétaires à renverser, et des gâteaux sous licence libre.

Un chamboule-tout avec des services propriétaires à renverser, et des gâteaux sous licence libre. Voyez comme chez Picasoft, on sait s’amuser. N’hésitez pas à nous inviter pour mettre l’ambiance à tous vos événements.

 

Par ailleurs, Picasoft s’inscrit dans un écosystème particulier, qui est important pour la suite ; je vous prie donc de me pardonner ces précisions administratives. L’UTC compte plus d’une centaine d’associations étudiantes, fédérées de manière très verticale jusqu’au Bureau Des Étudiants (BDE), un organe essentiellement administratif.

Lors de sa création, Picasoft fait le choix de se constituer en association loi 1901, pour s’assurer une relative indépendance par rapport au BDE. En effet, les autres associations, des genres de « projets » du BDE, n’ont pas d’existence légale propre ni de compte en banque. Pour autant, le couplage entre Picasoft et l’UTC reste très fort, notamment à travers le soutien fort du laboratoire de sciences humaines et sociales, Costech.

Et qui dit association loi 1901 dit statuts.

Les statuts sont l’acte fondateur d’une association [qui comporte] les informations décrivant l’objet (ou le but) de l’association et ses règles de fonctionnement.1

Ça ne rigole pas, des règles de fonctionnement. Finie l’insouciance, fini de se rouler dans l’herbe pieds nus en jouant du djembé : il faut rédiger des statuts et les envoyer à la préfecture (bruit de tonnerre).

Alors l’équipe de l’époque s’attelle à la tâche. L’idée est moins de contrôler ses membres que de faciliter les roulements dans l’association en lui donnant un cadre. En effet, l’UTC fonctionne sur un rythme semestriel. Tous les semestres, des étudiant·es partent en stage ou à l’étranger : il faut sans cesse renouveler les membres, transmettre les savoir-faire technique, financier et administratif, s’assurer d’un service minimum… En bref, faire de Picasoft un chaton étudiant durable et compostable.

Alors, on signe où et quoi ?

Vieux pots et (dé)confiture

Les premiers statuts de Picasoft sont calqués sur ceux de Rhizome, le Fournisseur d’Accès à Internet étudiant de l’UTC. Et pour cause, c’est Kyâne, un ancien membre de Rhizome, qui a aidé à lancer l’aventure Picasoft.

logo_rhizome

Expérimenté plusieurs années chez Rhizome, c’est un modèle très classique qui a « fait ses preuves ». Examinons-en quelques concepts-clés. D’abord, les décisions sont prises par un sous-ensemble des membres.

L’Association est dirigée par un Bureau d’au moins trois membres. […] Toute prise de décision relevant du Bureau est soumise au vote. Ce vote a lieu lors d’une réunion où doivent être présents au minimum deux-tiers des membres du Bureau. La décision est adoptée à la majorité absolue des membres du Bureau.

Les membres doivent adhérer à l’association (chez Rhizome, c’est 1€ symbolique).

Est membre de l’Association toute personne à jour de la cotisation fixée dans le Règlement Intérieur.

Le bureau est renouvelé régulièrement…

L’Assemblée Générale Ordinaire se réunit obligatoirement au moins une fois par semestre. […] Il est aussi procédé à l’élection des membres du Bureau.

…et doit rendre des comptes.

Lors de cette réunion dite « semestrielle », le Président soumet à l’Assemblée Générale un rapport sur l’activité de l’Association. Le Trésorier soumet le rapport financier comportant les comptes de l’exercice écoulé.

L’intention de ces statuts est de déléguer aux membres de l’association à un bureau élu lors des Assemblées Générales (AG). En pratique, le bureau assure la gestion quotidienne, sous mandat de l’AG. Notamment, s’il est en rupture avec les autres membres, il peut être dissous par les membres.

Alors, à parler de bureau, d’AG et de préfecture, le suspense monte inévitablement. Je vous devine derrière l’écran, les yeux pétillants, à vous demander : mais quand est-ce-qu’on arrive ? qu’est-ce-qui a mal tourné alors que tout semblait si bien parti ?

Eh bien pour le savoir, il faut examiner dans le détail les cruels dilemmes qui ont déchiré l’association (le lecteur découvrira plus tard que j’en fais trop, mais j’espère pour l’heure avoir retenu son attention).

Picasoft, « respectueux de la vie privée » ?

À la fin de l’année 2017, nos services connaissent leur première hausse de fréquentation. 1000 utilisateur·ices sur Mattermost, 500 pads créés… C’est modeste, mais c’est aussi l’occasion de se poser une question : quelles sont les garanties que les utilisateur·ices sont en droit d’attendre ? Il y a en effet une tension entre la présentation de nos services et nos Conditions Générales d’Utilisation.

D’un côté, on pourrait tendre l’oreille sur un stand Picasoft et glaner un bout de conversation :

L’idée, c’est de proposer une alternative locale, pour les services collaboratifs mais pas que. Tes données restent à toi, on ne les regarde pas, on ne les vend pas, elles restent sur nos serveurs et personne n’y touche ! 😙 — un·e sympathisant·e de Picasoft

De l’autre, nos CGU sont plus prudentes :

Picasoft fera tout son possible pour que vos données personnelles ne puissent être consultées par personne d’autre que vous et votre destinataire le cas échéant. […] On n’est pas obligé de réparer. Picasoft propose ce service gratuitement et librement. Si vous perdez des données, par votre faute ou par la nôtre, désolé, mais ça arrive. — nos sympathiques CGU

Cette prudence est naturelle : personne n’a envie d’engager la responsabilité juridique de Picasoft parce que quelqu’un a perdu son pad. Le message est clair : on fait de notre mieux. Mais est-ce vraiment cette version que les utilisateur·ices ont en tête ? Car mécaniquement, plus le public s’agrandit, plus le lien humain avec l’association est ténu. Et, aux convaincu·es du début, s’ajoutent deux types de personnes : les convaincu·es par un·e convaincu·e et les obligé·es par un·e convaincu·e. Avec un public encore élargi, on peut y ajouter les personnes qui découvrent les services par hasard.

Le public de Picasoft s’élargit petit à petit… vers des publics différents.

 

Dans tous les cas, ces personnes n’ont généralement pas lu nos CGU ni échangé avec nous. Les convaincu·es attendent a minima que leur vie privée soit effectivement respectée tandis que les autres attendent que leurs données soient accessibles et intègres. Cette pseudo-catégorisation est bien entendu très réductrice ; on y oublie par exemple les personnes qui ont conscience de l’aspect artisanal des petites structures comme Picasoft. Ces dernières savent que la disponibilité permanente nécessite un fort investissement et se fait parfois au prix d’une infrastructure technique complexe, coûteuse et énergivore. Par ce prisme, il semble raisonnable que les services soient parfois indisponibles. Mais l’image marketing du Cloud, partout-tout-le-temps-pour-toujours, invisibilise la difficulté et les moyens à déployer pour obtenir ces garanties.

Alors, pour beaucoup, un service Picasoft c’est au pire un énième service, au mieux un service qui lui, respecte la confidentialité. La confidentialité est un des éléments du triptyque de la sécurité informatique : confidentialité (ma vie privée est respectée), intégrité (mes données ne sont pas perdues) et disponibilité (mes données sont accessibles). Ces attributs sont généralement pris comme des présupposés. Alors, quelle posture adopter ? Il est délicat de se cacher derrière nos CGU, car nous ne voulons pas ternir l’image du libre et des CHATONS, mais nous ne voulons pas non plus jouer le jeu des « Cloud » commerciaux2.

Nous souhaitons véritablement faire de notre mieux pour la sécurité. Et en matière de sécurité, les déclarations d’intention ne suffisent pas. Les risques sont nombreux et concrets : clés d’accès aux machines perdues dans la nature, failles de sécurité non corrigées et exploitées par un·e attaquant·e, curiosité mal placée d’un·e membre… Au boulot : un des processus de base pour améliorer la sécurité d’une infrastructure est de réduire la surface d’attaque, c’est-à-dire la réunion des points d’entrée par lesquels une attaque est susceptible de se produire. Intuitivement, plus il y a de logiciels installés sur les serveurs et plus il y a de personnes qui y ont accès, plus la surface d’attaque augmente.

Cette question cruciale est débattue pendant l’AG extraordinaire de l’été 2018, a fortiori car à cette époque, personne n’est véritablement en maîtrise des accès à l’infrastructure. Ils sont donnés de la main à la main, sans trace nette, et ne sont jamais révoqués, même pas après que le départ des membres. L’idée que cette situation est problématique fait consensus. Parmi les options pour y remédier, la désignation d’une personne qui centralise la gestion des accès à l’infrastructure. C’est la solution retenue et de nouveaux statuts sont rédigés dans ce sens.

Le Responsable technique est responsable de la gestion de l’équipe technique et des accès à l’infrastructure de Picasoft. C’est la personne qui est apte à donner ou retirer les accès aux différents bénévoles de l’équipe technique. De plus le Responsable technique s’assure que l’infrastructure de Picasoft est correctement maintenue dans le temps.

C’est à ce moment de l’histoire que la péripétie principale entre en piste (bruits de roulement de tambour).

Une mayonnaise qui ne prend pas

On a testé pour vous : mélanger bureaucratie sécuritaire et fluidité artisanale, puis secouer très fort. Eh bien, ne refaites pas ça chez vous : ça explose. Prenons un peu de recul et mettons-nous en quête du ver dans la pomme.

État de Picasoft après un semestre de nouveaux statuts : allégorie. Crédit photo : SDIS du Bas-Rhin

 

D’un côté, le rôle de responsable technique est très inconfortable. Mettez-vous en condition : vous êtes seul·e responsable de la distribution des accès. Grand pouvoir, grandes responsabilités, tout ça. Une seule erreur de votre part et l’image publique de Picasoft part en lambeaux, la confiance avec. Une mise à jour de sécurité oubliée, un compte de bénévole piraté, une machine et ses données inondées : vous êtes techniquement responsable. Votre obsession devient dès lors la réduction systématique de la surface d’attaque de l’infrastructure. Pour autant, trancher entre « avoir accès » et « ne pas avoir accès » est trop binaire ; un membre pourrait avoir des droits d’édition sur la documentation sans pouvoir supprimer la base de données de Mattermost. Vous appliquez naturellement le très classique principe de moindre privilège (principle of least privilege en anglais). Chacun·e ne doit pouvoir faire que ce dont iel a strictement besoin, et pas plus. Autrement dit, la compromission des accès d’un·e membre ou ses maladresses ont un impact limité à ses privilèges — un compte de wiki ne pourra jamais supprimer les données de Mattermost. La question épineuse, en tant que responsable technique, est de définir les contours du besoin de chaque membre. Bien entendu, vous pourriez faire confiance et considérer que chacun·e demande les accès dont il a besoin. Mais c’est vous qui portez cette lourde responsabilité ; c’est vous qui connaissez les risques. Alors à défaut de sombrer dans la folie, vous préparez des procédures standardisées et un examen minutieux des demandes d’accès. Pas de sécurité sans ordre.

Maintenant, changement de costume. Vous êtes membre de Picasoft, enthousiaste et plein·e de vie. Vous aimez son fonctionnement artisanal et les projets spontanés qui en émergent. Pour vous, pas de doute : on se forme en faisant, et surtout en faisant des erreurs. C’est d’ailleurs aussi pour vous former que vous avez rejoint le navire. Alors, vous faites de votre mieux. Parfois vous cassez quelque chose, vous pleurez en vous demandant pourquoi vous n’avez pas choisi le maraîchage, puis, après vous être fait une raison, vous réparez du mieux que vous pouvez. Vous en sortez grandi. D’ailleurs, ces temps-ci, personne ne s’occupe de la maintenance des services — il faut dire que c’est un peu rébarbatif. Pas facile de se motiver. Mais aujourd’hui, après votre meilleur chocolat chaud, vous vous sentez en pleine forme. Time to upgrade. Vous enfilez votre plus beau hoodie, et quand vient minuit, vous vous lancez. Sur l’écran, les commandes se succèdent au rythme effréné de vos frappes. Les tests sont impeccables, la conclusion implacable : plus qu’à mettre en production et aller vous coucher. Mais au moment de lancer la dernière commande, un message s’affiche : permission denied. Accès refusé. Incrédule, vous essayez à nouveau, comme on tente d’ouvrir une porte qu’on sait fermement verrouillée. Il faut vous rendre à l’évidence, impossible de faire quoi que ce soit : on ne négocie pas plus avec les ordinateurs qu’avec les portes. Frustré·e, votre motivation tombe à plat. Vous rallumez la lumière et vous partagez votre malheureuse aventure au reste de l’équipe technique, avant d’aller vous rouler en boule sous votre couette.

Le lendemain matin, la réponse manque de vous faire tomber de votre chaise : ce refus n’est pas une erreur, bien au contraire : vous n’aviez pas besoin a priori de ces accès. Question de surface d’attaque. Si vous avez pour projet de faire la maintenance des services, pas de soucis : prévenez un peu avant et on vous donnera les accès nécessaires. Question de sécurité. Vous ne voudriez pas mettre à mal la confiance des gens, n’est-ce-pas ? Et puis c’est quand même pas grand-chose, de demander des accès. On ne vous interdit rien, on fait juste de la prévention. Pas de quoi en faire un plat.

Dernier tour de veste : vous êtes franchement arrivé·e dans l’équipe technique, et motivé·e comme jamais pour monter un nouveau service. On s’y met ? Eh ien, j’espère que vous avez du temps devant vous. Car avec le raisonnement qui précède, chaque étape (test, partage, déploiement, gestion des sauvegardes, communication…) nécessite des accès différents, et autant de potentielles discussions et argumentations sur votre légitimité à briguer ces accès. Légitimité dont l’appréciation revient en dernière instance au/à la responsable technique.

J’espère que cette mise en situation, quoique caricaturale, donne une bonne intuition des tensions qui macèrent pendant cette année. D’un côté, une responsabilité forte et mal définie qui repose sur une seule personne ; de l’autre, des membres de bonne volonté qui perdent leur autonomie et dont les actions sont sous contrôle.

Libre ou open source ?

À l’été 2019, le semestre se clôt par une assemblée générale électrique. Les tensions accumulées appellent un changement radical, c’est-à-dire un changement qui prend le problème à la racine. Or ces tensions ne sont que des manifestations d’un problème plus fondamental. La boîte de Pandore est ouverte.

Le procès verbal de l’AG donne quelques exemples de dissensus qui agitent les membres :

— Picasoft peut-elle être militante ou politique ?
— Picasoft doit-elle se positionner sur des questions éthiques, par exemple pour le choix d’une banque ?
— Qui doit décider de l’attribution des accès à l’infrastructure ? Faut-il privilégier la sécurité ou l’ouverture ?
— La monnaie libre rentre-t-elle dans les prérogatives de l’association ?

Passer à une banque plus dosée en éthique et payer plus cher, donc avoir moins d’argent pour agir, ou rester clients d’une banque bon marché, mais qui finance des projets écocides ? Organiser des événements autour de la monnaie libre, dont l’écosystème est très libriste-compatible, mais qui assume une critique radicale du système économique ?

En sous-texte de toutes ces questions, on retrouve en réalité la question à cent balles : une association d’informatique libre a-t-elle vocation à se positionner politiquement et idéologiquement ? Cette question fera peut-être tiquer certain·es d’entre vous, car elle est mal posée : elle suppose qu’il soit possible d’agir apolitiquement. Or, dans les exemples précédents, ne pas se positionner signifie en réalité adhérer au système dominant. Ne pas choisir une banque qui refuse de soutenir des projets écocides quand on en a les moyens, c’est adhérer, même mollement, à la ruine écologique. Par cette affirmation, je ne cherche à culpabiliser personne. Mais surtout en tant qu’association, c’est-à-dire en tant que personne morale, il est important de réaliser ce que veut vraiment dire rester apolitique. Ce qui ne veut pas dire que c’est une posture indéfendable.

À gauche, on lit « Proposition : je suis apolitique. »
À droite, on lit : « Traduction : je suis privilégié et ne suis pas affecté par les politiques actuelles, j’en suis même peut-être bénéficiaire ».

 

Dans notre milieu, cette question prend la forme de la vieille dispute open source versus libre. Ce débat est resté relativement confidentiel, bien que la mainmise d’Amazon, Google ou Microsoft sur des outils open-source contribue à amplifier les voix qui s’élèvent contre l’open source. Je vous en propose un résumé à la hache. Open source et libre partagent les mêmes libertés fondamentales, exprimées par des licences qui ont valeur de contrat. Ces quatre libertés ne sont plus à présenter : droit d’utiliser, d’étudier, de modifier et de redistribuer.

Les tenants de l’open source s’intéressent particulièrement à la sécurité et à la performance : par exemple, l’ouverture du code d’un logiciel au plus grand nombre permet de détecter les failles plus rapidement. Aussi, les efforts des développeur·ses pourront se concentrer en un seul point plutôt que d’être gaspillés pour développer dix fois le même logiciel (competitive waste). Dans l’open source, l’accent est mis sur la liberté absolue : on ne vous donne que des droits mais aucun devoir. L’exemple typique est la licence MIT, qui dit en substance : faites ce que vous voulez. Vous pouvez donc faire de l’open source tout en créant un écosystème qui utilise tous les leviers pour rendre vos utilisateurs captifs d’outils qui, par ailleurs, ne sont pas libres3.

En miroir, le mouvement du libre a pour vocation de créer des communs. Un commun ne peut pas être approprié par une personne qui en tirerait du profit sans contrepartie. Cette vision des communs prône l’absolue liberté. L’exemple typique serait alors la licence GPL, qui est contagieuse : si vous utilisez un programme sous licence GPL comme base d’un autre programme, celui-ci devra également être sous licence GPL ou équivalent. De la sorte, vous rendez à la communauté ce qu’elle vous a donné. Cette contrainte ne contredit pas les 4 libertés fondamentales, mais porte en elle une vision marquée de l’intérêt général : il ne saurait être optimisé par une liberté totale, bien au contraire. Pour le dire en peu de mots, le libre est anti-libéral.

Pour clarifier cette affirmation un peu provocatrice, il est intéressant de s’attarder sur Eric S. Raymond, un défenseur emblématique de l’open source. Il est notamment l’auteur de la Cathédrale et le Bazar, un essai populaire qui théorise différents modes de développement de logiciels open source. Dans une réponse à une critique, il clarifie son positionnement idéologique :

In fact, I find the imputation of Marxism deeply and personally offensive as well as untrue. While I have made a point of not gratuitously waving my politics around in my papers, it is no secret in the open-source world that I am a libertarian, a friend of the free market, and implacably hostile to all forms of Marxism and socialism (which I regard as coequal in evil with Nazism).

Ce qui, traduit relativement fidèlement, donne ceci (tenez-vous bien) :

En fait, je trouve l’imputation de marxisme [à cet essai] profondément et personnellement offensante et inexacte. Même si j’ai toujours mis un point d’honneur à ne pas étaler mes convictions politiques dans mes articles [de recherche], ce n’est un secret pour personne dans le monde de l’open source que je suis libertarien favorable au libre marché et implacablement hostile à toutes formes de marxisme et de socialisme (que je considère comme aussi dangereux que le nazisme).

Là encore, l’exemple est caricatural, mais donne une intuition correcte du conflit. La parenthèse étant fermée, il était évident qu’une remise en cause de l’identité profonde de l’association ne pouvait pas être résolue en quelques heures.

L’AG vote alors pour le compromis suivant : le bureau proposé est élu, mais à la condition qu’il organise une journée de réflexion qui devra aboutir à des propositions concrètes pour trancher ces questions. Le bureau signe le mandat, l’AG est close. Les vacances peuvent enfin aérer les esprits.

Haïssez le jeu, pas les joueurs

À l’automne 2019, le premier Picacamp est organisé. Pas du tout inspiré du Framacamp (comme rien n’est inspiré de Framasoft d’ailleurs), une équipe de choc de — tenez-vous bien — quatre bénévoles se réunit à cette occasion.

Quatre, c’est peu. Trop peu pour décider de l’orientation idéologique de Picasoft. Sautons directement à la conclusion de cette journée : le problème n’est pas là. Il est encore plus profond. Décider d’une posture politique ne changera rien, car c’est le mode de gouvernance même de Picasoft qui est en cause.

En d’autres termes, ce qui s’est passé n’est pas un problème de personnes : certes, l’asso aurait pu continuer à rouler quelques semestres avec une bande de potes très complices, mais ses règles de fonctionnement étaient propices à faire émerger ce genre de tensions. Comme le rappelle le mathématicien et vulgarisateur Lê Nguyên Hoang dans son excellente série de vidéos sur la démocratie, il faut haïr le jeu, pas les joueurs.

En d’autres termes, les règles du jeu — ici les statuts — déterminent très majoritairement les comportements des joueurs, sur le long terme et à l’échelle globale. Une intuition de cette idée est que toutes les personnes qui jouent au Monopoly ne sont pas d’affreux·ses capitalistes ; de même, tout·es les responsables techniques ne sont pas d’affreux·ses autoritaires. Pourtant, les règles du jeu les incitent à se comporter comme tel·les.

Mais alors, si mon analyse se tient, pourquoi est-ce-que ce genre de conflits n’est pas arrivé à Rhizome, puisque les statuts de Picasoft sont peu ou prou les mêmes ? J’ai posé cette question à Kyâne — qui a adapté les statuts de Rhizome pour Picasoft. L’explication tient en ce que chez Rhizome, les modalités d’implication sont très différentes. D’un côté, il y a les abonné·es, celleux qui louent un accès à Internet, et qui votent en AG. De l’autre côté, il y a celleux qui font, qui mettent les mains dans le cambouis. Il y a peu de bras : les personnes motivées sont plus que bienvenues. Le format « pouvoir à l’AG et petit bureau qui mène les affaires », dixit Kyâne, fonctionne bien.

Mais chez Picasoft, les utilisateur·ices ne sont pas membres. Les membres, c’est un groupe hétéroclite fait de sympathisant·es, de bonnes volontés qui donnent parfois un coup de main, de motivé·es qui passent leurs nuits à déboguer, de personnes qui aiment aller en conventions, de curieux·ses timides qu’on ne voit jamais. Ce spectre de participation ne peut pas être correctement représenté par un bureau qui fait autorité.

À bien y réfléchir, l’entité même de bureau n’a plus de sens quand on lui ôte la fonction qu’elle avait chez Rhizome. C’est un archétype, un cliché, un spectre qui hante le monde associatif. C’est le modèle auquel nous sommes le plus exposés, des associations aux entreprises cotées en bourse en passant par notre démocratie représentative. Aussi, une recherche de modèle de statuts sur Internet a peu de chances de donner idée d’un autre système. C’est ainsi que la bureau-cratie et ses pièges se reproduisent en infrabasses.

La conclusion est sans appel : la gouvernance de l’association doit être intégralement repensée pour permettre l’inclusion de chaque membre et la répartition des responsabilités.

Les pièges de l’horizontalité

J’espère vous avoir convaincu⋅e, à ce stade, qu’un mode de gouvernance plus horizontal est nécessaire. Mais avec horizontal, on a tout et rien dit. On comprend bien qu’on l’oppose à une gouvernance verticale, hiérarchique, et on y perçoit des velléités d’inclusion et de participation. Mais l’horizontalité est du même genre que la bienveillance, l’inclusion ou l’agilité, à savoir un vernis qui part bien vite sans actes concrets.

Une première approche serait prendre l’idée de bureau à contre-pied et de soumettre l’ensemble des décisions au vote. De la sorte, chaque décision représente l’association dans sa majorité. Le problème évident de cette approche est que toute initiative est bloquante jusqu’à participation des membres. Or tout le monde est toujours occupé ; se tenir au courant des tenants et aboutissants de l’ensemble de la vie d’une association est coûteux ; donner son avis sur tout est encore plus difficile4. De plus, ce système charge les personnes motivées : elles doivent convaincre tou·tes les membres et aller quémander des voix. Ce système produit facilement du découragement et il est hostile aux initiatives originales. Il pousse à un fonctionnement plutôt conservateur.

Une approche orthogonale serait d’instaurer une do-ocratie : en gros, les personnes qui font ont le pouvoir. La do-ocratie est séduisante car les personnes motivées ne sont pas empêchées de faire, mais ne sont pas non plus statutairement tributaires de l’autorité. Il suffit de s’impliquer activement pour avoir son mot à dire. C’est d’ailleurs le mode informel qu’adoptent de nombreuses structures, où « déjà qu’il y a pas beaucoup personne pour faire les trucs chiants, si en plus on les emmerde, y’aura vraiment plus personne ».

Cependant, ce système est problématique à deux égards. D’abord, à y regarder de plus près, c’est virtuellement le même système que celui des premiers statuts. En effet, chez Rhizome, ce sont ceux qui font qui se présentent pour constituer un bureau, à qui l’AG confie la gestion quotidienne. À Picasoft, donc, ce sont généralement les personnes qui s’investissaient le plus à un moment donné qui se retrouvent membres du bureau, et confisquent involontairement le pouvoir aux autres membres.

Mais ce système fait pire encore : il déstructure le mode de gouvernance. Il ne donne aucun moyen de résoudre les conflits entre les doers, i.e. celles et ceux qui s’impliquent. Mais qui fait, et qui ne fait pas ? Où est la limite ? Qui est légitime et aux yeux de qui ? Comment s’assurer que ce n’est pas à celui qui gueule le plus fort ? À bien y regarder, ce système simpliste s’identifie à la caricature classique de l’anarchisme, qui voudrait que la loi du plus fort soit le seul principe qui tienne. C’est au fond l’idée nauséabonde du darwinisme social : briser tout cadre qui pourrait gêner la compétition, dont sortiront vainqueur·es les plus aptes. Si l’on s’en fie à cette idée, toute association sans structure devrait un jour arriver à son fonctionnement optimal. Ça vous rappelle quelque chose ?

Sans transition, l’article de blog du chaton deuxfleurs au sujet de l’autogestion est particulièrement éclairant. Je vais en paraphraser une partie (peut-être mal, alors foncez le lire !). Il s’attarde sur un texte de Jo Freeman, une avocate, politologue et militante féministe américaine. Intitulé « La tyrannie de l’absence de structure », elle le prononce en 1970 devant des militant·es féministes. On peut en trouver une traduction en français sur Infokiosques.

Ce texte s’adresse aux « groupes sans leader ni structure » du Mouvement de Libération des Femmes étatsunien. Jo Freeman remarque que l’absence de structure est « passée du stade de saine contre-tendance à celui d’idée allant de soi ».

Lors de la gestation du mouvement, le caractère détendu et informel qui régissait [le groupe de conscientisation] était propice à la participation aux discussions, et le climat de soutien mutuel qui se créait en général permettait une meilleure expression des visions personnelles. [Des problèmes surgirent lorsque] les petits groupes d’action épuisèrent les vertus de la conscientisation et décidèrent qu’ils voulaient faire quelque chose de plus concret.

Assez de contexte : pourquoi est-ce-que l’absence de structure ne fonctionne pas ? Jo Freeman est claire : parce que l’absence de structure n’existe pas. Nos différences interpersonnelles, nos intentions, la distribution des tâches — qu’elle soit équitable ou injuste — est de fait une structure, au même titre que ne pas se positionner est un positionnement et l’apolitisme n’existe pas. Il est seulement possible de choisir la nature de la structure : formelle ou informelle.

Lorsque la structure est intégralement informelle, deux phénomènes peuvent se produire : la formation d’élites et de stars.

Une élite est un petit groupe de gens qui domine un autre groupe plus grand […], et qui agit fréquemment sans son consentement ou sa connaissance.

Une élite, ce n’est pas une conspiration de méchants de film. Ce peut être ce groupe de bons potes au sein d’un mouvement, qui boit des coups au bar et y discute du mouvement. L’élite échange en son sein plus d’information que n’en reçoit le reste du groupe. Elle peut faire bloc pour pousser telle ou telle orientation, dans des discussions déséquilibrées d’avance. C’est moins par malveillance que par contingence que les élites se forment : leur activité politique et leur amitié coïncident. C’est aussi ce qui rend difficile leur dissolution, car l’élite ne commet pas de faute fondamentale. Elle s’entretient par affinité, et comme gagner la confiance de l’élite existante est difficile et nécessite d’intégrer ses codes, elle est sujette à une certaine homogamie.

Quant aux stars, ce sont des personnes qui sont mises en avant au sein du groupe, voire qui le représente dans l’inconscient collectif. Mais au sens de Freeman, elle n’ont pas été désignées explicitement. Une personne charismatique qui s’exprime bien prendra souvent plus de place. En plus de favoriser les normes dominantes, le « statut » de star n’est pas révocable dans la mesure où il n’a été attribué par personne. La star, comme l’élite, est rarement consciente de son statut. Les critiques légitimes qu’elle reçoit peuvent être vécues violemment et la conduire à quitter le groupe, et par là même, le fragiliser.

Pour lutter contre l’émergence d’élites et de stars, Jo Freeman propose 7 principes pour formaliser la structure d’un mouvement de sorte à faire émerger une horizontalité inclusive et politiquement efficace :

  1. Assigner démocratiquement des tâches précises à des personnes concrètes, qui ont préférablement manifesté leur intérêt.
  2. Assurer que toute personne qui exerce une autorité le fasse sous le contrôle du groupe.
  3. Distribuer l’autorité au plus grand nombre de personnes raisonnablement possible.
  4. Faire tourner les postes ; pas trop souvent (pour avoir le temps d’apprendre), pas trop peu (pour ne pas créer d’élite).
  5. Rationaliser les critères d’assignation des tâches, par compétence plutôt que par sympathie.
  6. Diffuser l’information au plus grand nombre, le plus possible. L’information, c’est le pouvoir.
  7. Rendre accessibles les ressources de manière équitable (un local, du matériel, des identifiants…)

Ce billet tirant déjà en longueur, je vous laisse vous convaincre de la pertinence des propositions, et à la lumière de cette analyse, je vous propose de passer à l’examen de la tout-doux-cratie. 😙

Bienvenue en tout-doux-cratie

La tout-doux-cratie est le mode de gouvernance qui émerge pendant le Picacamp. Il est forgé selon trois principes :

  • Faire et laisser faire (permettre à Picasoft d’être un lieu où chacun·e peut agir) ;
  • Se préoccuper des opinions des autres membres (partager l’information, s’informer)
  •  Rechercher le consensus (accepter les compromis, être amical·e et favoriser la vie ensemble).

Tout système de gouvernance s’ancre sur des partis pris adaptés au contexte dans lequel il se déploie. Pour Picasoft, on l’a vu, il y a un véritable enjeu à faciliter l’action des personnes motivées sans écraser les autres ; c’est pourquoi le nom dénote la fluidité (to-do) et le soin (tout-doux). L’intention du système de règles lui-même est d’être suffisamment simple pour être intégré rapidement (fluidité) mais suffisamment robuste pour être mis à l’épreuve dans les cas difficiles (soin).

Voyons très concrètement comment ça se passe5. Tout membre peut engager des actions, séparées en deux catégories.

  • Une action ordinaire ressemble aux actions habituelles menées dans le cadre de l’Association. Le règlement intérieur contient une tout-doux-liste qui aide à déterminer si une action est ordinaire.
  • Une action extraordinaire n’est pas habituelle dans le cadre et l’historique de l’Association, en particulier lorsqu’elle n’est pas réversible.

Certaines actions (modification du règlement intérieur, exclusion d’un membre, dissolution de l’association…) sont statutairement extraordinaires. En cas de doute ou de cas limite, l’action extraordinaire est préférée. Le mode de décision collectif diffère en fonction de l’action.

Une action ordinaire peut être lancée sans accord préalable, à partir du moment où la personne informe les membres de l’association de son action. Tout membre a la possibilité de suspendre l’action en posant un verrou non-bloquant : il dispose alors de dix jours pour convaincre une majorité des membres que l’action doit être annulée. S’il n’y parvient pas, l’action est maintenue.

Une action extraordinaire est associée à un verrou bloquant par défaut : l’action peut être réalisée uniquement si une majorité de membres y sont favorables, ou si dix jours se sont écoulés sans qu’une majorité des membres n’y soient défavorables.

Si ce fonctionnement peut paraître alambiqué, il provient du raisonnement suivant :

  1. L’horizontalité par consensus à majorité absolue ne fonctionne pas ;
  2. Le « laisser-faire sauf en cas de véto » donne un pouvoir disproportionné à chaque membre, en tant qu’il peut empêcher l’action d’un autre membre seul et pour de mauvaises raisons (détruire est plus facile que construire) ;
  3. La charge doit alors peser sur la personne qui est contre ; elle devra prouver que l’action doit être annulée en sollicitant un rejet collectif. Si elle n’y parvient pas, alors l’action est légitime à être menée.

Ce raisonnement a des accents conflictuels qui semblent bien loin du tout-doux. C’est pourquoi la tout-doux-cratie n’utilise pas ce mécanisme en fonctionnement nominal. En première instance, la recherche du consensus et la discussion sont les modes d’interaction privilégiés. Le vote agit généralement comme une chambre d’enregistrement. En d’autres termes, un membre qui a connaissance d’un dissensus devrait d’abord informer et, le cas échéant, chercher le compromis avant de lancer une action ordinaire ou extraordinaire. Si le dissensus persiste, le vote permettra de rendre compte de l’opinion générale des membres, tout en préservant la personne agissante d’une trop grande charge mentale.

De ce fonctionnement découle naturellement l’abolition du bureau. L’association ayant toujours besoin de personnes pour la représenter (juridiquement, économiquement…), trois personnes sont élues chaque semestre pour constituer un genre de spectre de bureau :

  • Un·e représentant·e administratif, qui doit lever la main quand quelqu’un demande le·la président·e et qui signe tous les documents administratifs concernant Picasoft ;
  • Un·e représentant·e financie·re, qui effectue les opérations bancaires ;
  • Un·e représentant·e technique, qui distribue les accès aux machines.

Chaque représentant·e est la seule personne en capacité de réaliser ces actions ou de les déléguer. En revanche, la différence majeure avec l’ancien bureau est que les représentant·es n’ont aucun pouvoir décisionnaire ; iels exécutent simplement les décisions de l’association.

Dans la mesure où leurs actions peuvent engager leur responsabilité, iels disposent d’un droit de retrait, c’est-à-dire de la possibilité de démissionner sans aucune justification en cas de refus d’exécuter une action. Là aussi, ce droit de retrait correspond à la dernière alternative et n’a en pratique jamais été utilisé.

Enfin, la tout-doux-cratie a été conçue pour fonctionner correctement même en système ouvert, c’est-à-dire que devient membre toute personne qui en fait la demande. Si la plupart des associations fonctionnent par cooptation, Picasoft est une association dont les membres tournent beaucoup et qui a besoin de maintenir ses effectifs. Rendre l’adhésion peu coûteuse en temps et gratuite incite plus facilement à tenter l’expérience. C’est sans danger, car l’arrivée d’un·e nouveau·elle ne peut pas bouleverser l’association du fait du mode de décision : si cette nouvelle personne se trouve en opposition avec le reste des membres, elle ne sera pas en mesure de bloquer les décisions, quel que soit son poste. Enfin, si sa présence est réellement problématique, son exclusion peut être décidée par action extraordinaire.

Être membre implique cependant un nombre minimal d’obligations définies dans les statuts.

  • Agir conformément à l’objet de l’Association ;
  • Aider les autres à agir ;
  • Participer au processus de tout-doux-cratie, c’est-à-dire donner son avis lorsqu’il est demandé, voter, rester informé·e et participer aux AG.

En pratique, seul la dernière obligation est cruciale, capitale, essentielle, indispensable, vitale, critique ; bref, vous l’aurez compris, faut pas passer à côté. Car pour bien fonctionner, la tout-doux-cratie a besoin de l’opinion de ses membres : sans prendre le temps de s’informer, on peut se lancer dans des actions conflictuelles. Sans voter, on allonge le délai de réalisation des actions extraordinaires et on démotive ses auteur·ices. Sans participer aux discussions, on perd le lien et la dynamique qui animent Picasoft.

En définitive, ce sont la circulation horizontale de l’information et la participation active aux décisions qui forment les clés de voûte d’une tout-doux-cratie saine.

Gardez de la place pour le dessert

Nous arrivons tranquillement à la fin du premier chapitre de cette enquête. Vous l’aurez compris, Picasoft fonctionne depuis plus de deux ans en tout-doux-cratie. Ce mode de gouvernance n’a rien de révolutionnaire. Au contraire, il s’appuie sur des idées théorisées depuis plusieurs décennies et qui structurent nombre de collectifs militants, plus ou moins informellement. On lui a donné un nom car on aime bien les jeux de mots mignons, et qu’on peut en parler plus facilement, voilà tout. ✨

Pour autant, si la critique de la bureau-cratie est facile et que j’ai présenté la tout-doux-cratie sous son meilleur jour, à ce stade, il vous manque cruellement de passage à la pratique à vous mettre sous la dent. Et l’occasion, inévitable, de relever les failles de ce système. Mais ça… ce sera pour la seconde et dernière partie de ce billet ! 😄

Un grand merci à Antoine, Audrey, Gaëtan, Jérôme, Stph, R01, Tobias, et tout·es les membres de Picasoft et de Framasoft pour leurs contributions, relecture, corrections et leur accueil bienveillants !


  1. https://www.associations.gouv.fr/1001-redaction-statuts-association.html ↩︎
  2. En effet, l’idée qu’il est normal que les services et contenus soit disponibles partout et tout le temps est largement et sciemment véhiculée par l’imaginaire du « Cloud », des nuages. La très haute disponibilité est par ailleurs un sujet de recherche actif. L’idée de diminuer la disponibilité d’un service rencontre des résistances similaires à l’idée de « décroissance », parfois vécue comme une régression. Pourtant, il y a de quoi s’interroger sur la disponibilité totale, mais c’est un autre sujet. Ne pas jouer le jeu du Cloud, c’est donc ne pas se fixer un objectif de disponibilité, mais en restant prudent pour ne pas se marginaliser. ↩︎
  3. Les mécanismes par lesquels l’open-source devient un puissant outil de domination politique et économique sont passionnants, même si largement au-delà du sujet principal de ce billet. Néanmoins, pour les anglophones, cet article récemment paru sur l’éditeur de code open-source Visual Studio Code, développé par Microsoft, est édifiant : https://ghuntley.com/fracture. ↩︎
  4. D’ailleurs, il est vraisemblable qu’avoir un avis sur tout n’est pas souhaitable. Un système qui oblige à prendre chaque décision à la majorité sera soit démesurément inefficace (car lent), soit irréfléchi (car la plupart des votes seront au doigt mouillé). C’est un raccourci que je me permets de faire dans cet espace plus confidentiel des notes de bas de page. On peut légitimement objecter que la lenteur n’est pas un problème en soi, et que des modes de gouvernance l’assument, et même plus, la revendiquent. Voir le cas fascinant des zapatistes : https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-02567515/document ↩︎
  5. Les curieux·ses trouveront la formalisation dans nos statuts et notre règlement intérieur. ↩︎

Khrys’presso du lundi 12 septembre 2022

Par : Khrys
12 septembre 2022 à 01:42

Comme chaque lundi, un coup d’œil dans le rétroviseur pour découvrir les informations que vous avez peut-être ratées la semaine dernière.


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Khrys’presso du lundi 19 septembre 2022

Par : Khrys
19 septembre 2022 à 01:42

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Spécial femmes dans le monde

  • IVG en Hongrie : l’extrême droite veut faire « écouter les battements de cœurs du fœtus » (lesnouvellesnews.fr)

    L’extrême droite au pouvoir en Hongrie vient de durcir, par décret, les conditions d’accès à l’avortement. Les femmes doivent désormais prouver aux médecins, avant l’intervention, qu’elles ont écouté les « battements de cœur de leur fœtus ».

  • Le sénateur républicain Lindsey Graham propose d’interdire l’avortement après 15 semaines de grossesse (liberation.fr)

    Lindsey Graham, proche de Donald Trump, a présenté mardi un projet de loi qui interdirait l’avortement dans l’ensemble des Etats-Unis après 15 semaines de grossesse.

  • Droit à l’IVG : les républicains sur le reculoir (humanite.fr)

    Depuis la décision de la cour suprême mettant fin à la protection constitutionnelle de l’avortement, un vent de fronde parcourt l’électorat, notamment féminin, obligeant le parti « pro-life » à faire profil bas.

  • US : Being a victim of rape costs an average of $3,500 in medical bills (arstechnica.com)

    The bills can discourage rape reporting and compound victims’ trauma. […] On average, hospital emergency departments charged $3,551 for urgent medical care coded as caused by sexual violence. People who were sexually assaulted while pregnant faced even steeper bills, with an average of $4,553. Uninsured victims or those who chose to pay themselves were served bills that averaged $3,673. Even those with private insurance faced burdensome bills ; the study found that insured victims paid an average of 14 percent of their bills out-of-pocket, which for the average bill would work out to nearly $500.

  • Jair Bolsonaro, A Perfect Example Of Why Autocrats Hate Women (worldcrunch.com)

    Vladimir Putin, Xi Jinping and Jair Bolsonaro all share what seems a natural antipathy toward women — yet it is ultimately because they fear them. And with good reason : When women participate in political movements, they are more likely to succeed — which is bad news for authoritarianism.

Spécial France

Spécial femmes en France

  • Être une femme en ligne est un métier dangereux (funambuline.blogspot.com)
  • Affaire Hulot : l’enquête pour viol classée sans suite pour prescription (liberation.fr)

    L’ancien ministre de l’Environnement était accusé par au moins six femmes, dont une mineure au moment des faits, de viols ou d’agressions sexuelles commis entre 1989 et 2001.

  • Travail dissimulé. Une société de nettoyage reconnue coupable de traite d’êtres humains aggravée (humanite.fr)

    L’entreprise VIP services et ses dirigeantes ont été condamnées jeudi par le Tribunal judiciaire de Paris à de peines d’emprisonnement et d’amende pour avoir exploité 26 femmes de ménage ukrainiennes sans-papiers dans des conditions indignes.

  • Qui veut la peau de MaMaMa ? (humanite.fr)

    Créée en mars 2020, en plein confinement, pour subvenir aux besoins spécifiques des mères isolées et des nourrissons, l’association MaMaMa, dont l’action a été unanimement saluée, se voit désormais privée de financements et chassée du hangar mis à sa disposition à Saint-Denis.

  • Des Journées du matrimoine pour mettre en lumière l’apport culturel de femmes oubliées (liberation.fr)
  • « L’Histoire est sexiste » : le patrimoine oublie les femmes artistes (reporterre.net)

    Comment ce mot a-t-il disparu de nos dictionnaires ? Au XVIIe siècle, le matrimoine a été banni de la langue française par les académiciens, qui jugeaient le terme obsolète et même « burlesque ».

  • Pour une alliance féministe et trans (blogs.mediapart.fr)

    La période politique actuelle voit un violent retour de bâton s’abattre sur les droits des femmes, alors que le gouvernement français maintient en poste des ministres accusés de viols. Ailleurs dans le monde, le droit à l’avortement est bafoué, en Pologne et aux États-Unis notamment. Avec 89 député·es RN à l’Assemblée nationale, nous ne sommes pas exempts d’une attaque d’une telle ampleur. Il est plus que jamais important de ne pas se tromper de combat. Aux États-Unis, l’attaque sur le droit à l’avortement a été précédée par de nombreuses lois anti-trans : dans l’Ohio, la loi Save Women’s Sports Act prévoit qu’en cas de doute sur le sexe d’une élève, celle-ci doit subir un examen intrusif pour prouver son sexe. Dans tous ces cas, il s’agit d’une attaque sur le droit des personnes à disposer de leur corps. L’arrivée d’attaques similaires contre les personnes trans en France nous laisse présager un sort semblable à celui des États-Unis.

RIP

Spécial médias et pouvoir

Spécial emmerdeurs irresponsables gérant comme des pieds (et à la néolibérale)

  • La France a autorisé des livraisons d’armements à la Russie en 2021 (disclose.ngo)

    L’État français a validé la livraison d’équipements militaires à la Russie pour près de 7 millions d’euros. C’est ce que révèle un rapport du ministère des armées dont le gouvernement retarde la publication depuis juin dernier.

  • Réforme des retraites : le coup d’accélérateur c’est maintenant (rapportsdeforce.fr)

    Alors que le rapport du COR sort officiellement ce jeudi, Emmanuel Macron a affirmé lundi, vouloir réformer les retraites le plus vite possible. Et ce, sans exclure de l’intégrer dans le budget de la Sécurité sociale à l’automne ni d’utiliser le 49,3 pour contourner les oppositions. Des déclarations qui pourraient remplir les mobilisations syndicales du 29 septembre.

  • Comment Emmanuel Macron divise sa majorité entre envie d’“accélération” et crainte d’un “passage en force” (francetvinfo.fr)
  • Retraites : un Président ne devrait pas faire ça (blogs.mediapart.fr)

    Un Président réélu par défaut, sans campagne, sans enthousiasme, ne devrait pas, dans un pays exténué, déprimé, bricoler une retraite à 64 ans avec une ambition de comptable.

  • Retraites : le choix de l’injustice (attac.org)

    Le rapport du Conseil d’orientation des retraites conteste le lien mécanique établi entre déficit et réforme des retraites. Ce rapport montre une fois de plus que l’existence du déficit est fondé sur des conventions et des hypothèses discutables et qu’en tout état de cause son ampleur reste minime (0,4 % du PIB dans les années à venir). […] La conclusion du COR est importante : « Au regard de ces résultats, il ne revient pas au COR de se positionner sur le choix du dimensionnement du système de retraite. Selon les préférences politiques, il est parfaitement légitime de défendre que ces niveaux sont trop ou pas assez élevés, et qu’il faut ou non mettre en œuvre une réforme du système de retraite » Et d’ajouter « les résultats de ce rapport ne valident pas le bien-fondé des discours qui mettent en avant l’idée d’une dynamique non contrôlée des dépenses de retraite ». L’avertissement est clair : réformer le système de retraite n’est pas une nécessité économique ou démographique, c’est un choix politique.

  • Un proche d’Emmanuel Macron nommé à la tête de l’Agence des participations de l’État (ouest-france.fr)
  • Énergie. Matignon invente le « payer plus et consommer moins » (humanite.fr)

    Élisabeth Borne a annoncé, mercredi, une augmentation de 15 % des factures d’électricité et de gaz. Alors que l’hiver s’annonce compliqué, selon RTE, le gouvernement mise sur la sobriété, sans jamais remettre en cause la loi du marché.

  • Salaires : moins d’un·e enseignant·e sur trois concerné·e par la revalorisation ! (sudeducation.org)
  • “J’ai été refusée partout” : alors que la phase ultime de Parcoursup se termine, des milliers de jeunes restent encore sur le carreau (france.tv)
  • Le CNED : laboratoire du management néolibéral dans l’Éducation nationale (regards.fr)

    Au Centre National d’Enseignement à Distance, les élèves sont des clients, le savoir une marchandise et les profs des employés maltraités. Enquête au cœur de la machine à casser l’école. […] Voilà donc qui sont les « profs rêvés de Blanquer » : des enseignants qui ne comptent pas leurs heures, qui passent leur temps à corriger sans avoir le droit de connaître leurs élèves, obéissent aveuglément à des protocoles conçus sans eux, tremblent devant leur hiérarchie et privilégient une relation de clientèle à la pédagogie. […] Nous assistons à la transformation d’une institution préalablement conçue pour compenser les impossibilités de l’école publique dans des cas très spécifiques et exceptionnels, en une institution soumise aux logiques de rentabilité et mobilisée pour préparer la néolibéralisation de l’école. Un projet qui se fait en silence sur le dos des enseignants les plus fragilisés mais aussi sur celui des élèves et étudiants privés de toute relation humaine et de la sociabilité qu’apporte l’école publique.

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Khrys’presso du lundi 26 septembre 2022

Par : Khrys
26 septembre 2022 à 01:42

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Spécial médias et pouvoir

  • Reflets poursuivi par Altice : la liberté d’informer menacée (reflets.info)

    Le groupe de Patrick Drahi tente de contourner le droit de la presseNotre journal est assigné devant le tribunal de commerce en référé. Altice souhaite le retrait des articles déjà publiés et l’interdiction pour Reflets, et donc pour toute la presse, de pouvoir consulter les documents publiés sur Internet par le groupe de ransomware HIVE. […] Un procès, même gagné coûte cher. Les frais engagés pour notre défense ne nous seront pas remboursés (au mieux une infime partie). Nous avons pour l’instant fait face à un premier procès en diffamation sur les fonds de Rebuild.sh mais nous ne pourrons pas assurer le coût de trois procès. Nous lançons donc un crowdfunding pour nous permettre de contrer ceux qui veulent nous faire taire par des procès bâillon.

  • Censure ministérielle : vers un retour de l’ORTF en Lorraine ? (snjcgt.fr)

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On entend trop le mot « algorithme »

29 septembre 2022 à 01:32

Dans les débats politiques au sujet du Web et du numérique en général, on parle souvent d’« algorithmes ». Il n’est peut-être pas inutile de revenir sur ce qu’est un algorithme et sur ce qu’il n’est pas. Si vous êtes informaticien·ne, vous savez déjà tout cela, mais, si ce n’est pas le cas, vous apprendrez peut-être ici une chose ou deux.

Par exemple, dans le numéro 3790 du magazine Télérama, en date du 3 septembre 2022, la directrice générale de YouTube, Susan Wojcicki, déclarait « Nous ne faisons pas d’éditorial au sens propre puisque tous nos contenus sont recommandés par des algorithmes ». Cette phrase est un condensé de mensonges, bien sûr. Wojcicki est bien placée pour savoir ce qu’est un algorithme mais elle essaie de faire croire qu’il s’agirait d’une sorte de processus magique et éthéré, flottant loin au-dessus des passions humaines, et n’agissant que pour notre bien.

Au contraire, un algorithme est une suite de décisions. Un algorithme, c’est un ensemble d’étapes qu’on va suivre pour un certain but. Choisir le but est déjà une décision. (Quel est le but des algorithmes de recommandation de YouTube ? Probablement de vous faire rester le plus longtemps possible, pour que vous avaliez davantage de publicité.) Mais choisir les étapes est aussi une décision. Rien dans le monde numérique ne se fait tout seul : des personnes ont décidé de l’algorithme. Que les recommandations de YouTube soient issues d’un humain qui vous observerait et déciderait, ou d’un programme automatique, dans les deux cas, c’est la décision de YouTube. Et il y a donc bien « éditorialisation ». YouTube n’est pas neutre. Même chose évidemment pour le moteur de recherche de la même entreprise, Google. Il classe les résultats en fonction de ce que Google a décidé, lors de l’écriture du programme. (Notez que c’est bien ce qu’on demande à un moteur de recherche : s’il trouvait 10 000 résultats et ne les classait pas, on serait bien ennuyé·e.)

On explique parfois l’algorithme en citant l’exemple d’une recette de cuisine : faites ceci, puis faites cela, ajouter ça, mettez le four à telle température. Mais les algorithmes ne sont pas juste une suite d’étapes, à effectuer quoiqu’il arrive. Ils incluent notamment ce qu’on nomme des tests, par exemple « si telle condition, alors faire ceci, sinon faire cela ». Un recette de cuisine qui contiendrait « si vous avez de la moutarde, ajoutez-en une cuillère » donne une meilleure idée de ce qu’est un algorithme.

Le mot d’algorithme vient d’Al-Khwârizmî (محمد بن موسى الخوارزمي), un mathématicien d’origine persane du 8e-9e siècle, qui travaillait à Bagdad (la Silicon Valley de l’époque, là où il fallait être pour travailler au plus haut niveau). Mais le concept d’algorithme existait bien avant lui. Vous avez peut-être appris à l’école l’algorithme d’Euclide pour trouver le PGCD (plus grand commun diviseur), algorithme conçu plus de dix siècles avant Al-Khwârizmî. Mais ce dernier a été le premier à décrire en détail l’idée d’algorithme et à proposer une classification des algorithmes.

 

Statue d'Al-Khwârizmî

Statue d’Al-Khwârizmî à Khiva, Ouzbékistan (portrait imaginaire, car on ne connait pas de portrait réel de l’époque).

 

Le principe de l’algorithme est donc très antérieur à l’ordinateur. Par exemple, une personne qui répond au téléphone pour une « hotline » a en général reçu des instructions extrêmement précises sur ce qu’il faut dire et pas dire, avec interdiction de s’en éloigner. Dans le monde des « hotlines », cela se nomme un script, mais c’est aussi un algorithme ; si le client dit ceci, répondre cela, etc. Remplacer les algorithmes par des humains pour les décisions, comme le préconisent certains, n’a donc pas de sens si ces humains appliquent strictement un script : ce sera toujours un algorithme.

 

Euclide

Euclide, vu par le peintre Justin de Gand. (Là encore, c’est une œuvre d’imagination, on ne sait pas à quoi ressemblait Euclide)

 

Et à propos d’humains qui suivent un algorithme, comment se faisaient les calculs longs et complexes avant l’invention de l’ordinateur ? Il y avait des aides mécaniques (boulier, règle à calcul…) mais le gros du travail était fait par des humains. En français, autrefois, une « calculatrice » n’était pas un ordinateur mais une humaine qui passait sa journée à mouliner des chiffres. On pouvait avoir comme métier « calculatrice dans une compagnie d’assurances ». Même chose pour « computer  » en anglais ; désignant aujourd’hui un ordinateur, il désignait autrefois un·e humain·e. Ce travail est bien montré dans le film « Les figures de l’ombre », de Theodore Melfi, qui se passe au moment où ces calculateurs humains sont peu à peu remplacés par des ordinateurs. (Le titre français du film fait perdre le double sens du mot « figures » en anglais, qui désigne un visage mais aussi un chiffre.)

Les programmes, eux, sont bien plus récents que les algorithmes. Ils sont également apparus avant l’invention de l’ordinateur, mais n’ont réellement décollé qu’une fois qu’on disposait d’une machine pour les exécuter automatiquement, et fidèlement. Un programme, c’est la forme concrète d’un algorithme. Écrit dans un langage de programmation, comme PHP, Java, Python ou Rust, le programme est plus précis que l’algorithme et ne laisse place à aucune ambiguïté : les ordinateurs ne prennent pas d’initiatives, tout doit être spécifié. La maternité de la programmation est souvent attribuée à Ada Lovelace au 19e siècle. Comme toujours dans l’histoire des sciences et des techniques, il n’y a évidement pas un·e inventeu·r·se unique, mais une longue chaîne de personnes qui ont petit à petit développé l’idée.

 

Un programme mettant en œuvre l'algorithme d'Euclide

Un programme écrit dans le langage Python, et mettant en œuvre l’algorithme d’Euclide de calcul du PGCD.

 

Le premier point important de cet article était qu’un algorithme, c’est une série de décisions (et la déclaration de Wojcicki au début, lorsqu’elle essaie de diminuer la responsabilité de YouTube, est donc ridicule). Un algorithme n’est pas un phénomène naturel mais la formalisation de décisions prises par des humains. Le fait qu’il soit programmé, puis exécuté par un ordinateur, n’exonère donc pas ces humains de leurs choix. (Et, je me répète, demander que les décisions soient prises « par des humains et pas par des algorithmes » n’a guère de sens : ce sont toujours des humains qui ont décidé, même quand leur décision passe via un algorithme.)

Le deuxième point qui me semble important est que tout système informatique (et je rappelle que l’engin plat qu’on met dans sa poche, et que le marketing nomme « smartphone  », est un ordinateur) fonctionne avec des algorithmes. Le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin avait déclaré, à propos de la surveillance automatisée des citoyens, « De plus, alors que toutes les sociétés commerciales peuvent utiliser les données fournies par des algorithmes, seul l’État n’aurait pas le droit de le faire […] ? » et avait appelé à « pérenniser l’utilisation des algorithmes ». Par delà la question politique de fond, ces déclarations sont bien sûr absurdes. L’État utilise des algorithmes depuis longtemps, depuis qu’il utilise des ordinateurs. Mais il ne s’agit pas seulement de l’ignorance (et du mépris pour la technique) d’un ministre. L’utilisation du terme « algorithme » vise à faire croire qu’il s’agit de quelque chose de nouveau, afin de brouiller le débat sur les usages de l’informatique, et d’empêcher les citoyen·nes d’y participer utilement. La réalité, je le redis, est que cela fait longtemps qu’il existe des algorithmes et qu’ils sont utilisés.

Il y a par contre une nouveauté qui a pris de l’importance ces dernières années, ce sont les systèmes à apprentissage (parfois désignés par l’acronyme marketing IA – Intelligence Artificielle, qui ne veut rien dire) ou machine learning en anglais. Il existe de nombreux systèmes de ce genre, très variés. Mais le point commun est l’utilisation d’algorithmes qui évoluent sous l’influence des données qu’on leur donne. Pour prendre un exemple simpliste, on donne au programme des photos de chiens et de chats, lui indiquant à chaque fois s’il s’agit d’un chien ou d’un chat, et, après un grand nombre de photos, le programme aura « appris » et pourra classer correctement une nouvelle photo. Il y a beaucoup à dire sur ces systèmes à apprentissage mais, ici, je vais me contenter de faire remarquer qu’ils ne remettent pas en cause le pouvoir de décision. Au lieu de règles explicites dans un algorithme (« s’il a des griffes rétractiles, c’est un chat »), le système de décision est composé de l’algorithme qui apprend et des données qu’on lui soumet.

Il n’y a donc pas de changement fondamental : le système informatique qui prend la décision a toujours été conçu et entraîné par des humains, et ce sont leurs choix qui se refléteront dans les décisions. Ainsi, si on utilise un tel système pour traiter les CV dans un service de ressources humaines, si l’entreprise avait l’habitude de recruter préférentiellement des hommes, et si on entraîne l’algorithme avec les choix passés, il se mettra à privilégier les CV des hommes, pas parce qu’il serait « sexiste » (les algorithmes n’ont pas d’opinion ou de préjugés) mais parce que c’est ce que ses maîtres humains lui ont demandé, via les données qu’ils ont choisies.

Bref, chaque fois que vous entendrez quelqu’un éluder sa responsabilité en se cachant derrière « c’est l’algorithme », rappelez-lui qu’un algorithme, c’est un ensemble de décisions prises par des humains, et que ces humains sont responsables de ces décisions.

Khrys’presso du lundi 3 octobre 2022

Par : Khrys
3 octobre 2022 à 03:29

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Spécial médias et pouvoir

  • Drahi vs Reflets : Le secret des affaires ou le journalisme (blast-info.fr)
  • Next INpact attaqué en justice par Avisa Partners (nextinpact.com)

    Arrêt sur Image, Mediapart, l’ADN ou encore Reflets sont également attaqués par cette société.Nous allons engager un avocat pour nous défendre contre cette plainte insensée et infondée, mais également défendre la liberté de la presse indépendante. Nous ne céderons à aucune pression.

  • De quoi la mort du Ravi est le nom (acrimed.org)

    Dans un pays où ce sont des initiatives privées qui viennent pallier les défaillances étatiques en matière de défense du pluralisme, le « projet pour une presse libre » de Pierre Rimbert du Monde diplomatique est on ne peut plus d’actualité. Comme la création d’un Syndicat de la Presse Pas Pareille. Et tout cas, si tout cela se mettait en place, on en serait… Ravi !

  • Classement de l’insécurité : Brest passe devant Caracas en quelques heures (contre-attaque.net)

    « Insécurité : Nantes pire que Bogota », « La France plus dangereuse que le Mexique ». Voici les énormités que nous servent les médias dominants depuis une semaine. Des intox grotesque et même indécentes, basées sur un « classement » sur un site internet à partir de votes anonymes.

  • Valérie Rey-Robert : « Le problème, ce n’est pas la télé-réalité, c’est ceux qui la font » (bondyblog.fr)

    À gauche, on a un défaut immense, c’est de considérer que le camp d’en face est débile, qu’il n’a aucun projet politique. Force est de constater que, tant pour TPMP que pour la télé-réalité, ce sont des programmes qui véhiculent des idées hyper-réactionnaires.

RIP

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Les autres lectures de la semaine

  • Le pouvoir des infrastructures – Comprendre la mégamachine électrique (lundi.am)
  • A Rant About “Technology” (ursulakleguinarchive.com)

    Technology is the active human interface with the material world.But the word is consistently misused to mean only the enormously complex and specialised technologies of the past few decades, supported by massive exploitation both of natural and human resources.This is not an acceptable use of the word. “Technology” and “hi tech” are not synonymous, and a technology that isn’t “hi,” isn’t necessarily “low” in any meaningful sense. […] Anybody who ever lighted a fire without matches has probably gained some proper respect for “low” or “primitive” or “simple” technologies ; anybody who ever lighted a fire with matches should have the wits to respect that notable hi-tech invention.

  • On entend trop le mot « algorithme » (framablog.org)
  • Turning Every Rooftop into Content (logicmag.io)

    Zillow is more than just a real-estate website : It’s a window into the American dream.

  • Réflexion critique pour survivre à la Collapsologie (lenumerozero.info)
  • Lire- Federico Tarragoni « Émancipation » (unioncommunistelibertaire.org)

    L’émancipation, cette fragilité héroïque, est un véritable saut dans le vide. Elle apparaît chaque fois que les individus résistent à des rapports de domination. […] « En s’émancipant, l’individu se relie à de nouveaux collectifs. Pour refuser sa place de dominé et accepter l’incertitude des lendemains, il a besoin d’un collectif protecteur et sécurisant. » […] Aujourd’hui, « nous nous trouvons à un carrefour. Plus nous banaliserons les états d’urgence démocratiques, plus nous assimilerons la liberté à la consommation, plus nous trouverons confortable l’état de léthargie civique engendré par la gestion gouvernementale des risques sociaux (sanitaires, financiers, sécuritaires, climatiques…), plus l’émancipation s’effacera. »

  • « Non ti schiantare » : en route vers Rome et le fascisme qui vient (lundi.am)
  • « Il serait beau de témoigner que nous avons conscience de notre nuit » (lundi.am)

    C’est donc assez déconcertant de constater que les « nouvelles mesures » décrétées dans le monde entier afin de contrer le COVID-19, existent en fait depuis plus de quarante ans en Iran. Ici, temporaires. Là-bas, institutionnelles. Seulement, ces mesures, imposées par la force, ne sont pas là pour protéger ou préserver la vie humaine. Loin de là, elles servent les intérêts d’un régime fasciste. […] Autre exemple de décalage : la distanciation sociale, un terme nouveau pour notre inconscient. Notre inconscient collectif. Mais ailleurs ça a toujours existé. C’est la règle de base en Iran : les hommes gardent une distance vis à vis des femmes. Ne pas serrer la main des femmes. Ne pas toucher. Aucun contact physique. La distanciation, là-bas, c’est la ségrégation des sexes. […] Là-bas il n’y a pas besoin de masque. Il y a le voile, le tchador.

  • « La religion : opium du peuple et alliée du patriarcat » (humanite.fr)

    Les manifestations continuent en mémoire de Mahsa Amini, morte pour avoir mal porté son voile, au paroxysme inqualifiable de l’oppression des femmes. Dans les sociétés où nos droits sont les plus mis à mal, comme en Iran ou en Afghanistan, on ne prend même plus la peine de tenter de dissimuler les inégalités, on les revendique comme un mode de vie. […] Prétendre avoir une approche féministe d’une religion, n’importe laquelle, c’est devoir remonter une pente à 90 degrés. […] À l’échelle de l’humanité, notre asservissement a toujours existé dans les pratiques et dogmes religieux. Il est impossible d’attribuer la cause de notre oppression à une religion déterminée. En synthèse, l’islam n’est pas plus con qu’une autre.

  • Décoloniser les imaginaires de la révolte (lundi.am)

    « Femmes, Vies, Libertés, sauvons-nous de nos sauveurs »

  • Cher Jean-Luc (blogs.mediapart.fr)
  • Eric la Blanche : « Être un mec, un « vrai », c’est (un peu) être un connard » (lesnouvellesnews.fr)
  • Ces salariés de Lubrizol ont empêché des milliers de morts à Rouen, il y a trois ans (actu.fr)
  • Richard Nixon exposed to radiation on Moscow trip in 1959, documents reveal (theguardian.com)

    Vice-president and wife exposed to ‘massive dosages’ of ionising radiation at US ambassador’s residence, declassified files show

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Khrys’presso du lundi 10 octobre 2022

Par : Khrys
10 octobre 2022 à 01:42

Comme chaque lundi, un coup d’œil dans le rétroviseur pour découvrir les informations que vous avez peut-être ratées la semaine dernière.


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Spécial femmes dans le monde

Spécial France

Spécial femmes en France

  • Lycée : Pour les filles, un retour en arrière de 20 ans (cafepedagogique.net)

    “Depuis la réforme, quel que soit le parcours scientifique suivi, le nombre de filles chute massivement et la part des filles régresse brutalement au profit des garçons”.

  • À l’Assemblée, la majorité et la Nupes s’étrillent sur les violences sexuelles (liberation.fr)

    Pour le gouvernement, cette attaque est habile. Elle aura eu le mérite d’étouffer (pour combien de temps ?) les critiques lancées par les oppositions et ciblant les propres affaires politiques de l’exécutif.[…] « Ce n’est plus Jupiter, c’est Le Parrain ! »

  • Interdire le porno ? (humanite.fr)

    J’entends déjà : « C’est pas comme ça tout le temps. Elles nous font chier ces féministes, c’est le retour de l’ordre moral. » Pourtant, d’après la procureure de Paris, ce sont 90 % des films pornographiques qui pourraient être incriminés pour viols, agressions sexuelles ou traite des êtres humains. Il y a donc bien une exploitation des femmes par un système, et pas quelques cas isolés.

Spécial médias et pouvoir

Spécial emmerdeurs irresponsables gérant comme des pieds (et à la néolibérale)

Spécial recul des droits et libertés, violences policières, montée de l’extrême-droite…

Spécial résistances

Spécial GAFAM et cie

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Khrys’presso du lundi 17 octobre 2022

Par : Khrys
17 octobre 2022 à 01:42

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Spécial femmes dans le monde

Spécial France

Spécial femmes en France

  • Heureusement, Annie Ernaux n’est pas un « Grand écrivain » (diacritik.com)

    Une violence inouïe, aux allures de cabale calomnieuse, commença dès lors à se déchaîner. On entendit tout et surtout, comme toujours sur les réseaux sociaux, absolument n’importe quoi : Annie Ernaux, antisémite. Annie Ernaux, racialiste. Annie Ernaux, séparatiste. Annie Ernaux, islamiste. Et même, surprise suprême, Annie Ernaux, pédophile. C’était le grand chelem de la Réaction qui se dévidait là : le débat public convertissait alors le discours positivement épidictique attendu autour de l’écrivaine en négativité polémique terrassante. […] Ce qu’ils ne supportent pas, c’est combien ce Nobel d’Ernaux les défait mais surtout les dédit et les déjuge. […] c’est l’épreuve terrible de la déconsidération morale et critique, eux qui passaient leur temps à vomir ce qu’ils désignaient comme le prétendu « wokisme » d’Annie Ernaux, voilà que des étrangers – peut-on imaginer pire scénario pour ces gens-là ? – consacrent Ernaux comme l’incarnation contemporaine de la France contre leur avis.

  • Laurence Faron et les écrivaines oubliées (humanite.fr)

    La fondatrice de la maison d’édition Talents hauts, qui déconstruit les stéréotypes dans des livres pour enfants comme pour adultes, a lancé la collection « les Plumées », qui réhabilite des autrices injustement effacées. […] « C’était très déroutant pour moi, qui suis féministe, lectrice et éditrice, de réaliser que j’étais en peine de citer des grands classiques écrits par des femmes avant une période assez récente » […] « Dès qu’on a tiré le fil, on a trouvé des centaines de textes de femmes qui méritaient d’être réédités. On avait l’embarras du choix. »

  • La commission des Lois de la chambre haute, dominée par la droite, rejette la proposition du groupe EE-LV pour inscrire le droit à l’IVG dans la Constitution (liberation.fr)
  • Retraites : inégales jusqu’à la mort ? (humanite.fr)

    Alors que la réforme des retraites est de nouveau sur la table, les débats qui y sont consacrés incluent peu la problématique des inégalités professionnelles qui touchent les femmes. Pourtant, une fois à la retraite, nous percevons en moyenne 42 % de moins que les hommes. Cet écart est directement corrélé à celui des salaires, qui demeurent de 24 % inférieurs, malgré notre arrivée massive sur le marché de l’emploi.

  • Les femmes consacrent jusqu’à 200 heures de plus par an à des tâches “non promouvables” par rapport à leurs collègues masculins, soit l’équivalent d’un mois de travail, d’après une étude (developpez.com)
  • Il la tue après cinquante années de vie commune (humanite.fr)

    « Dans les pays où les femmes ont la possibilité concrète de ­divorcer et de vivre de manière autonome, la plupart de celles qui sont assassinées par un partenaire le sont autour de la période de séparation. En Australie, par exemple, la moitié des femmes tuées par un partenaire le sont dans les trois mois qui suivent celle-ci »

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Khrys’presso du lundi 24 octobre 2022

Par : Khrys
24 octobre 2022 à 01:42

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  • Une femme de 33 ans crée plus de 1000 biographies Wikipédia de femmes scientifiques inconnues (developpez.com)

    « les gens pensent que les filles ne choisissent pas les sciences parce qu’elles ne sont pas inspirées » […] Plusieurs de ses articles ont été supprimés par d’autres wikimédiens […] Elle a expliqué qu’ils ont dit qu’une poignée des femmes qu’elle a décrites n’étaient pas si connues que ça.Wade a répondu que c’est vrai, c’est le problème : elles devraient être plus connues.

  • « Vous avez Tchernobyl dans le bide » : des femmes se battent face à Bayer pour faire reconnaitre leur calvaire (basta.media) – voir aussi « Leur implant de contraception, c’est de la mort aux rats » : un rapport met en cause Bayer et les autorités (basta.media)

    « L’assemblage des matériaux est un cas typique de corrosion galvanique » engendrant des « produits de corrosion » qui vont provoquer des « réactions inflammatoires différentes face à ces produits ». […] « La crainte de l’ANSM c’est que toutes les femmes implantées aillent se faire explanter – avec le risque anesthésique et opératoire associé –, si on affirme qu’il y a un problème avec l’implant […] Les termes de risque qu’on a employés [dans le rapport, NDLR] étaient systématiquement en dessous des définitions admises en médecine » […] plus de 200 000 femmes en France sont porteuses du dispositif Essure et, au moment de la pose, les médecins ne les ont pas informées des risques liés à leur implantation. […] Pour retrouver un semblant de vie « normale », environ 30 000 femmes ont été explantées à ce jour en France. […] Sans technique de retrait homogénéisée dans un premier temps, la « casse » a été catastrophique, rapportent les associations de victimes. Certains chirurgiens auraient tenté de retirer l’implant en tirant dessus, engendrant une rupture de celui-ci. D’autres opéraient à l’aveugle sans vérifier si l’implant était toujours en place. […] Bayer n’a été condamné qu’une fois à indemniser une femme pour les effets secondaires causés par les implants Essure, en Espagne. Aux États-Unis, face à 39 000 plaintes déposées, la multinationale a préféré débourser plus d’un milliard de dollars en lieu et place du procès. En France, l’association Resist a tenté une action de groupe pour faire condamner le groupe. Leur action a été déboutée en mai 2022.

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Spécial emmerdeurs irresponsables gérant comme des pieds (et à la néolibérale)

Spécial recul des droits et libertés, violences policières, montée de l’extrême-droite…

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  • Jane Roe et Gillian Brockell. (affordance.framasoft.org)

    Au lendemain de la décision de la Cour Suprême on semble redécouvrir que les promesses des applications de grossesses et de […] la “MenstruTech” ne sont que l’incarnation d’un cauchemar dans lequel chaque donnée rattachée au cycle menstruel devient un stigmate faisant du corps de chaque femme, une cible. […] Le projet de cette société numérique de la (dé)monstration permanente et des Gorgones politiques qu’elle fabrique, agite et ressuscite, est le projet d’une société de l’assignation. […] Et dans ce cauchemar conscient, c’est nous qui fournissons les données nécessaires aux obtenus, aux attendus. […] ce qui compte c’est que nous devenions nous-mêmes une notification dans un système techno-holistique qui traite les corps comme autant de signaux à disposition du projet politique le plus immédiatement viable et objectivable économiquement, c’est à dire celui d’une oppression. Une oppression presque joyeuse, presque consentie, presqu’insouciante. Mais une oppression incontestablement. […] il n’est aucune entreprise du numérique qui ne conçoive ses produits et services autrement que par le déploiement d’une infrastructure de la surveillance. Or une technostructure, fut-elle celle de la bienveillance, reposant sur une infrastructure de la surveillance, ne sera ni ne deviendra jamais rien d’autre qu’un projet politique autoritaire créant les conditions du maintien de son emprise totale sur nos vies. […] Nous vivons dans des démocraties où les droits des femmes, puis des minorités, au prix de luttes incessantes, apparaissaient enfin et au moins en partie garantis et protégés comme jamais ils ne l’avaient été jusqu’ici dans l’histoire des sociétés développées. C’est précisément ce moment que l’histoire choisit pour nous rappeler que ces droits n’ont jamais été aussi fragiles et dépendants de la décision de quelques êtres obsessionnels qui ne calculent le devenir de l’humanité qu’à l’aune de leurs propres névroses. Ce qui est en soi, la meilleure définition possible d’un algorithme.

  • The Internet Is Not Facebook : Why Infrastructure Providers Should Stay Out of Content Policing (eff.org)

    There are many services, mechanisms, and protocols that make up the internet as we know it. The most essential of these are what we call infrastructural, or infrastructure providers. We might think of infrastructural services as belonging to two camps : physical and logical. […] The logical layer of internet infrastructure is where things get a little tricky.

  • Scanning phones to detect child abuse evidence is harmful, ‘magical’ thinking (theregister.com)

    Security expert challenges claim that bypassing encryption is essential to protecting kids

  • Privacy and freedom should be the legacy we leave, not the opposite (fsf.org)
  • Il y a des cas où la chaine de blocs n’est pas utile (bortzmeyer.org)
  • Post Collapse Computing Part 1 : The Crisis is HerePart 2 : What if we Fail ?Part 3 : Building Resilience (blogs.gnome.org)
  • Recap du thème du mois sur le capitalisme de plateforme (renverse.co)
  • Starting over (maisouvaleweb.fr)

    La chute est […] une perspective avant tout mise en avant par des populations qui en réalité, ont peu de chance de s’y retrouver confrontées. Des populations privilégiées, blanches, occidentales et sans problèmes financiers notables […] les citoyens des pays les plus touchés par le dérèglement climatique […] n’ont pas le luxe d’attendre la fin du monde. Ils sont besoin que des actions soient mises en place immédiatement […] « Starting over », c’est donc assumer la rupture entre l’ancien et le nouveau, mais aussi entre l’ennuyeux et le passionnant. L’apocalypse climatique – si tant est que l’on appartienne aux populations privilégiées […] est plus exaltante qu’une adaptation fastidieuse et monotone aux conditions de vie qu’imposerait réellement un nouveau régime climatique.

  • « Notre dernière chance d’éviter l’effondrement consiste à sortir de cette idéologie suicidaire » (basta.media)
  • Agriculture et alimentation : comment mangera-t-on en 2050 (liberation.fr)

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Deux ans en tout-doux-cratie : bilan et perspectives

Par : Chosto
24 octobre 2022 à 05:42

Ce billet est la seconde et dernière partie d’une enquête sur la gouvernance associative. La première partie est par ici : https://framablog.org/2022/09/05/de-la-bureau-cratie-a-la-tout-doux-cratie-refonder-la-gouvernance-associative


TL;DR : Picasoft est un chaton majoritairement étudiant actif depuis 2016. Comme nombre d’associations 1901, il fonctionnait avec un bureau classique : président·e, trésorier·e… et, dans notre cas, responsable technique. Les responsables ont bon dos : grand pouvoir, grande responsabilité, tout ça. Quand cette pression devient trop forte, des conflits éclatent, remettant en question l’existence même du bureau. On décide alors de changer de mode de gouvernance : il nous faut quelque chose de plus horizontal, qui répartit la charge mentale. Mais quand on a dit horizontalité, on a tout et rien dit. Comme le rappelle Jo Freeman dans La tyrannie de l’absence de structure, l’horizontalité sans structure risque de reproduire des rapports de domination sans les rendre palpables.

C’est dans ce sillage que s’inscrit la tout-doux-cratie : un mode de gouvernance qui tente de concilier fluidité, démocratie et bienveillance. L’accès à l’information pour tout·es y est central. Les actions se divisent en deux catégories : ordinaires, qui peuvent être menée sans consensus a priori, et extraordinaire, qui requièrent un consensus ou, du moins, une absence de dissensus. La charge de prouver qu’une action ne devrait pas être menée est transférée sur la personne qui n’est pas d’accord. Sans consensus explicite, l’action peut être menée à l’expiration d’un délai. La discussion et la recherche de compromis sont privilégiés sur le vote, qui n’intervient qu’en dernier recours.

Résumé du processus d’action en tout-doux-cratie, extrait de la première partie du billet.

Voilà pour le résumé à la hache. Pour les détails… je vous renvoie à la première partie.

Dans ce billet, je vous propose de faire un bilan après plus de deux ans en tout-doux-cratie : d’abord en examinant quelques statistiques, puis en rentrant dans le détail de cas difficiles, sujets à tensions. Enfin, je passerai en revue les limites possible de ce mode de gouvernance.

La tout-doux-cratie en chiffres

La première partie du billet était essentiellement théorique. En pratique, Picasoft est en tout-doux-cratie depuis près de deux ans, ce qui est un délai raisonnable pour une première évaluation. Pour ce faire, on a développé un petit script qui produit des statistiques sur les actions. L’idée est de voir si dans notre cas, le système est fonctionnel. Je vous propose de regarder les chiffres et de les commenter.

Les actions initiées totalisent à 108 : 50 ordinaires et 58 extraordinaires. Le nombre d’actions ordinaires est sous-estimé, car pas toujours formalisé de sorte à ce que le script le détecte. Sur les actions repérées, quelques statistiques :

Intitulé Taux
Actions avec une majorité contre 0 %
Actions avec au moins un contre 2 %
Actions avec au moins un contre acceptées par délai 1 %
Participation moyenne aux actions extraordinaires 60 %
Actions extraordinaires sans vote contre acceptées par délai 10 %
Actions avec au moins un neutre 12 %
Participation moyenne aux actions ordinaires 50 %

 

Le premier chiffre important à regarder est le taux d’actions avec une majorité contre (équivalent à un contre-vote à majorité pour), car c’est le seul cas où une action est refusée. Ce taux est littéralement nul, c’est-à-dire que l’ensemble des actions entreprises en tout-doux-cratie depuis 2 ans ont été statutairement acceptées.

Ma première intuition — et probablement la vôtre à la lecture de ce chiffre — est de sentir que le système est dysfonctionnel. En effet, que dire d’un mode de décision qui a laissé passer l’absolue totalité des actions initiées 2 ans durant ? Il semble n’y avoir que deux solutions. Soit tout le monde est tout le temps d’accord…

Allégorie extrêmement réaliste de la vie en tout-doux-cratie.

…soit les désaccords ne sont pas exprimés au niveau du vote. Et en fait, l’acceptation de la quasi-totalité des décisions — malgré des désaccords — est précisément le signe d’une tout-doux-cratie qui fonctionne. Je m’explique.

On l’a vu, le vote contre est un outil de dernier recours. En d’autres termes, les membres n’ont pas soumis d’actions dont ils savaient qu’elles faisaient l’objet de dissensus trop forts. Cette affirmation se vérifie par le taux d’actions avec au moins un vote contre : 2 %. Parmi elles, la moitié n’ont pas récolté une majorité de votes pour, mais n’ont pas non plus récolté de majorité de votes contre. Les règles de la tout-doux-cratie autorisent alors l’auteur·ice de l’action à la réaliser. La sélection est réalisée en amont du vote.

Pour autant, ces actions ont été abandonnées, sur un principe de bonne foi : on pensait bien faire, mais on constate que l’action ne fait pas consensus, alors on abandonne.

Deuxième chiffre crucial : la participation moyenne aux actions extraordinaires. Ces actions pouvant avoir un impact fort sur l’association, il est désirable qu’elles soient décidées par le plus grand nombre. Cette participation est de 60 %, c’est-à-dire qu’en moyenne, plus de la moitié des membres donnent leur avis sur les actions extraordinaires. Si on peut se satisfaire de ce minimum, le chiffre reste un peu faible pour des actions de cette importance.

On peut toutefois justifier la faiblesse de ce chiffre par le contexte associatif ; le bénévolat passe souvent après les obligations et les étudiant·es qui se désintéressent de l’association mettent du temps à actualiser leur statut de membre.

Le dernier chiffre significatif correspond au nombre d’actions extraordinaires qui ont été acceptées par expiration du délai : ce sont les actions sans contre, mais sans adhésion majoritaire. Près d’une action sur dix est concernée ; ce sont à peu près les mêmes qui recueillent des votes neutres. Le neutre n’étant pas formalisé dans les statuts, il est difficile d’estimer à quel point l’absence de vote vaut un neutre, une abstention ou un manque de réactivité. Pour autant, l’acceptation de ces actions n’est pas pathologique dans la mesure où les membres de l’association se sont engagé·es à se tenir informé·es ; à l’expiration du délai, l’ensemble des membres a eu l’opportunité de donner son avis. Par fluidité, on avance même si le consensus n’est pas explicite.

Pour donner corps à ces chiffres, je vous propose d’examiner dans le détail certaines des actions tout-doux-cratiques concernées.

La tout-doux-cratie à l’épreuve

Dans les deux situations qui suivent, la tout-doux-cratie a été mise à l’épreuve : image de l’association fortement engagée, pas de consensus facile et nécessité de décider dans l’urgence.

Picasoft au concours de la reine du muguet

À Compiègne, chaque année, la mairie organise un concours sexiste, discriminatoire, conservateur et paternaliste : la reine du muguet. Chaque année, une nouvelle « reine » est élue et a pour prérogative de représenter la ville à tous les événements qui chantent à la mairie. Pour rendre compte de l’absurdité de ce concours, voici quelques mots choisis de son règlement :

La participation d’une candidate à l’élection implique de pouvoir répondre aux conditions suivantes :
‐ Avoir entre 18 et 22 ans lors de l’inscription et être de nationalité française.
[…] ‐ Être célibataire, sans enfant.
[…] ‐ Être d’une taille minimum de 1,65 m.
[…] Une fois élues, […] elles s’engagent à ne porter l’écharpe et la couronne qu’avec l’accord de la Ville, à porter la tenue offerte par la Ville, à ne pas fumer et ne pas utiliser de téléphone portable lors de représentations publiques.
[…] La Candidate veillera à porter, pour toutes les convocations officielles décrites ci dessus, une tenue correcte exigée (robe et chaussures).
[…] La Candidate s’engage à se comporter en toutes circonstances et en tous lieux avec grâce, élégance et dignité.

Ces extraits se passent de commentaires.

Le conseil municipal en plein brainstorming pour disrupter la prochaine édition.

 

En revanche, le règlement ne dit rien sur le sexe de la candidate ; seul le pronom elle, qui dénote le genre, est employé. Si on peut raisonnablement douter que la mairie de Compiègne soit sensible à cet argument, il n’en fallait pas plus pour qu’un·e membre de sexe masculin de Picasoft, répondant par ailleurs aux conditions formulées (détenteur·ice d’un formidable mètre quatre-vingt, non fumeur·se, célibataire, rempli·e de grâce, équipé·e en robe et chaussure de bon ton) décide d’aller troller le concours en s’y présentant avec la dignité de circonstances.

Seulement, il y a un hic : les candidates doivent « être présentée[s] par un commerçant ou une association de Compiègne ». Qu’à cela ne tienne, Picasoft est domiciliée à Compiègne. Une action extraordinaire est lancée dans la mesure où l’image de Picasoft est engagée. Les avis divergent particulièrement. Picasoft est-elle prête à mettre les pieds dans le plat pourri de la politique locale et à en assumer les conséquences ? Est-ce raisonnable de parrainer une candidature alors que c’est sans rapport aucun avec l’objet de l’association ?

Neuf jours plus tard, c’est la deadline pour s’inscrire au concours de la reine du muguet. Or le délai de 10 jours avant levée du verrou bloquant concernant une action extraordinaire n’est pas passé. Aucun vote contre, quelques votes pour, mais clairement pas encore assez pour dégager une majorité. Conclusion en tout-doux-cratie : le soutien de la candidature n’est pas autorisé.

Mais pour interroger la tout-doux-cratie, imaginons un monde alternatif où l’action aurait été lancée un jour plus tôt. Pas de vote contre, pas de majorité non plus ; 10 jours passent, le verrou expire, l’action aurait été validée. C’est cette expérience de pensée qui anime une autre discussion entre les membres : est-ce normal qu’une décision qui engage l’image de l’association et qui rencontre de nombreux doutes soit validée par manque de participation ?

Ce qui en ressort, c’est que voter contre est un acte très fort en tout-doux-cratie. Pour rappel, voter contre bloque la décision pendant 10 jours et enjoint le·la contre-votant·e à faire consensus autour du rejet pour bloquer définitivement l’action. Aussi, les votes sont publics et un vote contre peut être pris personnellement, particulièrement dans ce genre de cas.

D’un autre côté, voter pour quand on a une faible implication dans l’asso n’est pas évident : la personne qui vote ne sera pas forcément là pour assumer les conséquences, même si elle est pour sur le principe.

Ces frilosités à se positionner clairement sont virtuellement des votes blancs, qui ne sont pas distincts de l’abstention dans les statuts. En pratique, un smiley de drapeau blanc donne des indices sur le canal de vote. Et voter blanc est dans ce cas dans l’esprit de la tout-doux-cratie : je me m’engage pas, je ne suis sûr⋅e, mais je ne veux pas bloquer la décision. La fluidité et les compromis prévalent sur les blocages. Si d’autres personnes sont ok, alors ça me va que ça se fasse, mais sinon il faut me convaincre.

Ce coût du vote contre est assumé : à n’utiliser qu’en dernier recours, quand une action est particulièrement conflictuelle et qu’il faut trancher formellement. Ici, l’action aurait été certes statutairement validée, mais elle n’aurait pas produit de consensus. Le·a membre en question s’était d’ailleurs engagé·e à ne pas présenter sa candidature sans un consensus fort. Question de confiance, donc… dont on reparlera en dernière partie.

Picasoft au ministère de l’intérieur du Koweït

Le 7 décembre 2021, Picasoft reçoit un curieux mail, intitulé « threating e-mail using drop@picasoft.net urgent disclosure request ». Le corps du message est un court message (Kindly find attached our request – Awaiting your kind reply) qui fait référence à une pièce jointe au format PDF.

Son contenu va vous surprendre.

Autant vous dire que jusque là, ça ressemble à un début de scam, du phising ou que sais-je encore. Le courrier provient supposément du ministère de l’intérieur du Koweït et explique que notre instance de Lufi — un service libre et sécurisé de partage de fichiers — est utilisée entre autres pour envoyer des menaces de mort et de kidnapping à une famille qui a porté plainte.

Le courrier se finit par une demande :

En bref, nous sommes enjoints à transmettre à l’expéditeur les informations personnelles sur l’utilisateur de Lufi à l’origine des menaces. Le courrier contient en annexe les mails reçus par la victime. Leur contenu est particulièrement violent. Une dernière annexe reproduit la carte d’identité de la victime et la plainte qu’elle a déposée.

C’est le premier cas du genre qui se présente chez Picasoft. Bien que l’approche soit extrêmement douteuse, nos investigations confirment que le courrier est authentique 1

À ce stade, les membres qui ont authentifié la demande et pris connaissance de la gravité des menaces font face à un dilemme éthique : que faire, sachant que des vies sont peut-être en danger ? Il n’est alors pas exclu de transmettre l’information demandée, malgré l’illégalité d’une telle action, à la condition de communiquer publiquement sur l’ensemble du processus de décision.

Un mail est envoyé dans la foulée au ministère de l’intérieur du Koweït pour confirmer la réception de leur demande et leur demander de patienter. Comme l’action engage très fortement l’association, une action extraordinaire est nécessaire. En revanche, il semble difficile de se prononcer sans prendre connaissance de l’ensemble des éléments. Or, lire ces documents, c’est aussi s’exposer à leur lourde violence. L’idée est alors de déléguer la décision finale à un groupe de volontaires :

[…] Un groupe de membres s’est donc constitué et je demande par cette action qu’on leur délègue le droit de décider en conscience de l’action à mener, transmettre ou pas les éventuelles infos, sachant que […] s’ils décident de le faire c’est bien une décision de l’asso, parce qu’on aura considéré ici qu’il existe des cas ou il est légitime de le faire et qu’on leur aura donné mandat pour cette action.

La situation est urgente, il est difficile de prendre du recul. À rebours complet des discussion jusqu’alors, un membre intervient et recadre le débat : il faut sans aucun doute répondre par la négative. Le Koweït n’a pas à intervenir directement auprès d’un ressortissant français, quelle que soit l’urgence, et connaît les procédures pour passer par les autorités françaises. Il est donc inconcevable de leur transmettre la moindre information et ce mandat n’a pas lieu d’être. Cette objection reconfigure le débat et deux points émergent :

  • Il ne devrait pas être de notre responsabilité de prendre cette décision, mais aux autorités françaises. Engager la responsabilité du responsable administratif à travers une action illégale est extrêmement problématique.
  • Le Koweït est un régime autoritaire capable de monter un dossier crédible pour obtenir des informations sur un opposant au régime, par exemple.

Cette action est la première à cumuler plusieurs votes contre. Selon le formalisme des statuts, une majorité de votes contre est nécessaire pour invalider l’action. Il ne sera pas nécessaire d’en arriver là : les arguments font consensus et l’action est spontanément abandonnée. Le ministère de l’intérieur du Koweït est renvoyé aux autorités françaises.

Ce qu’illustre bien cet exemple, c’est que la tout-doux-cratie s’est montrée fonctionnelle non pas tant par son processus technique (action extraordinaire, verrou bloquant…) que par ce que ce processus produit :

  • Une nécessité d’informer correctement et clairement tous les membres. Une proposition d’action doit être vulgarisée et reformulée pour que chacun·e soit en capacité de donner son avis.
  • Une obligation pour les membres de s’informer et donc la possibilité de donner son avis dans un délai raisonnable.

Ici, l’urgence de la situation a conduit un petit groupe de membres à considérer une option — divulguer des informations personnelles à un régime autoritaire en toute illégalité — qui semble inconcevable a posteriori. La communication pour donner mandat d’agir à ce groupe a permis de faire émerger un débat contradictoire et d’éviter une décision que l’on aurait pu regretter longtemps.

Des limites de la tout-doux-cratie

Après avoir défendu le bon fonctionnement de la tout-doux-cratie dans les précédentes parties de cet article, une dose d’auto-critique est plus que bienvenue.

Je pense que les limites de ce mode de gouvernance peuvent être interrogées par trois prismes : faiblesses du mode de scrutin, difficultés de transposition à d’autres structures et possibilités d’abus du système.

Un mécanisme de vote faible

Il me semble que le mécanisme de vote simpliste des actions (pour ou contre) pose problème à plusieurs égards. En premier lieu, l’abstention et le blanc sont tout bonnement absents des statuts et sont distribués de manière informelle. De ce fait, il est impossible de savoir si une action a reçu peu de votes par manque d’information ou par prudence, abstention, position neutre…

Portant, cette information est essentielle, car elle rend compte de la bonne santé d’une tout-doux-cratie. Voter blanc ou s’abstenir, c’est donner activement son avis tout en manifestant une volonté de ne pas bloquer une action. Peut-être qu’alors, le nombre de blancs/abstentions devrait rentrer en compte pour la validation d’une action extraordinaire ; ce qui compterait, c’est que suffisamment de membres se soient exprimés, plus que le nombre de « pour ».

Aussi, les statuts ne prévoient pas de délai de réflexion obligatoire pour les décisions qui impactent fortement l’image de l’association. Je n’ai pas vraiment d’opinion argumentée sur la pertinence d’un tel délai, mais on a vu qu’il aurait pu se montrer utile avec le cas du ministère de l’intérieur du Koweït.

Enfin, les votes sont publics. C’est un choix qui n’est pas neutre et qui présuppose que les membres sont en capacité de recevoir l’opinion des autres sur une action sans la prendre personnellement. En miroir, les membres sont supposés se sentir légitimes et à l’aise d’exprimer leur opinion publiquement. Ce n’est pas une évidence, et dans un groupe avec des tensions ou des liens interpersonnels forts, le vote public peut conduire à une auto-censure qui donne l’impression d’un système en bonne santé, alors qu’il masque des dissensus.

Une dépendance à la participation

Plus haut dans ce billet, j’ai affirmé que la participation active aux prises de décision est essentielle au bon fonctionnement de la tout-doux-cratie. Pourtant, ce point suscite des controverses : que faire des membres inactif·ves ? Les virer manu militari ? Bien entendu, ce n’est pas le genre de la maison, mais tout de même… on grince un peu des dents quand les décisions sont prises à une majorité faiblarde.

On m’a signalé les vidéos de Jean-Michel Cornu, spécialiste de la coopération et de l’intelligence collective. Dans une vidéo intitulée « à quoi servent ceux qui ne font rien dans vos collectifs », Cornu propose que le ratio d’actif·ves et d’inactif·ves reste constant dans les grands groupes, i.e. plusieurs dizaines de personnes. Chercher à faire disparaître les inactif·ves, c’est risquer de faire diminuer le taux de participation encore plus. Dans une autre vidéo, « le truc contre-intuitif pour avoir un groupe durable », Cornu rappelle qu’en plus des inactif·ves, des réactif·ves et des proactif·ves, il y a aussi les observateur·ices. Peut-être en êtes vous un·e vous-même : vous lisez cet article, vous suivez les actualités de Framasoft, mais vous ne les commentez pas. Je vous connais à présent moins que vous ne me connaissez ; et pourtant, vous êtes partie intégrante du groupe. Les observateur·ices peuvent à tout moment passer le cap : prendre un rôle vacant, donner leur avis, réagir à une proposition…

La tout-doux-cratie a encore du chemin pour être vraiment inclusive : les personnes qui ne participent pas activement on en réalité un rôle essentiel dans le collectif.

C’est pourquoi il est essentiel de ne pas les exclure de la vie de l’association. Les statuts actuels ne reconnaissent que les membres actifs. Peut-être serait-il bon de formaliser un rôle de sympathisant·e, qui aurait alors toutes les cartes en main pour participer un jour : accès à l’information, autonomie, structure adéquate, processus d’intégration, réflexions sur l’inclusivité dans le collectif… C’est un autre débat passionnant qui méritera(it) son propre billet. En attendant, prenons soin de celles et ceux qui nous sont invisibles et dont la tout-doux-cratie a radicalement discrédité le rôle.

La gestion des membres inactifs ou « disparus »

Ce point est lié au précédent : que faire lorsque des membres de la tout-doux-cratie n’ont plus aucune interaction avec l’association depuis plusieurs mois ? Les membres actifs se déclarent en « vacances » s’ils savent qu’ils seront absents pour une durée de plusieurs jours, pour éviter de bloquer les votes par abstention. Mais des membres ne donnant plus de signes de vie, ça ne se met pas en vacances…

Le fonctionnement de l’Université de Compiègne divise l’année en deux semestres, avec des vacances de 1 mois l’hiver et 2 mois l’été. Toutes les associations étudiantes fonctionnent donc au semestre : au début du semestre, une journée des associations est organisée au sein de l’établissement, chaque étudiant « s’inscrit » à une ou plusieurs associations sur le portail interne, les associations font leurs demandes de subventions auprès des organismes de l’établissement ; en fin de semestre, il est demandé à chaque association de réaliser son bilan, puis les inscriptions sur le portail sont automatiquement réinitialisées. Ce mode de fonctionnement incite les étudiants à s’inscrire dès les premiers jours dans ces associations sans pour autant participer à celles-ci durant le semestre — il y a notamment beaucoup de « disparitions » lorsque les premières notes arrivent. De plus, la majorité des étudiants rompent tout contact avec les associations une fois diplômés.

Picasoft a dès le départ fait le choix de s’ouvrir à l’extérieur du milieu scolaire bien que la quasi-totalité de ses membres soient en lien direct avec l’UTC (étudiant·e, vacataire ou personnel interne). Les cas de décrochages — des personnes qui ne donnent plus signe de vie au bout d’un mois — s’accumulent. Ces cas finissent par interpeller les autres membres, menant à des petits débats lors des assemblées générales ordinaires. Si la suspension des accès aux identifiants partagés et aux machines de Picasoft, après demande directe auprès des personnes concernées, fait l’unanimité, leur présence fantôme à la tout-doux-cratie est source de dissensus. Plusieurs pistes ont été étudiées :

  • Laisser les membres quitter la tout-doux-cratie par eux-même : c’est la solution actuelle, qui a montré rapidement ses limites pour les actions extraordinaires, qui nécessitent des consensus.
  • À chaque fin de semestre, contacter les personnes une-à-une pour leur demander si elles souhaitent continuer à participer ; c’est la solution actuelle pour les accès techniques. C’est fastidieux, et il faut de plus trancher sur la manière de réagir si une personne semble injoignable.
  • À chaque fin de semestre, définir un seuil minimal de participation et expulser les personnes en-dessous de ce seuil ; cette méthode est assez violente et peut frustrer par exemple un·e étudiant·e qui était parti·e en stage de 6 mois en ayant oublié de se mettre en vacances. Ielle aura probablement peu envie de retourner dans l’association à la fin de son stage. Il y a aussi la question de comment déterminer le seuil : 0 %, 10 %, 20 %, 30 % de participation ? L’outil que nous utilisons actuellement pour déterminer la participation ne tient pas compte des vacances, et certaines abstentions de vote peuvent être justifiées a posteriori.
  • Mise-en-place d’une cotisation symbolique pour adhérer à la tout-doux-cratie : c’est le choix de beaucoup d’associations loi 1901 « standards » pour rentrer dans les instances de celles-ci. Cette solution est a priori exclue, car la tout-doux-cratie avait pour objectif de rendre l’entrée dans l’association la plus simple possible. D’une part, gérer les cotisations demande un peu d’effort logistique (déclarer chaque cotisation dans notre registre, remplir des papiers, etc). D’autre part, et surtout, rendre coûteux (en temps et en argent) la participation à l’association est un non-objectif.
  • À chaque début de semestre, expulser tout le monde, puis recréer un canal de tout-doux-cratie par le bureau, et ajouter les anciens membres qui le demandent. Cette solution, bien que moins violente que l’expulsion ciblée, pose un risque lors du changement de canal : une minorité pourrait prendre le contrôle de l’association en jouant sur le fait qu’elle a été temporairement majoritaire.

Le choix final final est toujours en cours de discussion. Peut-être aurez-vous une idée plus féconde ?

Des tout-doux-craties ?

Comme on le rappelait en introduction, il n’existe pas de bonne manière intrinsèque de prendre une décision ; la tout-doux-cratie ne peut donc pas être un bon mode de gouvernance en soi. Mais si son bon fonctionnement chez Picasoft dépend du croisement de facteurs trop spécifiques, de notre configuration très particulière, alors ce billet ne présente qu’un intérêt limité. Ce serait comme vous faire une description extensive d’une recette de cuisine dont vous n’avez aucun moyen de vous procurer les ingrédients.

Pour essayer d’être le plus honnête intellectuellement, je vous propose de situer plus précisément les à-côtés de Picasoft. En effet, si on cherche ce qui fait que la tout-doux-cratie a marché chez nous mais pourrait potentiellement ne pas marcher ailleurs, je pense qu’il faut scruter les conditions de notre expérience : l’écosystème dans lequel nous sommes, la taille de Picasoft, les objets sur lesquels on travaille, les gens, leur culture, leurs envies qui additionnées font les objets de Picasoft, leur vécu, leurs personnalités.

On est peu ou prou 20-30 moitié actif·ves, étudiant·es ou universitaires. Bénévoles, l’asso ne nous donne aucun moyen de survie et la tout-doux-cratie n’a pas pensé cet enjeu pourtant crucial. En revanche, il y a un enjeu émotionnel lié à la valorisation de nos contributions (par le commentaire des pairs et/ou des réussites opérationnelles). La tout-doux-cratie joue avec cet enjeu. Nos personnalités et vécus différents nous font réagir très différemment face à ces enjeux qui partent dans la nature et qui sont secoués.

De plus, par un mécanisme type œuf ou poule, Picasoft intègre des personnes pour qui la qualité des échange et la bienveillance sont importantes, de sorte qu’il n’y a pas de conflits pré-existants. L’inverse serait plus probable dans une association qui s’est formée contre un projet d’urbanisme par exemple, où les opinions sur ce qui devrait être fait à la place divergent a priori.

Nous passons du temps ensemble et nos dialogues prennent une certaine forme. Sur Mattermost bien sûr, mais aussi au foyer étudiant, aux détours d’une colocation, du studio de Graf’hit… Le rythme étudiant façonne la façon dont on se retrouve et dont on se quitte. Ce mode de fonctionnement n’a rien à voir avec une entreprise ; pas seulement par la tout-doux-cratie ou nos valeurs, mais aussi parce nos activités peuvent s’organiser en petits groupes physiques qui se font et se défont au gré de nos envies, disponibilités, et hasards sympathiques de la vie dans un genre de grand campus. Ce point est à nuancer vu que l’association a été particulièrement active en période de confinement, mais il n’est pas certain qu’elle aurait perduré sur ce mode.

Alors, il est franchement difficile de faire une supposition pertinente sur la transposition de la tout-doux-cratie à d’autres. Pour résumer ce que je viens de raconter, Picasoft est une association dont les membres proviennent essentiellement de la même classe sociale et partagent un même environnement. En revanche, j’ai constaté empiriquement que les nouveaux membres arrivés au fil des années se sont d’abord intéressés à l’objet de l’association (l’informatique libre) avant de s’intéresser aux autres humains qui en font partie. L’amitié est née après : il semblerait abusif de mettre le bon fonctionnement de la gouvernance sur le dos d’une bonne entente préalable.

En revanche, la tout-doux-cratie favorisant la fluidité à l’unanimité, il est peut-être dangereux de la transposer dans un contexte où les actions engagent trop fortement les membres.

Quant au passage à l’échelle, il est vraisemblable que la tout-doux-cratie fonctionne moins bien. En effet, une échelle plus grande va souvent de pair avec un plus grand nombre de décisions et un champ d’action plus large. Mécaniquement, le pourcentage de membres en capacité de s’informer et de donner son avis sur l’ensemble des sujets diminue. L’information et la participation au vote étant les piliers d’une tout-doux-cratie saine, son application à une large organisation risque d’être inefficace. Ceci étant, appliquer une tout-doux-cratie pour chaque groupe de travail et réserver la tout-doux-cratie globale aux actions les plus importantes me semble être un bon compromis.

Confiance humaine, confiance procédurale

Les autres points limites de la tout-doux-cratie, dont certains ont été évoqués plus haut, posent à mon avis la même question : les règles d’un mode de gouvernance doivent-elles être infaillibles ?

Avant de répondre, voici quelques exemples où le fonctionnement de la tout-doux-cratie pourrait être abusé, volontairement ou non.

Prenons une action extraordinaire qui reçoit un vote contre, qui n’a pas de majorité de vote pour — par exemple car, conjoncturellement, plusieurs membres sont peu disponibles à cette période. Mettons que cette action dépasse le délai du verrou bloquant. Très clairement, elle ne fait pas consensus, elle engage l’association et elle est pourtant validée statutairement parlant. Quid d’une personne qui déciderait alors de forcer l’action ?

Autre exemple : un groupe de personnes malveillantes rejoignent l’association et votent sa dissolution. Un putsch facile et efficace. En réalité, le processus serait beaucoup plus complexe 2 mais le risque n’est pas nul.

De façon générale, les membres sont peu à être réellement actifs dans l’association, ce qui peut créer un sentiment d’illégitimité à s’exprimer chez les membres moins actifs. Les « vieux » qui connaissent le système pourraient alors mener une politique conservatrice, en décourageant les nouveaux membres de s’investir.

Toutes ces limites sont réelles et valides. La tout-doux-cratie n’est pas une baguette magique. Elle fonctionne aussi, et nécessairement car les membres de l’association sont réputés bienveillants, attentifs aux autres, se remettent en question et recherchent le compromis plutôt que le conflit, prennent le temps de s’informer, se connaissent de près ou de loin et s’entendent sur les valeurs portées par l’association.

Mais… est-ce un problème ? Tout dépend du point de vue. Un système de gouvernance ne s’évalue qu’à la lumière de ses objectifs. Si l’objectif de la tout-doux-cratie était de produire des actions nécessairement conformes à l’opinion de la majorité sans aucune possibilité d’action malveillante, alors c’est raté.

Et c’est sans doute le plus grand parti-pris : ne pas offrir ces garanties grâce à des moyens procéduraux techniques ou juridiques, mais créer un climat de confiance entre humains, propice à la discussion. Alors, oui, ça fait bisounours, mais ça fonctionne. Peut-être que ça fera réagir certain·es d’entre vous. En tout cas, moi, quand je lis ce genre de choses, j’objecte souvent en mon for intérieur : « oui, mais quand même, si n’importe qui peut rentrer dans l’asso, et voter ci, et bloquer ça, et si personne s’en rend compte, et […] », j’ai peur. Et quand j’ai peur, je voudrais trouver un moyen de me protéger, d’empêcher les abus de confiance à coup sûr.

Moi et mes cauchemars, quand j’ai peur. Ça donne pas bien envie de laisser des failles traîner, non ?

Mais se protéger à coup sûr, c’est souvent créer des procédures désincarnées et compliquées. Si on fait un pas de côté, c’est notamment cette peur qui a conduit à l’émergence des blockchains. Dans ce monde du zero-trust, le premier postulat est que personne n’est digne de confiance, sauf vous. Alors, des mécanismes cryptographiques infalsifiables garantissent que rien ni personne ne peut nier que ce machin est à vous, ou que vous avez envoyé telle quantité de cryptomonnaies à bidule. Sans aller jusque là, c’est aussi cette peur (justifiée) qui fonde le chiffrement de bout en bout : il existe forcément quelqu’un qui pourrait regarder ou utiliser mes données sans ma permission.

Mais une solution technique serait profondément dysfonctionnelle à l’échelle d’une association. Une association n’est pas un système ouvert et anonyme comme Internet, mais un lieu où les gens ont envie de réaliser des choses ensemble. Les risques théoriques sont valides, mais c’est par choix : nous ne voulons pas de processus bureaucratiques complexes et pseudo-neutres, nous voulons créer du lien.

Nous voulons affirmer que la confiance, à cette échelle, doit être un a priori.

Nous pensons qu’essayer de tout prévoir, tout englober, se prémunir de tous les risques est voué à l’échec. Des cas problématiques se présenteront quoi qu’il arrive. Ils nous feront grandir.

C’est ça, pour nous, la tout-doux-cratie : offrir un cadre sans élites ni stars pour créer du lien avec respect et bienveillance – renouer avec les débats joyeux.

Un grand merci à Antoine, Gaëtan, Jérôme, Stph, R01, Tobias, et tout·es les membres de Picasoft et de Framasoft, en particulier à Goofy, pour leurs contributions, relecture, corrections et leur accueil bienveillant !

Khrys’presso du lundi 31 octobre 2022

Par : Khrys
31 octobre 2022 à 02:42

Comme chaque lundi, un coup d’œil dans le rétroviseur pour découvrir les informations que vous avez peut-être ratées la semaine dernière.


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