❌

Vue normale

Il y a de nouveaux articles disponibles, cliquez pour rafraĂźchir la page.
À partir d’avant-hierFlux principal

« SortilĂšges & Syndicats Â», un Framabook quitte le nid

Par : Framasoft
23 novembre 2023 Ă  02:34

En janvier 2018, le dessinateur Gee, bien connu du Framablog, sortait de son domaine habituel pour nous proposer un roman
 Une aventure fantastique transposĂ©e dans un monde moderne, oĂč les elfes et orques s’affrontent dĂ©sormais dans une lutte des classes opposant le grand capital orquogobelinesque aux syndicats elfogauchistes.

L’histoire s’appelait alors Working Class Heroic Fantasy et avait Ă©tĂ© publiĂ©e par Framabook dĂšs juin 2018. Cinq ans aprĂšs, le petit Framabook quitte son nid et va s’envoler vers PVH Éditions pour devenir « SortilĂšges & Syndicats Â» !

Working Class Heroic Fantasy devient SortilĂšges & Syndicats

Le pitch

L’action se passe dans un monde un peu comme le nĂŽtre, avec des open-space, des divorces et des syndicats
 Mais aussi avec des elfes, mages, orques et gobelins. Imaginez que nos meilleurs romans de Fantasy soient en fait le chapitre Moyen-Âge de leurs livres d’histoire
 Vous y ĂȘtes ?

VoilĂ  : c’est la Terre de Grilecques, le monde oĂč vit Barne Mustii, petit employĂ© de bureau chez Boo’Teen Corp, une entreprise qui vend des bottes. Barne est un humain un peu rĂ©signĂ© qui subit les brimades de son gobelin de patron, jusqu’au jour oĂč c’est l’insulte de trop. Et si un simple tour Ă  la permanence du syndicat l’entraĂźnait dans une Ă©pique lutte des classe contre l’oligarchie orquogobelinesque
 ?

Ne ratez pas ce roman fĂ©roce et drĂŽle, qui rebondit dans tous les sens comme une balle magique : dystopie et gaudriole, anarchie et fantasy, non-binaritĂ© et lutte des classes. Ce livre, c’est peu comme si Marx et Tolkien avaient eu un enfant qui aimerait bien se poiler avec Pratchett.

PVH Éditions, c’est quoi ?

Logo de PVH ÉDitions

PVH Éditions est une maison qui Ă©dite des ouvrages issus de la littĂ©rature de l’imaginaire – science-fiction, fantasy, fantastique, anticipation, contes et lĂ©gendes. Une de ses particularitĂ©s qui parlera sans aucun doute au lectorat du Framablog est d’avoir libĂ©rĂ© sa collection Ludomire sous licence libre CC By Sa. Une collection dans laquelle on trouve notamment nos camarades Ploum et Thierry Crouzet.

PVH Éditions est basĂ©e en Suisse et dirigĂ©e par Lionel Jeannerat, qui a rĂ©cemment Ă©tĂ© invitĂ© dans l’émission Libre Ă  vous ! de l’April, Ă©mission dont nous vous conseillons fortement l’écoute pour en apprendre plus sur l’aventure Ludomire.

Comment ça se rĂ©Ă©dite, un livre sous licence libre ?

Beaucoup plus simplement qu’un livre sous droit d’auteur classique ! Lorsque Framabook a publiĂ© Working Class Heroic Fantasy, Gee a signĂ© un contrat de cession de droits
 non-exclusive. Un dĂ©tail qui a une importance capitale pour la suite. Car les contrats d’édition classique comportent gĂ©nĂ©ralement une cession de droits exclusive, ce qui prive l’auteur de l’opportunitĂ© d’aller se faire republier ailleurs.

Un autre auteur Framabook, Yann Kervran, en parlait dans un article du Framablog de 2017 :

Oui, j’ai dĂ©jĂ  Ă©tĂ© publiĂ© chez La Louve Ă©ditions, avec qui j’avais un contrat traditionnel. (
) J’ai demandĂ© Ă  l’éditeur de mes romans s’il serait d’accord pour me redonner les droits sur mes textes (car, comme habituellement, il en dĂ©tenait l’intĂ©gralitĂ© exclusive jusqu’à 70 ans aprĂšs ma mort) et il a acceptĂ©. Je tiens Ă  l’en remercier car ce n’est pas toujours si simple et amical. Cela a malgrĂ© tout demandĂ© quelques mois pour se finaliser.

Si la licence libre permet en thĂ©orie a une maison d’édition de rĂ©Ă©diter le livre sans demander l’avis de Gee ni sans lui verser le moindre centime, en pratique, les personnes enthousiasmĂ©es par le Libre ont en gĂ©nĂ©ral l’élĂ©gance de chercher un arrangement qui soit bĂ©nĂ©fique pour toutes les parties impliquĂ©es.

Ainsi, Gee a pu signer un nouveau contrat d’édition avec PVH Éditions, prĂ©voyant des versements d’honoraires issues des ventes du livre avec une avance de 950 € (enfin
 900 CHF, Ă©videmment) versĂ©e dĂšs la publication. Le travail Ă©ditorial rĂ©alisĂ© par les bĂ©nĂ©voles de Framabook n’a pas non plus Ă©tĂ© oubliĂ©, puisque le livre est estampillĂ© « Commun Culturel Framasoft Â» et qu’un petit texte continue de remercier l’association en dĂ©but de livre.

Les logos sur la couverture (PVH Éditions, Commun Culturel Framasoft, et ƒuvre libĂ©rĂ©e sous CC By Sa)

Plusieurs logos coexistent sur la couverture, tĂ©moignage de l’histoire Libre du livre

Comme quoi, plus que jamais, Libre ne veut pas dire « gratuit Â» : une Ă©conomie du livre libre, Ă©thique et Ă©quitable, est possible. La collection Ludomire de PVH Éditions en est un bon exemple : souhaitons Ă  « SortilĂšges & Syndicats Â» le mĂȘme succĂšs. Car de l’autre cĂŽtĂ©, dans le monde de l’autoĂ©dition, tout n’est pas tout rose.

Les limites de l’autoĂ©dition

Logo de Ptilouk.net Éditions

Pour ses nombreuses publications, Gee a montĂ© sa petite maison d’autoĂ©dition, Ptilouk.net Éditions, et passe par de l’impression Ă  la demande : d’abord par Lulu, qui a longtemps Ă©tĂ© utilisĂ© par Framabook Ă  l’époque oĂč des livres imprimĂ©s Ă©taient proposĂ©s.

Évidemment, qui dit autoĂ©dition dit bien souvent absence d’un rĂ©seau de distribution : ainsi, sans moyens de promotion ni de disponibilitĂ©s en librairie, les ventes de livres de Gee restent trĂšs faibles. En un peu plus de 2 ans d’existence, Ptilouk.net Éditions n’a vendu que 550 exemplaires en comptant l’intĂ©gralitĂ© des 15 publications disponibles, la majoritĂ© des ventes ne se passant pas sur Internet mais sur les stands des Capitoles du Libre et autres JDLL.

Ajoutons Ă  cela les tarifs sur lesquels les imprimeurs Ă  la demande se gavent allĂ©grement, bien souvent avec des systĂšmes opaques et des coĂ»ts cachĂ©s. Gee raconte :

Je suis assez convaincu, par exemple, que Lulu s’ajoute une confortable marge dans les frais de livraison. Ces frais sont incroyablement Ă©levĂ©s et n’ont aucune cohĂ©rence par rapport au coĂ»t de transport, car ils sont proportionnels au nombre de livres, peu importe la taille. Donc si je commande 50 exemplaires de ma BD Superflu de 50 pages, ils m’envoient un carton pour la bagatelle de 80 € de frais de port. Si je commande 50 exemplaires de mon autre BD GKND, 360 pages, il faut 8 cartons, et on m’annonce
 80 € de frais de port. Ça sent un tout petit peu le foutage de gueule.

Gee propose Ă©galement ses livres sur Amazon depuis un an. Un choix Ă©trange pour un libriste comme lui, plutĂŽt hostile aux GAFAM (dont Amazon est l’un des A), mais qui s’en explique sur son blog :

Il me semblait nĂ©cessaire d’y ĂȘtre. De la mĂȘme maniĂšre que je suis aussi sur Twitter ou Facebook : avant tout pour aller chercher les gens lĂ  oĂč ils sont. (
) Je garde les mĂȘmes principes qu’avec Twitter et cie : rien d’inĂ©dit n’y est publiĂ©, et je conserve d’autres alternatives pour ne pas encourager les gens Ă  passer par lĂ  (Lulu pour le papier, et le tĂ©lĂ©chargement direct pour les livres numĂ©riques Ă  prix libre). J’ajoute mĂȘme une « taxe Amazon Â» : les bouquins y sont 4,95 € plus chers (les numĂ©riques aussi, les versions Kindle y sont donc Ă  4,95 € 😛).

Un choix qui n’avait alors pas manquĂ© de faire rĂ©agir Lionel, le dirigeant de PVH Éditions, dans son article « RĂ©flexions sur l’impression Ă  la demande et l’édition libre Â» :

Il faut arrĂȘter de croire que des gens vont vous dĂ©couvrir et vous acheter sur des sites comme Lulu ou Amazon. En rĂ©alitĂ©, personne ne se balade sur ces sites comme ils pourraient flĂąner en librairie Ă  la recherche d’une pĂ©pite. De plus, ces plateformes renferment des millions de livres et leur algorithme ne mettront en avant que les best-sellers (et leurs propres publications pour Amazon). Ils mettent parfois en Ă©vidence des succes-stories qui cultivent l’illusion qu’ils vous sont utiles.

Ils essaient de faire croire que grĂące Ă  eux, le travail de diffusion et de libraire n’est plus utile. Mais c’est faux
 Aucun livre ou aucun talent ne trouve son public par hasard, et encore moins par l’impartialitĂ© des algorithmes.

Un an aprĂšs, Lionel et Gee s’associent donc pour une nouvelle expĂ©rience : « SortilĂšges & Syndicats Â» !

« SortilĂšges & Syndicats Â», un livre libre bientĂŽt en librairie !

Couverture du livre

Pour l’heure, la version imprimĂ©e du livre est uniquement disponible sur la boutique en ligne de PHV Éditions. Les dĂ©lais de distribution Ă©tant ce qu’ils sont, le livre ne sera disponible en librairie qu’à partir de mars 2024. En attendant, vous pouvez le commander en ligne, avec une offre spĂ©ciale de NoĂ«l : si vous y achetez SortilĂšges & Syndicats accompagnĂ© d’au moins un autre livre, et pour un total de plus de 35€, vous aurez une rĂ©duction de 5 % et les frais de port offerts (code promo : noeldegee).

L’occasion, donc, de (re)dĂ©couvrir la collection Ludomire !

Les liens important

PVH Ă©ditions et Ludomire : Ă©ditĂ©s, libĂ©rĂ©s

Par : Framasoft
22 mars 2023 Ă  07:31

Le 12 janvier dernier, PVH Ă©ditions a annoncĂ© la libĂ©ration de sa collection Ludomire. Vu la faible frĂ©quence de ce genre de dĂ©marche dans le milieu de l’édition traditionnelle, nous avons eu envie d’aller interroger ce courageux Ă©diteur suisse.

Rencontre avec un Ă©diteur qui libĂšre

Bonjour, pourriez-vous tout d’abord prĂ©senter rapidement PVH Ă©ditions, son histoire et catalogue ?

PVH Ă©ditions est une maison d’édition franco-suisse spĂ©cialisĂ©e dans la science-fiction, la fantasy et le fantastique, qu’on appelle parfois « littĂ©rature de l’Imaginaire Â» mais je prĂ©fĂšre dire SFFF qui rend mieux compte de tous les genres et sous-genres qu’il renferme. Notre activitĂ© Ă©ditoriale a dĂ©marrĂ© en 2014, mais nous nous sommes rĂ©ellement professionnalisĂ©s fin 2020. C’est Ă  ce moment oĂč tout s’est accĂ©lĂ©rĂ© : en deux ans nous avons doublĂ© la taille de notre catalogue, embauchĂ© six personnes et obtenu un contrat de diffusion auprĂšs de CED-CEDIF (distribution Pollen).

Pendant les premiĂšres annĂ©es, nous avons beaucoup expĂ©rimentĂ© : livre de voyage, jeu de sociĂ©tĂ©, etc. Mais en 2021, nous avons resserrĂ© notre catalogue qui comprend essentiellement la collection Ludomire (16 romans et recueils de nouvelles), la collection Bretteur (4 romans et recueils de contes), quelques coĂ©ditions en jeu de rĂŽle (Mississippi et Oreinidia) et des essais dĂ©calĂ©s autour de Bitcoin (Objective Thune et La monnaie Ă  pĂ©tales).

Couverture de Ceux qui changent

MalgrĂ© les Ă©volutions de ces derniĂšres annĂ©es, l’ADN de PVH Ă©ditions reste celle du dĂ©but : il s’agit d’un projet artistique un peu fou de deux amis, Christophe GĂ©rard et moi. Le caractĂšre bicĂ©phale et binational s’incarne dans deux structures : PVH Ă©ditions, dirigĂ© par moi-mĂȘme Ă  NeuchĂątel en Suisse, et PVH Labs, dirigĂ© par Christophe Ă  Montboillon en Haute-SaĂŽne (France). L’équipe de quatre personnes de PVH Ă©ditions se charge du dĂ©veloppement Ă©ditorial : Ă©dition de livres, projets de traduction, etc. Celle de PVH Labs, quatre personnes Ă©galement, se charge du dĂ©veloppement software, de la commercialisation dans l’UE et un studio de production de nouveaux formats pour nos romans.

Ainsi en ce dĂ©but 2023, nous commençons une nouvelle phase de la pĂ©rennisation de notre structure. L’enjeu est de faire connaĂźtre nos auteurs et nos livres et mener Ă  bien deux projets d’envergure : les dĂ©veloppements et le lancement de notre boutique en ligne p2p, La Bookinerie, et de nos Romans augmentĂ©s. Ces deux projets, basĂ©s sur des logiciels libres, sont liĂ©s Ă  la libĂ©ration de la collection Ludomire.

Vous avez dĂ©cidĂ© de basculer une partie de votre catalogue, Ă  savoir la collection Ludomire, sous licence libre, comment est nĂ©e cette envie, et pourquoi le faire ?

L’envie a toujours Ă©tĂ© lĂ . La question devrait ĂȘtre : pourquoi ne l’avons-nous pas fait avant ? Pour ma part, je m’intĂ©resse aux logiciels libres depuis bien longtemps et j’en utilise autant que possible. Je me suis beaucoup intĂ©ressĂ© aux licences Creative Commons bien avant d’ĂȘtre Ă©diteur. J’ai suivi les expĂ©riences crĂ©atives de Ploum et Thierry Crouzet sur leurs blogs. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si j’ai Ă©ditĂ© certaines de leurs Ɠuvres. DĂšs 2020, nous avons inscrit dans notre ligne Ă©ditoriale notre « intĂ©rĂȘt pour la culture libre Â». En 2021, nous avons lancĂ© le format print@home sous licence CC BY-NC-SA. La libĂ©ration des Ɠuvres s’inscrit dans notre ADN, dans une suite logique.

Couverture de One Minute

Alors je la pose : pourquoi ne l’avez-vous pas fait avant ?

Quand on a dĂ©marrĂ© l’édition, on avait beaucoup de choses Ă  apprendre, Ă  mettre en place. Notre objectif Ă©tait avant tout de sortir des beaux livres et de rentrer dans nos sous. Rester dans les clous est clairement un confort, on discute avec d’autres Ă©diteurs, on reprend les modĂšles de contrats que l’on nous partage. L’utilisation de licences libres n’était pas une prioritĂ©, mĂȘme si c’était une envie.

J’avais Ă©galement le sentiment que libĂ©rer des Ɠuvres, comme ça, sans projet, ça aurait Ă©tĂ© un peu bidon. Pourquoi libĂ©rer des Ɠuvres si on continue Ă  fonctionner de la mĂȘme maniĂšre que quand on utilisait un copyright ? Je pense que j’avais besoin de rĂ©flĂ©chir au sens d’une telle dĂ©marche selon le prisme de l’éditeur. Nous avions Ă©galement besoin d’arriver Ă  un point de stabilitĂ© chez PVH Ă©ditions qui nous permette de nous investir dans une telle transformation. Et surtout, je voulais inscrire cette libĂ©ration dans un projet Ă©ditorial ambitieux et cohĂ©rent.

C’est ainsi que notre diffusion en France et en Belgique (signĂ©e en juillet et en place depuis novembre 2022) a apportĂ© le temps et la stabilitĂ© qui m’a permis de prĂ©parer cette libĂ©ration pendant le deuxiĂšme semestre 2022. En dĂ©cembre, nous avons obtenu un financement public important pour la mise en place de notre boutique en ligne p2p, La Bookinerie, sur 2023 et 2024. À prĂ©sent, si j’ose dire, je dĂ©roule un programme mĂ»rement rĂ©flĂ©chi.

Vous parlez de la question des rĂ©percussions avec les partenaires, quel accueil a reçu votre idĂ©e ? Comment ont rĂ©agi les collĂšgues Ă©diteurs ? David Revoy avait eu pas mal de souci Ă  l’époque de la premiĂšre Ă©dition chez GlĂ©nat de Pepper & Carrot, vous n’ĂȘtes pas inquiets ?

Pour le moment, je n’ai pas de retour nĂ©gatif. Mon diffuseur semble intriguĂ© et il y voit une opportunitĂ© pour encore mieux mettre en valeur la collection Ludomire auprĂšs des libraires. DerniĂšrement, j’ai eu des discussions avec un Ă©diteur europĂ©en pour faire traduire certaines Ɠuvres, et il m’a dit : « No problem, I like copyleft Â». J’ai Ă©galement l’impression que le choix d’une telle licence peut ĂȘtre bien vu pour obtenir de l’argent public, mĂȘme si je pense qu’ils s’en fichent un peu. C’est plutĂŽt encourageant non ?

Clairement, j’avais certaines inquiĂ©tudes mais je n’en ai plus vraiment. En rĂ©alitĂ©, on en fait une Ă©normitĂ© mais j’ai surtout l’impression que la plupart des gens se fichent bien de la licence. C’est surtout dans des projets d’adaptation que ça aura de l’importance. Je vous tiendrai au courant.

Couverture de L’hĂ©ritage des sombres

Pour beaucoup, libĂ©rer des Ɠuvres, cela revient Ă  dire qu’elles sont gratuites. Vous venez de l’édition traditionnelle, n’ĂȘtes pas des utopistes et avez dĂ» faire quelques calculs. Comment envisagez-vous les choses, financiĂšrement parlant ?

Bien entendu que j’ai fait mes calculs (mĂȘme si parfois on navigue au doigt mouillĂ©). En rĂ©alitĂ©, il Ă©tait important d’assurer une base solide : une belle collection proposĂ©e en librairie, des sorties rĂ©guliĂšres dĂ©jĂ  planifiĂ©es. La libĂ©ration de la collection Ludomire n’aura pas d’effet nĂ©gatif sur ce socle. Le fait que le livre sera disponible gratuitement en version numĂ©rique n’aura pas d’influence sur les ventes en librairie. C’est ce que j’ai aussi constatĂ© avec les Ɠuvres de Ploum, qui invitait (avec ma bĂ©nĂ©diction) Ă  tĂ©lĂ©charger gratuitement les e-books. Ça n’a pas empĂȘchĂ© Printeurs d’ĂȘtre notre meilleure vente e-book.

Clairement, je pense que cette libĂ©ration ne peut qu’avoir un effet bĂ©nĂ©fique : gagner en visibilitĂ© dans les mĂ©dias, toucher de nouveaux publics, renforcer l’engagement de nos lecteurs. La Bookinerie, qui sera en gros un outil de crowdfunding autohĂ©bergĂ© et sans intermĂ©diaire, pourrait ĂȘtre une source financiĂšre complĂ©mentaire. On est clairement dans l’expĂ©rimentation.

Vous avez choisi la licence CC BY SA, qui place les Ɠuvres dans les Communs, et qui est donc plus complexe Ă  intĂ©grer dans des circuits classiques, alors que d’autres licences libres moins engagĂ©es existaient (CC BY notamment). Qu’est ce qui a motivĂ© ce choix ?

Nous avons publiĂ© un article pour expliquer le choix de notre licence. J’y explique en gros que selon moi pour un Ă©diteur, il y a le choix du copyright ou le choix du copyleft. Le CC BY n’offre aucun avantage et permet la prĂ©dation. En tant qu’éditeur, notre mĂ©tier consiste Ă  exploiter des Ɠuvres et leurs dĂ©rivĂ©s, soit on les conserve jalousement, soit on espĂšre que d’autres nous aideront Ă  les exploiter. Laisser la possibilitĂ© Ă  d’autres de refermer la licence ne nous est donc d’aucune aide.

AprĂšs oui, c’est aussi un choix engagĂ©. Si cela ne tenait qu’à moi, la propriĂ©tĂ© intellectuelle serait abolie, c’est selon moi un archaĂŻsme. Mais c’est aussi un choix pragmatique qui permet de me dĂ©marquer des autres Ă©diteurs de SFFF. J’ai Ă©galement l’intime conviction que le monde de l’édition a besoin de se rĂ©inventer pour survivre. La propriĂ©tĂ© intellectuelle ne sert que les grands acteurs qui ont les moyens de le dĂ©fendre. Comme challenger, nous avons tout Ă  gagner de sortir du cadre.

Couverture de À l’orĂ©e de la ville

Vous allez trĂšs loin dans la mise en commun, en proposant une version Ă  imprimer soi-mĂȘme. Pourquoi aller jusque lĂ  ?

Parce que nous nous intĂ©ressons Ă  tous les lecteurs potentiels et que plus de la moitiĂ© des francophones sont en Afrique. Dans cette rĂ©gion du monde, l’accĂšs au livre est compliquĂ© pour des raisons logistiques et Ă  cause du pouvoir d’achat. Le print@home, inspirĂ© par la difficile accessibilitĂ© de nos livres pendant le premier confinement, est un moyen d’offrir un accĂšs imprimĂ© Ă  nos livres pour ces populations. Il sera l’un des formats au cƓur de notre boutique online p2p, La Bookinerie.

Et en rĂ©alitĂ©, si on rĂ©flĂ©chit bien Ă  la dĂ©cision de libĂ©rer une Ɠuvre, le but est de la rendre accessible soi-mĂȘme dans tous les formats pertinents et d’en ĂȘtre la source originelle. C’est ainsi qu’on peut cultiver un public et promouvoir les autres Ɠuvres dans les mĂȘmes formats. La logique commerciale change, je pense. Mais c’est l’expĂ©rience qui permettra d’y rĂ©pondre.

Couverture de La Couronne boréale

Avez-vous un workflow basĂ© sur des outils libres, Ă©galement ? Si oui, envisagez-vous de le partager ?

La boutique online p2p est un projet de logiciel libre. Il sera bien entendu partagĂ© dĂšs qu’il aura une version stable. Nous dĂ©veloppons Ă©galement des romans augmentĂ©s avec le logiciel Ren’Py et nous allons dĂ©velopper des fonctionnalitĂ©s nouvelles Ă  nos frais qui seront partagĂ©es Ă©galement.

En interne, nous utilisons autant que possible Ubuntu et des logiciels libres, mais ce n’est pas trĂšs structurĂ©. J’espĂšre en faire une seconde Ă©tape dans le projet de libĂ©ration de nos collections et de nos outils. Mais, la prioritĂ© est dĂ©jĂ  de mener Ă  bien la premiĂšre Ă©tape et survivre. Mais il est Ă©vident que tout ce que nous dĂ©velopperons de solide sera partagĂ© : contrats, logiciels, procĂ©dures, etc.

Parmi les auteurices impliquĂ©s, on retrouve des personnes comme Aquilegia Nox, Thierry Crouzet ou Ploum que tu as citĂ©s et qui avaient dĂ©jĂ  rĂ©flĂ©chi aux licences libres. Comment se sont dĂ©roulĂ©s les Ă©changes avec celleux qui dĂ©couvraient ? Quelles Ă©taient leurs plus grandes interrogations, leurs plus grandes craintes ?

Effectivement, Thierry, Ploum et Aquilegia Nox sont des vĂ©tĂ©rans dans le domaine. Il n’y a pas eu besoin de beaucoup d’efforts pour les convaincre. Mais, pour les autres auteurs·rices, ça a Ă©tĂ© finalement assez facile aussi. Ils nous font confiance. Il y a deux questions qui reviennent souvent : Qu’est-ce que ça change ? Ben pas grand chose en rĂ©alitĂ©. Dans un contrat d’édition classique, l’auteur cĂšde tous les droits (Ă  l’exception des droits moraux inaliĂ©nables) Ă  l’éditeur. Ils perdent de facto le contrĂŽle de leur Ɠuvre et ses adaptations, Ă  discrĂ©tion de leur Ă©diteur. L’édition sous licence libre leur redonne en partie ce droit. En gros, avant ils perdaient le contrĂŽle de leur Ɠuvre et ses adaptations, maintenant ils perdent toujours le contrĂŽle mais ils rĂ©cupĂšrent le droit de se rĂ©approprier l’Ɠuvre sans l’accord de l’éditeur. C’est donc une amĂ©lioration.

La seconde question concerne les dĂ©tournements immoraux de l’Ɠuvre. Sur ce point, je leur dis qu’ils conservent le droit moral pour s’opposer Ă  des utilisations scandaleuses. Mais je les prĂ©viens surtout que dans les faits, c’est trĂšs compliquĂ© d’empĂȘcher des adaptations scandaleuses. MĂȘme Disney n’arrive pas Ă  les empĂȘcher
 Il faut surtout dĂ©dramatiser et Ă©viter l’effet Streisand.

Couverture de Printeurs

Avez-vous des espoirs, des attentes, sur ce qui pourrait advenir des Ɠuvres ainsi libĂ©rĂ©es ? Parmi les auteurices, en connaissez-vous qui souhaitent profiter de cette opportunitĂ© pour enrichir, dĂ©velopper leur travail originel ?

Je n’ai pas vraiment d’attente car je ne veux pas ĂȘtre déçu. Je pense que la plupart des dĂ©veloppements ou adaptations des Ɠuvres libĂ©rĂ©es viendront des impulsions de PVH Ă©ditions ou des auteur·rices. L’approfondissement des Ɠuvres fait partie de notre ligne Ă©ditoriale, on y travaille indĂ©pendamment du type de licence. Nous avons toujours encouragĂ© nos auteurs Ă  le faire et nous sommes toujours ouverts Ă  aider Ă  l’éclosion de projets connexes.

DerniĂšrement, ce n’était pas sur un roman de la collection Ludomire mais sur l’essai La monnaie Ă  pĂ©tales nous avons reçu la contribution d’une interprĂ©tation audio du texte. Nous avons ouvert la licence de ce livre audio en CC BY-SA et il sera diffusĂ© sur la chaĂźne youtube de l’interprĂšte. Ce serait gĂ©nial d’avoir de telles initiatives pour la collection Ludomire et j’espĂšre qu’on pourra s’y associer de la mĂȘme maniĂšre.

Mais mon expĂ©rience et mon instinct me disent que des initiatives personnelles externes sont rares, je pense qu’il faut surtout chercher Ă  dĂ©velopper un rĂ©seau professionnel et un corpus libre commun, oĂč tout le rĂ©seau peut piocher dedans pour dĂ©velopper ses propres projets. Je me dis que c’est ainsi que le copyleft pourra peut-ĂȘtre rĂ©vĂ©ler tout son potentiel.

Couverture de Hoc est corpus

Comme souvent dans nos interviews, avez-vous envie de rĂ©pondre Ă  une question qui ne vous a pas Ă©tĂ© posĂ©e ? Vous pouvez le faire en conclusion.

On a parlĂ© de beaucoup de licence, de projets mais nous n’avons pas parlĂ© des livres. Et la premiĂšre source de fiertĂ© dans cette collection Ludomire n’est pas sa licence mais sa qualitĂ© littĂ©raire. Et comme vous m’en donnez l’occasion, je vais vous la prĂ©senter.

Le coffret Les Chroniques des Regards perdus, de Pascal Lovis, est une sĂ©rie d’heroic fantasy. Best-seller suisse, il s’agit de deux romans et une nouvelle qui sĂ©duiront les lecteurs qui aiment l’aventure et des fils narratifs entrecroisĂ©s. Pour les amateurs de fantasy, c’est une valeur sure.
Le mĂȘme auteur a Ă©crit Ă©galement le diptyque Terre hantĂ©e. Il s’agit d’une Ɠuvre de science-fiction tirant ses inspirations de films oĂč la rĂ©alitĂ© ne semble pas ĂȘtre ce qu’elle est tel que The Truman Show et Matrix. Une plume efficace et expĂ©rimentĂ©e.

Le roman Printeurs et le recueil de nouvelles Le stagiaire au spatioport Omega 3000 et autres joyeusetĂ©s que nous rĂ©serve le futur sont les Ɠuvres du libriste et blogueur Ploum, Lionel Dricot. Il s’agit d’Ɠuvres engagĂ©es qui aborde avec un humour parfois grinçant, parfois absurde les travers de nos sociĂ©tĂ©s consumĂ©ristes basĂ©es sur le capitalisme de surveillance. Allez-y les yeux fermĂ©s, vous allez passer un bon moment !

Le coffret ONE MINUTE de Thierry Crouzet est sans doute l’opus le plus extraordinaire de la collection. Ouvrage de science-fiction inclassable, il dĂ©crit la minute la plus cruciale de l’humanitĂ© du point de vue de 380 personnes diffĂ©rentes Ă  travers le monde. Comme un tableau impressionniste, chaque trĂšs court chapitre reprĂ©sente un point dans une fresque qui se rĂ©vĂšle au fur et Ă  mesure que l’on tourne les pages. Il y aborde et combine de maniĂšre surprenante des thĂ©matiques classiques de la SF, tel que le premier contact extraterrestre, la singularitĂ© informatique, l’hyperconnexion et le rapport de l’humanitĂ© avec la nature. Cette sĂ©rie est une expĂ©rience de lecture unique.

La sĂ©rie AdjaĂŻ aux mille visages, d’Aquilegia Nox, prĂ©sente la vie chaotique et aventureuse d’un changelin dans le roman Ceux qui changent. Avec naturel, il aborde des questions de transidentitĂ©, de tolĂ©rance et de rapport au corps, tout en proposant un parcours de vie pleine de rebondissement et d’intrigues. Dans le recueil de nouvelles Ceux qui viennent, l’autrice approfondit son univers en y prĂ©sentant d’autres lieux, d’autres cultures et d’autres personnages au destin exceptionnel. Une exploration bouleversante.

D’autres livres sortiront en mars et mai, tel qu’Hoc est corpus, roman historique fantastique pendant les croisades au royaume de JĂ©rusalem, ou La couronne borĂ©ale, aventure littĂ©raire et loufoque d’une bande d’archĂ©ologues Ă  la recherche d’un artefact lĂ©gendaire (ils n’ont pas de fouet, mais il y a un chat).

Vous pourriez bien dĂ©couvrir nos livres chez votre libraire et, si ce n’est pas le cas, il pourra vous les commander. Ils sont Ă©galement en vente en e-book et en papier sur notre site.

Et promis, on vous tiendra au courant de nos projets liĂ©s Ă  l’art et le logiciel libres.

Pour aller plus loin

❌
❌