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Le Lama déchaßné - Numéro 1

Par : echarp
24 octobre 2024 Ă  05:04

Le Lama déchaßné

Cette semaine encore, un numéro du Lama Déchaßné, sortait ce mercredi 23 octobre. Toujours avec quatorze rubriques à découvrir. Toujours pour soutenir financiÚrement l'April, mieux connaitre ses actions, mais pas que.

La semaine derniÚre, l'édito de la présidente était un coup de gueule sur la domination et les stratégies désastreuses et liberticides de Microsoft. Elle dénonçait l'Open Bar et les dérogations de certains ministÚres. Cette semaine, elle explique plus calmement, le travail invisible de l'April avec les parlementaires, les échanges d'arguments pour limiter certains projets de lois nuisibles aux logiciels libres, les questions écrites qui sont posées au gouvernement et les demandes CADA qui en résultent.

La plume extĂ©rieure du numĂ©ro 0 Ă©tait accordĂ©e Ă  Claudine Chassagne, une Ă©lue depuis deux ans Ă  Saint Martin d’Uriage qui lutte pour amener des logiciels libres dans sa commune et ailleurs. C'est l'incontournable Tristan Nitot qui reprend la plume, enfin le clavier, pour expliquer en quoi le Libre a changĂ© sa vie et continue de le faire.

Chaque semaine, les journalistes bĂ©nĂ©voles ont dĂ©cidĂ© de mettre en avant un extrait d'un ancien compte rendu d'activité  Pour le numĂ©ro 1, du 23 octobre, c'est le groupe Patrimoine mondial crĂ©e en 2002 que Laurent Costy, un des vice-prĂ©sidents de l'April a choisi
 Dans le numĂ©ro 0, le choix avait Ă©tĂ© fait de parler de la situation financiĂšre de l'association.

Bien sûr, il n'existe pas de journal sans dessin satirique, et c'est Simon "Gee" Giraudot l'auteur de nombreux livres et jeux vidéo (dont Sales Gosses qui vient de sortir) qui s'y colle avec l'intelligence et l'humour qu'on lui connait.

Pour vous faire connaitre les services libres et proposĂ©s Ă  tout le monde du Chapril, chaque semaine, un logiciel sera mis en avant. Mumble (confĂ©rence audio) et Nextcloud (stockage et partage) pour ces deux premiers numĂ©ros, car il faut faire des choix et seuls neuf des quatorze services pourront vous ĂȘtre prĂ©sentĂ©s

Des citations, des anecdotes rigolotes, des informations à savoir et des idées à déconstruire, des paroles de bénévoles ou de personnes salariées sont également proposées. Et des chiffres!

Vous avez plusieurs maniĂšres de participer Ă  cette campagne:

  • en remplissant la grille de mots croisĂ©s
  • en gazouillant sur les rĂ©seaux sociaux (surtout Mastodon) avec les hashtags #lelamadechaine ou #campagneapril2024. Votre texte apparaĂźtra dans un des numĂ©ros suivants.
  • en testant le nouveau service https://bd.chapril.org, en rĂ©alisant un dessin (dĂ©)gĂ©nĂ©rĂ© et en l'envoyant sur sensibilisation@april.org. Il n'est pas impossible que cette Ɠuvre soit Ă©galement publiĂ©e.

Pour la tranquillité des yeux, un dark mode du site a été mis en place et testé en direct par plusieurs bénévoles.

Tout ce travail pour vous motiver à adhérer à l'April ou à faire un don à l'association.

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Coopaname - MiXiT - « Libre Ă  vous ! Â» du 7 mai 2024 - Podcasts et rĂ©fĂ©rences

18 mai 2024 Ă  04:12

208Ăšme «  Libre Ă  vous !  Â» de l’April. Podcast et programme :

  • sujet principal : coopĂ©rative et logiciels libres : un exemple avec Coopaname, avec Nicolas Duclos, Vincent Lucy et Marine Monnier Baron de l'Ă©quipe de Coopaname
  • retour d'expĂ©rience d'Isabella Vanni de l'April sur sa premiĂšre participation Ă  la confĂ©rence MiXiT
  • chronique de Gee sur « Mickey dans le domaine public Â». Rediffusion de la chronique diffusĂ©e dans l’émission Libre Ă  vous ! du 16 janvier 2024

Rendez‑vous en direct chaque mardi de 15 h 30 Ă  17 h sur 93,1 FM en Île‑de‑France. L’émission est diffusĂ©e simultanĂ©ment sur le site Web de la radio Cause Commune.

Vous pouvez laisser un message sur le rĂ©pondeur de la radio, pour rĂ©agir Ă  l’un des sujets de l’émission ou poser une question. Le numĂ©ro du rĂ©pondeur : +33 9 72 51 55 46.

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« SortilĂšges & Syndicats Â», un Framabook quitte le nid

Par : Framasoft
23 novembre 2023 Ă  02:34

En janvier 2018, le dessinateur Gee, bien connu du Framablog, sortait de son domaine habituel pour nous proposer un roman
 Une aventure fantastique transposĂ©e dans un monde moderne, oĂč les elfes et orques s’affrontent dĂ©sormais dans une lutte des classes opposant le grand capital orquogobelinesque aux syndicats elfogauchistes.

L’histoire s’appelait alors Working Class Heroic Fantasy et avait Ă©tĂ© publiĂ©e par Framabook dĂšs juin 2018. Cinq ans aprĂšs, le petit Framabook quitte son nid et va s’envoler vers PVH Éditions pour devenir « SortilĂšges & Syndicats Â» !

Working Class Heroic Fantasy devient SortilĂšges & Syndicats

Le pitch

L’action se passe dans un monde un peu comme le nĂŽtre, avec des open-space, des divorces et des syndicats
 Mais aussi avec des elfes, mages, orques et gobelins. Imaginez que nos meilleurs romans de Fantasy soient en fait le chapitre Moyen-Âge de leurs livres d’histoire
 Vous y ĂȘtes ?

VoilĂ  : c’est la Terre de Grilecques, le monde oĂč vit Barne Mustii, petit employĂ© de bureau chez Boo’Teen Corp, une entreprise qui vend des bottes. Barne est un humain un peu rĂ©signĂ© qui subit les brimades de son gobelin de patron, jusqu’au jour oĂč c’est l’insulte de trop. Et si un simple tour Ă  la permanence du syndicat l’entraĂźnait dans une Ă©pique lutte des classe contre l’oligarchie orquogobelinesque
 ?

Ne ratez pas ce roman fĂ©roce et drĂŽle, qui rebondit dans tous les sens comme une balle magique : dystopie et gaudriole, anarchie et fantasy, non-binaritĂ© et lutte des classes. Ce livre, c’est peu comme si Marx et Tolkien avaient eu un enfant qui aimerait bien se poiler avec Pratchett.

PVH Éditions, c’est quoi ?

Logo de PVH ÉDitions

PVH Éditions est une maison qui Ă©dite des ouvrages issus de la littĂ©rature de l’imaginaire – science-fiction, fantasy, fantastique, anticipation, contes et lĂ©gendes. Une de ses particularitĂ©s qui parlera sans aucun doute au lectorat du Framablog est d’avoir libĂ©rĂ© sa collection Ludomire sous licence libre CC By Sa. Une collection dans laquelle on trouve notamment nos camarades Ploum et Thierry Crouzet.

PVH Éditions est basĂ©e en Suisse et dirigĂ©e par Lionel Jeannerat, qui a rĂ©cemment Ă©tĂ© invitĂ© dans l’émission Libre Ă  vous ! de l’April, Ă©mission dont nous vous conseillons fortement l’écoute pour en apprendre plus sur l’aventure Ludomire.

Comment ça se rĂ©Ă©dite, un livre sous licence libre ?

Beaucoup plus simplement qu’un livre sous droit d’auteur classique ! Lorsque Framabook a publiĂ© Working Class Heroic Fantasy, Gee a signĂ© un contrat de cession de droits
 non-exclusive. Un dĂ©tail qui a une importance capitale pour la suite. Car les contrats d’édition classique comportent gĂ©nĂ©ralement une cession de droits exclusive, ce qui prive l’auteur de l’opportunitĂ© d’aller se faire republier ailleurs.

Un autre auteur Framabook, Yann Kervran, en parlait dans un article du Framablog de 2017 :

Oui, j’ai dĂ©jĂ  Ă©tĂ© publiĂ© chez La Louve Ă©ditions, avec qui j’avais un contrat traditionnel. (
) J’ai demandĂ© Ă  l’éditeur de mes romans s’il serait d’accord pour me redonner les droits sur mes textes (car, comme habituellement, il en dĂ©tenait l’intĂ©gralitĂ© exclusive jusqu’à 70 ans aprĂšs ma mort) et il a acceptĂ©. Je tiens Ă  l’en remercier car ce n’est pas toujours si simple et amical. Cela a malgrĂ© tout demandĂ© quelques mois pour se finaliser.

Si la licence libre permet en thĂ©orie a une maison d’édition de rĂ©Ă©diter le livre sans demander l’avis de Gee ni sans lui verser le moindre centime, en pratique, les personnes enthousiasmĂ©es par le Libre ont en gĂ©nĂ©ral l’élĂ©gance de chercher un arrangement qui soit bĂ©nĂ©fique pour toutes les parties impliquĂ©es.

Ainsi, Gee a pu signer un nouveau contrat d’édition avec PVH Éditions, prĂ©voyant des versements d’honoraires issues des ventes du livre avec une avance de 950 € (enfin
 900 CHF, Ă©videmment) versĂ©e dĂšs la publication. Le travail Ă©ditorial rĂ©alisĂ© par les bĂ©nĂ©voles de Framabook n’a pas non plus Ă©tĂ© oubliĂ©, puisque le livre est estampillĂ© « Commun Culturel Framasoft Â» et qu’un petit texte continue de remercier l’association en dĂ©but de livre.

Les logos sur la couverture (PVH Éditions, Commun Culturel Framasoft, et ƒuvre libĂ©rĂ©e sous CC By Sa)

Plusieurs logos coexistent sur la couverture, tĂ©moignage de l’histoire Libre du livre

Comme quoi, plus que jamais, Libre ne veut pas dire « gratuit Â» : une Ă©conomie du livre libre, Ă©thique et Ă©quitable, est possible. La collection Ludomire de PVH Éditions en est un bon exemple : souhaitons Ă  « SortilĂšges & Syndicats Â» le mĂȘme succĂšs. Car de l’autre cĂŽtĂ©, dans le monde de l’autoĂ©dition, tout n’est pas tout rose.

Les limites de l’autoĂ©dition

Logo de Ptilouk.net Éditions

Pour ses nombreuses publications, Gee a montĂ© sa petite maison d’autoĂ©dition, Ptilouk.net Éditions, et passe par de l’impression Ă  la demande : d’abord par Lulu, qui a longtemps Ă©tĂ© utilisĂ© par Framabook Ă  l’époque oĂč des livres imprimĂ©s Ă©taient proposĂ©s.

Évidemment, qui dit autoĂ©dition dit bien souvent absence d’un rĂ©seau de distribution : ainsi, sans moyens de promotion ni de disponibilitĂ©s en librairie, les ventes de livres de Gee restent trĂšs faibles. En un peu plus de 2 ans d’existence, Ptilouk.net Éditions n’a vendu que 550 exemplaires en comptant l’intĂ©gralitĂ© des 15 publications disponibles, la majoritĂ© des ventes ne se passant pas sur Internet mais sur les stands des Capitoles du Libre et autres JDLL.

Ajoutons Ă  cela les tarifs sur lesquels les imprimeurs Ă  la demande se gavent allĂ©grement, bien souvent avec des systĂšmes opaques et des coĂ»ts cachĂ©s. Gee raconte :

Je suis assez convaincu, par exemple, que Lulu s’ajoute une confortable marge dans les frais de livraison. Ces frais sont incroyablement Ă©levĂ©s et n’ont aucune cohĂ©rence par rapport au coĂ»t de transport, car ils sont proportionnels au nombre de livres, peu importe la taille. Donc si je commande 50 exemplaires de ma BD Superflu de 50 pages, ils m’envoient un carton pour la bagatelle de 80 € de frais de port. Si je commande 50 exemplaires de mon autre BD GKND, 360 pages, il faut 8 cartons, et on m’annonce
 80 € de frais de port. Ça sent un tout petit peu le foutage de gueule.

Gee propose Ă©galement ses livres sur Amazon depuis un an. Un choix Ă©trange pour un libriste comme lui, plutĂŽt hostile aux GAFAM (dont Amazon est l’un des A), mais qui s’en explique sur son blog :

Il me semblait nĂ©cessaire d’y ĂȘtre. De la mĂȘme maniĂšre que je suis aussi sur Twitter ou Facebook : avant tout pour aller chercher les gens lĂ  oĂč ils sont. (
) Je garde les mĂȘmes principes qu’avec Twitter et cie : rien d’inĂ©dit n’y est publiĂ©, et je conserve d’autres alternatives pour ne pas encourager les gens Ă  passer par lĂ  (Lulu pour le papier, et le tĂ©lĂ©chargement direct pour les livres numĂ©riques Ă  prix libre). J’ajoute mĂȘme une « taxe Amazon Â» : les bouquins y sont 4,95 € plus chers (les numĂ©riques aussi, les versions Kindle y sont donc Ă  4,95 € 😛).

Un choix qui n’avait alors pas manquĂ© de faire rĂ©agir Lionel, le dirigeant de PVH Éditions, dans son article « RĂ©flexions sur l’impression Ă  la demande et l’édition libre Â» :

Il faut arrĂȘter de croire que des gens vont vous dĂ©couvrir et vous acheter sur des sites comme Lulu ou Amazon. En rĂ©alitĂ©, personne ne se balade sur ces sites comme ils pourraient flĂąner en librairie Ă  la recherche d’une pĂ©pite. De plus, ces plateformes renferment des millions de livres et leur algorithme ne mettront en avant que les best-sellers (et leurs propres publications pour Amazon). Ils mettent parfois en Ă©vidence des succes-stories qui cultivent l’illusion qu’ils vous sont utiles.

Ils essaient de faire croire que grĂące Ă  eux, le travail de diffusion et de libraire n’est plus utile. Mais c’est faux
 Aucun livre ou aucun talent ne trouve son public par hasard, et encore moins par l’impartialitĂ© des algorithmes.

Un an aprĂšs, Lionel et Gee s’associent donc pour une nouvelle expĂ©rience : « SortilĂšges & Syndicats Â» !

« SortilĂšges & Syndicats Â», un livre libre bientĂŽt en librairie !

Couverture du livre

Pour l’heure, la version imprimĂ©e du livre est uniquement disponible sur la boutique en ligne de PHV Éditions. Les dĂ©lais de distribution Ă©tant ce qu’ils sont, le livre ne sera disponible en librairie qu’à partir de mars 2024. En attendant, vous pouvez le commander en ligne, avec une offre spĂ©ciale de NoĂ«l : si vous y achetez SortilĂšges & Syndicats accompagnĂ© d’au moins un autre livre, et pour un total de plus de 35€, vous aurez une rĂ©duction de 5 % et les frais de port offerts (code promo : noeldegee).

L’occasion, donc, de (re)dĂ©couvrir la collection Ludomire !

Les liens important

Les Connards Proℱ, le systùme qui enferme les cons–

Par : Framasoft
1 décembre 2022 à 02:35

–sommateurs. Qui enferme les consommateurs. Ce dernier Ă©pisode inĂ©dit des Connards Professionnelsℱ vous explique les forces du capitalisme de surveillance, mais aussi ses faiblesses, et comment les consommateurs pourraient s’en Ă©manciper (ce qui fait trĂšs trĂšs peur Ă  nos chers Connardsℱ).

L’ultime Ă©pisode inĂ©dit des Connards Prosℱ sur le framablog !

Toute bonne chose a une fin, nous publions donc aujourd’hui le dernier des 4 Ă©pisodes inĂ©dits de ce travail
 de connards, il faut bien le dire !

Le Guide du Connard Professionnel est un livre-BD scĂ©narisĂ© par Pouhiou et dessinĂ© par Gee, placĂ© dans le domaine public volontaire. Nos comparses viennent d’ailleurs de le publier en un joli livre, qui se tĂ©lĂ©charge librement mais s’achĂšte aussi dans sa version papier si vous voulez soutenir les auteurs.

Ce livre libre est co-Ă©ditĂ© avec notre maison d’édition Des Livres en Communs.

couverture du guide du connard professionnel, le livre

Cliquez sur l’image pour tĂ©lĂ©charger et/ou acheter le livre.

 

Pour rĂ©ussir Ă  votre tour dans la profession de consultant en connardise, vous pouvez :

Réservez votre place pour la conf théùtralisée (8 déc. à Paris)

L’épisode que vous allez voir aujourd’hui est une adaptation de la confĂ©rence thĂ©ĂątralisĂ©e oĂč les Connards Professionnels vulgarisent le Capitalisme de Surveillance et l’économie de l’attention.

Appuyez sur play pour voir l’extrait de la confĂ©rence correspondant Ă  cet Ă©pisode

 

Depuis cette captation, Gee et Pouhiou ont intĂ©gralement retravaillĂ© le texte de cette confĂ©rence thĂ©ĂątralisĂ©e, afin de le rendre moins dense, plus entraĂźnant, bref : plus facile Ă  aborder pour des personnes qui ne se passionnent pas forcĂ©ment pour le numĂ©rique Ă©thique !

Si les comparses comptent faire tourner cette confĂ©rence thĂ©ĂątralisĂ©e, nous n’avons pour l’instant que deux dates de programmĂ©es pour cette version Deluxe, RemasterisĂ©e, avec 13,37 % de connardise en plus garantie. Cela se passera sur Paris :

Nous espĂ©rons qu’il y aura des captations vidĂ©os mais surtout d’autres reprĂ©sentations de cette confĂ©rence thĂ©ĂątralisĂ©e.

En attendant, voici le dernier Ă©pisode du guide, intitulĂ© :

22. Conclusion : le SWOT de la connardise

Si vous regardez bien le capitalisme de surveillance, vous devez vous dire que ce systĂšme que j’ai peaufinĂ© depuis des annĂ©es est parfait.

Et vous avez raison, merci.

Pourtant, ce n’est pas parce qu’il est parfait qu’il est Ă©ternel. Pour qu’un systĂšme soit durable et rĂ©silient, il n’est pas inutile de revenir aux outils transmis en premiĂšre annĂ©e d’école du commerce, et de lui appliquer un bon vieux SWOT des familles.

Analysons donc ensemble les forces et faiblesses intrinsÚques au capitalisme de surveillance (Strenghts and Weaknesses) ainsi que les opportunités et les menaces extérieures (Opportunities and Threats) dont nous devons nous préoccuper.

Une des grandes forces de ce systĂšme, c’est qu’il est trĂšs systĂ©mique : c’est-Ă -dire que tout se tient.

Ainsi, le pognon permet d’acheter de nouvelles technologies, pour capter plus de comportements, pour augmenter son influence culturelle et politique ce qui in fine rapporte plus de pognon.

C’est le cercle vertueux du capitalisme : tant qu’il y a des cons Ă  essorer, y’a du liquide Ă  se faire.

Or avec la surveillance par le numĂ©rique, l’essorage atteint des vitesses record. Parce que bon, mon papy, du temps bĂ©ni de la Stasi, il gagnait dĂ©jĂ  sa vie honnĂȘtement en fichant ses congĂ©nĂšres. Mais papy (respect et dividendes Ă  lui âœŠđŸ€Œ) il fichait Ă  la main, Ă  l’ancienne : il faisait dans l’artisanal.

Si on compare son travail avec le fichage rĂ©alisĂ© par la NSA aujourd’hui, on se rend compte que les services secrets des champions de la libertĂ© sont beaucoup plus efficaces que ceux de la RDA.

L’autre force de ce systĂšme, c’est qu’il a dĂ©sormais l’allure d’une Ă©vidence, d’une fatalitĂ©, d’une des lois naturelles qui rĂ©gissent notre monde.

Car si l’informatique est partout et que ce que l’on code fait force de loi, alors pour contrîler le monde, il suffit de contrîler les petits cons qui codent.

Du coup, dĂšs qu’on a un peu de pognon, on peut les acheter, les gamins. Et si vous ne voulez pas qu’ils se posent trop de questions sur les consĂ©quences de ce qu’ils sont en train de coder, j’ai un secret : la mĂ©thode Agile.

Une des faiblesses qui existent dans notre beau systĂšme, ce sont ces va-nu-pieds en sandales bio qui prĂŽnent « l’hygiĂšne numĂ©rique Â».

Quand on leur donne le choix de la libertĂ© entre Google Chrome, Apple Safari ou Microsoft Edge
 ces salopiauds rĂ©pondent « Firefox, parce que c’est pas fait pour le pognon Â».

Quand on fait en sorte que leur tĂ©lĂ©phone Android ne soit plus qu’un gros capteur Google avec option agenda, ces malotrus rĂ©pondent « non, j’ai un tĂ©lĂ©phone dĂ©googlisĂ© grĂące Ă  Murena Â».

Heureusement qu’ils ne sont que quelques poignĂ©es d’hurluberlus, car ne nous cachons rien : c’est dĂ©goĂ»tant, l’hygiĂšne numĂ©rique.

Une autre faiblesse que l’on doit Ă©radiquer au plus vite : les bloqueurs de pub. Car la pub, c’est la base, c’est notre gagne-pain ! Sans la pub, tout le beau systĂšme de connard que j’ai construit s’effondre.

Or j’ai fait des efforts contre les bloqueurs de pubs. D’abord j’ai fait de la pĂ©dagogie pour bien faire rentrer dans le crĂąne des cons que bloquer la pub, c’est mĂ©chant. Que ça enlĂšve le pain de la bouche des gratte-papier, qu’il faut que monde accepte de se javelliser le cerveau, sinon c’est tirer une balle dans le ventre creux des pauvres journaleux


Puis j’ai carrĂ©ment connardisĂ© Adblock Plus. Pour bien expliquer aux cons : vous voulez bloquer la pub, prenez notre bloqueur de connards, c’est celui qui est le plus marketĂ©, et promis : il ne laissera passer que la gentille pub.

Mais non : il se trouve toujours des hygiĂ©nistes dĂ©goĂ»tants pour dire aux cons d’installer Ublock Origin.

Heureusement, il reste de belles opportunitĂ©s dans ce systĂšme de connard. Ainsi, la position de monopole permet de rĂ©Ă©crire ce que doit ĂȘtre le numĂ©rique dans la tĂȘte des cons.

Ainsi, si vous dites « je veux une plateforme de diffusion de vidĂ©os Â» Ă  un informaticien, il pensera Ă  PeerTube : un outil efficace pour faire un site oĂč on peut crĂ©er des comptes, y mettre ses vidĂ©os et les partager avec le reste du monde, sans avoir besoin d’une ferme de serveurs.

Mais si vous dites la mĂȘme chose Ă  un consommateur, il pensera monĂ©tisation, publicitĂ©, recommandations, suite du programme, Ă©missions rĂ©guliĂšres
 Bref, il pensera Ă  une chaĂźne de tĂ©lĂ©, parce que c’est comme ça que fonctionnent les monopoles du domaine, Ă  savoir YouTube et Twitch.

Une autre opportunitĂ©, c’est d’exploiter encore plus le petit personnel politique. Non parce qu’ils y prennent goĂ»t, Ă  mes gros jeux de donnĂ©es. Ils ont bien compris que cela augmente la taille de leur petit pouvoir.

Car le pouvoir, c’est un peu comme le pognon : plus on en a, plus on en veut.

De fait le petit personnel politique, ça fait quelques piges qu’ils nous pondent deux lois sĂ©curitaires par an. À vouloir copier mon beau modĂšle, ils finissent par le lĂ©gitimer, et nous ouvrir la fenĂȘtre des possibles.

Cependant, le Capitalisme de Surveillance est sous le coup de plusieurs menaces qui pourraient Ă©gratigner mon beau systĂšme : il s’agit donc de ne pas les ignorer.

En gros, ces menaces, ce sont tous les paltoquets, saligauds et autres pignoufs d’hygiĂ©nistes du logiciel libre, de l’anti-pub ou l’anti-surveillance
 mais quand ils se multiplient entre eux.

Non parce que moi les libristes, tant qu’ils sont 15 dans leur slip en raphia, Ă  se battre entre eux pour savoir si « Vim ou Debian Â», « Ubuntu ou chocolatine Â»â€Š ça ne m’affole pas le pacemaker.

D’ailleurs, j’ai mĂȘme essayĂ© de rĂ©cupĂ©rer leur mouvement d’un coup de rebranding. J’ai virĂ© tous leurs bons sentiments politiques de « ouiiiii il faut que l’humain maĂźtrise l’informatique, il faut partager le savoir sous forme de communs Â», j’ai gardĂ© la mĂ©thode de production, et j’ai collĂ© un nom angliche qui pĂšte bien : l’open source.

Alors ça a bien rĂ©ussi, mon coup : l’open source est partout, le logiciel libre n’a plus une thune et est exsangue
 MalgrĂ© ces efforts, tu as toujours des faquins de bisounours du code qui essaient de sortir du droit chemin des plateformes gĂ©antes.

Et voilĂ  qu’ils te codent des PeerTube, des Mastodon, des Mobilizon, des NextCloud
 des logiciels dĂ©centralisĂ©s que n’importe quel excitĂ© du clavier peut installer sur un serveur pour crĂ©er un cloud autonome, auto-gĂ©rĂ©, et synchronisĂ© avec le reste de leur univers fĂ©dĂ©rĂ©.

Non mais si ça prend leurs bĂȘtises, les cons vont fuir les belles plateformes centralisatrices des gĂ©ants du web pour aller hĂ©berger leurs vies numĂ©riques chez plein de petits hĂ©bergeurs Ă  qui ils font confiance.

Une autre menace potentielle au capitalisme de surveillance, ce sont les associations qui s’organisent pour montrer les consĂ©quences et les rouages de mon beau systĂšme.

Et que je peux pas vendre mes drones de surveillance Ă  la police sans que La Quadrature du Net ne s’en mĂȘle, et que je peux pas signer un contrat juteux entre Microsoft et l’Éducation Nationale sans que l’April ne gueule


Or le capitalisme de surveillance est pudique : si l’on montre ses dessous, il devient timorĂ© et peut presque (j’en frĂ©mis
) s’enfuir.

Alors certes, ces menaces sont rĂ©elles, mais pour qu’elles commencent Ă  me faire peur, il faudrait que les cons se renseignent, se prennent en main, et rejoignent par milliers les zigotos qui font des associations d’utopistes : bref, faute de lutte collective Ă  lui opposer, mon systĂšme de connard a de beaux jours devant lui.

C’est pourquoi, cher apprenti connard (et, ne nous interdisons aucune modernitĂ© : « chĂšre apprentie connasse Â») mon dernier mot sera pour toi : la balle est dans ton camp. Moi, c’est bon, j’ai construit mon bunker pour trinquer au frais lorsque le monde va cramer. Je te confie donc mon beau systĂšme.

C’est Ă  toi dĂ©sormais de prendre la relĂšve. Ta mission, c’est de te sortir les doigts du fion, et de connardiser le digital pour que perdure le capitalisme de surveillance.

(Et que je touche mes dividendes.)

#OnCompteSurVous

#JeSuisCharlesHyppolite

Liens utiles

Les Connards Proℱ, exploiter les donnĂ©es des cons–

Par : Framasoft
24 novembre 2022 Ă  03:22

–sommateurs. Les donnĂ©es des consommateurs. Ce nouvel Ă©pisode inĂ©dit des Connards Professionnelsℱ vous explique Ă  quoi cela sert de capter un maximum de donnĂ©es, comment manipuler les masses, et ainsi comment gagner au grand jeu du capitalisme de surveillance.

Le retour des Connards Prosℱ avec des Ă©pisodes inĂ©dits !

Afin de fĂȘter leur retour, le Framablog souhaite publier, chaque semaine pendant un mois, un des Ă©pisodes inĂ©dits de ce travail
 de connards, il faut bien le dire !

Le Guide du Connard Professionnel est un livre-BD scĂ©narisĂ© par Pouhiou et dessinĂ© par Gee, placĂ© dans le domaine public volontaire. Nos comparses viennent d’ailleurs de le publier en un joli livre, qui se tĂ©lĂ©charge librement mais s’achĂšte aussi dans sa version papier si vous voulez soutenir les auteurs.

couverture du guide du connard professionnel, le livre

Cliquez sur l’image pour tĂ©lĂ©charger et/ou acheter le livre.

 

Pour rĂ©ussir Ă  votre tour dans la profession de consultant en connardise, vous pouvez :

Réservez votre place pour la conf théùtralisée (6 & 8 déc. à Paris)

L’épisode que vous allez voir aujourd’hui est une adaptation de la confĂ©rence thĂ©ĂątralisĂ©e oĂč les Connards Profesionnels vulgarisent le Capitalisme de Surveillance et l’économie de l’attention.

Appuyez sur play pour voir l’extrait de la confĂ©rence correspondant Ă  cet Ă©pisode

 

Depuis cette captation, Gee et Pouhiou ont intĂ©gralement retravaillĂ© le texte de cette confĂ©rence thĂ©ĂątralisĂ©e, afin de le rendre moins dense, plus entraĂźnant, bref : plus facile Ă  aborder pour des personnes qui ne se passionnent pas forcĂ©ment pour le numĂ©rique Ă©thique !

Si les comparses comptent faire tourner cette confĂ©rence thĂ©ĂątralisĂ©e, nous n’avons pour l’instant que deux dates de programmĂ©es pour cette version Deluxe, RemasterisĂ©e, avec 13,37 % de connardise en plus garantie. Cela se passera sur Paris :

Nous ignorons s’il y aura des captations vidĂ©os, donc nous vous conseillons vivement de rĂ©server en signalant votre prĂ©sence sur les Ă©vĂ©nements Mobilizon ci-dessus (ou de les contacter, par email : leur pseudo chez connard point pro, pour voir Ă  quelles conditions les faire venir prĂšs de chez vous !)

En attendant, voici un nouvel Ă©pisode du guide, intitulĂ© :

21. Que faire de l’attention des cons ?

La pensĂ©e de connard systĂ©mique a ceci de beau qu’elle permet d’exprimer sa connardise Ă  tous les niveaux.

Qu’il s’agisse de manipuler le langage en faisant passer des comportements sociaux pour des « donnĂ©es personnelles Â», de manipuler les consommateurs pour qu’ils nous offrent leurs interactions sur un plateau et se mettent Ă  haĂŻr le respect de leur consentement
 Tout cela demande un soin du dĂ©tail que seul un maĂźtre connard peut offrir.

Si vous rĂ©ussissez cette premiĂšre Ă©tape, bravo, vous ĂȘtes devenu Éleveur-Entrepreneur, responsable d’une belle usine qui gĂšre 15 bestiaux au mĂštre carrĂ©. Et les cons dans tout ça
 ? Ben c’est le bĂ©tail !

En bon Ă©leveur, vous l’avez gavĂ© de votre foin attentionnel, produit localement par d’autres bestiaux (les crĂ©ateurs de contenus), et enrichi Ă  la pub. C’est ainsi que vous le trayez rĂ©guliĂšrement pour avoir de bon gros jeux de donnĂ©es comportements tout frais.

Cependant, chacun son mĂ©tier : vous ĂȘtes fermier, pas boucher ni fromager. Donc ces comportements tout frais, vous allez les confier au MarchĂ©. Ça tombe sous le sens.

Dans le milieu, ceux qui transforment les datas, ce sont les courtiers de donnĂ©es. Et si vous les regardez attentivement, ils ont tous une tĂȘte Ă  s’appeler Adam. Ne me demandez pas pourquoi : c’est la loi du MarchĂ©.

Avoir de beaux jeux de donnĂ©es croisĂ©s entre plusieurs sources, c’est donc avoir des informations trĂšs prĂ©cises sur les cons, leurs futurs votes, leurs futurs crĂ©dits, leurs futures baises, leurs futurs achats


Alors qu’est-ce qu’on leur fourgue Ă  tous ces consommateurs qu’on connaĂźt si bien, comme si on les avait espionnĂ©s ? C’est quoi la base, le pain quotidien de tout connard digital ? C’est quoi le gras qui huile les rouages de notre systĂšme et arrondit nos ventres insatiables, hein
 ? C’est
 la publicitĂ©.

La publicitĂ©, tout le monde y goĂ»te, tout le monde en dĂ©pend. On a aiguisĂ© les esprits, on a filĂ© des arguments Ă  gauche comme Ă  droite, bref : la publicitĂ©, c’est inattaquable.

Alors la publicitĂ© c’est bien, mais ce n’est qu’une base Ă  partir de laquelle on va commencer Ă  Ă©lever le niveau de la connardise.

Ainsi, si on veut sortir des techniques de gagne petits de la data, ce qui marche bien en ce moment c’est d’aller vendre du consommateur aux banques et aux assurances.

Il faut dire que vu le pognon qu’elles brassent, ces entreprises n’aiment pas beaucoup le risque. Donc quand nous on se pointe devant elles avec des comportements tout frais, tout croisĂ©s, tout prĂ©dictibles
 Pour elles c’est les moissons, NoĂ«l et la chandeleur en mĂȘme temps
 bref : c’est la fĂȘte du blĂ©.

Quand votre niveau de pognon engrangĂ© commence Ă  faire honneur Ă  votre niveau de connardise, et qu’au passage vous vous ĂȘtes faits quelques amis dans la finance
 c’est le moment de passer aux choses sĂ©rieuses.

Par exemple en commençant Ă  vous faire ami-ami avec les Ă©tats en leur vendant vos services. Alors ils appellent ça « partenariat public-privĂ© Â», mais pour nous c’est juste un moyen de leur vendre Ă  prix d’or de quoi mieux espionner leurs cons Ă  eux (ils appellent ça des contribuables, mais en bons connards nous ne jugeons pas : chacun ses perversions).

L’objectif, ici, c’est d’arriver Ă  augmenter votre degrĂ© de connardise, amĂ©liorer votre influence et vos connaissances dans les services de l’État, pour finir par aller prendre le pognon chez ceux qui le captent le mieux : les politiques.

On l’a vu avec Cambridge Analytica, influencer des Ă©lections, telles que le Brexit ou l’accession de Trump au trĂŽne, c’est simple comme une pub Facebook. Encore faut-il trouver des laquais pour rĂ©munĂ©rer pour notre connardise.

Or, les hommes et femmes politiques, c’est en quelque sorte notre petit personnel Ă  nous. Un qui l’a bien compris, c’est le milliardaire Steve Bannon (respect et dividendes Ă  lui âœŠđŸ€Œ), qui a commanditĂ© Ă  Cambridge Analytica des expĂ©riences scientifiques pour trouver comment manipuler en masse les Ă©tatsuniens, puis qui a appliquĂ© les rĂ©sultats avec ses sites de propagande tels que BreitBartNews.

De moindres connards s’arrĂȘteraient lĂ , satisfaits d’avoir influencĂ© des Ă©tats, et la conscience politique de nations entiĂšres. Mais ce serait louper le coche, le point d’orgue, l’apogĂ©e d’une carriĂšre de connard professionnel : la capacitĂ© d’influencer une culture toute entiĂšre.

Les champions sur la question, c’est Google. À l’époque oĂč « blogosphĂšre Â» Ă©tait un mot moderne, ils ont inventĂ© le score des blogs, le « blog rank Â», qui te permet de grimper dans les recherches Google. Pour faire grimper ton blog rank, il fallait faire grimper toutes les statistiques
 mises en avant par Google.

Bref, il fallait souscrire Ă  la course au clic. C’est ainsi que tout le monde s’est mis Ă  Ă©crire de la mĂȘme maniĂšre, le fameux « web rĂ©dactionnel Â», qui fait que vous pouvez pas lire deux paragraphes tranquille sans qu’un truc vous saute aux yeux.

Le blog rank, et plus tard les affichages des visites avec Google Analytics, c’est au cƓur de la mĂ©thode de Google. Donner des outils statistiques aux personnes qui crĂ©ent et publient du contenu, et leur afficher bien en gros les courbes des statistiques qui intĂ©ressent Google et ses annonceurs.

Il n’en faudra pas plus Ă  un homo numĂ©ricus normalement constituĂ© : il n’aura plus d’autre envie que de voir les chiffres grossir.

C’est ce qu’il s’est passĂ© avec le phĂ©nomĂšne des YouTubers. GrĂące Ă  ses manipulations statistiques, Google a transformĂ© une bande de joyeux drilles qui se croyaient revenus au temps des radios libres, en de jolies marionnettes, bien soumises au sacro-saint algorithme.

Liens utiles

Les Connards Proℱ, capter les donnĂ©es des cons–

Par : Framasoft
17 novembre 2022 Ă  01:58

–sommateurs. Les donnĂ©es des consommateurs. Cet Ă©pisode inĂ©dit des Connards Professionnelsℱ vous invite Ă  dĂ©couvrir le monde merveilleux du capitalisme de surveillance, oĂč l’on donne ce qui nous est le plus personnel : notre attention.

Le retour des Connards Prosℱ avec des Ă©pisodes inĂ©dits !

Afin de fĂȘter leur retour, le Framablog souhaite publier, chaque semaine pendant un mois, un des Ă©pisodes inĂ©dits de ce travail
 de connards, il faut bien le dire !

Le Guide du Connard Professionnel est un livre-BD scĂ©narisĂ© par Pouhiou et dessinĂ© par Gee, placĂ© dans le domaine public volontaire. Nos comparses viennent d’ailleurs de le publier en un joli livre, qui se tĂ©lĂ©charge librement mais s’achĂšte aussi dans sa version papier si vous voulez soutenir les auteurs.

couverture du guide du connard professionnel, le livre

Cliquez sur l’image pour tĂ©lĂ©charger et/ou acheter le livre.

 

Pour rĂ©ussir Ă  votre tour dans la profession de consultant en connardise, vous pouvez :

En attendant, voici un nouvel Ă©pisode du guide, intitulĂ© :

20. Capter l’attention des cons

Ce que l’on apprend lorsqu’on expĂ©rimente sur les humains, c’est que ce n’est qu’une premiĂšre Ă©tape. C’est un marchepied, en quelque sorte, qui vous le mettra Ă  l’étrier d’une aventure Ă  laquelle tout Connard dans l’ñme se doit d’aspirer : manipuler une culture, une civilisation entiĂšre.

Pour ce faire, il vous faudra Ɠuvrer Ă  façonner un systĂšme si complexe, si ingĂ©nieux, si empreint de tout votre art que tout apprenti connard ne pourra que vous considĂ©rer comme un MaĂźtre.

Le chef-d’Ɠuvre qui m’a pris tout mon temps, durant ces quelques annĂ©es de hiatus, a Ă©tĂ© nommĂ© par des spĂ©cialistes le : « Capitalisme de surveillance Â».

Il va de soi qu’un systĂšme aussi raffinĂ© se doit d’ĂȘtre exhaustif et intĂšgre. Il est ici nullement question de crĂ©er une mĂ©canique dont moi et les miens serions exempts. Cela indiquerait aux rouages de ce systĂšme qu’ils pourraient s’en extraire, rendant tout le systĂšme caduc dĂšs le dĂ©part.

Or, si l’on pense en bon connard, un bon systĂšme est un systĂšme oĂč l’on se soustrait Ă  toutes les contraintes, souffrances et autre pĂ©nibilitĂ©s
 en les faisant ruisseler sur autrui. Dans un systĂšme de type capitaliste, l’astuce consiste Ă  ĂȘtre riche, pour se nicher au sommet de la pyramide, quitte Ă  chier sur les Ă©paules de ceux d’en dessous.

Ainsi, seuls les pauvres seront affectĂ©s par la pĂ©nibilitĂ© du systĂšme. Or, ne nous le cachons pas, ils l’ont bien mĂ©ritĂ© : ils (ou, pour user de leur argot vernaculaire : « iels Â») sont pauvres.

Tout comme il est inutile de deviner qui de la poule ou de l’Ɠuf
 Ne perdons pas de temps Ă  savoir qui Ă©tait lĂ  en premier : la pauvretĂ© ou la bĂȘtise. Le fait est qu’il s’agit d’un cycle naturel oĂč l’un entraĂźne l’autre.

C’est en profitant de ce cercle vertueux que j’ai pu imposer Ă  la populace mes termes, mon vocabulaire. C’est ainsi grĂące Ă  ma connardise que l’on parle communĂ©ment de « donnĂ©es personnelles Â».

C’est intĂ©ressant d’appeler nos comportements des donnĂ©es. Cela fait penser Ă  quelque chose que l’on donne. Comme si le commun des consommateurs avaient le pouvoir. Le choix. La responsabilitĂ© de leurs donnĂ©es.

En tant que connards professionnels, il ne faut jamais laisser nos cibles penser avec leurs propres mots : cela pourrait leur donner des idĂ©es. Ainsi, n’oublions pas que dans « donnĂ©es personnelles Â», j’ai ajoutĂ© le mot personnelles.

VoilĂ  que le consommateur moyen va se dire que ses comportements sont ses donnĂ©es Ă  lui, presque sa propriĂ©tĂ©. D’un simple mot, j’isole cette personne, je le condamne Ă  ĂȘtre un individu, sĂ©parĂ© des autres individus, ne pouvant plus s’allier Ă  eux pour remettre collectivement en cause mon beau systĂšme.

Or, si l’on regarde d’un pur point de vue technique, le web a Ă©tĂ© fait par et pour des animaux sociaux, et n’existe que pour faire du lien. Aucun de vos comportements ne concerne que vous, ils racontent votre rapport aux autres, aux choses, au monde.

De votre date de naissance (qui indique ce que faisaient, ce jour-là, les corps qui vous ont fait naßtre), à votre géolocalisation (qui indique qui vous allez voir, avec qui, et souvent pourquoi), vos comportements sont quasi exclusivement sociaux.

De ces comportements sociaux, on peut trĂšs vite dĂ©duire un portrait assez fin de chaque personne dans sa relation aux autres. Dans le jargon, on appelle cela un « graphe social Â».

Vous avez certainement, sur votre smartphone, des applications qui ont accùs à votre carnet de contact (elles vous remercient, d’ailleurs). Ce qui signifie que si vous tournez autour d’un nouveau crush, cette application saura quand vous rentrez son 06 dans vos contacts.

Si, par ailleurs, j’ai accĂšs Ă  un autre fichier qui note la gĂ©olocalisation de tĂ©lĂ©phones identifiĂ©s par leur numĂ©ro, je peux donc savoir qui tourne autour de qui, quand est-ce que les tĂ©lĂ©phones passent la nuit ensemble et donc Ă  quel moment leur faire afficher des publicitĂ©s pour des sous-vĂȘtements affriolants, des prĂ©servatifs ou des pilules du lendemain.

C’est bien lĂ  l’avantage des comportements sociaux : on peut noter ce que l’on veut sur qui l’on veut, car mĂȘme les personnes qui n’ont pas de smartphone ou de comptes sur les plateformes ont des amis qui en ont.

Notez bien cependant qu’il est important de respecter la loi comme un connard. Ainsi, puisqu’en France il est interdit de ficher les opinions politiques ou orientations sexuelles, je m’interdis scrupuleusement de ficher quiconque comme « votant Ă  droite Â» ou comme « pĂ©dĂ© comme un sac Ă  dos Â». Par contre, j’ai beaucoup de monde dans les cases « souhaite la rĂ©duction de ces charges qui nous Ă©touffent Â» et « intĂ©ressĂ© par la culture gaie Â».

Ne dĂ©sespĂ©rons pas : la route est longue mais la loi change, et mĂȘme un pas aprĂšs l’autre : on avance. RĂ©cemment, le fichage des opinions politiques et orientations sexuelles a Ă©tĂ© autorisĂ© Ă  la police française. C’est lĂ  un signe d’espoir qui nous permet de rĂȘver.

Il faut dire que, Ă  l’instar de la dĂ©lation et de la collaboration, le fichage est une tradition culturelle forte. Pour le web, cela a commencĂ© avec les cookies. Le principe de base Ă©tait simple : des nerds et des gratte-papier faisaient des sites web qui attiraient l’attention de gens, qui consommaient les contenus.

Les premiers connards du web s’en sont rendu compte, et sont allĂ© Ă  la source. Tiens petit nerd qui se dit webmestre, tu veux des belles statistiques pour savoir ce qui est lu ? Voici Bastards Analytics, tu le mets sur ton site web et ça ajoute juste un petit cookie. Et toi, gratte-papier, tu veux des jolies polices d’écriture pour ton blog ? Alors utilise mes Bastards fonts, y’aura juste un cookie, mais ce sera tellement joli.

Et puis
 puis ça a explosĂ©. Les cookies de mes copains installaient mes cookies, les pisteurs se partageaient des donnĂ©es entre eux
 Ah, ça ! Quand on a pas connu on ne se rend pas compte, mais aux dĂ©buts du web marchand, y’en avait partout, c’était beau, c’était
 hyper communautaire, en fait.

Et c’est lĂ  qu’est arrivĂ©e la tuile. LE truc que nos lobbyistes n’ont pas pu dĂ©railler.

RGPD.

Il fallait demander aux consommateurs leur consentement, comme s’ils savaient ce qui est bon pour eux ! Alors oui, bien sĂ»r, au dĂ©but c’était la tuile, mais cela fut en fait un bon dĂ©fi de connard. Comment faire en sorte que les consommateurs dĂ©testent le consentement au moins autant que nous ?

On peut vous dire que pour arriver Ă  un tel rĂ©sultat, y’a des annĂ©es d’expĂ©rience et (oui, osons le mot) du talent.

Appuyez sur play pour voir l’extrait de la confĂ©rence correspondant Ă  cet Ă©pisode

 

Liens utiles

Les Connards Proℱ, l’épisode perdu (Facebook)

Par : Framasoft
10 novembre 2022 Ă  02:51

Les Connards Professionnels nous reviennent aprĂšs des annĂ©es d’absence. DĂ©couvrez aujourd’hui un Ă©pisode qui parodie et explicite le fonctionnement de Facebook, Ă©crit en 2015 et pourtant jamais publiĂ© avant maintenant.

Les Connards Prosℱ vous forment au capitalisme de surveillance !

Entre 2014 et 2015, Gee et Pouhiou ont Ă©crit un OWNI (objet webesque non identifiable) mi roman, mi BD et mi guide managĂ©rial parodique, intitulĂ© Le Guide du connard professionnel. Le principe est de former le lectorat au design de la malveillance, une activitĂ© hautement lucrative. Des ouvertures « faciles Â» rageantes aux dark patterns en passant par l’argent-dette : tout est de la faute des Connardsℱ !

Sept ans plus tard, nos frama-comparses ravivent le projet avec une pseudo-masterclass de connards qui vous dĂ©voile les mĂ©canismes de l’économie de l’attention pour mieux comprendre le capitalisme de surveillance : Framasoft s’y est d’ailleurs infiltrĂ©e pour mieux la capter en vidĂ©o !

Depuis, les Connards Proℱ n’ont pas chĂŽmĂ© et vous proposent :

Afin de fĂȘter leur retour, le Framablog souhaite publier, chaque semaine pendant un mois, un des Ă©pisodes inĂ©dits de ce travail
 de connards, il faut bien le dire !

19. Donner de l’exercice à ses cobayes

Les expĂ©rimentations sur les animaux n’ont plus bonne presse, au grand dam des industries cosmĂ©tiques qui se sont vues obligĂ©es d’inventer le rouge Ă  lĂšvres virtuel, le mascara pour bactĂ©rie ou la crĂšme de jour pour cadavre
 Par chance, pratiquer des tests sur les humains reste encore possible, pour peu que vous le fassiez dans une posture socialement acceptable. Sociologie, anthropologie, ethnologie : les sciences sociales nous offrent ce plaisir mais demandent un investissement coĂ»teux (sous forme d’harassantes Ă©tudes) pour une rĂ©munĂ©ration de gagne-petit. Un bon connard prĂ©fĂ©rera donc monter sa start-up du web.

On ne le rĂ©pĂ©tera jamais assez, un bon connard est un flemmard intelligent (voir notre 6e leçon : Ne faites plus, faites faire). Votre travail ne doit consister, en somme, qu’à crĂ©er les rĂšgles du jeu, le code faisant Loi. Une application de rĂ©seau-sociotage fluide, belle, rĂ©active ne suffit pas : il faut qu’elle attire le chaland. Si votre code-concept de base consiste Ă  mettre en valeur les egos dans un positivisme aussi forcĂ© que le sourire d’une hĂŽtesse de l’air en plein crash aĂ©rien ; vous avez dĂ©jĂ  fait beaucoup. Reposez-vous donc, et laissez les autres travailler pour vous en leur ouvrant votre outil, comme tout internaute dĂ©bonnaire le ferait.

Parler avec des astĂ©risques est un talent rĂ©servĂ© aux connards professionnels de haut vol. Peu d’entre nous savent prĂ©senter leurs arguments sans qu’on n’y voie les conditions Ă©crites Ă  l’encre antipathique et lisibles au microscope atomique. Le jour oĂč vous pouvez inclure l’intĂ©gralitĂ© du texte de Mein Kampf dans des Conditions GĂ©nĂ©rales d’Utilisation et voir votre clientĂšle cliquer sur « je suis d’accord et j’accepte Â», c’est que vous ĂȘtes parvenu Ă  une telle maĂźtrise de votre position dominante. Vous n’avez plus qu’à changer les conditions pour virer les projets extĂ©rieurs (ceux qui vous ont aidĂ© Ă  appĂąter le chaland) et garder les cobayes dans votre labyrinthe de plus en plus

DĂšs lors que vos cobayes sont piĂ©gĂ©s dans votre labyrinthe, libre Ă  vous de les exploiter comme bon vous semble. Bien entendu, vous placerez de la publicitĂ© Ă  chaque cul-de-sac et leur demanderez de plus en plus de donnĂ©es Ă  chaque tournant
 Mais, outre ce prĂ©-requis de base, c’est lĂ  que vos expĂ©riences peuvent vraiment commencer. Par exemple, vous prenez deux groupes de cobayes identiques, et montrez des infos positives aux uns tandis que les autres ne verront que le pire des infos qui les entourent


L’avantage d’avoir des cobayes piĂ©gĂ©s dans cette avalanche incessante d’informations nivelĂ©es et formatĂ©es, dans votre infinite scrolling, c’est que tĂŽt ou tard ils participeront au bruit ambiant. Ainsi, leur moindre clic et statut vous permettra de rĂ©colter les donnĂ©es du rĂ©sultat de votre expĂ©rimentation sociale.

« Du pain et des jeux
 Â» voilĂ  les besoins du bas-peuple, comme nous l’expliquait un antique Connard. Maintenant que nous sommes civilisĂ©s et connectĂ©s, on peut mettre Ă  jour l’adage : « si vous avez assez de jeux, oubliez le pain Â». Avoir le monde entier au creux de votre main n’est pas une responsabilitĂ©, c’est un hobby. Une fois leurs ĂȘtres et Ă©tats bien rangĂ©s dans votre ferme de serveurs, vous n’avez plus qu’a vous assurer de repeindre rĂ©guliĂšrement les murs de votre prison dorĂ©e afin qu’ils n’aient plus jamais besoin d’en sortir. MĂ©dias, infos, vidĂ©os, sorties, articles, musiques, dialogues et coup de fil
 pourquoi utiliser internet quand on a populr.com ?

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